‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV 17351758Chapitre 11 sur 58 · AOUT 171151. I3S · texte numérisé non relu

AOUT 171151. I3S

Te Dpum avoit été donnée à M. Desgranges pour cinq heures (M. de Brezé est en Flandre). On avoit fait chez M. de Fleury une liste des courtisans qui se présentèrent pouravoir rhonneur de suivre le Aoi^ etUordre fat donné pour que tous ceux qui n'étoient pas du service, même les princes du sang, se rendissent dans leurs carrosses an Rond dePancien Cours, k trois heures. Ceux qui cloient à Belle vue eurent le môme ordre. C^étoit à ce rond où étoit le rendez-vous, et la Reine s'y trouva aussi. Les princesses du sang avoient demandé à la Reine la permission de ne pas la suivre, à cause de leur santé, mais de se' rendre à Notre-Dame. M*"' la princesse de Gonty n'ayant pas demandé la même permission, la Reine lui envoya d'ici un page pour l'avertir, etM"Ma princesse de Conty n'ayant pas répondu d'une manière positive, la Reine renvoya un seco[id page. M™*' la princesse de Conty auroit fort désiré que la Reine lui permit de se trouver seulement à Notre-Dame; mais ne sachant pas trop si elle devoit demander cette permission, elle vint ici samedi au soir, déterminée de s*en retourner le dimanche matin, si cet arrangement ne déplaisoit pas à la Reine; elle vit la Reine chez M'"*' de Luynes, - et en lui faisant des protestations de soumission et d'empressement pour ses volontés, elle lui parla du voyage qu'elle devoit faire le lundi à risle Adam, et de l'embarras de revenir ici le soir pour repartir tout de suite. Ces raisons ne parurent pas faire plaisir à la Reine, d'autant plus que S* M. crut que la véritable source de ces difficultés étoit que M""' la princesse de Conty ne pouvoit aller que dans le second carrosse, celui de la Reine étant rempli par la famille royale. Cependant M'"" la princesse deConty avoit fort assuré M""*" de Luynes que cet arrangement, qui étoit de droit et ne pouvoit ôtre autrement, ne lui faîsoit aucune peine. La Reine avoit permisàM^'laDauphine, quiestà Meudon, de ne point venir ici, et lui avoit fait dire qu'elle la prendroit à Sèvres en passant. La Reine partit d'ici à deux

ISa MÉMOIRES DIT DtîC DE T^UTNES.

heures et demie, ayaot dans son carrosse Mesdames toutes quatre et M"* la princesse de Conty jusqu'à Sèvres, où elle monta dans le second carrosse, dans lequel on lui avoit gardé comme de raison la première place. En revenant,

la Reine trouva bon que M""* la Dauphine la quittât à Sèvres pour retourner à Meudon, et M""" la princesse de Conty remonta dans le carrosse avec la Reine jusqu'à Versailles.

Dans ce second carrosse M*"** de Luynes étoit dans le fond à c6té de M"* la princesse de Conty ; sur le fond du devant. H"* la duchesse de Brancas la helle-fille (1) à c6té d'elle M"'* la duchesse de Villars. Aux deux portières,

M** de Chcvreuse et M™* de Reuzeville (Blancmesnil). Dans le troisième carrosse, les darnes du palais. Dans le carrosse des écuy ers, M. le maréchal de laMothe, Téouyer de quartier (M. de Béthune étant malade n'a pu s'y trouver), M. Delavigne , premier médecin , et le porte-manteau. Les dames d'honneur de Mesdames auroient eu droit d'aller dans les carrosses de la Reine si elles Tavoient voulu ; mais elles Irouvèreiit plus commode d'aller dans le carrosse de leurs princesses. Une des dames du palais auroitdù être à la place de W^*; de Beuzeville dans le .second carrosse ; mais elles aimèrent mieux aller toutes ensemble dans le troisième carrosse; elles y étoient cinq : M^^de Boufflers, de Fleury, de Bouzols, de Saulx, de Talleyrand, et en sixième M"* deChalmazel. Il y avoit en tout 17 carrosses de la famille royale, 4 au Roi, 4 à la Reine y compris celui desécuyers, 3 à M""" la Dauphine y compris aussi celui des écuyers, 3 à Madame Adélaïde et 3 aussi à Mesdames cadettes, y compris aussi ceux des écuyers. Aussitôt que le Roi vit les carrosses de la Reine sur le pont de Sèvres^ il partit de Bellevue dans des voi-

(I) Qui étoit venue de IHendon avec Hn» la Dauphine Joindre la Reine à Sèvres, d*où au retour elle suivit M<b« la Daiipliine à Mnidon, la Reine l*ayant permis. (Note du duc de Luynet,)

tores légères, et fiassa la Reine aa Point àn Jour, et ar-

liva au Rond du Coursj où toutes les troupes de sa ^arde à cheval Tattendoient, s^ardes du corps, gendarmes, chevau-légers et mousquetaires. Le Roi monta dans son carrosse ayant à sa gauche M. le ducd'Orléans, qui étoit venu de Paris; sur le fond de devant M. le prince de Gondé, M. le comte de Glermont, H. le prince de Conty ; et aux portières, 11. le comte de la Marche et M. le duc dePenthièvre. M. le prince de Bombes et M. le comte d'Eu attendoient le Roi !\ Notre-Dame. Dans le second carrosse du Koi, qui étoit celui du service , il y avoit M. de Brionne et M. de Turenne dans le fond ; N. le duc de Fléury et M. le Premier sur le devant. C'est une place affectée de droit au premier écuyer (i). H. le duc de Villeroy étoit à une portière. Ce carrosse de service marohoit immédiat tement avant celui du Roi. II y avoit encore deux carrosses du Roi en avant; celui qui niaiciioit le plus près de celui du service étoit un carrosse peint en vert, qui sert aux entrées des ambassadeurs; j'y étois dans le fond à droite , M. d^Âyen à gauche, M. le maréchal de Duras sur le fond de devant avec M. de Sourches ; M. le comte de Gramont et M. le marquis deGontaut aux deux portières. Dans le carrosse en avant tle celui-ci étoient M. de Tallard dans le fond et M. d'Ai inentières ; sur le d(;vanl, mon fils et M. d'Estissac ; aux portières, milord Clare et M. de Groissy. Cette place de M. d'Armentières a été fort remarquée^ d'autant plus qu'an retour il affecta d'arriver le premier au carrosse et de s'établir dans le fond ; mon fils, qui arriva un moment après lui, se mit sur le devant ; M. d'Armentières, peut-être un peu embarrassé, lui demanda pourquoi il ne se mettoit pas dans le fond, mou

(l}J'ai marqué dans un autre endroit, que (eu M. le Premier, père de celui-ci,qui logeoit à la pelile incurie, s'en rtîtoiirnoit toujours chez lui dans les carrosses du Roi, se lucttant toujours sur le dcvaul quoiqu'il lût seul, disant: « C'est ma place. » ( A'ote du duc de Luynes.)

tïê MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES.

fils lui répondit que c'étoit la place de M. de Tallard et qu'il ne vouloit prendre la place de personne. Il y eut une petite question au Rond du Cours, pour savoir où dévoient marcher les cbevau-légers. Leur place est eu avant du carrosse du Roi, comme les gendarmes derrière les gardes du corps qui accompagnent le carrosse. Le^ deux compagnies des mousquetaires sont toujours en avant des chevau-légers. Il s'agîssoit donc de savoir si cés troupes niarcheroient en avant du premier carrosse ou seulement du carrosse du service , et ce fut devant le carrosse du service qu'elles marchèrent ; il étoit environ quatre heures quand on se mit en marche. Les troupes du guet àchevaly des Invalides» de la Ville, bordoient ia haie depuis la porte du Cours jusqu'au coin de la terrasse des Tuileries ; ensuite c'étoient les gardes franooises et suisses; les François du côté des Tuileries, et les Suisses du côté de la rivière. 11 y avoit six officiers des gardes du corps qui jetoient de Tarirent au peuple, tout en gros et petits écus, excepté 7 ou 8 louis et doubles louis et 12 ou 15 demi-louis; la somme totale a été de 18,000 livres. On cria beaucoup : Viv$ le Rai et Vive la Reine. La Reine avoit un habit gris avec très-peu d'or ; le peuple en fit la remarque. Il y avoit beaucoup d'ordre dans les rues ; cependant la marche fut lente, et les deux carrosses qui étoient en avant des troupes arrêtèrent plusieurs fois, de sorte qu'on fui cinq quarts d'heure pour arriver du Rond du Cours à Notre-Dame.

J*oubliois dans le cortège le vol du cabinet qui accompagnale Roi depuis leRond du Cours jusqu'àNotre-Datne, en allant et en revenant; il marchoit derrière les chevaulégers, immédiatement avant le carrosse du service, l'oiseau sur le poing, M. Forget à leur tète. Le Roi attendit quelques moments dans le parvis Notre-Dame jusqu'à ce que la Reine fût arrivée. Les carrosses de la Reine suivoient immédiatement les gendarmes. On avoit eu Pattention de &ire marcher en avant de tous les carrosses des

écayers. Lorsque la Reine fat descendue avec M"^ la Dau-

phine et Mesdames, le Roi entra dans l'église, où M. l'archevêque FaUendoit, en hal)its poiitiiicaux, à la tète du clergé, et présenta la croi x des reliques à baiser au lioiet à la lieine, qui se mirent à genoux ; ensuite il les encensa et il leur fit un compliment qui dura trois ou quatre minutes. M. Varchevèque marcha ensuite à la droite du Roi, en avant , précédé par le clergé , et alla se mettre à sa place. Le Roi et la Reinese mirent sur le prie-Dieu, M™'^la Dciuphine et Mesdames sur le drap de pied à l'ordinaire ; * M. lecardiualde Soubiseet M. l'archevêque de Rouen à leur place comme grands aumôniers; un peu plus haut et presque sur la même ligne, étoient M. le chancelier, M. le garde des sceaux et M. Tabbé de Pomponne. Der-* rière eux, les conseillers d*Ëtat. M. Pévèque de Chartres ne put avoir de place auprès du prie-Dieu; il alla se mettre au rang- des évêques. Mon frère éloit à sa place auprès de M" •'la Dauphine, comme son premier aumônier, et M. de Meaux auprès de xMadame Adélaïde. Il y avoit «nviron 18 ou 20 évéques dans le sanctuaire, du côté de rëpltre, et vis-à-vis d'eux, du côté de l'Évangile, on avoit* placé la plus grande partie des dames de la suite de la Reine, de M""" la Dauphine et de Mesdames. J'ai déjà uiarqué, l'année passée, les places de service, ainsi que celle du Parlement(l) à droite du côté deTépltre, en robes rouges, et vis-à-vis d'eux la chambre des comptes, la cour des aides et la Ville, du côté de rÉvangile.

J'oublie de marquer que H. Desgranges marchoit à la tète de tout le cortège du Roi, en habit ordinaire, précédé par ï hérauts d'armes en habit de cérémonie. Lorsque le Roi et la Reine furent placés , M. l'arcbevôque

(t)On a teiiiaï qné avec étonnemcnt que le Parlement se tint toujours a<;« sis iwmlanl le Te Detun, quoique le Roi et la Roine fussent debout, et qu'ils ne se mirent point à ^lmioux à la bénédiction de M. l'archevêque. Madame Adélaïde en lut surprise, et demanda à la Reine si c'étoit une étiquette. {Noie 4lu due d$ Lttynet.)

entonoa le Te Deum, qui fut exécuté dans le jubé parla mmiqae de Notre-Dame, Benoit, de la musique du Roi, y chanta un récitatif avec cette grande et agréable voix que Ton admire avec raison. Il y eut aussi une haute

taille qui y clianta fort bien. Le Te Deum^ le Domine salvum fac Reyem et la bénédiction de M. rarchevèque durèrent en tout trois quarts d'heure. Pendant ce temps, toutes les troupes avoient été se placer chacune dans l'endroit qui leuravoit été marqué ^ et tout se trouva rangé pour le retour quand le Roi sortit de Téglise. On . revint par le même chemin ; mais on ne fut que trois quarts d'heure pour venir de là au Rond du Cours. Là, le Koi remonta dans ses voitures légères pour retourner à Bellevue, et ceux qui étoient venus dans leurs voitures au Rond du Cours s'en retournèrent de même où ils voulurent. Il y eut ce jour-là des illuminations par toute la ville y et elles commençoient quand le Roi partit.

M. delà Popelinière au passage de LL. MM. lit tirer un leu d'artifice dans sa maison de Passy; la iieiue arrêta quelques moments pour voir ce feu.

Je n'ai pas marqué Tarrangement des carrosses de M** la Dauphine et de Mesdames; ce que j'en sais seulement, c'est que dans le carrosse de Madame Adélaïde, M"' de Beauvilliers étoit dans le fond avec M"* d'Estrades et M"* la duchesse de Gianioiil sur le devant. II seml)le que la charge de dame d'atours ne donne d'autre droit qu'une place dans le carrosse, mais non pas la place du fond^ surtout lorsque la dame d'atours n'est point titrée et qu'il y a des femmes titrées. Cette question a déjà été décidée à l'occasion de M"* d'Egmont (Duras), dame du palais de la Reine; elle se trouva dans le carrosse de la Reine avec M""* de Mailly, dame d'atours; M°"^ de Mailly prélendoit parle droit de sa charge ♦'■Irc dans le fond, à côté de M- la maréchale de Boufflers; M"" d'Egmont soutint son droit comme grande d'Ëspagne, et le Roi décida en sa faveur.

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Au retour du Roi , et pendant qu'il étoit encore en chemin, on commença les illuminations; mais il y avoit encore trop de jour pour qu^elles fissent leur effet. 11 y en eut par toute la ville; celle qui fut le plus remarquée sur le quai fut pardessus toutes celle de M. de Kaunitz au palais de Bourbon , et celles de M. de Fleury^ de M. d'Aumont et de M. de Saint-Aignaii. il y eut le soir un feu à la Grève.

Dumereredi S0,VersaiUe8. — M. Delafosse, premier chirurgien de la Reine, mourut hier, à quatre heures après midi, de la suite d^une indigestion; il avoit quatre-vingtquatre ans; il laisse deux en&nts, dont Fan est conseiller derc au Parlement ; Tautre est une fille mariée depuis longtemps. M. l)el;ifossc oit environ 50,000 livres de rente; il étoit fort économe et avoit toujours mis ses épargnes à profit. Il avoit été premier chirurgien de feu jj|me la duchesse deBerry, qui avoit beaucoup de bonté pour lui. La charge de premier chirurgien delà Reine, qu'il avoit eue à la création delà maison^ ne vaut qu'environ 6,000 livres de revenu; mais il avoit outre cela la place d'inspecteur des hôpitaux de Flandre, qui vaut 4.,000 livres, et une charge de chirurgien ordinaire du Roi. Il avoit obtenu sur cette dernière /*0,000 livres de brevet de retenue. Il en avoit vendu la survivance au S'Beaucaillot, chirurgien de M. le Premier. Beaucaillot a payé 10,000 livres sur cette survivance, et est actuellement obligé de payer 40,000 livres à la succession de M. Delafosse.

M. le duc de Broglie vint ici hier avec M. de Revel, son frère, pour faire signer le contrat de mariage de M. de Revel avec la fille de M. Savalette, garde du trésor royal.

M. l'archevêque de Paris vint ici hier matin, et parla seul au Roi assez longtemps.

L'arrêt du conseil du 23 fait grand bruit , et parolt , donner quelques espérances au Clergé que S. M. vou-

m MËHOTRES DU DUC DE LUTNES.

dra bien protéger la puissance ecclésiaslique contre les entreprises des juges séculiers. Cet arrêt casse et annuie^ comme attentatoires à la juridiction de TÉglise, les procédures faites au bailliage de Tours contre le S' Pétard, curé de la paroisse de Saint-Pierre-le-Puellier de la ville (le Tours, au sujet des refus des sacrements faits par ledit S"" curé au S'Maignier, prêtre de la même paroisse. Lvs termes de cet arrêt sont si forts et si expressifs, qu^on ne peut douter du zèle et de la volonté du Roi pour le maintien et la conservation de la juridiction ecclésiastique.

Il a paru dans le même temps un autre arrêt du conseil, qui sui)prime un écrit en forme do lettre, qui a été imprimé et qui s'est répandu dans le public. Cet imprimé | n'est autre chose que la grande lettre signée par vingt et un évèques et présentée au Boi par M. l'arcbevèque d'Aix; j^en ai parlé ci-dessus; les noms des évôques ne sont point dans Fimprimé. Un zèle indiscret ou peut-être le désir défaire de la peine au clergé ont déterminé à faire imprimer cette lettre , et le Roi, voulant s'en tenir aux principes de sagesse qui lui ont fait défendre l'impression de tout écrit sur cette matière, a jugé à propos.de supprimer celui-ci.

L'arrêté du Parlement d'hier est encore plus singulier , que les autres ; la demande de proroger le Parlement a paru toute nouvelle.

Les médecins de Montpellier prétendent que la petite vérole ne se gagne point ; rexpérience est contraire à ce raisonnement; la maladie de M'' le Dauphin en est actuellement une preuve. M. le maréchal de la Fare, qui avoit beaucoup de peur de la petite vérole (1) , ne l'ayant

(1) Les amis de M. de laFare lui conseil loient de ne point entrer chez M. le Dauphin, niais il soutenoit toujours qu'il n*avoit pofait de p«ur; cependant il disoit dans oe temps*là mène, mais mus être effrayé : « Si f aTois la petite vérole, j*en nonrrois : moo père et mon grand-pire en sont morts. » {Note du duc de LuifHet, )

SEPTE»IBRE i7M. 183

point eu ou fort légèrement, et qui entroit chez M. le Dauphia tous les jours^ mais seulement dans le temps de la messe, a la petite vérole depuis six jours. M. Binet^ premier valet de chambre de M. le Dauphin^ Ta depuis trois jours.

M"" la duchesse de Rohan (Chàtillon) a été saignée sept fois, etu été à Textrémité ces jours-ci, d'un crachement de sang et d'une rétention d urine.

Le Parlenaent. — Feux d^artifice et feux de joie. — Arrangement deMeudoo.

— Compliment de l'envoyé «le Tripoli. — Jeux en Ani;Ieterre. — Audience des État!* de Languedoc; disf-oiirs au IVii. — Chasses du Roi. — Le Koi à Crécy. — Procès de M. de Griuïberglien. — Le Dauphin et la Uauphine vont au Te Deum à Paris. Le roi de Pologne à Versailles. — Revenus et dépenses da roi de P«»l<»giie. — Le rallie de Pologne. » Aventiirede Gauthier.

Duvmdredi 1*% FerMtlIss.^ La conduite duParlement

devient plus singulière de jour en jour. Il fait hriilerpar la main du bourreau, comme séditieuse et attentatoire à la souveraineté du Koi, une lettre très-sage, très-mesurée, écrite par les évèquesau Roi; ils demandent une prorogation, ce qui n'a jamais été demandé par le Parlement depuis le commencement de la monarchie, et quel est le sujet et l'occasion de cette demande? Une circonstance que je n'ai apprise qu'aujourd'hui, c'est que dans la dernière assemblée où l'on conclut à. faire brûler la lettre, le grand banc, au moins les premiers opinants, n'ouvrirent point cet avis, lis désapprouvent la violence des résolutions qui se prennent dans ces assemblées, et s'ib n'osent paa^ par une prudence peut-ètte nécessaire, découvrir leurs véritables sentiments , au moins [)roposent-i1s les avis les plus doux qu'il leur est possible. Les six premiers qui ouvrirent Tavis de faire brûler furent six jeunes magistrats, dont l'âge ne permet pas encore que l'on compte

134 ftlÉHOlIIES DU DUC DE LUYNES.

leurs voix. Un des plus vifs pour ces opinions outr ées est le petit abbé Chauvelin. On compte aussi parmi les plus zélés de ce partie M. Gilbert, fils du conseiller d^État^ et M. Tradaiue^ fils de M. Trudaioe qui est intendant des finances et conseiller d'État.

Mardi dernier, le Roi alla coucher à Bellevue; il y eut le lendemain à Bellevue un feu d'artifice avec une décoration illuminée qui réussit fort bien. Le sujet de la décoration étoient deux dragons^ qui de leurs cavernes jetoient feux et flammes sur un Dauphin^ et Apollon, sous la figure du soleil , qui vient au secours du Dauphin et lui rend la santé après avoir détruit ses ennemis.

Après ce feu , il y en eut un autre sur la rivière, au bas delà terrasse. Deux jours auparavant, il y en avoiteu un fort joli et bien exécuté chez M""^ d'Estrades, à sa petite maisou àMontreuily ici près^ derrière la butte de Montboron.

Il y eut hier un feu de joie, que M. d'Argenson alluma aux Invalides, avec tout Fappareil convenable à cette cérémonie. On me disoit aujourd'hui à çette occasion que

les logements dont j'ai parlé dans le temps, qui y ont été établis et bâtis par M. d'Argenson pour la retraite d'un grand nombre d'ofliciers principaux, sont tous remplis.

Le Roi y hier, en partant de Bellevue pour aller de là tirer et coucher à Ghoisy, passa à Heudon; il n'entra point dans le château, mais avança seulement à la grille qui communique delà terrasse du château neuf au château vieux; ce fut là qu'il vit M"^le Dauphin de près pour la première fois depuis sa maladie. M"'"^ le Dauphin^ qui porte à présent la perruque, étoit habillé et en bonnet de nuit dans ce moment; le Roi ue l'embrassa point; il embrassa M*"* la Dauphine.

le n'ai point encore parlé de rarrangement de Meudon. M*^ le Dauphin et H**' la Dauphine mangent seuls , chacun de leur côté , soir et matin. On leur fait la cour à dinar et à souper j outre cela M""^ la Dauphine joue sur

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les sept heures aa papilloD avec ses dames , et on peut encore lui faire sa covr pendant ce temps.

11 y a une table du Roi pour les dames et grands officiers de M*' le Dauphin et de M'"* la Dauphine, qui est servie soir et matin dans la salle (les marronniers. L'an mon icr de quartier a droit d'y manger. Personne ne la tient; elle est censée table de M. de Livry, qui a même déjà été une fois ou deux la tenir; sur les représentations qu'ont faites les chapelains et clercs de chapelle de M""' la Dauphine qu^ilétoit difficile de trouver à Meudon à manger, on leur a établi une table; mais on leur retient ce que l'on a accoutumé de leur donner par jour pour leur nourriture; c'est 5 livres par jour. Les mûmes représentations ont aussi été faite; poiir les femmes desdames, et on leur a établi une .table. Toutes ces fables sont aux dépens du Roi.

De la maison de H"*' la Dauphine, il n^y a que sa table,

la table de M. deMuy, qu'il tient dans le grand appartement du château neuf au rez-de-chaussée du prand 'jardin, et une table du bureau, qu'on a établie à cause du voyage de Meudon, par la même raison de la difiiculté de trouver h manger; et à cette table du bureau, les chapelains, clercs de chapelle et le porte-manteau y mangent.

Il y a pour M»' le Dauphin sa table particulière et trois

autres tables, comme celles que je viens de marquer pour M*"^ la Dauphine. Les pages et les gardes du corps ne sont point nourris.

Il n'y a de logés dans le vieux château que M**" le Dauphin et la Dauphine, qui occupent les deux appartements d'en haut à gauche; de sorte que pour aller chez H">* la Dauphine il faut passer par la terrasse découverte ;

on y arrive par le d'un escalier de dégagement, à

la suite duquel immédiatement est le cabinet , où M'"*=la Dauphine mange et joue. L'appartement à droite en haut n'est point occupé ; et il y a outre cela de logés dans le

tSO MÉMOIRES OU DUC DE LUY^ES.

même château en bas^ M. de Gesvres(l) d'un cùté^M"" de Lauraguais de Tautre, etM"^ de Brancas, les dames d'honneur. Avec cela le service nécessaire à M*** le Dauphin et à M**' la Dauphine. Le premier aamônier de M"^ la Dan-

phine, le chevalier d'honneur, les dames sont logés dans le château neuf. On sait qut; le cliàteau neuf a été bâti thi temps deMonseigneur en ;1700J, dans le même lieu où étoit la grotte fameuse bâtie par Philibert deLorme.

A Tégard du vieux château ^ il fut bAti pour le cardinal de Lorraine par Philibert de Lorme^ architecte célèbre sous le règne de Henri H; il fut embelli par HM. Servien et de Louvois. Louis XIV Tacheta de M"* de Louvois pour M''''' le Dauphin, en échange de Choisy-Madenioiselle, aujourd'hui Choisy-le-Hoi , qui avoil été légué au Roi par M^" de Montpensier, par son testament. La terrasse de Meudon a environ 130 toises de long sur 70 de large. On compte que le travers da parc, depuis la porte du côté des Capucins jusqu^à la porte du côté deChevreuse, a 1 ,800 toises, et à peu près autant de la porte deClaniart à celle de Chaville.

On a vu dans ce journal la relation de la maladie de M'** le Dauphin et la manière dont s'est faite la séparation des personnes que Ton craignoit qui ne gagnassent la maladie. Mesdames n*alloient point chez lui ^ ainsi que le Roi; mais le Roi voyoit tous les médecins et les- principaux officiers qui étoient auprès du malade. La Reine alloit tous les jours deux fois chez M**'*" le Dauphin, et elle alloit aussi tous les jours chez le lioi. Mesdames toute.s • quatre alloient chez le Roi et chez la Reine deux fois par jour. 11 ne faut pas être étonné si on n'a pas observé toutes les plus sages précautions et les règles ordinaires; c^est que la maladie de M'' le Dauphin étoit la maladie

(1) M. de Gnvres n*y a été que pendant quelques jours; il a été remplacé quelqueTois |Mr M. de Richelieu et piua sonveot par M. d'Auiuont. {Kult . dudftedeluifnes.)

SEPTEMBRE i7tfjl. 137

de rÉtat, et que le vif intérêt qu'on y prenoitl'aisoit oublier le danger cjue chacun couroit.

J)epuis que M'^' le bauphiu est à MeudoD^ la Heine y va tous les deux jours.

J'ai parlé ci-dessus de Taudience de l'envoyé de Tripoli ; j'ai eu depuis le compliment c|u'il fit au Roi , que je fais copier ici. Cet envoyé s'appelle Âli Effendi.

Très-baut, très*îiiTiiidbleet glorietix empereur. Le pacha de Tripoli, mon mettre, m'enToîe aux pieds du tréne de Votre Majesté impériale pour rassurer, dans le plus'profond respect, de la siooère douleur <|ue loi ont causée les désordres et les insultes que i|uelques*un8 de ses eor> saires ont commis, contre ses intentions et sa volonté, envers le pavillon de France, et qui avoient justement offensé Votre IMajcsté impériale. Le pocha mon maître en demande pour les coupables grâce et pardon à Votre Majesté impériale, et vous supplie d'effacer de sa mémoire le souvenir du passé, en faveur des fortes assurances qu'il lui donne, tant en son nom qu'en celui de la régence, que les corsaires de Tripoli ne lui donneront [)lus le moindre sujet de plaintes, ou qu'ils en subiront telle peine qu'il plaira à Votré Majesté impériale d'exiger. Votre Majesté impériale peut juger de la résolution oii est le pacha de sévir contre ceux qui oseront enfreindre les ordres rigoureux qu'il a donnés à ce sujet, par les satisfactions quMl a faites à Votre Majesté Impériale, en présenoe du commandant de ses vaisseaux, et qu'elle a eu agréable d*aocepter. Quoiqu*etle8 aient été réglées conformément aux désirs de Votre Majesté impériale, le pacha les auroit encore portées plus loin, pour liii plaire'et lui marquer une entière soumission, si la constitution de son pays lui avoit permis de le faire sans risque.. Mais il n'en est pas moins disposé à donner eu toutes rencontres à Votre Ma* Jesté impériale lés plus fortes preuves de Tenvie quUI a de mériter ses bontés, sa bienveillance et sa puissante protection. Comblé des faveurs et des grâces que j'ai reçues dans les Étals de Votre Majesté impériale depuis le séjour qu*elie m*a permis d'y faire, j'aspirois après le moment où j'aurois le bonheur de paroître devant elle et d'admirer les augustes qualités qui ont porté son nom au delà des mers autant que ses triomphes et ses victoires. La majesté et la douceur de ses regards qui annoncent sii clémence me llatlent qu'elle daignera recevoir avec bonté les liommagesde ma vénération profonde et me permettre de rapporter au pacha mou maître, après avoir exécuté ses ordres auprès de Votre Majesté impériale, les assurances-dû retour de ses bonnes grâces. Pourrois-je ne pas m'enbardir à les hil demander dans Theureuse conjoncture où une £iveur marquée du Tou^Puis8ant vient de

ISS MKMOIRES DU DUC DK LUYNES.

rendre à Votre Majesté impériale un prince qui lui est d'autant plus cher, que sa conservation doit assurer à ses sujets la continuation du , bonheur dont ils jouissent sous son rèp:ne. T'ose mêler nin voix à celle de tout un peuple qui a porte ses vœux au ciel pour la précieuse saute de M'-'' le Dauphin. Il ne me restera rie;i à désirer si, après avoir été l'instruujent dont le pacha mon maître s'est servi pour s'humilier aux pieds de Xotre Majesté impériale, je puis être honoré d'un regard favorable de sa part.

M. de Mirepoix, qui est venu ici de son ambassade, par congé, commeje l'ai marqué^ disoit, ilyaquelques jours, que les jeux les plus ordinaires en Angleterre n'étoient pas les mêmes qu'en France; les leurs sont le tricet à quatre, le niourmoni et la basseite.

Du mercredi 6, Versailles. — Dimanche dernier, 3 de ce mois, les États du Languedoc eurent audience du Koi seulement; ils furent présentés par M. le prince de Dombes, gouverneur» et M. de Saiut-Floreutîn. Ce fut M. Tévéque de Béziers (Bausset de Roquefort) qui porta la parole; H. le marquis de Ghambonas étoit député de la noblesse. Ils ont demandé pardon au Roi d'avoir en le malheur de lui déplaire aux derniers États. Le Roi leur a permis de s'a.sseml)ler seulement, mais ce n'est pas encore une affaire finie (Ij.

( 1} Je n^étois pas pré§ent aa dictoonra, el on m'avoit dit qu*ils t^étoicat terris > do mot de pardoo ; j*ai eu depuis une copie trèSMoacte dè ce discours ; on la trouvera ci-aprt^. On n'en donne point de CO|He, |NUPOeque l*on Oraiotqu^elle ne soit imprimée par quelquo indiscrétion.

J'ai lait plusieurs questions à la personne qui me l'a rerois, et qui est trèsiuttriilte de ces détails; mais je n'ai pu avoir aucims édairdBsements certains. Si toutes clioaes étoient dans la même situation qn*en 1749, qui étoit la dernière tenue des États, il n*est pas misemblable qn*on leur eût permis de se rassembler; il o<t donc comme certain que Ton a trouvé quelques moyen<« de conciliation; ils doivent s^assembler le 26 de ce mois ; il fiiot attendre ce moment.

Depuis la cessation des LIaU on a suivi les rôles anciens; on a demandé desdéelarations; presque toutes ont été données, et on a réformé les rûlesea eonaéquence des déclaratloBa. L'nsage en Languedoc pendait l*adminislralion des États est que toute imposition, quelque nom qu*elle ait, est toujours re-

SEPTEMBRE iltfft. 13»

Tai marqué lamortde M. Delafosse, premier chirurgien de la Reine. Cette place vient d'être donnée à M. Dulaiier^ qui étoit chirurgien ordinaire de la Heine, et

gardée comme augmentation de tailles , et payée potir telle sans murmure.

Il est vraisemblable, comme je l'ai dit dans le temps, que «>i on avoit obsenré une autre méthode dans l'assemblée de 1749, on auroit évité ce qui est airiTé. ( Addition du due de Luynes, datée do 2 octobre 1752.)

DiMomn du députés des États de Languedoc au itoi.

Sire, les États de Langnedoe ne s'élotoit pas toujours distingués par leur soumission et leur respect, si leur xèle et leur amour pour leur souferain avolent jamais pu £tre soupçonnés, j'emploierois le moment où j'ai Tlionneur d'être leur organe au pied du trône à vous peindre le cœur et les sentiments d'un corps qui fit toujours sa gloire de plaire et «i'oWir à son roi; je dirois que si, par une fatalité que nous ne cessons de déplorer, il a eu le maltieur de Toos déplaire, du moins la dndtttraet la pureté de ses sentiaoents n'ont pu être équivoques; que la manière dont la province s*est conduite dorant tout le temp.s de sa disgrftce en est une preuve bien touchante.

Plus obéissante, plus respectueuse que jamais dans ce temps de deuil cl d'alfliclion, tous les ordres qu'il a plu à Votre Majesté d'y envoyer ont été exécutés avec une exactiluiie, une docilité, qui n'ont rien laissé à désirer.

Tel est, Sire, le caractère des bous et fidèles sujets ; ou lit jusque dans leur disgrftce même lenr attacbement à leur devoir; «t à la vivacité de leur douleur, l'on sent que si la conduite a paru réprébensibie » le cœur n'a Ja» mais cessé d'être fidèle.

Mais, Sire, il a plu à Votre Majesté de s'attendrir surnotre sort; elle nous a permis de porter à ses pieds notre douleur et nos soupirs, etdelui représenter rétat d'une province accablée du poids de ses malheurs.

Rassurés par tant de bontés, nous osons la conjurer de la maintenir dans ses usages, ses privilèges, toujours également ntiles, nous osons le dire, à nos souverains et à leurs sujets.

Daignai, Sire, joindre à cette prenière faveur celle d*4tr« convainea que les évêques continueront toujours à se distinguer, à donner aux peuples l'exemple du respect et de l'ob'Mssance aux ordres de Votre Majesté, qu'ils n'ont cessé de leur auuoncer comme l'un de leurs principaux et de leurs plus chers devoirs.

Point d^occasion. Sire, plus tieureose et plus favorable à animer notre espérance que celle où nous nous trouvons aojourd'irai. Le del, en f oos rendant cet auguste lils, ce prince si cher à toute la France et à toute l'Europe,

semble, par ce bienfait signalé, avoir voulu disposer en notre faveur un ca'iir (it'ja si porté par lui-même à la clémence. Pourricz-vous refuser aux protestations sincères de nus invariables seutiments, le retour de votre bien* veilianoe. Non, Sire, votre religion, votre bonté, votre Justice, mnis en sont des garants trop consolants et trop assurés.

140 MÉMOIRES DU DUC DE LUYriES.

M. Desport , chirurgien da commun de la Reine , a été

nommé chirurgien ordinaire de la Reine.

Le 4, le Roi alla tirer dans la plaine de Saint-Denis et ensuite souper chez M. de Soubise à Saini-Oueu. Ce fui une fête. 11 y eut après le souper des illuminations dans le jardin, des danseurs de corde, voltigeurs, etc., et autres danses, un feu d'artifice, quelques scènes composées relativement à la convalescence de H*' le Dauphin ; nftiis il arriva un malheur pareil à celui que j'ai marqué l'année dernière dans la môme maison ; un enfant a été tué d'un coup de fusil. On a eu grand soio de le cacher au Roi. Le Roi vint cette même nuit coucher à Believue (1).

Hier, 5, laReine, qni, comme je Fai marqué» va presque tous les deux jours àMeudon^ y alla dîner. M'' le Dauphin et M"" la Danphîne^ qui avoîent toujours mangé séparément^ dînèrent avec la Reine; il y avoit aussi les dames de la suite de la Reine à table avec elle.

Du mardi 12, Versailles. — J'ai reçu aujourd'hui des nouvelles de Crécy ; on trouvera ci-après la copie de ce que l'on me mande.

En arrivant à Crécy nous trouvâmes la maison illuminée du côté de la cour, en suivant exactement rarchitecture. Le vent qu*il foisoit y eausoit un tort considérable, cependant l'aspect en étoit charmant, r^ous aurons demain un feu dont les pcéparatife sont très-beaux, au bas du vertugadiD.

' La pluie qu'il fait gâte les décorations; on les raocommode sans cesse, mais le mauvais temps ne peut manquer à" y faire grand tort.

Le Roi s'en retounieni le 14 àVersailles ; le IGà Choisyjiisqu'au 18; le 19 à Versailles jusqu'au 21 ;ce jour-là à Choisy jusqu^au "22 au soir.

Réponse du Roi,

Je donnerai mes ordres pour la «soovocatkm des États. Mes cominissairti«t leur feront savoir mes intentions, et je reçois toujours avec satlsfàctioa tes

témoignages de votre zèle et de votre soumission.

(1) J'ai onhlic de parler d'un souper tiue M. de la Vallière a donné au Roi à Monlruuge, le jour cpie S. M. alla chasser dans celte plaine. J'ai oui dire que ce souper lut très-grand et bien servi. {IVàiêdu due de Luynes.)

SEPTËMBBE ITIsa. |4I

qu il ira ù Versailles; et le 25 à Choisy pour aller de là à Fontainebleau.

M. deLèdeest arrivé iei (à Créqr), et annonce Tarrivéc deMd4aine lofiiDte pour le 36 à Fontainebleau..

H"* de Pompadour fidt demain huit mariages ; les repas se fieront 80U8 des tentes.

U y a illuminations aujourd'hui, on vient de rapprendre dans le momoit.

M'"'' de Chateaiirenaiid présenta ici à Versailles vendredi dernier M'"'' de Belestat, sa seconde lilie; elle n'avoitpu être présentée avant Gompiègne, s'étant trouvée ÎDcommodée, comme je l'ai marqué. Elle a la place de dame de Mesdames^ de M"* sa mère^ qui doit cependant l'exercer encore quelque temps.

Le même jour, M. révêque de Carcassonne (Bezons) vint ici demander l'agrément du Roi pour le mariage de M. de Bezons son neveu avec la ûlle de M. de Briqueville (La Luzerne).

Le même jour M. le maréchal de Balîncourt vint aussi demander l'agrément de S. M. pour le mariage du fils de

son frère avec une nièce de M. le chevalier de Saint- Pouin. Je doisdéjA avoir marqué que MM. de vSaint-Pouin sont parents des Sillery. MM. de Balincourt et de Saint- Pouin n'ont demandé qu'aujourd'hui Tagrément de la Reine; ils ne croyoient pas même être obligés à cette marque de respect; ils s'imaginoient qu'il sufBroit d'apporter leur contrat à signer à la Reine. H"* de Luynes leur a dit sur cela ce qui convenoit, et cet avis est d'autant plus nécessaire que beaucoup de gens mal instruits sont dans la môme erreur qu'eux.

Ce même vendredi 8, qui est le jour des vacances du Parlement, M. le premier président et tout le grand banc vinrent au lever du Roi ; le Roi ne leur parla point et ne parut pas même les regarder.

Ce jour, qui étoit la fête de la Nativité de la Vierge, la Heine alla à la grande messe des missionnaires , comme

14» MÉMOIRES DU DUC DE LUYI«ËS.

elle fait presque tous les dimapches; mais le Roi entendit soiileiiient une messe basse de sa tribune; les vêpres l'après-cliiu'e chantées en haut par la grande chapelle, et immédiatemeat après , le saiui des missionnaires. 11 y eut grand couvert ce jour-là, ce qui est fort rare actuellement; il y eut aussi conseil de dépèches.

Tai parlé ci -dessus du procèsde M. deGrimberghen^ du renvoi de ce procès au Ghàtelet pour le civil et devant le lieutenant criminel, pourle criminel, contre ravocat Roussel. Je dois avoir marqué aussi que Roussel, comme avocat au conseil, ayant prétendu ne devoir être jugé que par les requêtes de Thètel air souverain^ et ayant obtenu, il y a deux ans, àCompiègne, d'être renvoyé devant ce tribunal pour ce qui le concernoit; M. de Grimberghen demanda aussitôt que l'affaire civile qu'il a contre l'électeur fûtirenvoyée devant les mêmes juges, d'autant plusqueles deux alïaires, civile et criminelle, avoient trop de rapportl'une à l'autre pour être séparées. M. de Grimberghen obtint ce renvoi. 11 a même obtenu depuis , pour éviter le changement déjuges qui se fait tous les trois mois, que l'affaire demeurât en entier devant le quartier d'octobre. M. de Grimberghen ayant voulu faire juger l'affaire civile avant la criminelle, l'a suivie devant les juges d'octobre. Ce tribunal rendit un jugement en sa laveur, au mois de juillet dernier, par lequel ses conclusions contre rélecteur lui ont été adjugées en entier; c'est un jugement par défaut^ l'électeur n'ayant pas comparu, comme on peut le croire, mais un jugement sans appel. M. de Grimberghen l'ai fait imprimer avec la requête qu'il avoit présentée [)our l obtcnir. Depuis (jue cet imprimé a été répandu dans le public, Pégliony, se prétendant chargé des pouvoirs de l'électeur et cessionnaire de ses droits, a demandé à être reçu opposant à ce jugement; il a fait imprimer un mémoire et présenté une requête au conseil tendant à obtenir que l'affaire, comme si elle n'avoit pas été jugée ; filt renvoyée devant les commissaires de la

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