OCTOBRE
plus (1); elle est assez mal; on dit que c'e!>t une môle (2) qu'elle a , et qu'on est quelquefois un an ou dix-huit mois auparavant que tout cela soit rendu.
M"^ deSenneterre est accouchée d'un garçon^ et vingt* quatre heures après 'd'une m(Àe, mais elle se porte bien.
Lettre du 23 octobre, Fontainebleau.
M. de Marmontel est venu pour me lire le 5* acte des
Héraclides ; il y a un récit à la fin (jui est fort intéressant.
Madame Infante a été aujourd'liui àMoret avec Madame Victoire et plusieurs dames de la Cour pour donner l'hor bit à une novice. C'est Tabbé de Drouas qui a fait le sermon ; on dit qu'il a été très-beau et très-touchant.
Le chevalier de Bissy, ^ond fils de la comtesse, est venu demander l'agrément de son mariage avecM'^Brîssart, nièce dcral)l)é qui ëtoit attaché au cardinal de Fleury; elle aura plus d'un million de bien; il dit que sa mère eu est contente.
Autre lettre é?m 23, de Versailles,
M. le duc de Chaulnes a fait partir un courrier le 21. On mandé que les États se brouillent plus que jamais; qu'il y a une fermentation étonnante, contre laquelle bien des gens prétendent que M. le duc de Chaulnes verra
échouer sa douceur et sa patience.
Lettre du 24, Fontainebleau,
M. de Moras, intendant d'Auvergne, remplace M. de Serilly en Alsace, et M. de la Michaudière va en Auvergne.
Autre lettre du 24, de Paris.
Les États de Bretagne tirent en longueur, les tètes s*é-
(1) On a été encore six semaines on deux mois depnis ce temps à douter de la grossesf^e^ mais il est très-prouvd qu'elle n'est pas réelle. {^ÀddUion du duc de Lnynes, dntéc du 30 décembre 1752.)
(2) Masse de cltair dure et informe.
chauffent, et les trois présidents essuient des propos fort durs. M. d'HiTouvillo, qui arrive de Rennes, prétend que le coriiiiiaiulant y est fort aimé et qu'on lui rend toute la justice qu il mérite; il est ferme sans humeur. Le Roi a permis aux États d'exposer leurs griefs. On convient à la Cour de la lésion dans la perception du vingtième pour les années 1751 et 1752; mais comment vérifier 3 ou 4^000 déclarations? les personnesintéressées ne savent par quel bout s'y prendre.
On s'attend iV voir pai'oitre incessamment un arrêt pour un emprunt de Vô millions, moitié en argent, moitié en contrats ; ou prend à ce qu'on dit une tournure pour se passer de Tenregistrement; nouvelle matière à chicane à la rentrée du Parlement.
Litire de FoniaitubUau, du 25.
Nous avons eu aujourd'hui une audience particulière; c'est Fambassadeur d*£spagne qui vient d'Angleterre et s'en retourne à sa cour; son nom est don Rîcardo Wall ; il a été conduit à cette audience par l'ambassadeur d'Espagne en France ( don Jaime Massones de Lima).
On m'a envoyé ce môme jour 25 les quatre vers ciaprès de Fontenelie^ qui a quatre-vingt-dix-huit ans; ils sont pour mettre sous le buste de M. de Vallière^ lieutenant général d'artillerie.
De rares talents pour la guerre, Unis au cœur le plus humain.
Jupiter le chargea de lancer le tonnerre, Minerve conduisit sa maiu.
Lettre de Fontainebleau, du 26 octobre.
On parle du mariage de M. de Tingry avec M"" de Maubourg.
M™' la baronne de Montmorency sera demain présentée par M"* la duchesse de Luxembourg. £lle ressemble un
OCTOBRE I7ttfi. t77
|UHi à M""" de laTiV-iiioille ; on voit ([u'ellti a été assez l>ieii, niais il n'y a plus d'air de jeunesse.
On a eu nouvelle que M. le duc de Bournonville mourat à Madrid, le 2 d'octobre. C'est celui que nous avons vu en France plénipotentiaire au congrès de Soissons. Uétoit grand d'Espagne^ chevalier de la Toison-d'Or et de Saint- Janvier, gentilhomme <le la chambre du roi d'Espaene, capilaiiie général des armées es[)aii noies et capitaine de la compagnie flamande des gardes du corps du roi d'Kspagne. Uavoit environ soixante-dix ans.
Lettre de Fontainebleau, du 27 octobre.
J*ai été à six heures chez la Reine pour la présentation de M*"* la baronne de Montmorency. De là j'ai été au débotté du Roi ; il m'a bien demandé de vos nouvelles ; il
nous a dit qu'il avoittué A lâchasse un canard, un lapin, un faon de biche et un coq faisan, et c'étoit le daim qu'il chassoit. Il nous a dit aussi qu'il y avoit un valet de chambre de M. de Richelieu^ qui le suivoit en poste , qui a fait une chute> et qu'il s'étoit tué tout roide.
Lettre du 28.
La Reine a été ce matin à Bon-Secours et aux Pilles-
Bleues. Oulre les dames de semaine, il y avoit M"""' de Marsan, de Montmorin, de Saulxet deTalleyrand la jeune.
Nous eûmes avant-hier à la comédie une pièce inlitulée Vlncmnu (i) ; elle est fort amusante, à cause des divertissements et ballets qui ont été parfaitement bien exécutés. Dupré, fameux danseur de l'Opéra^ y a dansé pour la dernière fois; il se retire du théâtre.
Lettre du 30 octobre.
La Reine s'enlerme aujourd'hui et toute sa famille; ainsi la comédie ne sera que pour le public.
(I) Par Tlioma:^ C'niiU'ilU' et de ViȎ. T. XII.
178 MEMOIHKS DU DUC DK LUYNRS.
l^iire du dl, à Foniamièieau»
C'estM. 1 évèquctle Meaax iFonlenillei qui a coiiifiiencé d'officier aux premières vêpres et qui continuer a demain à la messe et à vôpres. M*"* de Ltui^^an, fille de M. de la Bivîère, quêtera. M. Tabbé de Boisemont prêchera; je croîs qu^il réussira fort bien ; il a une grande réputation.
On vient de donner les louements de Versailles. On donne à iM. et à M""" de Sassenaue rappartemeni de M. le duc de Bélhune ; à M. de liéthune celui de M. de Saiot^ Séverln; et à M. de Saint-Séverin celui de M, de laFare^ auquel on joint celui de M. de Sassenage^ qui est au-dessus, par un petit degré intérieur, il ne restera de vacant que celui qn^on avoit destiné à 11. de Saint*$éverin dans les l)Atiments neuTs (1) .
NOVBMBUB.
l/ulibi* d«> Boisemont. -- Ktats de Hreta^^ne. — Nouvelles (iivt»ise>< «le la (!oiir. — Vol à Chois\. — ttals de Lanmicdoc. — Kcrits ri'lalifs aux querolies du Parlement et <lu Clergé. — Délense de i'abbé de Prades. — Thomas BMidisli. — OondaniMtimi par le Châtelet d'une lettre d'un arebevèque. — Retour de la Cour à Vcriailles. — Mort de M. Tlioyi»rd. — Diriicnllé relative à rexéciiUon ii*uiie clause du leatament du duc d'Or> h^aus. Définition des moLn édlts, déclarations, ordonnances. — Mort do In diulu'ss»* do la Ferre, — Refus «le sacrements. — \Iarîag« du l ointc de Crussol. J.ftire de la diiclies.«5e d'iizès. - Lettre du comte de iJuuois sur le cabinet des médailles. — Arrèl du Conseil sur leâ affaires du Clergé et du Parlement. — Pr^aentatioDS. — États de Languedoc. UMges anciens supprimés. — Détails sur le jugement du Ôifttelet contre la lettre d'un ai cliev^quo. — Le fils dn bourreau. — Les Bouflbns de l'Opéra; partis (]ul se foraient. — Lettre de M™^ de Maintenon. — Effectif de Tarnu'e franeaise. — l'sages de la coiir de ^iapies. — Morts. — Le Parlement lait sa visite annuelle.
il 11 \ a eu du clian^ement depuis sur ces logements. Celui de M. de .Saint-S« veiiri dans l'aile des prinet's a ele dtmnê à M. et à .M'"** de Chevreuse. {Sole du duc dp. Luyuêx.)
iselli e du V tiovembre, de tuiUainebleau.
Le sermon de Tabbé de Boisemont a été beau et éloquent; il a prouvé qu'il n'y avoit point de UKinirs sans foi, et point de foi sans mœurs; cela ressemble à celui du P. Bourdaloue sur la religion et la probité. Le compliment a été beau.
Autre leUre du i" novmbrey Versailles,
llpassahierau soir un coun i(:rquc M. leduc det^haulnes envoie au Koi, On mande du 29 (ju'il a fallu des ordres exprès du Roi pour que Messieurs des États travaillent; quUlsy ont déféré le 27, mais q\U' le Uoi ayant marqué du mécontentement des délais de la noblesse en particulier, l'ordre de la noblesse a demandé que M. le duc de GhauJnes envoyât un courrier portant un mémoire de justification, et c'est ce courrier qui passa hier. On ajoute que la fermentation a été des plus vives cesjours ci ; (ju'il semble qu'elle diminue. La lettre tinit par ces mots : « Enfin, quelque chose qu'on dise> j'ai dans l'esprit que les États ne seront point séparés; au moins ne sera-ce pas, si cela arrive, faute d'application et de patience de la part du commandant. » Par un post-scriptum on ajoute : « Le courrier porte aussi un mémoire sur le vin^ième, adressé au Roi par les États. La fermentation est toujours trèsgrande à ce sujet. »
Lettre du S, Pmlmnebleau,
M. deMaron ou de Kerfili, qui est son vrai nom, fils de }â*^ la baronne de Montmorency, fut présenté hier. . M. Pambassadeur d'Kspagne a présenté aujourd'hui
M. le prince de Masseran (1), qui a épousé M"* de Guémené.
(I) Il s^appeloit B«Ua-C«sa quand 41 fut nurié 4 Fontaifiebletu, dAos le fti-iind cabinet o? aie du Roi. J*ai |tarlé de ce mariage dans le temps. Son pèri*, le prinee de Masaerao, vivoit aton . (Noté <tu due (te luifnet,)
ta.
On donna hier à la (!omédie t.indrienne [i), qui fut très-bien jouée.
LeUre du h, de FontaiMbleau.
M. le dac d'Orléans a acheté 100^000 livres la capitainerie de Yincennes, et c'est M. de Poyanne qui en est le capitaine. On poarroit croire que M. de Poyanne n'est
que le lieutenant ou capitaine on >econd ; mais je sais d'ailleurs qu'il a le titre de capitaine.
M. le prince de Masseran, iicndre de M. de Guémené, eut hier une audience particulière dans le cabinet du Roi^ qui Ta très-bien reçu.
Demain dimanche 5, M. de Haunits, ambassadeur de FEmperenr, prendra congé du Roi dans une audience publique. Ces audiences de congé exigent une espèce «l'enlrée puljlifjue; et coniine M. de Kaunitz n'a point ici à Fontainebleau ses carrosses, MM. les ambassadeurs lui prélent leurs carrosses jusqu'au nombre de quatre qu'il doit avoir.
Autre lellre du 4.
M. d'Ârgenson vient d'apprendre au Roi la nouvelle de la mort de M. de CoUandre, son neven, (jui s'est laissé
tomber du haut de son escalier en bas, dans son château trRIbeuf, en Normandie. Il avoit le r»'i:iment Uoval-ï-iéniont-cavalerie. Il n\'t('it point marié. 11 a deux sœurs, qui sont M'"*^' de BerviUe et de Saint-Herem ^ veuve; il étoit âgé de vingt-cinq ans, et avoit 80,000 livres de rente.
On doit représenter demain pour la seconde fois /'/it* connu, Dupré et H"* Salé doivent y danser.
L'on a volé au Roi, à Choisy, cinq vases de bronze ; ils étoient sur la terrasse dans le jardin; toutes les pér-
il) l'ar Baroo.
quisitions qu'on a faites pour en avoir d«s nouvelles ont été inutiles.
J*ai appris aujourd'hui que H. le comte Dauroy mourut led, à Paris. 11 a un fils retiré à la campagne depuis
quelque temps, àcause du mauvais état de ses affaires et de celles de ^on père, à qui appartenoit la maison où loge M. de Grimbergheu. M. Dauroy avoit encore plusieurs autres maisons dans Paris qull avoit fait bâtir.
Ltiirt de Fontaindfleau, du ô.
Vous avez sans doute appris que les Ktats de Languedoc avoient passé le vingtième et le don gratuit; ils avoient de leur cùté des demandes à faire, et M. de Kichelieu avoit pouvoir de les leur accorder ; ainsi tout est fini comme on pouvoit le désirer.
M. de Kaunitz a eu aujourd'hui sou audience de coni;é (1^; il a fait à la Ueine un discours très-court. Il avoit quatre cari'osses.
Du dimanche 12, Versailles. — Je n'ai point parlé de tous les écrits qui se débitent par rapport aux affaires présentes entre le Clergé et le Parlement; la plupart ne méritent pas la peine d'être lus et ne sont remplis que d'invectives et d'injures grossières; presque tous sont séditieux. Il en a paru un depuis quinze jours ou trois semaines (jui ne mérite point ces dénominations; c'est un cahier conleuaut trois lettres supposées adressées A MM. de la commission. Ces lettres sont bien écrites et contiennent plusieurs citations de TÉcriture sainte; elles tendent à prouver que la conduite des évèques sur le refus des sacrements est plus sévère que ce qui se pratiquoit anciennement dans des Csis que Ton prétend être semi)lables à
(1) Il a été continu «laii-s lu carrosse du Roi par rintrtMlucteitr tk> aiiilKi>N4' dears, à rordinaire. ( Xoie du duc de luyHcs.^'
MKMOIRKS mi DLii: DK LUYNKS.
ccuv-ci; ou croit que ces lettres outété laites par M. Joly de Fleury (1), ancien procureur général.
Il paroit un autre ouvrage dans un genre différent; c'est une apologie de M. Tabbé de Prades. Depuis la condamnation de sa thèse^ M. Tabbé de Prades s'est retiré à Bel lin ; il y est lecteurdn roi de Prusse. Ne pouvant soutenir riiinominie dos coiidainnations portées contre lui, il a, entre[)ris de se justifier ; il a t'ai! iiiiprinier un ouvrage en trois volumes in-12, qui ne feroient guère reliés qu'un volume ordinaire. Il prétend que ses sentiments ont toujours été fort orthodoxes, et qu*on Ta condamné sans vouloir jamais Tentendre. Il entre dans le détail de toutes les propositions de sa thèse, et vent prouver, par de trèslongs raiNuniK'rnfnls philosophiques, (ju'il n'a rien avancé de conti'air^' à la doctrine de TÉiilise catholitjue, apostolique et romaine. On voit que c'est un homme qui a l'esprit fort orné qui a fait cet ouvrage; mais donner au public des dissertations en pareilles matières est ordinairement une entreprise de très-dangereuse conséquence.
J*oubliois de parler d'une seconde lettre de H. Parche-
v«''(jue de î\ M. de.... conseiller au Parlement, dette
lettre est partaitcnient bien écrite j il paroit qu'il est bien dillicile d'y répondre.
Il y a eu peu de nouvelles (\ Fontainebleau le 6. M"" de Luynes en partit le 3 pour venir à Dampierre, où elle a resté jusqu'au 10.
A'jr/miï de Ui (iazeUe (te traucef du 4 novefnhre 1753.
Ladv Marie-Bnriu' IW-iulisli, \eii\r (!u ciievaliiT Pikc, inoiiriit en celte ville (à Londres il y a ()U( l(iU('s jours; elle deseendoit du eelèbre Thomas Bendish, qui, ayant ele nonune par Oorinvell pour aller résider a Clonstautiiiople, eiiqualile d'ambassadeur de la (iraiule-Bretagoe, refusa de pârtir pour sou ambassade, si Cromwell ne lui per-
^1; Il a pani depuis un autre rallier et de ia nuSim main, sur le même Ml • i»;t, qui ne (onlient «pie ileu\ lettres. .\o(e fin duc de /.uynei.
meltoit de faire eonfirmer n nomioatiou par Cbark» II, réduit alors à mener une vie privée en Hollande.
Ce fait m*ayant para assez extraordinaire , j*ai voulu savoir de Fauteur de la GazeUe où il avoit trouvé ce qu'il en dit. Voici la réponse qu'il a faite :
« M. RénK»d de Sainte- Albine, auteur de la Gazette de France, « a traduit de r£:Mfilfi9«PMl, gazette angloiie» leÊiit dont II s*agit. - « Cette gazette ajoute que sir Thomas Bendish obtint de Gromweil la « permission quMl désiroit. On sait d'ailleurs que Bendisb a rempli « eûleclivement l*ambassade de Constantinople. VEpening-Pat est « daté du 31 octobre dernier. •
Le 31 octobre dernier, il arriva à Fontainebleau, avec le poisson de met destiné pour les tables de la Reine, un carret, espèce de tortue qui ne se trouve point dans les
mevs de l'Europe. Il est long d'environ six pieds sur quatre de diamètre, et il pèse entre 8 et 900 livres; des pécheurs l'ont pris sur la côte de Dieppe.
Voici une démarche nouvelle de la part des magistrats.
J'ai parlé d'une seconde lettre de M. l'archevêque de
Le Ghàtelet vient de eondamner cette lettre à être brûlée par la main du bourreau. Cette sentence est remarquable par les qualifications qu'elle donne à un ouvra^re qui peut mériter d'être supprimé, parce qu'il est détendu d'imprimer de part ni d'autre sur cette matière, mais dans lequel il est diflicile , à ce qu'il pai'oit, de trouver les caractères dont il est parlé dans la sentence. Le Parlement s'est imaginé être chargé de veiller à la conservation de la discipline de l'Église et à l'administration de rÉtat; les vacances dont il avoit demandé le retranchement pour cette année, sans l'obtenir, Tayant empêché de vaquer à des affaires si importantes, il a substitué la chambre des vacations à sd place; celle-ci ayant aussi des vacances , quoique courtes, a remis ses pouvoirs au Chàielet, et le Ghàtelet a voulu prouver par des faits qu'il étoit digne de la confiance qu'on a en lui.
m MEMQIHKS DU DUC DE LUY^ES.
Du 12, YersaiUes* — Le Uoi et la Aeine partirent , le mercredi 8 de ce mois, de Fontainebleau pour Choisy . La Keiije arriva avant-hier de Choisy ici sur les six heures
lia soir avec Mesdames cadelles. Le Uoi avoit dîné avec la lieineet ses enfants à(llioisy. M"'Ma Dauphine se trouva mal à table; elle en sortit, et demanda permission auKoi de revenir seule dans ses corrosses à elle. Le Roi arriva & Versailles quelque temps après; la Reine avec le Dauphin^ Madame Infante et Madame Adélaïde.
Madame Infante loge ici dans une partie de Tapparfement qu'occupe Madame Adélaïde, en attendant que le neuf qu'on lui fait soit prêt ; mais Madame Infante a une entrée différente de celle qui va chez Madame Adélaïde; , elle est de l'autre côté de la petite cour. Madame Adélaïde couche dans la chambre qu'on a donnée à M"^ de Beauviliiers, parce qu'on a fait beaucoup d'ouvrages en plÀtre neuf dans la chambre à coucher de Madame Adélaïde ; son lit est cependant tendu dans cette chambre, mais elle ne s'en sert que le jour ; c'est dans le cabinet d'auparavant, toujours revêtu de marbre, qu'elle mange avec Madame Infante et Mesdames leurs sœurs. Madame Infante a auprès d'elle un aumônier du Roi, mais c'est Tau* mônier de Madame Adélaïde qui dit le Benedicite et les grâces^ parce que c'est chez Madame Adélaïde que Ton mange et que c'est le détachement de la bouche du Roi pour elle qui sert.
Hier M. rarchevèqu(? de Paris vint ici; il vit le Hoi dans son cabinet, et on a remarqué qu'il avoit été trentequatre minutes téte à tète avec Sa Majesté.
Hier aussi M*"* de Masseran (Guémené) fut présentée par M"^ de Rohan (Bouillon ).
Aujourd'hui M. le premier président et M. le président de Maupeou, son tils, sont venus avec les quatre gens du Roi ; c'est l usaue à la renfrée du Parlement. Le Hoi lésa reçus froidement, et ne leur a rien dit. M. l'archevêque de Tours s'est trouvé daqs ce moment dans la chambre
NOVKMBRR 17ë«. 185
(lu Hoi : M. le [)r('ini(>r pre-sitk'iil et lui se sont eiiihrassés; lUdis malgré cela ou peut croire qu'ils ne sont pas Tort unis du fond du cœur.
On m*a dit aujourd'hui que deux sentences du Chàtelet. Tune dont j^ai parlé qui a condamné la seconde lettre • d*un archevêque, et une autre rendue deÎMiis au sujet de relus de sacreinenls, éloient cassées par un arrêt du conseil.
M. de Vaulgrenant est arrivé ici aujourd'hui de son am- I>assade d'Espagne. M. de Saint-Gontest l'a mené chez le ftoi^ qui Ta fort bien reçu.
H. de Bissy , du mariage duquel j'ai déjà parlé » est venu aujourd'hui faire signer le contrat; la Reine l'a sigii('! après son dîner; c'est ordinairement après la messe qu'elle lait ces signatures.
M. de Saulx, menin de M*^' le Dauphin, prit congé la veille du déparlde Fontainebleau; il va voir son père à Dijon et remplir en môme temps ses fonctions d'élu de la noblesse.
J'ai parlé de la mort de M. de Gollandre; il étoit marié, mais il ne laisse point d'enfants. 11 avoit épousé la
lille de M. Thovnard, fermier tiéiiéral. M. Tliovnard avoit deux filles (1), M™" deCollaïKlre et M"^ (le la Briffe, veuve de Tintendant de Caen. La nDuvelie de la mort de M. de Gollandre saisit si vivement M. Thoynard, qu'il en mourut deux ou trois jours après. 11 laisse une veuve» qui a^ dit-on» IS millions (2) de bien ; le mari et la femme s'étoient fait une donation réciproque. La mortde M. Thovnard donne l'exercice actuel d'une place de fermier général à M. Chicoyneau, iils du premier médecin» qui avoil une expectative.
J'ai parlé ci-dessus du testaïuent de feu H. le duc d'Or-
(1) li y a laiite ici. Voyez ci-après à rarticlc du io norerobre. (Aote (la '
duc de Luijues. ) • 2) On im U'iui Diéiiie 20 millions. {.\oie du duc de I.uijnes.)
léans el du qu'il a fait de sa bibliothèque, qu^il avoit
k Sainte-Geneviève, et de ses manuscrits aux Dominicains de la rue Saint-Dominique. Les doux autres maisons des Dominicains à i*aris prétend(Mit (jue suivant les termes . du testament ils ont droit à ces legs. CepeudaDiM. le duc d'Orléans d'aujourd'hui a fait dire aux I>oininicains de retirer les livres qui leur ont été donnés. M. Silhouette, chancelier de M. le duc d'Orléans , a représenté que l'exécution de ce ieg-s devoit être différée jusqu'à ce que les trois maisons de Dominicains fussent d'accord. Celle de la rue Saitit-Douiinique a déclaré (ju'cUc ne prétendoil rien que ce que M. le duc dOrléaos d'aujourd'hui voudroit bien leur donner, et qu'i W s'en rapportoient à sa décision. Voici les articles du testament :
" Je donne et lèfiiie tous mes liv res, a la n serxe des catalogues mauuserits dont i';u disposé ei-dessiis, a l'ordre de Saint -f)omiDique: |e lui laisse pareillt inent tous les rnanuserits des ouvrages que j'ai composés : soit (jii'ils soient <'0[)iés ou non, lînis on non, les originaux et les copies, nvcc. liberté aii\ supérieurs généraux de Tordre de réiioiT tuil les livres que les manuscrits dans une même maison, ou de te distribuer en plusieurs suivaut qu ils jugerout plus avantageux poorle progi es des études dans leur ordre.
Je leur laisse aussi la liberté de ftire imprimer les ouvrages que fai composés en y feisant telles eorreetioDs et ehaugemeots quMls jugfffont à propos, étaurégalemeot eontent, soit qu'ils paroisseut tels qoejeltf ai composés , soit quils servent de matériaux aux ouvrages qiw les partieuliefs de eet ordre jugeront à propos de composer sur des matières pour lesquelles Bs pourront leur être Utiles.
Je ne veux par ee legs que marquer ma vénération pour cet ordre, qui a rendu de grands services à l'I^Lgiise et qui enseigne la doctrine de saint Thomas, que je crois la meilleure de toutes les opinions qui se soutiennent dans récole.
l'our l'exécution de l'artieie ei-dessus, aussitôt après rouverturc de nu)n testament, on fera avertir le supérieur du noviciat rue Saint-Dominique el le l)ibliotliéeaire ; on fera en même temps avertir le I^'® de Sainte-(ienevieve ehargé du cabinet des médailles, et l'on reiufltra au Donnnicaius la clef de la bibliothèque et audit père de Sainte- Geneviève la clef du medaillier qui y est enfermée.
Du lundi 20^ Versaillef, — On' parle tous les jours d'é-
NOVKMBRB â7ttft. 187
dils, de déclarations et d'ordonnances; on peut l'ort hien ne pas savoir la dinV'renoe de ces diverses manières dont ie Koi se sert pour faire connoltre sa volonté.
signitie une loi nouvelle^ une chose qui n'a pas encore été faite, et il commence par ces mots : A tous présenU et à venir: il est scellé en cire verte avec un lacet rouge et vert. La cire verte marque qu'il est irrévocable. Les édits ne sont datés que du mois et de Tannée.
Déclaradon est l'interprétation d'un édit ou d'une ordonnance, pour les rélornier ou casser en tout ou en partie; elle commeuce par ces ternies : .1 lous ceux qui cesprésenles lettres verront, salut. Ëlle estsceliée du grand sceau en cire jaune sur double queue de parchemin , et datée du jour, mois et année.
Une.ort/otinance est un règlement extrait des édits; elle commence par les mots : à tous présents et à venir, salut. Klle est cachetée en cire verte sur lacs de soie verte et rouge , datée du mois et de l'année. ^
Le 10 août, on eut nouvelle de la mort de M"*^ la duchesse de la Force douairière^ à Paris; elle avoit quatrevingt-deux ans ou quatre- vingt*quatre; elle étoit en enfance depuis plusieurs années et interdite depuis environ dix-huit mois (1). Elle étoit fille unique de M. de Beuzelin de Bosmelet, président à mortier au parlement de Kouen, et de M"* Bouthillier de Chavigny, sœur de M"'*' la duchesse de Clioiseul, mère de M™^ de Luynes. Elle tut mariée le 18 juin 1698, à M. de la Force, né le 5 mars 1675; et en faveur de ce mariage M. ie duc de la Force son père, se démit de son duché. Le mari de M"* de la Force eut deux frères : le marquis de la Force, né en 1678, tué àViadana, en Italie, en 1702 : le second marquis de la
(i) Il y a des iivo (rinibéciliité dès 1744; elles sont d£taillées et ceitilièe.s par une personne <|ui vivoit continuellement avec elle. (Note du duc de
188 M(!lUOIAES DU DUC DK LUYNËS.
Kom* 1, (jui i'poiisa en 1713 , le 17 juillet. M"'" ('■ruclj <ît une sonir DoiniiK^'e à ral)l)ave (l'Issv, le 15 août 171 V.
J*ai niai'ijué la mort de M. do Collandre, et j'ai dit (jue sa veuve et M""" de la Briffe étaient deux sœurs; c^est une faute. M"'' de Gollandre est fille de M"* de Gravelle^ dont le mari est conseiller au Parlement et le beau-père étoit doyen de la chambre des comptes, et M"* de Gravelle est 'Ihoynard, snnir de M™" de la BrilTe; par conséquent M""" de Collandn; n'est qu'une nièce de M"*" de la Briffe. M. de Collandre étoit colonel d'uu régiment bleu (Koyal- Piémont). Ces régiments se payent 100,000 francs; celuici est destiné pour quelqu'un des colonels dans les grenadiers de France, qui sera remplacé on ne sait pas encore l>ar qui ; mais le régiment ne sera payé que 67,500 livres, qui serviront à rend)Ourser trois réfiiinents de cavaleri(î do '•l'IJiiH) livres chacun, en suivant le j)rojet qu'a donné M. d'Argeuson de mettre le Aoi à portée de donner tous les régiments gratis.
J'ai appris depuis que c'est M. de Gamaches^ gendre de M. le maréchal de la Mothe, qui paye les 67,500 livres du régiment Royal-Piémont; il n*estpas le plus ancien dans les grenadiers de France; niais ses anciens n'ont pas voulu donner cette somme. M. de Gamaches ne pourra vendre que 67,500 livres le régiment, lorsqu'il sera fait maréchal de camp.
La seconde sentence du Gbàtelet dont j'ai parlé dans ces Mémoires est au sujet d'une M"** Benôlt, laquelle étant malade dangereusement fit avertir le S' Nolières , porte-Dieu de la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont; il demanda le billet de conl'ession ; on répondit (ju'il n'y en avoit point; il alla chez la malade l'exhorter fortement à se mettre en règle; elle se contenta de dire qu'elle avoit
' I } rnar(|uisile la Force es! U> tliic de la Force d'aujoiinrinii, ipii a e« deux lils.doul lin If ni a é(»oii.sé M"' <li* ><tailk's; «*t Faulro, a r|i«iiisé M'l*'Aine» loi, a i'W lue dans la dernière ^ncrre. {.\ole dit duc de l.uym's.)
«'11' ('oiit»ss('(' , <•! iw voulut poiul dire par qui ui donufr de billet. Le porte-Dieu dit (ju'il ne pouvoit eu ce c;is-1j\ admÎDÎstr.er les sacrements. On s'adressa au second porte- Dieu, qui fit la même réponse; enfin, on alla parler au S** Halouin, vicaire de la paroisse ; il fit tout ce quMl put pour engager la malade à dire le nomdesoo confesseur, sans pouvoir l'obtenir; il lui représenta fort pathétiquement son état an moment où elle alloit paroitre devant Dieu; ensuite il chercha à rébranlor par des réflexions de charité ; il lui dit qu'il s'exposeroit à être interdit par M. ^archevêque s'il Tadministroit, et que le Parlement le poursuivroit criminellement, si, malgré le refus qu'elle faisoit de donner un billet de confession, il ne lui administroitpas les sacrements, et qu'ainsi elle Texposoitaux plus irrands dangers. Toutes ces raisons ne firent point changer la malade; le vicaire lui porta les sacrements; ce que M. rarchevèque ayant su, il l a interdit.
J'ai appris à cette occasion que M. l'abbé Guichon, chanoine de Notre-Dame , âgé de soixante et dix ans, appelant et réappelant, étant assez malade, s'étoit confessé à M. Lucas, autre chanoine de Notre-Dame (ils sont morts tous deux). Ce M. (luichon étant dans son lit prêt à mourir, il vint chez lui {)lusieurs entants, qui se luireiit ài^eiioux «'til leur donna sa bénédiction; cela se passa vai présence de M. Lucas. M. l'archevêque fit venir chez lui M. Lucas, et. lui fit une sévère réprimande de ce qui s'étoit passé chez H. Guichon.
' M"*" la duchesse d'Ântin (Montmorency ) nous fit part mercredi ou jeudi du mariage de sa seconde fille aVfec M. le comte de Crussol, seul fils de M. le duc dl'zès. Personne ne le savoit encore alors, [»arcc qu'on n'avoit pas demandé l'agrément; le lendemain cette nouvelle fut publique. Je joins ici Textraitd'une lettre de M"'* d'IJzès douairière à M"**^ de Luynes.
I^diK (l'II/.ès donne a son lils 25,000 livres de rente ; oontril)ne un peu à tout cela suns me dépouiller. Le comte d'Uzès, mou secoud
MÊMOIRKS DIT DUC DR I.ITYNKS.
(ils, (jiii «ivoit elc riicnlier dv M. de IMons.iU*/. lu avuit bisse pjir son U'sUiiiu'iil 2,000 ecus de pension sur cette sueeossion, inquelle étoit si obérée, qu il a fallu bien des années et vendre deux terres pour la liquider. Je cède cette pension par le contrat. M"* la comtesse de Toulouse donne une dot fort bonn^ à la demoiselle, ayant aujourd'hui S40,000 livres valant 17,000 livres de rente et 40,000 écus d'assurés par M"^ la duchesse d'Antin. Le Roi a accordé le gouvemement et la permission de céder le duché. Dons les 840,000 livres, il y a 30,000 écus du côté paternel, dont M"" la comtesse d« Toulouse se charge de faire la renie jusqu'à ce que les affaires de la maison d'Antin soient liquidées.
J'ai reniai'qué depuis le retour de Fontainebleau un changement qu'on a fait pendant ce voyage dans les appartements du Roi ici. Dans les arcades de h\ paierie et dans les portes des pièces jusqu'à la chapelle, il y avoit des seuils de marbre; on tes a 6tés parce qu'ils étoient trop glissants, et on a mis à la place de ces seuils du parquet qui raccorde à celui îles pièces.
On trouvera ci-après Textrait d'une lettre que mon petit iils, le comte de Dunois^àgé de douze ans, a écrite à sa mère, du 19 novembre.
Nous itilàmes liier voir les médailles du Roi. M. l'abbé Bartbelemy, quia la survivaucede M.deBoze, uousmuuadaus le cabinet des médailles; c'est UD grand saioo où a on mis tout autour des tables de marbre qui portent les médailles. Il m*a foitdéchifirer et expliquer les médailles d*or du Uaut-Ëmpire; il commence à Jules César et finit à Gallien; le Bas-Empire est peu estimé; il va jusqu\^ la prise de Gonstantiuople par les Turcs ; alors eommencent les médailles modernes, qui renouvellent le bon goût 11 y a 1 ,aoo médailles d*or.
Mous vîmes ensuite les médailles d*argent, tant grecques que la- ' tînes.
Nous examinâmes ensuite le grand, le moyen et le petit bronze, et les médaillons antiques , après cela les médailles modernes ; le recueil
est immense, parce qu'on a des suites de tontes sortes. J'ai trouvé le connétable de Luvues parmi les nudaillons. .M. labbé Barthélémy étoil si enchanté dti goiU qne je marquois, qu'il me disoitsans cesse : « Je vous prie, Monsieur, de cultiver ce goilt, alin que nous puissions vous avoir un Jour dans notre académie. « Je croyois que tout étoit fini, lorsqu'on nj'a lait nionU rdaiis une grande salle remplie d'antiques ; j'y ai vu le bouclier votil de Scipiou qu'on a trouve dans le Khùne,