‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV 17351758Chapitre 13 sur 58 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

Tapisseries des Gobelins faites pour le Roi et pour l'électeur de Saxe. — Entrée de M. de Kaunilx a Paris et a Reims. — Dépenses du roi de Poloj^ne. — Fête de Saint-Cloud. — Carrosses de M. de Kaunitz. — Gouvernement donné. — La Cour à Choisy et à Footaioebleau ; noaveUes di? enes. — Arriféede Madame Infante.

Du mardi 10, Dauipicrre. — Le 23 du mois passé on exposa dans les appartements à Versailles plusieurs morceaux de tapisseries faites aux Gobelins sur les dessins de Goypel. Les tableaux étoient à côté de chaque pièce et n'effaçoient point la beauté de l'ouvrage. On ne peut assez admirer la correction du dessin^ la vivacité des couleurs et la richesse des ornements. Il y a deux de ces pièces destinées pour l'appartement du Iloi à Marly ; elles sont de l'histoire de Don Quicliotte. Les ([uatre autres pièces, regardant des scènes d' opéra , sont pour être données au roi de Pologne, électeur de Saxe, de la part de M" le Dauphin. On trouvera oi-après les étiquettes d'après ce qui est écrit au bas des pièces.

Inscription au bas des tapisseries pour Marly,

Doo Quîefaotte à fiareelone danse ao bal que lui donne don Antonio.

Don Qoicfaotte prenant des marionnettes pour des Maures croit en lef eombattant suivre des amants fîigitift.

Inscription au bas des tapisseries pour Dresde.

AkêtU de Quinaut, acte V, seèoe IV.

La Rodogune de P. Corneille, acte V, scène dernière.

La Psyché de Molière, acte IV, scène 3*.

Le Bafazet de ÂaeinCj acte IV, scène 8*.

i*ai oublié de marquer qae le lOseptombre M. de Crossol éioit arrivé ft Versailles. 11 avoit quitté Madame Infante à Aix ; elle (l»*voit arriver ce même jour 19 h. I.yon, où elle devoil séjourner le 20 et le 21; elle devoit èfre le 22 à Roanne, le 23 à Moulins , le 2i à CcsdCs le 25 à MoDtargis, et le 26 à Fontainebleau. 11 parolt que ce qui a déterminé le voyage de Madame Infante a été le premier moment de sa douleur de la mort de Madame Henriette. Elle désira sar-le-champ de venir mêler ses larmes avec celles du Hoi, de la Reine et de la famille royale. 11 fallut écrire en Espagne et en France, et obtenir des permissions; le voyage fut engagé. Peut-être ne ût-on pas alors toutes les réflexions que ce projet pouvoît mériter; cependant le Roi a jugé à propos de faire savoir à Madame Infante que si son absence n^étoit que de six mois, elle pourroitétre regardée comme une visite d'autant plus convenable, que le Roi à son départ pour [Italie lui avoit promis qu'elle reviendroit si elle avoit un garçon ; mais que si elle restoit un an en France, ce seroit un voyage ; et je crois être sûr que H. le comte de Noailles lui en a parlé.

M. de KaunitZy ambassadeur de l'Empereur, qui avoit lait son entrée à Paris le 17, accompagné de M. le maréchal de Langeron, la lit le 19 à Versailles, accompagné de M. le prince de Pons. C'est Tusage^ comme je Tai dit,

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qu'un ambassadeur soit accompagné par un maréchal de France à Paris, et par un prince de la maison de Lorraine à Versailles. Cet usage pour les princes de la maison de Lorraine devient plus digne de remarque dans un temps où PEmpereur est le chef de cette maison; c'est ce qui donnoit lieu à une réflexion du roi de Pologne, que je trouve Irês-censée. Il domandoit si M. le prince de Condé , se trouvant à Vienne, auroit été bien llatté d'accompagner M. d'Hautefort à son audience.

M. de Kaunitz n'a point vu le roi de Pologne le jour de son audience^ quoique* le roi de Pologne ne soit point * incognito à Versailles , puisqu'on lui rend tous les hon* neurs comme au Roi : il n'est pas d*usage qu'il donne des audiences publiques aux ministres étrangers.

Le 20 du mois passé, M. le prince de Tingry arriva à Versailles : il venoit de Valenciennes ; il y a été exprès pour la cérémonie de poser la statue du Hoi. Le jour de cette cérémonie il donna un grand souper; il y avoit 250 couverts à différentes tables. Les suites de cette féte ont duré cinq jours. M. do Tingry m*a dit qu'il comptoit sur 40,000 livres de dépenses extraordinaires pour ces cinq jours.

Le 2V, M. de Tingry vint à Versailles avec M. le comte de Montmorency^ son frère, qui épouse M"*'deMarteville; ils firent signer le contrat. M. de Marteville est homme de condition de Picardie; il donne aujourd'hui 18^000 livres de rente à sa fille. Il demeure dans ses terres et ne viendra pas môme à Paris pour le mariage ; c'est un homme fort arrangé cl économe. M. le comte de Montmorency a une fille de son premier mariage avec M"*^ Pelletier; il en a la garde noble^ qui va à environ 18,000 livres par an, mais il y a sur cela pour 8^000 livres ou environ de charges; il perd cette garde noble; il la retrouve et même davantage par le bien de sa femme , mais aussi est-il obligé à plus de dépenses; cependant lui et sa femme seront logés et nourris. M'""' de Marteville a toutes les procu-

m ' MÉMOIRES DU DUC D£ LUY^£S.

rations nécessaires et pourroit agir très^noblement; elle

adonné des diamants à sa iille, en disant k M. de Montniuieiicy (jue c'étoit pour (qu'elle en pût faire usage pour lui si ses affaires le demaudoient. Si M. de Marteville ne devient pas veuf, ne se remarie pas et n*a pas' d'enfants, il me semble que l'on eompte sur 40 ou 50,000 livres de rente.

Le même jour âi, M. le maréchal de Balincoort et M. le

chevalier de Saint-Pouin (1) vinrent faire signer le contrat de mariage de M. de Balincourt, neveu du maréchal 'et iils du chef de brigade, avec la lille de M. de Saint- Pouln.

Ce même jour 24, le roi de Pologne partit de Versailles, à deux heures après midi,'dans une chaise de poste avec des chevaux de la Reine, qui le menèrent jusqu'à la première poste , M. le duc Ossolinski le suivit dans une autre chaise. 11 alla coucher à Fontainebleau dans Tappartement de M'"' de Luynes au château^ pour aller le lendemain 25 à Montargis voir Madame infante, qui y arriva ce jour-là ; il revint coucher à Fontainebleau ce même jour 25, et le 26 il alla dîner chez M. de Montmartel à Bercy (2 ) et coucher à Luzancy chez M. de Berchiny. Pendant son séjour à Versailles, il a dîné tous les jours chez lui avec la Reine en particulier, hors une ou deux lois qu'il a dîné seul; il a toujours été servi par les officiers de la Heine, et il n'entroit personne à ces dîners que M. de Chalmazel.

Ce même jour 24 fut la fête de Saînt-Cloud (3) . Je n'en-

(1) M. le clievalier de Saint-i'uuin, chef de brigade, eât frère du père de celle qui se marie. (ISole du duc de Luynes. )

(2) H. de Montmartel étoit établi avec toute sa maison à Brnnoy, et y a voit trente ou quarante personnes. M^^de MontmarteTet lai laissèrent leur compagnie à Brunoy, et ayant envoyé un détacliemeat de leur iiKii>on à Berej» ils s'y r^îKlirenl dès six heures du matin, donnèrent sur les dix heures un grand diupr au roi de Polugne, et après son départ revinrent dînera Bruuoy. [Note du duc de Luynes.)

(3) Ooanée par le duc d'Orléans pour la convalescence du Dauphin.

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(reprendrai point de donner un détail que l'on trouvera dans toutes icsgazettes ; tout ce qu'on pent dire en peu de mots, c'est quetoat s'y passa avec le plus grand ordre et la plus grande magn^ifioence. Une multitude infinie de peuple rassemblée dans la plaine et dans les jardins faisoit un spectacle admirable. On àvoit pourvu à leur amusement par différents petits spectacles, des joùtes sur la rivière, des danseurs de corde, voltigeurs, etc., dans des bosquets, et de la musique dans d'autres. Jl y avoit des calèches toutes prêtes pour toute la compagnie qui auroit la curiosité d'aller du château voir tous ces différents amusements. Aux deux extrémités de la façade du château» du côté de Paris, on avoit formé deux balcons en dehors, très-bien meublés et fort grands ; l'un étoit pour toute la compagnie pritW , et l'autre pour le second ordre, et l'on ne souffrit point de mélange. Tout l'appartement qui est à gauche, au haut du grand escalier, fut destiné pour rassembler la compagnie avant le souper et pour jouer. Il y eut un gros lansquenet de dix ou douze couj^urs, beaucoup de tables de différents jeux dansla même pièce, et dans une autre un cavagnole que tenoit M™"' la duchesse de Modène. Tout l'appartement à droite de l'escalier étoit pour les différentes tables du souper, pour le bal en masques et les rafraîchissements. Le feu commença à huit heures et demie et dura plus d'un quart d'heure; il fut extrêmement magnifique; il étoit placé de Pautre oêté de la rivière. On se mit à table à dix heures. L'orangerie de Saint-Cloud avoit été bien nettoyée, mèfiie les peintures, qui faisoient un fort bel effet; on y avoit établi une table de 240 couverts, où il y eut plus de 200 personnes qui soupèrent, et chacun y étoit servi par un domestique de la livrée d'Orléans. On m'a dit que l'on avoit poussé les attentions jusqu'à y avoir des cassettes en grand nombre pour mettre les diamants des dames dans le temps du bal en masques. Le souper fut très-bien servi, et ne dura qu'environ deux heures. Immédiatement après.

l'on ôta la table, et l'orangerie servît pour le bal. Le nombre des masques fut prodiiiieux, et il y eut un moment qui fut extrêmement remarqué, ce fut celui où Ton ùta la table de Torangerie. Qn fut obligé d'arrêter les masques, dont la foule étoit immense; on les Toyoit arriver successivement dans'la cour^ qui étoit éclairée par un grand nombre de lampions et par le clair de lune; ce coup d'œil étoit admirable. J'ai oublié de dire qu'outre la ^irande table il y a voit encore trois ou quatre tables de '20 couverts qui furent servies en même temps. Le château et les terrasses garnies de lampions qui sui voient le dessin du bâtiment fîaisoient encore un agréable coup d*œil. La partie de la montagne qui regarde le ebàteau du côté de Sèvres étoit aussi parfaitement bien éclairée et formoit un très-beau point de vue. Le Roi vit le feu de la terrasse de Bellevue, n)ais il ne })ut le voir que de côté, môme un peu derrière. La Reine, M. le Dauphin, M""*^ la Daupbiue et Mesdames n'allèrent point à Saint-Cloud. Les dames y étoient fort bien mises, et M. le duc d'Orléans eut toutes sortes de politesses et d'attentions. M. de Qer mont-Gallerandeet H. le chevalier de Pons firent exécuter ses ordres avec la plus grande politesse et la plus grande exactitude. 11 y avoit beaucoup d'étrangers, mais aucun ambassadeur; les ambassadeurs prétendent que les princes du sang doivent aller chez eux les prier.

J'ai oublié de parler ci-dessus des carrosses de M. de Kaunitz. On en trouvera ci-après une petite description ; le premier est à ce que Ton dit destiné pour Flmpératrice.

1"" carrosse : de velours cramoisi brodé d'or en dedans et en debors.

: de velours bleu brodé d'or ; les panneaux peints de différents oiseaux et animaux.

3' : une calèche de velours jaune et argent; les panneaux peints^ et le fond en debors, de différents personnages. •

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V : une berline de velours vert brodé d'or et des ornements de bronze en dehors.

: une berline coupée^ velours cramoisi avec une légère broderie d'or.

Le 25, le Roi partit pour Cboisy. La Reine partit aussi ce même jour ; elle avoit dans son carrosse W le Dauphin^ M"^ la Dauphine, Madame Adélaïde, Madame Victoire et Madame Sophie; Madame Louise étoitdans le second carrosse seule dans le fond , M""^de Luyneset M""' de ViUars

sur le devant, M'^Ma maréchale de Duras, M""" aux-

portières.

Je trouve encore quelques articles oubliés. On sut le 17 que le Roi avoit disposé du gouvernement- àe Gravelines en faveur de M. le maréchal delaMothe. Ce gouvernement, qui ne vaut que 20 à 22,000 livres de rente, avoit

été augmenlé de 12,000 livres lorsqu'il fut donné à M. le maréchal de la Farc. Le Hoi, <jui a résolu d'ôler toutes ces augmentations et quia outre cela donné 0,000 livres de pension, comme je l'ai marqué, à M"* de la Fare, vouloit bien le donner àM. le maréchal de la Mothe, mais en retranchant les 12,000 livres. M. de la Mothe remettant le gouvernement de Salins, qui en vaut H ou 15,000, au moins 13, croyoit ne devoir pas accepter Gravelines avec le retranchement ; il avoit même remercié, et étoit allé passer quekiues jours au Fayel; la lieine lui écrivit avec beaucoup de bonté, et lui conseilla d'accepter.

J'ai aussi oublié que le service du feu Roi se fit le i« septembre à Saint- Denis à l'ordinaire; ce fut M. Tévèque de Troyes (Poncet] qui officia.

Le 17, il y eut une fort jolie fête à Choisy, un feu d'artifice vis-à-vis le château, de l'autre coté de la rivière, et une illumination agréable et magnilique dans les bosquets qui sont sur la droite en arrivant de Versailles à. Choisy; il y avoit aussi des voltigeurç^ danseurs de corde, etc.

Le 19, M*"^ la duchesse de Duras prit congé; elle part

100 MÉMOIRES DU DUC DE LUYJSëS.

pour Madrid ; mais elle 8*arrète à Bagnères^ sa santé ayant

grand besoin de faire des remèdes. M. le duc de Duras, qui va à Fontainebleau voir Madame Infante, doit la rejoindre en cbemin.

Le !20, on apprit la mort de M. deSaint-flcrem, frère de M. i'évéque de Langres et menin de M^' le Dauphin ; il n'étoit jamais bien revenu de sa grande maladie.

Du 13, Dampierre, — Le jour que le Roi et la Reine sont partis pour Choisy, je suis venu ici. Ne pouvant être injformé ]>ar moi-même de ce qui se passe, je fais mettre ici l'extrait des lettres que je reçois très-régulièrement de M'"" de Lu y nés; j'y ai joint aussi quelques autres lettres qui contiennent des nouvelles.

Lettre de ChoUy, du 25 septembre.

Nous sommes arrivés ici par la nouvelle route en face du château; on ne passe plus par Thiais; cela est plus

court et plus beau. Le Roi tiroit auprès des murs de son jardin; il est arrivé un moment après. II est venu chez la Heine, qui est dans son appartement, avec l'air fort gai et fort ouvert; il a eu Taltention de faire mettre un lit en baldaquin dans le cabinet^ parce que l'on a ouvert une porte dans l'alcôve il y a quelques mois , et la Reine y couchera. Il nous a dit que M"*^ de Narbonne (1) avoit fait une fausse couche à Lyon; je la trouve heureuse que cela ne lui soit pas arrivé sur les galères ; on croit que sa mère ira la trouver. Le Roi a été une demi-heure chez la Reine, après quoi il a été à son débotté ; ses enfants Tont suivi, et on n'a commencé qu'à sept heures le cavagnole. On vient de me dire que Ton revenoit le lâ novembre toi, que Ton y seroit jusqu'au 15.

(I) M^c de Narbonne est aHacliée ii Madame Infante; elle est lillo de de Chabot, dame d'honoeur de iM"«c la comtesse de Toulouse. {i\ole du due dê Luynes. )

SEPTEMBRE l?»!!.

ÏMtre de Fontainebleau, du. 26.

Nous sommes arrivés ici un peu avant trois heures, étant partis de Ghoisy un peu avant dix; le Uoi en partit plus tard, mais comme il va beaucoup plus vite, il a rejoint la Reine à la desceate de la forêt de ce côté-ci. 11 a donné à dîner à ses enfants, et est pârti avec eux à quatre heures, pour aller au-devant de Madame Infante^ qu'il a trouvée beaucoup au delà de Bouron . La scène a été toute des plus touchantes. Madame Infante s'est jetée dans ses bras, et y est demeurée longtemps, fondant en larmes; le Roi s'est attendri beaucoup; de là elle a passé dans ceux de Madame Adélaïde , avec les mêmes transports de joie et d'attendrissement, ce qui a été fort long, et enfin on est remonté en carrosse et revenu très-doucement; il étoit près de sept heures quand on est arrivé. Le Roi a conduit Nadame Infante chez la Reine, qui s'est avancée A la porte de sa chambre pour la recevoir. Les end)rassemcnts, les pleurs, la joie et tous les ditiérents mouvements de tendresse de part et d'autre ne se peuvent exprimer; Madame Infante s'est même trouvée mal. Cette visite a duré environ une' demi-heure, ensuite de quoi Madame Infante et toutes Mesdames sont passées chez le Roi ; de là elles sont allées chez Madame Adélaïde, et ils souperont tous chez le Roi. La Reine est retournée dans son petit appartement (1), qu'elle aime beaucoup et où elle a déjà

(1) Ou a fait tm mur neuf dana le cabinet de la Reioe^ et ccmne aoa lit est appuyé contre le nar mitoyen tfec ce cabinet» la crainte dei plâtres iieurs, dont elle ne sentit que trop longtemps l'effet, par un rhumatisme long et (loulnnreux, lorsqu'on travailla à sa petite galerie à Versailles . l'a flélerminée a prendre un autre appartement; elle a pris celui de .M"e de Sens, qui est le premier en entrant dans la galerie de Diane; on sait qu'il y a quatre appartements pareila dans cette galerie entre les dein escaUera; par delà le second escalier est un cinquième appartemoit, qui est celui du colonel des gardes françoises, via^vis duquel est celui de M. le maréchal de Noailles» Les quatre appartements pareils sont chacun composés de trois pièces, dans quelques-unes desquelles on a fait des entre-sols et des retranchements. (A'o^e du duc de Luynes,)

T. XII. il

fait tous ses arrangements; la vue de la cour de la Conciergerie lui plaltdavantage que celle du jardin de Diane.

Le séjour du roi de Pologne chez vous s^est très-bien passé; il en a été fort content. J'ai trouvé une lettre de H. le dnc Ossolinski où il me fait des remerciments sans nombre de sa |>art, et il se loae' infiniment des soins et des attentions de Kandel (1).

LêfirêdePmiaiMbleaUf du 27 septembre,

L'Infante est venue chez la, Reine à midi et demi ; les pleurs ont encore un peu recommencé, et elle s*est un

peu trouvée mal ; on lui a donné de l'eau de fleurs d'orange: elle a suivi la Heine à la uiesse^ qu'elle a entendue d'une des petites niches.

M. le duc de Duras a pris congé ; il part ce soir pour aller joindre sa femme à Poitiers, où elle l'attend ; il emmène avec lui un chevalier de Durfort, qui a pris aussi congé.

J'ai été voir l'appartement qu'on a donné à M'^de Che-

vreuse; la position est agréable pour le service de la Reine et pour nous ; mais d'ailleurs c'est un galetas qui ne me paroU ni beau ni orné ; il y a beaucoup de petites pièces utiles pour loger des domestiques (2).

LeUre du 28.

Le Roi tient conseil dans ce moment ; il ira tirer, à la tragédie de Pyrrhus (3}, et ensuite grand couvert.

Lettre du 29.

M. de Rongard {k) est ^arrivé de Bretagne ; il a apporté

(1> £coyer da doc de tujnet.

(2) Cet apptrtenMiitest aa-deasosdo eolonel des gMee firançoiees dont il Tient d'être parlé diantre part. (IMe (fu duc de Lv^nes»)

(3) ParCrébillon.

(4) M. de CoDgard est maréchal des cbevau-légen et fort attacbé à M. le

SEPTRMBRE 171».

le don gratuit^ accordé un peu avec peioe. Il craint que les États ne soient difficiles.

LeilreduZO,

Je vous mandai hier l'arrivée de M. de Bongard ; je Tai

trouvé aujourd'hui chez M. le garde des vSceaux; il m'a confié le discours de M. de Chaulnes, que j'ai fait copier et que je vous envoie (1).

M. de Paulmy est arrivé hier au soir de son voyage , ainsi que M. le comte de HaiUebois et M. de Monteil; je les ai présentés à la Reine^ ainsi qne M. le marquis des Issars, qui a pris congé pour aller à Turin.

M. l'archevêque de Tours est arrivé ; je l'ai présenté à la Reine; il m'a dit que le curé de son diocèse, qui avoit été condamné par le Parlement^ étoit rentré dans ses fonctions^ il y a aujourd'hui huit jours; qu'il avoit confessé le même jour et prêché le lendemain, publié des bans, etc. ; que le Parlement l'ayant su, avoit rendu un arrêt qui lui défendoit de nouveau de faire aucune fonction et ordonnoit ([u'il eût à se rendre dans les prisons de la Concierficrie de Paris ; sur cela le curé a disparu, et le !\oi a rendu aujourd'hui un arrêt au conseil de dépêches, qui casse celui du Parlement à ce sujet.

H. Descajeuls, qui avoit la fièvre en partant de Versailles, est arrivé ici Tayant toujours, et même plus forte; cela a tourné en fièvre maligne ; il a été saigné quatre fois ; la téte est fort embarrassée, et on ne croit pas qu'il passe la nuit.

Vous aurez peut-être su l'affaire de M. le grand pré- YÔt avec le grand conseil au sujet de la mort du S' Mignot, bourgeois de Versailles. Les notaires royaux de la prévôté ont fait Pinventaire des meubles et effets de cet

doc de CbaulDes, qu*fl a soiri en Bretagne, où il est caplUlne de ses gardes. ( fioie du due de Lunnes. ) (I) Voir à PAppendiee k l'amiéa 17&2 lea pièces 16 et 17.

huinme; lo qrand conseil prétend (ju'ils n'en ont pas le droit; et en conséquence ce tribunal a décrété M. le grand prévôt d'assigné pour être oui; et M. de la Vauguyon vient de me dire dans le moment que l'arrêt du grand conseil avoit été cané an conseil de dépèches d'aujourd'hui.

Madame Adélaïde s'est trouvée mal du chaud à la comédie. M" le Dauphin, M** la Dauphine et Madame Infante sont sortis avec elle; la Ilt'iij«M'st aussi sortie et tout ce qui étoit dans sa loire ; on l'a portée dans le cabinet de la Reine; elle y a resté près d'une heure couchée sur le canapé ; on a coupé toutes ses jupes, et avec de Teau de fleurs d'orange elle est revenue ; elle n'a pas perdu oon noissance. Le Roi y est venu. On vient de l'emporter dans un fouteuil; la Reine y est allée; elle est bien.

OCTOBEE.

JConveUes diverses de la Cour. — P<Mt de ?(ice.— Lettre du maréchal de fielle- Wt, ^ Coomtehei le BoL MidHne Adëbide y joue da violea. — Maladie de la petite Madame. M**« de Poaipadour prand mw tahouriel.

— Nouveaux détails <^m le S' Gauthier et sur !e projet du marédial de Belle-lsle d'agrandir Marseille. — Préleatious et traitement des gMdet du corps. — Manuontel.

Lettre du i" octobre.

J'ai fût prendre congé aiqourd'hui à M. d'Osson^qui s'en va à Naples;- M** de la Rochefoucauld est morte (1).

(1) C'est la duche<^<^ de la Rochefoucauld, fille d« naiéehal de Toiras; je croi< *piV-l!p avoil f^nviron soixante an<; elle a eu piu9ieor<« eofaots, mais je CTui> qu'il lie lui re?«lt- qiii^ deux tille>, dont l'une est mariée à M. le duc d Làtiisac, et 1 aulie veuve de M. le duc d'Anville. M"»e de la Rochefoucauld étoit depuie eafiroa m an daaa «a étal d'aOdiblissemeot qui la meUoit peu à portée de la aoeiété. Les aUeafioas et la eooiplaisaiice de M. le due de la BoehefiNieaold pour teot ce qui poavoit loi foira plaisir, Fatiadieiiieat et l*amitié de M""" ses filles leur font honneur à tou-. Dans le temps même que M. le duc de la Rochefoucauld étoit à la cour, M ' " d»* la Rochefoucauld y venoit rarement, une fois ou deux, avec ses tilles. {JSqU du duc de Lugnes.)

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