‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV 17351758Chapitre 32 sur 58 · ANNÉE · texte numérisé non relu

ANNÉE

Chapitre de l'Ordre. — M. de Boissimène. — Pr(^sontation «le M""" Senac. — Usaf^e à Vienne. — Service pour les chevalier-; morts. — Mortile l'abbé Chevrier. Le cliapilre de Lyou. — M'ie de Mérude et son procès. — Ma- 'riage de M. de RQbemiHré «Teesa eoiiinière. — * Exil de plusieurs membres des Étals de Bretagne. — Voyages du Roi. — TrianoD , serres cliaudes, pépinières et poolaillers. — Exil de M. de la Rocltefixicaold. — États de Languedoc et de Bretagne. — Morts . — Remontrances du Parlement. — Brerdu pape. — Mort de .M""' de Pigiialelli etdii comte d'^vrenx. — Refus de sacrements. — État de la marine. — Refus de sacrements et ariét du Parlement contre révôque d'Orléans. — Les confessions ; esprit de parti et de déHAétesanoe. — Vente des mevltles de plusieurs curés do diocèse de Troyes par ordre du Parlement — M. de Mirepoix. — Présentation. — Le Parknent ne Teol pas entendre la lecture d'un arrêt du oonaail. ~ Réponse du Roi au Parlement

Du lundi 1". — Il y a eu aujourtriiui chapitre de TOrdre. Nous étions quarante-deux chevaliers à ce chapitre, non compris le Roi, M'' le Dauphin , les six princes du sang et les trois légitimés. Le Roi a rempli les six places qui étoient vacantes, en nommant MM. de Fleury, de la Vauguyon, de l'Hôpital, de Crussol (fils de M"* de Villacerf) de Céreste efdWrinentières. Le Roi a dit seulement : « J'ai à vous proposer six nouveaux chevaliers, » et M. de Saint-Florentin a fiait lecture de la liste, après que M. l'abbé de Pomponne a eu fait celles des preuves de M. d'Hautefort. M. de Saint-Florentin ayant lu la liste esses bas, tout le monde n*a pas entendu les noms fort distinctement. On savoit que Madame Infante désiroit beaucoup cette grÀce pour M. de Sainte-Vital, son cheva-

lier d'honneur (1) . Sur celte idée on a cru entendre Saint- Vital au lieu de l'Hôpital; cette nouvelle est venue dans la chambre de la Heine; elle a été dite à M*"' la Dauphine et à Madame Adélaïde^ qui en ont fait tontes deux leurs compliments à M. de Saint-Vital.

. La réception de M. d*IIautef<^ a été faite aujourd'hui ; il avoit eu permission de porter le cordon à Vienne , et n'étoit point venu en France depuis ce moment. Je dois avoir déjà marqué que Tusage est pour les gens titrés d'avoir pour parrains les deux derniers ducs, et pour les non titrés « les deux plus andena chevaliers non titrés. C'est par cette raison que les deux parrains de M. d^Hautefort ont été M. le maréchal de Tonnerre et M. de Clermont-Gallerande^ qui sont tous deux de la promotion de 172V. Tous les autres qui sont de cette promotion sont ou princes du sang ou titrés, excepté M. de Ncsle, qui ne vient point ici , M. d'isenghien, qui est devenu presque aveugle, M. de Maillebois, qui ne vient plus aux cérémonies, et M, le vicomte de Tavannes, qui est malade.

Il y a ici actuellement un ancien officier fort gros , avec des cheveux Blancs, èt âgé de quatre-vingt-quatre ans , dont l'histoire est assez singulière pour mériter d'être mise ici en peu de mots. Il s'appelle Boissimène (2) ; il est François, mais il a été au service d'Espagne où il a obtenu le grade de colonel. Comme il avoit été auparavant au service de France, il en avoit 2,000 livres de pension, laquelle aété réduite depuis à 1,600 livres; il à une pension de l'Espagne, aussi d'environ 2,000 livres, jl a servi dans l'armée de l'Infant don Philippe ; et même comme colonel, il a eu l'honneur de manger avec lui. 11

(1) Je ne Mis puait porte oe titre à Pimw» mate il €■ feUici les ftnetkMW.

Note du duç de Luynes.)

(2) J'ai vn aujourd'hui M. de Boissimène, qui m'a dit que le Roi lui avoit donné 2,000 francs d'augmentation de pension . Il étoit avec son pelil-lils qui parolt avoir vingt ans et qui a uoe très-jolie ligure. {Addition du duc de ùuyneSf datée da 4 juillet 17»3.)

ëtoil marié en France et avoit épousé une fille de Chartres. Il fui obligé de partir huit jours après son mariage ; il laissa sa femme grosse ; il fut employé en Italie et ensuite envoyé à Constantinople pour quelque négociation de la part de l'Ëspagne. Pendant ce temps sa femme accoucha d'an garçon et mourut .peu après des suites de sa couche. Lorsque H. de Boissimène arriva de Constantinople à Madrid il apprit la mort de sa femme , et crut que la mère et Fenfant étoient morts en même temps ; cependant cet enfant, élevé à Chartres par les soins des parents de la femme, s'est marié et a deux garçons qui sont tous deux dansle service. L'alné^ nommé Boissimène^ comme son père et son grand-père , étant allé en Pro- ▼ence, on lui demanda s^il étoît parent du vieux fioissimène; il dit qu'il n'avoit jamais connu son grand-père^ et qu'il étoit mort depuis longtemps. Le grand-père s'é* toit retiré à Menton près Monaco, où il viv'oit des pensions de France et d'Espagne. On lui dit qu'il y avoil un homme de son nom en Provence; dans le premier moment il ne douta pas>quece ne fût un fripon; il voulut le voir. Dans ce moment les entrailles paternelles et la tendresse filiale firent un coup de théâtre admirable. 11 y a eu des reconnoissances fort tendres du grand-père , du père et des ' deux petits-fils. Le grand-père a quitté Menton pour venir finir ses jours à Chartres avec ses enfants; il est venu demander ici que sa pension do 1,600 livres fût rél iblie sur le pied de 2,000 livres, et a déclaré à ses enfants qu'il ne vouloit pas les troubler dans la jouissance de leurs biens , qu'il vivroit avec ses pensions comme il avoit toujours vécu.

Avant-hier^** Senac fut présentée à la Reine par M"*' de Luynes, c'est-à-dire nommée, car il n'y a point d'autre présentation. Elle vint en grand habit à la toilette de la Heine. C'est une femme assez grande, âgée d'environ cinquante-cinq ans. J'ai déjà marqué que c'est un droit que la femme du premier médecin du Roi et celle du pre-

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inior mt'decin de la Ueine viennent faire leur cour à la Keiue à sa toilette, une fois vers le premier jour de Tan. M""' de Luyncs fit des questions à Senac sur sa santé» et lui dit qu'elle étoit à portée d'avoir plus de secours que personne^ ayant des conseils aussi sages et ausû éclairés que ceux de H. Senac ; élle répondit à BP* de Luynesque son mari avoit trop d'affaires, qu'il n^étoit point son médecin. J\ii appris à cette occasion que la règle et Fusage à Vienne en Autriche sont que les femmes des médecins, lorsqu'elles sont malades, sont obligées d' appeler des médecins étrangers.

Du mardi S, Yertaillês, — 11 y a eu aujourd'hui le ser- . vice à la chapelle pour les chevaliers morts dans le courant de l'année. J'ai déjà parlé de ce service qui n'est établi que depuis peu d'années. M. l'archevêque de Rouen officia hier; il a officié encore aujourd'hui (1). Le Roi met ce jour-là un habit violet. On sait que c'est la marque de grand deuil pour le Roi; par cette raison, les chevaliers devroieni être non-seulement sans plume au chapeau, ce qui s'observe très-exactement, mémë pour les deuils personnels, mais même avec des boucles, épées et gants noirs. Comme il me parut hier que l'on faisoit quelques dil'licultéssur les boucleset épées noires, j'ai envoyé ce matin chez M. le duc de Gesvres , qui est le plus instruit des usages de la Cour, pour savoir quel habillement on devoit avoir ; il m'a mandé qu'il croyoit qu'on devoit être eu boucleset épées noires ; que tout le monde cependant n'étoit pas de même avis; en effet aigourd'hui tous les chevaliers étoient en gants blancs, et il y en avoit fort peu qui fussent en boucles et épées noires.

Du jeudi %, Versailles. — On vient d'apprendre la mortdeM. rabbcChevricr, qui aété longtemps aumônier de quartier de la Reine ; c'est l'abbé de Gouyon qui a eu

(1) Mme (lu chàtelet (Rochecliouart) quêta hier; il n'y a point eu de quêt«a66auloonl*hui. {Noté du dmedê Luyms.)

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