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succession Bombarde. M. de Grimberghen , s'en tenant à un jugement sonverain^ rendu après avoir observé toutes les formalités nécessaires et en conséquence du renvoi fait par le Roi, a cru ne devoir rien répondre à la requête de Péglîony . Ce fut dans le conseil de vendredi que cette requête fut rapporttc par M. d'Argenson et non admise; ainsi l'on peut reiiardtr celtti alTaire comme finie. * Avant-hier dimanche, M»' le Dauphin etM""'laDauphine allèrent à Paris. M . le Dauphin avoit deux carrosses ; M"*^ la Dauphine «n avoit trois sans compter celui des écuyers; elle n'a que deux carrosses du corps (1)^ mais on avoit emprunté un des trois carrosses de la Reine. le Dauphin étoit d-ans le carrosse de M"* la Dauphine, avec M"" de Brancaset de Lauraguais sur le devant, M""" de Brancas la douairière à une portière et M'"" de Kochechouart à l'autre. Dans les deux autres carrosses, les dames de M'"*' la Dauphine, et d'extraordinaire M"* la maréchale de Montmorency (Saint-Simon)^ H"^' la comtesse de laHarck (Noailles), M"* la duchesse de Nivernois (Pontchar train). M"* de Cossé (Rivière), et M'"* de Clermont-d Amboise (Chabot). Dans les carrosses de M*"" le Dauphin, il y avoit M. le maréchal de Richelieu et les menins, et d'extraordinaire M. le i comte de Montmorency et iM. le comte de Gramonl.
Les gardes françoises et suisses n'a voient pas bordé la haie comme pour le Roi : ce n'est pas l'usage en pareil cas; il y avoit seulement une garde à Notre-Dame et une à Sainte Geneviève, et elles battirent au champ: c'est la règle. En conséquence d'un ordre du Roi, M^"" le Dauphin en allant passa par le pont de Sèvres, parle Cours, par la rue Saint-Honoré, etc. Il entendit à Notre-Dame un Je Deum en faux bourdon. De là il alla à Sainte-Gene* viève^ et revint à Meudon par le faubourg Saint-Ger-
(1) M"* ta Dauphine • no carrosse pour les entrées d^ambassadeurs, mais il ii*a point de twasse et nu doit point en avoir, el il falloit ce jour «là trois carrosses à liousse. {Note du duc de Lu^neC)
main. Il étoit parti A deux heures et demie, et ne rentra
à Meudon qu'entre huit et neuf.
Samedi dernier, le Roi après le conseil d'Etat alla déjeuner à Trianon, et ensuite tirer dans le petit parc. Il monta dans ses carrosses à la porte de Saint-Cyr pour aller à Crécy, où il a dû faire médianoehe ; il en reviendra jeudi.
Je crois avoir oublié de marquer que M. de Bouftlers-
Remiancourt , capitaine des gardes du roi de Pologne, vint ici, il va luiit ou dix jours, delà part du roi de Pologne taire des complimeuts sur la convalescence de W le Dauphin.
Je croîs avoir marqué que M. le chevalier.de Crenay, chef d*escadre, aujourd'hui lieutenant général, avec quatre galèresqu'il commande, a été prendre Madame Infante à Gênes. L'un des fils de M. de Clialmazel^ embarqué avec M. de Crenay et aide-major de la marine, a été de Gènes à Antibes, rendre compte à Madame Infante de l'arrivée des galères. On a eu nouvelle aujourd'hui qu'elle étoit arrivée le 6 à Antibes^ d'où elle viendra à journées avec 12 gardes du corps du Roi commandés par un exempt. J'ai déjà dit que c'est M. le comté de Noailles qui a été par ordre du Roi la recevoir à son débarquement. On compte qu'elle arrivera à Fontainebleau le 25.
Le roi de Pologne vient de Lorraine passer huit jours ici. lia été à la Malgrange, de là à Gommercy, d'où il s'est rendu aujourd'hui à Sarry ^ maison de campagne de M. l'évèque de Ghàlons. Il vint, il y a quelques années, de Sarry diner à Luzancy, à dix heures du matin, dans la maison de M. de Berchiny , et de là coucher à Trianon, où il arriva à onze heures du soir; mais quoique sa santé et ses forces lui permissent encore de faire autant de diligence^ on compte que par complaisance pour M. le duc Ossolinski^ qui est aussi âgé quelùi> à quelques mois près, mais qtii n'a pas une aussi bonne santé, il
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n'arrivera qae demain au plus tôt, et même après demain. Il logera^ comme à Tordinaîre, dans l'appartement de
M. le comte de Clcrmont, et M. cFOssolinski (1) dans rapparlement de quartier, (jue M. le duc de Villeroy lui a cédé^ avec ragrément du Roi.
Le roi de Pologne arrive aujourd'hui (12 septembre). Les gardes françoises et suisses montent actuellement dans la cour pour l'attendre, l'ai déjà marqué que la ' garde monte et bat au champ pour le roi de Pologne^ môme quand le Roi est ici. J'ai inarcpu'; aussi que la i^jirde , lorsqu'elle a monté pour le Uoi, ne l'attend jamais à son retour lorsqu'il revient tard ; elle se retire toujours à la nuit, au lieu qu'elle attend la Reine à quelque heure qu'elle rentre. Cette règle îsi^i partie de celles contenues dans un livret qui est entre les mainsdu major de chacun des régiments des gardes françoises et suisses. Ce livret qui contient les ordres du Roi a été fait par M. de Montesquieu, alors major des gardes françoises et depuis maréchal de France. Lorsque la Reine a été par hasard souper à la campagne et qu'elle éioit sûre de revenir fort tard, elle a quelquefois (iit à la garde de ne point l'attendre, et elle a été obéie; cependant il n^est pas marqué dans le livret que Ton doive rien changer à Tordre du Roi sur l'ordre de la Reine.
Du jeudi li, Vei^sailles. — Le roi de Pologne arriva ici avant-hier, entre sept et huit heures du soir ; ilavoit * couché à Luzancy chez M. de Berchiny; il avoit ddné à dix heures du matin. Le roi de Pologne a dans ses voyages on 'surtout composé qui marche en poste avec lui. Au sortir de son dîner, il donne l'ordre pour le lieu où il veut diner le lendemain. Le surtout part en poste avec un officier de sa bouche et va coucher dans ce lieu ; de sorte quil trouve son dîner prêt à l'heure qu'il a
(1} M. d'Ossolinski a logé chez M. le maréchal de Belie-Iiile. (Soie du éuede iMynes,) *
ordonné , non-seulement pour sa personne , mais même
pour sa suite. J'étois présent quand le roi de Pologne arriva à Tescalier de la Ueine; la Reine l'attendoil au haut de cet escalier ; elle l'embrassa et lui baisa la main. 11 loge comme à l'ordinaire dans rappartement de M. le comte de Glermont. La Reine entra avec lui dans le cabinet de cet appartement, oii elle resta jusqu'à neuf heures.
Mesdames, qui allèrent àMeudon pour la première fois il y a trois ou quatre jours, et qui y ont été tous les jours depuis hier^ y éioient dans le moment que le roi de Po* logne arriva. Elles y entendoient une petite musique, composée de M'"' Le Maureet de VL^^ de la Marck (Noailles)^ qui Favoit amepée et Taccompagnoit; elles quittèrent pour venir voir le roi de Pologne^ avec qui elles furent une petite demi-heure.
Hier el aujourd'hui la Heine a diné dans l'appartement du roi de Pologne tète à tète avec lui, et personne n'y est entré. Il est servi par les officiers de la Reine, comme Tannée dernière. 11 n'a amené avec lui que M. le duc Ossolinski, son grand maître^ M. de la Galaisière, chancelier de Lorraine, et M. de Lucé, frère de M. de la (ialaisière, chargé des affaires de France en Lorraine. M. de Thianges est venu aussi à sa suite; il est un de ses chambellans. Le roi de Pologne en a dix. Dans rinstitution il devoit n'en avoir que six. Ces six ont chacun 4,000 livres d'appointements. Des quatre surnumé- ' raires, il y en a trois qui ont chacun â,000 livres par an, et le quatrième, qui est H. de Garaman, n'a encore* aucun appointement. Le roi de Pologne a encore amené avec lui à sa suite M. de Chimay, colonel de ses gardes. Il a trouvé ici M. de Boulllers, qu'il avoit envoyé faire compliment, comme je l'ai marqué, et qui commande une des compagnies de ses gardes. L'autre capitaine est M. de Battanconrt. Outre les chambellans, le roi de Pologne a deux gentilshommes de la chambre, qui ontcha-
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can 5^000 livres d'appointements; Pun est M. deCroy, qui demeure toujours ici et a le titre de chargé des affaires secrètes du roi de Pologne à cette cour. Depuis
la mort de M. Mechek , c'est M. Aliot qui est chargé de veiller à la dépense de la maison sous les ordres de M. le duc Ossolinski. Celte dépense est fort augmentée depuis la mort de la reine de Pologne. M. le duc Ossolinski .me disoit aujourd'hui que sans compter les 240^000 livres que le roi de Pologne donnoit à la reine de Pologne, pour l'entretien de sa maison, bouche , écuries, etc., la dépense du roi de Pologne pour la bouche seule, non compris le vin et le gibier quand on est obligé d'en acheter ; car on lui en fournit beaucoup par des arrangements qu'il a laits) ne montoientqu'à 7 ou 8,000 livres par mois y et actuellement ces mêmes articles de dépense montent à 30,000 livres par mois. Outre la cherté des vivres, qui est plus grande, ce qui donne lieu à cette augmentation, c'est (jue la table du roi de Pologne, qui ^ n'étoit que de 1(3 couverts, est actuellement de 25; il y a plus de tables particulières, et les voyages de Commercy font aussi une dépense plus considérable, parce que le roi de Pologne n'y mène qu'une partie de sa maison ^ et que pendant ces voyages il reste toujours cinq ou six tables à Lnnéville, et qu'à Commercy le roi de Pologne y nourrit tout le niDiule soir et matin , et qu'à Lunéville il n'y a point de taljle le soir, hors celle de la maison, où M. de la Galaisière donne à souper.
M^' le Dauphin et M*"' la Dauphine sont partis ce matin à dix heures de Meudon pour revenir ici. Us avoient grand empressement de se retrouver à Versailles^ à portée de voir à tous moments le Roi^ la Reine et Mesdames.
La beauté du séjour de Meudon et l'empressement qu'on a eu à leur aller faire la cour n'ont point paru, rendre cette habitation plus agréable pour eux. Le roi de Pologne alla hier passer un quart d'heure à Meudon
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pour voir H" le Dauphin et M"" la Dauphine. Il y alla dans une chaise de poste de la Reine, suivie de deux
cai rossos de la Reine, avec un détachement des trardesdu corps. Il y a aiiprc-s de lui un chef de brii^ade et un exempt. Aujourd'hui il a été rendre visite à M*"^ le Dauphin et à M*"*" la Dauphine, M. le duc de Bourgogne^ Madame et Mesdames,
M. d*Ossolinski me disoit encore aujourd'hui que les voyages que le roi de Pologne fait ici, comptant les frais de la route et des présents, font une augnien'alion de 30 ou 'i-0,000 livres dans sa dépense ; mais ces sommes cxtraordioaires, ainsi que celles employées aux bâtiments et établissements différents, sont prises sur ce qui revient an roi de Pologne chaque mois, la dépense de sa maison payée, sur les revenus de la Lorraine. M. de la Galaisière fait payer au roi de Pologne tons les mois 166,666 livres, ce qui fait 2 millions par an. Cette somme est remise le troisième ou quatrième jour de chaque mois entre les mains du receveur ou trésorier du roi de Pologne ; aussitôt ce receveur paye toute la maison, bouche, écurie, livrée, gardes du corps, cadets, académie pour monter à cheval, car il y en a une établie parle roi de Pologne, qui lui coûte 30 on (0,000 livres par an, en un mot toutes les dépenses ordinaires. Ce receveur ne garde entre ses mains que les appointements ou gages des olhciers qui sont absents; ce (]ui se trouve de surplus est remis par ce receveur entre les mains du roi de Pologne, qui donne la garde de cet argent à un ancien valet de chambre qui lui est attaché depuis longtemps. Ce sont ces fonds dont le roi de Pologne fait «sage comme je viens de le dire. Il y en aura beaucoup d'employés à la place de Nancy, ■\ laquelle on travaille assidûment et que Ton espère pouvoir être hnie dans deux ans. Tout le revenu du roi de Pologne ne consiste actuellement que dans ces deux millions.
J*ai déjà marqué, il y a quelques années, qu*il vendit
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ce qui lui restoit de bien ea Pologoe; il auroii bien voulu aussi vendre en même temps ce qui appartenoit
à la reine de l'ologne Ossolinska; mais elle n'avoit jamais voulu y consentir. Elle avoit toujours dans Tesprit le projet de retourner en Pologne, et dans sa dernière maladie^ sa tète étant très-aCfoiblie^ elle parloit sans cesse de ce projet; elle demandoit un grand nombre de fourgons pour emporter ses équipages ; elle s'informoit sans cesse si on travailloit à ses fourgons ; enfin ses questions tarent si continuelles et si vives, que le roi de Pologne ordonna que Ton fit deux fourgons dans la rue, le plus près qu'il seroit possible de son appartement, afin que tout le monde pût les voir et lui en parler et qu^elle piiit même entendre les ouvriers^ qui avoient ordre d*y travailler sans se presser*
La reine de Pologne éloit honorable et économe; elle avoit à la tête de sa maison un M. de Villancourt, qui avoit infiniment d'ordre et qui la faisoit très-bien servir. Sa maison étoit fort considérable. Outre ce M. de Villancourt, elle avoit un chevalier d^honneur, M. de Choiseul, une dame d'honneur, H*"* de Linange, deux espèces de filles d'honneur qui la servoient lorsqu'elle étoit dans son lit, six dames du palais, au moins (juatro pages, huit valets de pied, je ne sais même si elle n'eu avoit pas davantage^ 60 chevaux, une table pour elle très-bien servie, une table pour sa dame d'honneur et ses dames et la table de M. de Villancourt. Pendant tout le temps qu'elle a été en Lorraine, hors les deux dernières années, le roi de Pologne ne lui donnoit que 200,0<H> livres par an ; avec cette somme, tout l'état de sa maison étoit payé régulièrement tous les mois, et il lui restoit encore de Pargent pour faire des présents.
• Lorsqu'elle est venue ici à Meudon pour voir la Reine, il lui en coùtoit 30 ou 40,000 livres d'extraordinaire : cette somme étoit prise sur ses épargnes ; mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est que lorsque le roi de Pologne
ISO MÉMOIRES DU DUC D£ LUYIS.ES.
arriva de Dantzick et qu'il alla ponr la première fois en Lorraine, sa maison n*(^fant pas encore arrivée ni arranirée, il vécut pendant trois Jours aux dépens de la reine de Pologne. Toute la noblesse de Lorraine s'empressa de lui venir faire sa cour, et on fut obligé d'avoir un trèsgrand nombre de tables. M. de la Galaisière, à qui f ai en- -tendu conter ce détail, demanda à M. de Villancourt si cet extraordinaire ne faisoit pas un dérani^ement à la dépense de la reine de Pologne; M. de Villancourt répondit que certainement cela faisoit une augmentation, qu'il en avoit déjà fait le calcul et qu'il comptoit que * rela iroit à 813,000 livres. Il est vrai que la reine de Pologne avoit une petite ressource, mais elle est trop légère pour qu'on puisse comprendre ce que je viens de ' marquer; je crois môme qu'elle ne l'avoit pas dans ce premier moment.
J'ai parlé de l'arrangement fait par le roi de Pologne pour ses chasses. Il avoit assigné un certain canton qui fournissoit du gibier à la reine de Pologne ; outre cela il lui avoit donné une ménagerie, où elle avoit des poules, vaches, etc. Les deux dernières années de la vie de la reine de Pologne, le roi de Pologne lui avoit donné .^1^0,000 livres de plus, ù la prière de la Reine. On conviendra aisément (ju avcc un cinquième de revenu de plus elle se trouva extrêmement à son aise. Lés bleus de la reine de Pologne en Pologne ont été vendus après sa mort par le roi de Pologne, et c'est M. de Brulh qui les a achetés. Une partie de cet argent a été employée à la fondation d*nne mission en Pologne ; il a fallu que la Reine y donnât son consentement, comme héritière de ces biens.
Outre les 2 millions dont je viens de parler, le roi de Pologne a encore 40^000 livres de rente ; je crois avoir expliqué qu'il fit renhcttre, il y a quelques années, au Roi, ^OOjOOO livres de ses épargnes pour une pension de 40,000 livres. Ce fut M. de la Galaisière qui fut chargé de cette n^;ociation du vivant de M. le cardinal de Fleury .
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Le roi de Polo^^ne deiiiantla que ces VO, 000 livres fussent sur sa tète, sur celle de la reine de Pologne, et môme sur celle de la Reine. Les deux premières conditions furent toutes simples» mais la troisième parut singulière» et le Roi la passa en faveur de la singularité. Ces 40,000 livres sont assip:nées sur le domaine de Gommercy, qui en vaut environ 150,000.
Je dois avoir dit ailleurs que le roi de Pologne a donné tout son mobilier au Hoi, à condition qu^il voudroit bien payer un million après sa mort dont il pourroit disposer par testament ou autrement. 11 a déjà disposé de âOO,000 livres sur ce million» avec l'agrément du Roi. Avant ce temps , il y a eu une autre proposition du roi de Pologne au Koi, qui a été acceptée : c'étoit du vivant de M. le Cardinal; c'est de continuer c\ payer le roi de Polosrne comme s'il étoil vivant, trois mois après sa mort.
J'ai l>eaucoup parlé ci-dessus de l'aventure de Gauthier. Il vint à Versailles chez le roi de Pologne le 23 du mois passé ; il vit M. de la Galaisière, mais il y resta fort peu de temps. Les ennemis de Gauthier ont voulu persuader au public que toute l'histoire dont j'ai parlé ci-dessus étoit un effet de son imagination et qu'elle u'avoit aucune réalité ; que pour preuve, lorsqu'on avoit arrêté deux hommes qu'il avoit nommés et qu'on les lui avoit confrontés» il avoit dit qu*il ne les connoissoit pas. Ce raisonnement est spécieux ; mais il faut savoir que le prétexte sous lequel on engagea Gauthier h monter dans une chambre, en sortant de chezM. Dupin, étoit de le faire parler à deux hommes que Ton disoit prêts à se rendre caution d'un projet qui lui avoit déjî\ été communiqué , et que ledit Gauthier avoit trouvé impossible dans l'exécution, faute de compagnie pour assurer cette exécution. On lui nomma en effet deux hommes très-solvables, et c*est ces deux-l:\ qu'on lui a représentés; mais ces deux hommes n'étoicnt pas ceux qui se trouvèrent dans la chaml)re et qui voulurent l'assassiner» c étoit un jeu joué. Il parolt démon-
us MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES.
tré qu'il y a eu une grande jalousie dans tout ce qui a été l'ait contre ledit Gauthier. On a su que le domestique du nommé Verdun^ apparemment Tun des intéressés dans les salines, avoit été au cabaret avec un domestique âe Gauthier, et qu'il lui avoit fait plusieurs questions sur la vie que menoit son maître, ù quelle heure il sorioit, il rentroil ; on a su outre cela qu'il y avoit un nommé Leduc, homme à entreprises mal concertées, qui étoit ennemi déclaré de Gauthier. Ce Leduc a été arrêté , mais je crois qu'on n'a point trouvé de preuves assez fortes contre lui. Je sais la plupart de ces détails de H. Févèque de Metz et de H. de la Galaisière. Ce qui est très-certain , c'est que Gauthier n toujours tenu ses engagements. Il étoit adjudicataire d'une partie considérable de bois en Lorraine et devoit faire un payeinent de 86,000 livres à un terme dont on étoit convenu. 11 avoit un caissier à Nancy, qui demeuroit dans une vieille maison sur la place, et qui avoit une caisse toujours bien remplie de sacs qu'il faisoit voir souvent aux gens de sa connoissance. L'aventure de Gauthier arriva huit jours ou environ avant le terme du payement. Dès qu'on en sut lanouvelle à Nancy, on crut ne pouvoir prendre trop promptement des mesures pour la siirelé des 80,000 livres.
La justice se transporta chez le caissier pour mettre le scellé sur la caisse; un des officiers de la justice eut curiosité de voir ce qui étoit dans les sacs , et on trouva qu'au lieu d'argent ils étoient tous remplis de pierres. On peut juger qu'un pareil événement confirma les soupçons qu'on avoit sur Gauthier; cependant un banquier de Nancy, ami et correspondant de Gauthier, instruit de ce qui se passoit, se présenta, et dit qu'il payeroit à l'échéance; en effet il paya au jour convenu. On est tenté de demander par quel hasard les, sacs sont remplis de pierres? Cest en effet une circonstance très-singulière. Gauthier avoit un caissier à Nancy, dont il n'étoit pas content; il en avoit pris un autre; mais ce caissier ren-
voyé ayant intérêt que cette séparation d^avec Gauthier
ne tût pas connue, lui avoit demandé la permission de garder toujours l'apparence d'une caisse, et c'est pour cela qu'il avoit mis des pierres dans des sacs, faute d'argent; je sais ce lait de M. de la Galaisière. L'on a youlu imputer à Gauthier que dansson projet il y avoit un inconvénient considérable pour Pexécution ; c'est qu'en faisant venir de l'eau de si loin , d'ënviron six lieues , les habitants des environs pouvoicnt détourner cette eau en perçant les tuyaux. Ce qui est certain, c'est qu'il y a actuelienieni des salines, je ne sais si c'est en Lorraine ou en Franche-Comté^ dont Peau vient de trois lieues, et il n'arrive aucun inconvénient; je neoonnois pasGauthier, pas même de vue, mais les faits ci-dessus sont vrais.