JANVIER
sa place. M. Tabbé Chevrier s'étoit retiré à Lyon, où il est mort. 11 étoit âgé d'environ soixante ans. Il étoit fort attaché à M. le cardinal Tencin ; il étoit doyen du chapi« fre de Lyon. Cette place est à la nomination do chapitre; lorsque le chanoine qui est choisi pour la remplir a quelque ancienneté dans le chapitre, le doyenné est alors pour lui assez considérable. Lorsqu'il est nouveau dans/ le chapitre, la place de doyen ne vaut guère que lyOOO écus. il y a deux dignités dans le chapitre auxquelles le Roi nomme; c'est un arrangement fait il y a déjà quelques années.
Le chapitre de Lyon désiroit infiniment la réunion d'un autre chapitre fort voisin de la ville, dans File Barbe. Celte affaire ne pouvoit être consommée que de concert avec la cour de Home; il s'agissoit non-seulement de la réunion du chapitre de l'Ile Barbe, mais môme de celle d'un bénéfice valant 25 ou 30^000 livres de rente. Le chapitre a été obligé d'indemniser la cour de Rome à cause de Texpédition des bulles qui ne se fera plus , la réunion ayant été accordée. Le revenu des chanoines de nie Barbe leur a été continué et ils ont été réunis au cha* pitre de Lyon. Le chapitre iait desservir l'église ; c'est l'usage ordinaire en pareil cas; et comme le Roi perd par la réunion son droit de nomination au bénéfice, il a été convenu que S. M. auroit la nomination des deux premières dignités qui viendroient à vaquer depuis la réunion, exceptant celle de doyen qui est toigours à la nomination du chapitre. 11 y a trente-deux chanoines dans le chapitre, sur quoi huit dignités (1) et un person-
(1) il y a le doyen, qui, comme je viens de le marquer, <»t toujourà à la naniiiiltaiila chapitre, un araUdlaere, uq pmùtaH&Êt, un ehaolr^ «d chanarier, un syndic (cm deux dignités sont réunies sur la même têtat c^lte • de M. de Mamesia), un sacristain, un grand custode, un prévdt, et un antre
syndic qui est maître <lii t luinir. Le Roi est premier chanoine.
L'église de Lyon fait remonter sa fondation jusqu'à Saint-Potliin, l'an 140 OU 150 deTère clirétieunei ellea eu jusqu'à présent 128 archevêques ; elle
SI6' HËMOIRES m DUC DE LUTNES.
nat. De ces huit ou dix il n*en a encore vaque (lu'unc à laquelle S. M. a nommé, et S. M. nommera dorénavant à la même dignité. ïout se passera de même pour la seconde dignité quand elle viendra à vaquer.
Du diman^ê T, Fariotl^. — On apprit avant*hieç ia mortde M"' de Mérode ; elle avoit au moins quarante ans ; plie est morte de la petite vérole, à Douay, le dixième ou le douzième jour de sa maladie. Je dois avoir parlé de * son procès dans le temps du dernier voyage qu'elle lit ici; il s'y agissoit principalement de la belle terre de Treslon. Elle étoit venue ici pour un règlement de Juges, qu'elle avoit gagné ici au conseil de dépêches ; elle avoit compté dès ce moment avoir gagné son procès contre H. de Westerloo» et il n*es( pas douteux qu'elle Fauroit gagné effectivement ; elle étoit à Douay pour le faire juger. On prétend que M""" do Mérode vouloil se marier immédiatement après le gain de son procès, et que sa situalion alors lui permettant de faire la fortune d'un homme de condition, elle s'étoit déjà informée des mœurs et du caractère de M. de Morbeoque> frère cadet de M. le prince de Robecque. Les héritiers naturels de M"* de Mérode , et qui vont reprendre et faire juger le procès, sont M. le prince de Rubempré , son cousin germain paternel^ qui héritera vraisemblablement^ et M. de Hem,
est primitîale de Sens, Tours et Paris, et métropolitaine d'Auliin, LaoKrett Mâcoii, Clialon, Dijon el Saint-Claude; Il y a daus le diocèfw» 840 paroisses OU atiiuxes guiiveiiiieâ par 20 arcliiprètres ; dans la ville, 11 paroisses el 1 annexe, 4 abbayes royales, 4 prieurés, environ 60 communautés, 2 hôpitaux et 15 elupettes parthsiilièrai. La bltinMat de fëgliM Sitnt-JeHi • lté eommeiMé dans l« XII* siècle et fini dans le XVc Le choeur et le jobé ont été refUts dans le XVlIIe. Il y a 32 chanoines, y compris S dignîtésel 1 penonnat que remplit le maître da chcDur. Les clianoiaes font preuve de seize quartiers paternels et matornels, M y a de plus d;ms r(^j;Iise de Lyon 4 custodes, 7 chevaliers et 1 tlicolo^al. Les chanoines et coniteH dMionneur sont INI. Pévôque du Man<t (Froulav), M. l'évéquede Saint-Claude (de Fargues), M. l'évëque de Clermont (La Garlaye) et M. I^rehevëque de Paris (Beanmoat). M. réréqoe d*Autim conlère les bénéfices, etc., en un mot jouit de la régale et des revenos pendant la vacance du siège de Lyon. (Pfole du dmed€ Smhhu,)
JAJSY1EI\ 1753. 317
qai est ausn Hérode, mais parent d'un degré plus Soigné. M. de Westerloo est bien de la maison de Mérode^ et même Palnë; c*est sur cela qu'est fondée sa prétention ; il soutient que la tante de M. de Mérode , qui étoit je crois M"" d'Holslein, ayant fait une substitution, devoit le regarder comme aîné de la maison au défaut des mâles de la ligne directe*, parce que M. de Rubempré et M. de Hem sont des branches cadettes. M. de Aubempré est marié ; mais il a &it un mauvais mariage qui cependant n*est point secret; il a épousé sa servante ou sa cuisinière ; il a eu depuis ce mariage défense de l'Empereur d'aller à Bruxelles, et même, je crois, défaire porter son nom à i>a femme.
J'ai dit l'âge de M"*' de Mérode, au moins de quarante ans; il seroit plus considérable si elle est née en Espagne comme on le croit. M*"* sa mère vint d'Espagne ici en 1717 ou 1718. H"* de Mérode étdt fille unique; elle avoit eu un frère qui étoit de FAge àu Roi et qui mourut en 1725 0» 1726.
Du lundi 8, Vermilles. — J'appris hier que M. l'évéque de Rennes a eu ordre de rester dans son diocèse. Il y a eu plusieurs membres des États dans la noblesse d'exilés dans leurs terres. On trouvera ci-après une liste détaillée (qu'on m'a remise depuis ce qui est écrit ci-dessus) des exilés et du lieu de leur eiàh de Saint-Pem du Luté qui y est compris, est neveu de celui qui est colonel des grenadiers de France et attaché à M. le due de Penthièvre.
M. révêque de Rennes à Rennes.
^ M. de la Beneraye, à Angoulème.
M . de Krabry ou Kéralry, à Isiguy . •
M. de KersausoD, à Issoire.
H. et M"« de Piré (Bien-Assis) (1), À Saintes.
(t) Sœiir de Teu M»« la comtesse de la Mark et tante dë M^e la prinoeue d'Aremben;, dont le mari est neveu de Mme d'EgmOBl (Duiaa) par ia uèn, qui est fixante. (iVote du duc de Lunnes,)
318 mêmoikës uu duc de lutiœs.«
M. de Saîni-Pem du Luté ou du Laté, à Nevers. M. deBeiattin oa Beocasson l'onde, àViteau en Bourgogne.
M. de B<^lason ou Beecasson le neveu, à Guéret. M. (le Kerguiesec, à Gaonat en Auvergne. M. de Langoulas, au chÀieau de fielle4sle« M. Le MaiotieTy auch&teaudu Taureau!
H. de Varioeourty au Mont^nt-Hiehel.
H. Trouflier, à Saumur.
M. de Sceaux^ le sénéchal de Uuiuiiu et un troisième (1), en prison ; on ne sait où.
Ou mercredi 10, Versailles. — Il y eut avant-hier deux mariages. Celui de xM. de Crussol avec M"'' d'Antin se fit à Puieaux chez M. le duc dePenthièvre. M. le duc d'Usés, père du marié, qui est totgours dans ses terres et hors d'état de voyager, avoit envoyé à M. le duc de la Rochefoucauld son beau-père, sa procuration^ et M. le duc de la Kochefoucauld est venu à Puteaux pour ce mariage. C'est M. l'évèque de Blois (Crussol) qui a fait la cérémonie. L'autre mariage est celui de M. de Gacé avec M'" de Glermont d Amboise. Celui-ci s'est Hait à Paris (2).
Du dimanehe ik, VênaiUes, — On ne trouvera point dans mon journal de l'année dernière un détail par jour et par semaine des voyages du Roi, excepté ceux de Marly, Compiègne et Fontainebleau. Ce détail auroit été trop long et trop répété. On peut dire en général que hors le temps de Marly, Compiègne et Fontaineljleau, et le temps du carême, où le Roi voyage moins, il est rare que S. M. demeure quatre ou cinq jours de suite à Versailles; ordinairement son séjour dans ce lieu est de deux ou
(1) C'est M. Hécliard. (Note du duc de Luynes. )
(2) MUe de Clermont-d'ÂiiiUoise est filie de M. de Clermont-d'Âmboi&e, d-derint Remcl, et de m ftmMn femne U^éà Bwmkk. M. de CkroMntd'Amboiw est fils de M«e la dncliene de Saint-Piene Craissy de son premier nariafle a?ec M. de Reanel. {IMê du <toe de lâtjftut.)
lANVlER tm. 819
trois jours francs. Pendant le reste du temps il va à Bellevue et à Choisy, voilà les voyages les plps ordinaires, et quelquefois à la Meutte d'où il fait des chasses dans les plaines et dans les bois de Boulogne » suivant les saisons. S. M. fait aussi ordinairement deux voyages àCrécy, Fun avant Gompiègne et Tantre après. Pendant lesdits séjours à Versailles, il y a ordinairement grand couvert deux fois la semaine seulement, à moins qu'il n'y ait quehjues fêtes, ce qui fait ordinairement une augmentation de grands couverts y le Roi ne chassant point les jours de fêtes, excepté la chasse à tirer. Les jours que le Roi courre à Saint-Germain ou aux environs de Saint- Gloud ou de Marly, S. M. va souvent déjeùner dans la maison de M. d'Ayen à Saint-Germain, qui est accommodée avec beaucoup de goût, ou bien à la petite maison de THermitage, où il se rend tantôt en allant à la chasse , tantôt en en revenant.
J'Oubliois de parler des voyages de Trianon. Le Aoi fait aussi on assez grand usage de cette maison de campagne, où il a fait accommoder plusieurs appartements et ajouter en dehors du côté de Versailles un nouveau potager avec des serres chaudes pour toutes sortes de fruits^ légumes et arbustes , tant de ce pays-ci que des pays étrangers. Au milieu de ce potager est un salon avec toutes les commodités qu'on peut désirer pour y jouer et s'y tenir dans la belle saison. On a construit aussi auprès du potager un grand nombre de poulaillers aussi magnifiques qu'on peut en faire, dans Jesquels sont rassemblés une quantité de belles espèces de poules. Les dames qui vont à ces voyages sont toujours à peu près les mêmes; elles sont huit ou neuf. Les hommes qui y s6nt presque toujours sont MM. de Soubise, de Luxémbourg, d*Ayen, de Goniaut^ de Poyanne, quelquefois M. le baron de Montmorency, toujours M. de la Vallière, M. de Meuse quand il se porte bien, mais présentement il est souvent chez lùi à Sorey en Lorraine, et outre cela il est
souvent malade ; mon lils a aussi l'honneur de suivre le Roi presque toujours à ces voyag^es, et M, de Ghaulnes trè8-8oavent. le n'ajoute point an nombre des «conHisans MM. les premiers gentilshommes de la chambre , les ca-> pilaînes des gardes et antres grands officiers da Roi qui suivent pour leur service. J'oublie encore un grand nombre d'autres courtisans. Ces voyages n'interrompent point les conseils; le Hoi les tient dans tous ces lieux lorsqu'il y demeure plusieurs jours.
J*ai marqué au 10 janvier^ à roccasion du mariage de M"* d'Ântin, que M. de la Rochefoucauld est venu à Puteaux avec la procuration de M. leducd^Uzès; il n'a point en besoin de permission pour cela^ comme on le' verra par le détail ci-après.
M. le duc de Châtillon, tant qu'il a été auprès de M. le Dauphin, a été chargé du soin de la garde- robe de ce prince. Quelque temps après qu'il fut exilé, Binet valet de chambre de M. le Dauphin» dit à M. de la Rochefoucauld qu'il luifalloit une culotte.41. de la Rochefoucauld répondit qu'il prendroit Tordre du Roi. En demandant cet ordre, le Roi lui dit : « C'est moi qui m*en mêlerai. » Quatre jours après, M. de la liochefoucauld fut exilé par une lettre que le Roi écrivit à M. de Maurepas, p.ir laquelle il lui mandoit d'écrire à M. de la Rochefoucauld de rester à la Roche-Guyon jusqu^à nouvel ordre^ et que lorsqu'il auroit affaire à Paris, de mander son arrivée et son départ. C'étoit au mois d'octobre. La garde-robe de M. le Dauphin étolt renouvelée pour Thiver. Au mois dè mars, on demanda à M. de Maurepas h qui il falloit s'adresser pour les habits du printemps; M. de Maurepas en rendit^comple au Roi. S. M. répondit quec'étoitM. de la Rochefoucauld qui devoit s'en mêler, et quUl pouvoit venir à Paris sans donner avis ni de son arrivée ni de son départ.. Get«état subsiste encore.
J'ai parlé, 6 septembre^ 12 et 2^ novei^bre 1762, des États de Languedoc. Tout s'y est paœé fort tranquille-
iANtlËR tu
tnent, quoiqu'on leur eût ôté quelques privilèges. Ce sont des commis nommés par l'intendant qui font rendre les déclarations , sauf à ceux qu'ils taxent trop haut à porter leurs plaintes aux commissaires nommés par les États.
On prétendoit que ceux de Bretagne s*étoient séparés d'eux-mêmes par mécontentement, et sans attendre des
ordres. M. de Chaulnes assure que la séparation s'est laite comme à l'ordinaire, et avec toutes les formalités d'usage en pareil cas. Il est certain que les États ont été très-mécontents de la nomination des douze commissaires. M. de Chaulnes dit que Fusage de Bretagne est que les États nomment, en toutes cccasions de charges vacantes , trois sujets sur lesquels le Roi en choisit un , et que dans cette occasion-ci , le Roi a cru leur donner une marque de bonté en leur nommant douze commissaires, savoir : quatre pour chaque ordre, dans lesquels quatre Us avoient la liberté d'en choisir un , et que les États . ayant marqué de l'humeur sur ce choix, les choses ont été remises sur le même pied que depuis 1749, comme H. de Chaulnes en avoit l'ordre. Les États de Bretagne ayoient toujours compté avoir un traitement absolument pareil à ceux de Languedoc, qui ont nommé leurs commissaires, avec lesquels le commissaire du Hoi, qui est l'intendant, fait l'imposition du vingtième. 11 est vrai que les douze commissaires nommés par le Roi pour la Bretagne, voyant combien ils seroient reçus peu favorablement, avoirat tous remercié; mais indépendamment de cette raison, la prévention des esprits dans les Étals avoit fait décider qu'aucuns ne convenotent. H. de Chaulnes a fait ce qu'il a pu pour les déterminer à en prendre un des quatre, leur promettant posilivenieut que pourvu qu'ils se soumettent, il feroit changer ceu.\ qui ne conviendroient pas ; mais cet expédient n'a point plu aux États; ainsi ils n'auront point de commissaires pour le vingtième.
T. XII. ûi
0 parolt que les Élats de Bretagne n'ont point été oon-
tents de M. de Rennes. D'un autre côté le Roi vient de lui prouver son mécontentement en l'exilant dans son diocèse; c'est une situ^tioa wlheureuse 4'étjre ))vouillé des deux côtés (1).
On apprit hier la morj^ de IL le chevsdier de la Richardie. Il est mort en.prison.d'un a)?cè8.dfu)8 la tête, il avoit seiTi en Bohème avep distinction: il étoit Cort; estimé. Il fut blessé considérablement à la tête^ et depuis ce temps il souffroitde temps à autre de grands maux de tête. Son frère a épousé une sœur de M. l'évèque de Metz (Saint- Simon). M. de la Richardie, excepté les maux de tête, ne paroissoit point se .sentir de sa blessure ; il alloit presque tous les jours chez 11. le duc de Châtillon. Il y. a environ un mois ou six semaines que Ton s'apei^çut dans la conversation de pli]|9ieurs traits de folie., peijiçiant quelques jours de suite^ et M. de Ghàtillon donna ordre à son suisse de rempêcher d'entrer. Il mit l'épée à la main contre le suisse, voulant al)solument entrer. Trois hommes se je- . tèrent sur lui^ et ils eurent bien de la peine à lui ôterson épée; on le mit en prison, où il est mort tout d'un coup; pn Ta oaverty et on atiouvi^ un.^tbciàs.danaliajtéte.
Nous sûmes ce mép^ie jour que M"^ Gruyn étoit morte. Elle étoit mère de M"^ de Gambis et de M"« de Saint- Chaumont, dont la fille a épousé M. de Murinais; son mari étoit garde du trésor royal. M""^ Gruyn avoit de la beauté ; il ne tint qu'à elle d'épouser M. deMazarin, qui épousa M™* de la Vrillière en secondes noces ; mais elle le refusa constamment. M"** Gruyn étoit aimable et avoit beaucoup d'amis. , .
iLiji -, •,' :
il I c'est ce qui a fait dire que M. de Hennés se trouvoit dans un cas à peu inès semblable à celui de M. de Langeais, quoique d'une espèce fort différente. M. de Langeais peidil la même année deux procès, l'un contre sa femme : il fat jng^ iicapaMed'iVoir des eiiftnt8;et Fautre ooatre mw fille qui racensoit d*être grosse de son bit. (iVMe dnéuc deiAHfnet,)
JAMVIEK 471». .333
Les remontrances du Parlement ne seront présentées (jiie lundi 22 ; il y a trente-huit commissaires de nommés pour y travailler, et elles ne sont pas encore finies. Dans l'assemblée où il fut question de déterminer les différents objets qui dévoient y être traités, on n/oublia pas les lettres de. cachet envoyées à la communauté de Sainte- Aga^ the ; mais H. le premier président dit que si on parloit de ces lettres de cachet, il prioit la Compagnie de trouver bon (pie c ne fût pas lui qui se charg-eàt de présenter les remontrances.. M. le président Molé ouvrit Tavis que la Compagnie ayant grand nombre d'autres objets à comprendre dans ces remontrances, elle pourroit s'occuper à rédiger ces articles, et qu'après cela, si elle jugeoit à propos d'y comprendre celui-là, il seroît toujours temps de l'ajouter. Il y eut 63 voix pour cette oj)inion ; mais les opinions contraires ayant été au nombre de 05, la pluralité décida. M. le président de Maupeou, liis du premier président, fut un des plus vifs de l'opinion des 65. M. de Trudaine, fils de l'intendant des finances, fut aussi de ces opinions.
Du mercredi IT, Versailles, — J'appris hier que le Roi avoit donné, le 14, 8,000 livres de pension à M. le comte d'Apchier, ci-devant le chevalier d'Apchier. Il est dit dans la lettre de M. d'Argenson à M. d'Apcliier que cette pension ne subsistera plus loi*squ'on lui aura accordé un gouvernement; il le demande depuis longtemps , et le mérite par ses services et par sa blessure, dont tout autre que lui, moins ferme et moins de sang-froid, auroit été certainement estropié, puisqu'il étoit décidé qu on lui
eouperoit la jambe.
Il a paru un bref du Pape, imprimé , qui condamne un libelle d^à condamné an feu par arrêt du Parlement. Ce bref a été imprimé par un zèle indiscrèt d'un évèque et sans permission. Ce bref a été supprimé par arr^t du conseil comme imprimé sans ordre. Ce qui a donné occasion à ce bref , ;ce sont les discours tenus eu
France, où les gens malintentionnés publioient que la
cour de Rome se mettoil peu en peine des disputes présentes. On sait que les brefs de Home ne sont publiés en France qu'avec la permission du Roi, et même par son ordre; ainsi celui-ci n'ayant point été revêtu de cette forme de voit être supprimé; mais il n'en a pas moins produit Teffet que l'on en attendoit.
Dans le dernier discours de IL le premier président au Roi, auquel le Roi répondit : « Monsieur, je suis étonné que vous osiez, etc. » , on a remarqué que le premier président avoit donné au Roi le titre de chef du Parlement; que ce terme n'est plus usité, et qu'il ne doit pas Tôtre; que le Roi est le chef de la nation et non du Parlement; que c'est le chancelier qui est regardé comme chef de la justice. Cette expression n'avoit pas été employée pour le Roi depuis Charles VII, dans un teoips de troubles ; elle le fut cependant il y a trois ans.
Dusamedi20j Versailles. — M""\lePignatelli est morte ce matin à cinqheures, h Paris, d une lièvre maligne; elle n etoitàgéeque de seize ans ; elle ne laisse que trois filles. Elle est morte le quinzième jour de sa maladie. Elle n'étoit pas jolie ; on auroit pu même lui donner dix ans de plus à en ju^er par son visage; elle avoit la vue extrêmement basse. Elle étoit fille unique de M. et de M*^ de Saint- Séverin. M""^ de Saint-Séverin, comme je dois l'avoir dit ailleurs, a de son premier mariage avec M. d'Houdetot , upe fille qui a épousé M. de Chazeron , et qui n'a point d'enfants. M"""" de Pignatelli étoit timide et parloit peu ; ce qui faisoit juger à ceux qui ne la connoissoient pas qu'elle avoit peu d'esprit; elle en avoit cependant^ et outre cela une si grande douceur, qu'elle étoit aimée dans toute sa famille. Son mari est inconsolable ; sa belle-mère la regrette iniiiiiiDent, et on peut regarder celte mort comme une vraie perte pour la maison d'Egiuont. C'en est môme une du côté de l'intérêt. M. de Saint-Séveria n'est pas rlche^ mais de Saint-Séverin Test beaucoup^
JANVIER 17»S. m
et elle le sera davantage ayant encore sa mère et sa grande-mère , et M"*' de Chazeron n'a point d'enfants, comme je Tai dit.
Du dimanche SI , Verêoillêi, On eut nouvelles que M. le. comte d*Évreux étoit mort à Paris. 11 étoit âgé de soixante-dix-huit ans ; il étoit en enfance depuis quelques années. M. le duc de Gesvres lui payoitune pension viagère de 23,000 livres à cause du gouvernement de l lle de France. On trouvera ci-après un extrait de ses dispo- . sitions testamentaires que ron m'a envoyé.
On ne sait si le testament de M. le comte d'Ëvreux pourra être exécuté >^et s*il ne sera pas même cassé. On. ne lui connolt de biens que sa maison, SS^OOO livres de rente sur les aides d'Auxerre et 400,000 livres sur la Ville. Il a environ pour 20,000 écus de vaisselle et 20,000 li« vres d'antres mobiliers. Il fait M. de Bouillon son exécuteur testamentaire. Voici son testament : M. deTurenne, son légataire universel; substituant tout aux cadets de M. de Turenne de cadets en cadets ; et au défaut des Bouillon, il substitue à HM. de la Tour d'Auvergne. Il donne à Bl. de Bouillon son beau lustre qn^il substitue; à M"* de Turenne, ses jetons d*or et ses boites de quadrille qu'il substitue; 500 livres de pension à son capucin (1), s'il reste capucin, et 500 écus de pension s'il change d'ordre; H M"* de la Haye 5,000 livres de pension et 500 livres à cbacunede ses femmes de chambre, 2,000 livres de pension à lïne petite nièce de M'^' de la Haye et âO^OOO livres d'argent pour se meubler; une boite à H"* la duchesse de Randan ; son tableau mouvant à M*** la princesse de Beauvau et 515,000 livres d'argent; 25,000 livres à M. le prince d(; Beauvau ; à M. Terret ses sceaux d'argent et sa belle jatte; à M™*^ de Lauraguais une tabatière qu'il lui avoit donnée de son vivant ; à Ai'"'^ de la Trémoilie quel-
(1) C'est un capucin qui étoit .depuis quelques années chez lui, en qui il avoiC mis toute sa eoofiaace. {Nott du dve d$ iMynet.) .
ques petits tableaux et chiffons; il lui avoit assuré eu mariage 200,000 livres sans nulle condition, et par son testament il les substitue, ce qui est une clause nuUè; à 'Gautier, secrétaire dc^ la* caV^èrié, 3,009 livres de pension et 14,000 livres d^argent; à M. Dalatier (1) 500 écos de pension et quelque argent; à M. Duval 1,000 livres de pension; à Fline, son officier, 800 livres de pension et quelque argent ; à ses deux premiers valets de chambre 800 livres de pension et quelque argent; aux autres t>00 livres avec de Targent; à ses laquais 400 livres de pension et quelque 'argent; à Brouillet; son pqueur, 1,SOO livres; à ses cochers 600 livxes de pennon avec quelque argent; ainsi du reste de sa livrée et dé ses. domestiques.
M. le eomle d'Évreux ordonne que si M. de Bouillon veut se marier à une fille qui ait moins de trente ans, on prenne 100,000 écus sur la substitution pour donner à M. de Bouillon et qui seront libres. M. de Turenne avoit acheté charge et payé le brevet de retenue; ainsi il n'y gagnera rien. MM. Crozat lui fiBtîsoient 12,000 livres de pensions viagères dont ils héritent, et on croit quelques contrats sur l'hôtel de ville, dont il n 'avoit que la jouissance.
Il avoit le gouvernement de l'Ile de France, qui vaut â5 à 26,000 livres de rente, sur quoi il y a un brevet de retenue qu'il avoit donné à M"* de la Trémoille, dont M. le duc de Gesvres fera 10,000 livres de rente à M"* de la Trémoille; il hérite de ce gouvernement. Il avoit la capitainerie de iMonceanx qui revient à M. le duc de Gesvres. M. le duc de Bouillon hérite de 50,000 livres de rente qu'il avoit de viager sur le comté d'Évreux. Il n'a rien laissé à M"'' la princesse de Rohan, sa nièce. Son testament est de 1749. Il laisse peu de chose à M"* de Lambesc. Il a
I I) C'ust le frère du premier cliirui^ien de la Reine. {{Vote du duc de hmjnvs.) •
JANVIUA i7»5. 317
ordonné son enterrement (1) auprès de M"" de Bouillon, aux grands Jésuites, sans tentures et sans cérémonies, avec 12 prêtres seulement, et a défendu qu'on l'ouvrit; mais il a ordonné çpi'on kiidonnàt-denooiips de lancettes dans les pieds apirès fla mort. - • s " '
Du lundi 23, Versailhs, — M. l'évéque de Nantes est ici pour un refus de sacrements à une janséniste déclarée dans son diocèse. Le parlement de Bretagne a suivi sur cette affaire les exemples de celui de Paris ; sur quoi le Roi a rendu un arrêt en son consul pour évoquer Taffaire; mais il n'a pas cas^ celui de . Rennes.
Il y a eu une pareille affaire à Bayeuic, il y a quelques jooFBiiie Roi a défendu au bailliage de poursuivre, a fait défense au parlement de Rouen d'en prendre connoissanceet a évoqué l'affaire à son conseil. C'est au su jet de M. de Menneville, ancien militaire, qui a été séduit et entraîné dans le jansénisme, et même dans le fanatisme, paç4e.s.gens du parti, jusqu'au point de déclamer hautement contrôla Gonstituti on (2). ~
biems ' une 'Semblable 'affaire arrivée * ci-dévant à Orlé(^is,jly àen oôndamnaéon par lé Roi dû jugement. '
Févéque d'Amiens (lli Motte) a. obtenu aujourd'hui une audience du Roi tète à tête. S. M. d'abord Tavoit relusse ; M., lévèque de Mirçpoix est revenu une seconde • • • ...
(1) Il A .été enterré le à qnalre benres après, midi. (Ptote du due de
luynes.) ...
(2) M. de Bayeux a inutilement tenté pendant longtemps de faire revenir M. de Menneville de ses erreurs par les exiiortalions les plus touchantes. Cependant, ayant, trouvé le moyen d'éloigner de lui une partie de ceux qui l'floInteaoiaDiiuui cm ■nUMifi, et lei exhortations ayant eonlinué, U enfila Mli8ftetioD.d*4nMmite^ tt y a eioq oy-fix jpii.n, quff (^ft^ofOcier est eatièremenl revenu. U a fait JUe profession de Toi authentiqua et très ortho* doxe; on lui a administré les sacrements. Comme il a environ quatre-vingts ans, les jansénistes ont publié que ce changement étoit l'effet de l'affolblissèment desa t^te; mais ceâ discours sont sans fondement; son grand âge n'empècltoit point son opiniâtreté et n'intlue en rien sur sa docilité présente. {Aéiukm du dm de Luynes, datée da &lR$vrier.)
fois ; il a dit au Roi que M. Févéque d^Amiens avoii quel*
que chose de particulier i\ dire à Sa Majesté.
Je dois avoir déjà nianjué que M. Houillé fait travailler fort assidûment à iaugmentation de ia marine, qui en avoit grand besoin. On trouvera ci-«près (1) une liste des
(1) USTB GÉNBBAiB DES VAISSEAUX
FAITS OU A PàlRI
dans Uê différàUs porté de France; en 4753.
Titisiirx. CmmW.
J* rar^f]. V ordre.
Le Soleil royal 80
Le Formidable 80
LeTomant 80
Le Foudroyant 80
Le Duc de Bourgogne 80
L'Océâo (cliaatier) 80
s* rang, s* ordre.
VhAtéfM»..,.: 74
Le Seeplfe 74
Le Conquéruit 74
La Couronne 74
Le Téméraire 74
Le Florissant 74
L'Eiitreprenaut 74
Le Redoutable 74
Le Ptiniier 74 •
Le Héros , , . , 74 ,
Le Dauphin royal 70
Le Sufierbe 70
L'Espéraoce 70
LeJaite * 7o
Le Ferme 70
Le Guerrier (chantier) 74'
Le Prudent (chantier) 74
Le Courageux (chantier)... 74
Le Défenseur (chantier). ... 74
Le Hector 74
TAMWUOI. CnOM.
a*Miw.
Le Magninque.. 64
Le HorthombcrtBBd 84
LUercule 64
Le Protée 64
Le Lis 64
Le Dragon 64
L'Illustre 64
Le BIsarre 64
LH>ploiltre 64
L'Orphée 64
L'Achille 64
Le Triton 64
LeConleot 6t
Le Sage 64
Le Lion 64
Le Hardi 64
L'InOexittle 64
L'Aclif 64
Le Saint-Michel 60
Le Léopard 60
L'Hemêaji... 60
L'AnpMoB... 50
Le Bienfaisant (chantier) ... 64
L'Éveillé (chantier) fi4
Le Sphini (chantier) 64
Le Capricieux (chantier;. . . 64
^VaUlnt (Chantier) 64
JANVltiU i7a5. 339
vaisseaux que nous avons actuellement existants; il ne faut
pas se llalter qu'ils soient tous actuellement en état de mettreenmer ; c'est ce qui ne peut se fairequepeu à peu, mais au moins il y eu a plusieurs dont ou peut se servir dès à présent.
Du mercredi ^k, Versaillei. — Hier, il y eai comédie à l'ordinaire ; M*' le Dauphin y étolt. Le Roi, qui étoit aussi à la eomédie dans une loge où on ne le voit point, envoya avertir M. le Dauphin. Cela fit un événement ; on raisonnoit
VAI3SBACZ. Canoo*.
*• rang.
L*Are-eii>ciel S6
L*Oriflamine 54
L'Alcion 54
L'HippopoUime 50
L'Aigle 30
L« Tigre :>0
L'Apollon àO
L'Ai^esea 50
Le Fier 50
L'Aquilm 40
to
La Junon 38
La Favorite 30
L'Atalante 34
La Diane 30
La M^ère 30
La PorooM. 30
Le Zépliir so
Ltmeraade 30
Ijà Rose 30
La Comète 30
La Sirène 30
La Fidèle 26
LaTopase 24
Le Gniniierland 24
L'Hermione. . 24
La Friponne 24
La Gaiathée 24
FKBGiTu (mite). Cinoot
La Mutine 24
La Gracieuse 24
LaTliétis 24
L*HéraIiie 24
La Nympbe 20
La Pie 20
La Martiie 20
L'Aqémone 12
L'Amarante 12
GALtaM.
La Reine 5
La Dauphine 5
L'Amaione.... 4
L'AmbilieiMe 4
La Brave «..>.. 4
La Hanlie « ,
L'Héroïne ,
La Duchesse
La Valeur
L'Éclatante
LaFortaue
La Ferme
eHuaiu.
LeRequio 24
L^ndiscret ... 24
Le Serpent 18
Le Rusé 18
330 MÉMOIRES DU DUC DE LUYI<i£S.
et on ne comprenoit pas ce qui faisoit que H. le Itouphin sortoit si promplemeni de la comédie ; ceux qui savoient
que c'étoit par ordre du Roi, n'iinagiiioient pas la raison de cet ordre. Celte raison étoit un conseil de dépêches. M. le chancelier étoit venu à six heures chez le Roi lui rendre compte des nouvellesqa'ilavoit reçues du Parlement. Le Roi donna l'heure^du •emiseil el sofUtaprès la grande pièce. Le conseil se tint^ et te grand oeuTert ne fut qu'à neuf heures et démie passées i on>ne sait point entoile ce qui a été résolu. Le fait dont il s'agit est par rapport à M. l'évêque d'Orléans fPàris) dont la santé est bien mauvaise depuis (juelque lenips. Il y a eu dans ce diocèse un relus de sacrements dénoncé au Parlement. Kn conséquence le Parlement^ suivant Tusage. qu'il, veut introduire^ arOrdcHiné Padministration des saeremento à Hen* riette Lobol, du ménast^re de Saint-Loup d'Orléans. M. Pévèqne d'Orléans a fait ses représentations au Roi» et le Roi par arrêt de son conseil a évoque rafiaire ; M. l'évéque d'Orléans a fait signifier Parrêt du conseil au procureur général. C'est un huissier de la chaîne, suivant l'usage, qui fisuit cette signification. Hier les chambres suasse ud3lè« rent; et comme les gens du Roi avoient été ol»aigés de . poursuivre l'affaire d-Orléans, ils furent -mandés ]^ur rendre compte de ce qu'ils avoient fait J Us répondirent qu'ils avoient été* arrêtés par la signification de l'arrêt du conseil.Sur cette réponse, une des premières opinions qui fut proposée fut de décréter de prise de corps Thuissier qui avoitsignifié Parrét, mais la délibération sur cet article fut remise à aujourd'hui. À Pégard de M. Pévêque d'Orléans , il y eut un arrêt rendu portant qu'il seroit de nouveau enjoint à H. Pévèque d?Orléân&de faire administrer les «acrements, et que s'ilrefusoit il seroit -condamné à payer une amende de 2,000 écus sans déport, c'est-àdire sur-le-champ, et que faute \mr lui d'y satisfaire, ses meubles seroient vendus jusqu'à concurrence de cette somme. On disoit qu'on avoit fait partir un huissier pour
JANVIER 1753. 88t
Orlccins, mais le l'ait n'est pas vrai. Le procureui- général a envoyé l'arrêt à son substitut à Orléans, avec ordre de le faire signitier par un huissier, et de le faire exécuter sur-le-champ. C'est cette affaire dont M. le chancelier avoh rendu compte aa Roi. ' * x • • '
Il se présente tous les joûins de nouvelles occasions à pareilles affaires. Le ctiré dè'Saint-AnVfré dés Arcs a été décrété de prise de corps depuis peu ; et comme il se doutoit bien, vu les dispositions des esprits, (jue ce jugement seroit prononcé, il a eu soin d'en éviter Texécution en se retirant. Non-seulement il y a grand nombre de cireous^ tances oû les cùrés ne ôroieni pas en cobseience pouvoir donner les sacrements^ ni "les évéques le permettre , les malades n'ayant poittt, au moins ne montrant point de billet de confession, maïs il y a- une manivaise fol et un esprit de parti quelquefois dans les malades et le plus souvent dans les familles qui est inconcevable. Le nombre prodigieux de prêtres approuvés semble donner aux ma* lades toutes les facilités qu'ils peuvent désirer pour le choix d'un confesseur; mais les uns ne' Veulent aller à confesse qu*à deà prêtres' noû approuvés-; et dans ceux-ci la foHe du^ystèlmé qu'on véùt établir va jusqu'à leur faire croire qu'ils sont en sûreté de conscience avec de pareilles
• confessions, parce qu'un prêtre, disent-ils, par son seul caractère est en droit d'absoudre sans avoir besoin de pouvoirs. D'autres se confessent à des prêtres approuvés, mais ne veulent pas demander des billets de confession ou les montrer. Ceux-ci disent pour raison que leurs confesseurs seroieftt interdits isi on les connoissoit, excuses encore très-frivoles, puisqu'il n'est jamais permis de faire le moindre mal, même dans l'idée de faire du bien. D'autres enfin, par un esprit de sédition et de révolte inimaginable, après avoir été à confesse à des prêtres approuvés et avoir reçû un billet de confession pour lequel le prcMi e n'a point sujet dé craindre l'interdiction, refusent de le
' montrer potlr le j^isiv seul de désobéir à la règle établie
333 MEMOillfciS DU DUC Db LUYJNKS.
dans 06 diocèse. U s'en irouve continuellement de cette espèce dans Paris. Les curés sages et prudents sont ohli*
^'és dans ce cas de s'informer avec grand soin du confesseur, et souvent ils découvrent que c'est un prêtre de leur paroisse qui a donné un billet. Alors on apporte les sacrements sans aucune difficulté.
U y aeu depuis peu plusieurs curés , dans le diocèse de Tioyes^ non-seulement décrétés, de prise de corps» mais même il a été ordonné que leurs meubles seroient vendus sur-lenshamp , et ils l'ont été en effet, à la porte de la maison.
Je viens d apprendre dans le moment que Tarrèt du conseil rendu hier a cassé Tarrét du Parlement, et qu'on l'a envoyé signifier non au procureur général, mais au Parlement même par un huissier de la chaîne. Les 3^000 écus n'en seront pas moins pa^és par M. l'évèque d'Orléans, parce que, comme je l'ai dit, l'arrêt porte sans déport, et par conséquent on aura fait payer sur-le-champ. Ije Parlement a pris cette voie comme plus courte que celle de la saisie du temporel.
M. l'archevêque de Paris est venu ici ce matin et a eu une audience particulière du Roi; on ne sait point ce qui s'y est passé.
Avant-hier M. l'êvêque d'Amiens (la Motte) eut aussi une audience particulière du Roi. Cette audience avoit
été, comme je l'ai dit, demandée au Roi par M. l'ancien évôque deMirepoix, la veille, dans son travailavec S. M. M. de Mirepoix revint le lendemain matin au lever du Roi pour savoir Pheure et le moment que S. M. pourroit donner à M. d'Amiens, etcetteheure fut trois heures après midi. Le Roi parla debout à M. d'Amiens dans l'embrasure d'une (»oisée. La conversation dura tout au plus un quart d'heure. J'observe la circonstance que M. de Mirepoix avoit été au lever du Roi, parce qu'il n'y va jamais que pour affaire. Aussi le Roi quand il le voit à son lever lui demande toujours s'il y a quelque chose de nouveau.
JANVIER 17118. m
M. de Mirepoix n'est point courtisan ; il va de temps ea temps chez H. le Dauphin, tous lesquinze joars ou environ aa dîner de la Reine> chez les ministrôs quand il a quelques affaires à leur communiquer, et d'ailleurs il ne sort point de chez lui ordinairennent. Il va fontes les semainesà Paris, le mardi; donne audience publique le jeudi, et revient ici le même jour ou le vendredi. Cet arrangement subsiste toujours, à moins que sa santé ne Ten empêche. Son travail avec le Roi est le dimanche.
M"* la duchesse de Penthièvre présenta dimanche dernier la nouvelle mariée, M"* la comtesse de Crqssol; elle est grande, bien faite, assez grasse; elle a un beau teint; elle ressemble l)eaucoup à M. le duc d'Antin son frère. On avoit demandé au Roi à l'occasion de ce mariage la permission que M. le duc d'Uzès se démit de son duché en faveur de H. de CrussoL Cet usage des démissions étoit devenu fort fréquent, et le Roi a déclaré qu'il nevouloit plus le permettre. GeUe de H. d'Aiguillon en faveur de M. d^Agénois son fils a été la dernière en 1740. Les circonstances où se trouve M. de Crussol et les bontés particulières de S. M. pour M'"'' la comtesse de Toulouse font espérer que le Roi voudra bien accorder-celte grâce, d'autant plus que M. le duc d'Uzès est retiré à Uzès et qu'il ne vient' plus ici depuis longtemps^ et que M. de Crussol a vingt-cinq ans du l** janvier.
Du jeudi 2ô y Versailles. — L'anct du conseil d'avanthier a été signifié par un huissier de la chaîne !\ M. Gilbert, greffier en chef du Parlement. On prétend que l'huissier a bien fait d'aller seulement à la porte de M. Gilbert, et que s'il avoit porté l'arrêt à la grande chambre il n'y auroit pas été en sûreté. H. Gilbert porta hier cet arrêt aux chambres assemblées, mais elles ne voulurent pas en entendre la lecture. Elles ordonnèrent qu'il neseroit point parlé de cet arrêt, mais seulement du récit fait par M. Gilbert, doniles chambres ont remis à délibérer à vendredi prochain.
L*as8emblée â'avgouvd'hui avoit été indiquée pour ar- * rèferles articles des remontrances. Les esprits ont beaucoup de peine à s'accorder sur lesremoDtrances; il a déjà été proposé trois projets, dont un par M. de la Fotrière, un autre par M. Tabbé Cbauvelin. Ces p£(V)^ts que j'ai vus contiennent dos êyitrctsÛQOS 4ifii pargissenV^î^i^ fortes et difficiles A &ppn>^V)Br.
Outre Tarirét copseil,4'avant-hiec dont j'ai parié, il a été envoyé ordre à;!!. 9&rentin, intendant & Orléans, de ne pas laisser entrer à Orléans, et de faire arrêter Thuissier que l'on croyoil être parti de Paris. Cet ordre s'exécutera peut-être à l'éjgard de celui d'Orléan? qui doit faire la signification. ' . . ». .
XHi28. — J'oubliois de marquer que les gens du Roi se sont rendus aigouijd'bui à Versailles, au s|]jet,de la signification faite le 24 de Tarrèt du conseil. Yoici la réponse que le Roi leur a fait. « Mon Parlement ne doit s'en prendre qu'à sa conduite si je me suis servi de la voie que j'ai employée pour lui faire connoltre mes voloutés. Mon intention n'est ^asd'y rien cbanger. » -
FÈVBXEBm
Remontnnoes do Parlement. — Réflexion airieiue de IVialeur de ces Hé*
moires. — Chapitre de TOrdrc. — Mot de M. de Criissol à l'attaque de Montaiban. — raucoiUi de Malte. — Mort de M. de Forcalqtiier. — Abbayes données. — Voltaire, Maupertuis el le roi de Prusse. — Mort de la duchesse du Maine et de la ducltesse d'Kstrees. — Anecdote sur M. de Bélhuae-CkBaeiiot et Ip due d» CSetvMs. Aàeodolo sur lea nuéetauix de Gramaot et de NoaUlea. — . lettre do priaee de Dombea. -— Serfice ponr Madai]M Kouiette. — Les Boufrona font diversion aux querelles religieuses. — IS'mivelles ecclésiastiques. — ArrCt de bannissement contre un curé. — Présentations. — Privilège des l^ois et Reines et de la famille royale d'entendre la messe dans leur chambre. — M. de Monteil. — Observations sur les révérences. — Usage pour les présentations. — Mort de M. Klinglin. Souscription pour Jéllotle. — Présentation de raMié de Brienne et uaa^. Gonrenementile Nantes. Nouveaux refoa de aaerementa et nouvel arrAt du Parlement contre l'évéque d*Ofldaaa. — ArrAt
dncooseil.du Rot. Le PariflBaiit déi^de qu'il n'y obéira pis. — Procès do dne de Chemose. — Le Roi ne prend aucun parti nir l*arrtt da Mènent ; fleHend. . >
. jmMî i'% Vêt^Uêi, ^ tt y a eu Ai^oord'hui les hàraugues ordinaires; rUoiverâtéy la Herd et la confrérie ■de Jérusalem ont présenté chacun un cierge; Le recteur
de l'Université s'appelle Fourneau ; il a unelii;ure agréable; on prétend qu'il ressemble à feu M. le cardinal de Rohan. Je n'eâentendu que lea^discours faits à la Reine. La Reine «aieça les trois harangues debou^ au milieu de sa chambfa. Ôm M""* la DauphinOi y ^ de Braocas a cru qu^il n'y avoit que rUuiversité et la Merci qui dussent entrer dans la chambre, et la harangue de la confrérie de Jérusalem s*est faite dans le cabinet avant la clianil)re. Le discours de M. Fourneau à la Reine a été assez long, mais très- convenable et bien prononcé; il n^y a eu que Torateur de Jérusalem qui» après avoir pr^uté le cierge à la Reine» lui a remis son discours fort bien écri| et sur un papier trdfrrorné.
Le Parlement travaille toujours aux remontrances ; on en voit déjà le projet ; on en trouvera la copie à la fin de ce livre (1). U y a eu presque autant d'avis sur la composition des remontrances qu'il y a d'articles dans le projet; et il est vraisemblable que Ton auroit été plus longtemps à se déterminer sur cet ouvrage» si l'arrêt dû conseil par rapport à l'affaire d'Orléans n'avoit pas réuni les esprits. Il a donc été résolu d'arrêter un projet lixe des matières qui seroient traitées dans les remontrances. C'est ce projet que j'ai fait copier. L'on a nommé quatre commissaires pour rédiger lesdites remontrance^ : un de la grandechambre» c^esiM.Trousaetd'Eértcourt; un delà première des Requêtes, qui est M. Boutin ; un de la seconde des Enquêtes, dont je ne sais pas lé nom» et un de la quatirième des Enquêtes qui est M. Rolland.
(1) Voirà l^Appendiee,àrannée I7i3» la pièce n*" 2.
886 MÉMOIRES DU l>UC DË LUtNES.
C'est encore un mystère si le Roi recevra les remontrances. Ce qu'on sait c'est que M. le premier président n'a pas voulu se charger de les présenter, parce que la réponse du Roi au sujet de Tarticle des dernières remontrances concernant les ordres particuliers de S. M. lui a été nommément et personnellement adressée et dans des ^termes assez forts ponrqn'il ne jugeât pas à propos de faire de nouvelles représentations sur cet article. Il a proposé au Parlement de ne point parler dans les remontrances de ces ordres particuliers; et n'ayant pu l'obtenir, il a déclaré que le Parlement pou voit jeter iies yeux sur . un autre que lui pour présenter lesdites remontrances.
Une observation ga'on ne peut s'empêcher de faire par rapport aux matières présentes^ et en particulier à la prétention du Parlement qu*il n'y a rien entre eux et le Roi, c'chtqueron trouve dans les Mémoires de M. Omer Talon une séance du i^arlement tenue en 16^6 chez le chancelier (1).
A l'égard des significations faites au Parlement par des huissiers de la chaîne, on trouve dans le même auteur que deux huissiers du conseil^ ayant leur chaîne au col, portèrent et lurent à la troisième chambre des Enquêtes ^ des lettres patentes portant interdiction de ladite chambre.
( I ) C*ét<^t Ml sujet arrêt du eontdl des fleaiioes portiat élablissement d*uiie iinposition nouvelle sur tontes sortes de marcliandises entrant dans la Tille (le Paris tant |>ar eau que par lerre , avec ordre d^en faire la levée en attendant qtte l'édit frtt v«^rifU^ où besoin seroil. Cet édit comprenoit une imposition pour le bâtiment du nouveau poiil aux Tuileries et ta révocation d'une taxe d'aides sur les six coi ps des iii.n ciiands de Paris. M. Einery eloit alors suriuteiidanl des llnances. L^édil fut vérifié en la cour des aides. .M. le procureur général du parlemeotde Paris prétendit qu'il n'y avoit rien de doma* niai dans ce qui ëtoit compris dans cet édit; M. Tàlon fut d\in sentiment contraire. I>a s<^ance se tint dans la galerie de M. le chancelier; il y fut parlé de ( etie aiïaire et des évocations fréquentes. Cette, assemblée ne termina rien. M. le chancelier en rendit compte à la Reine ; M. Talon dans la suite prupo>a (pieUjues voies de conciliation qui ne furent pas approuvées dans le Parieinent. La Reine désira qu'il y eût une conférence en sa présf»oe. Enfin l'édit fut emei^iré,{Note du due de Lut/net.)
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Od ne doute point que la Cour n'ait pris un parti par rapport aux remontrances ; et comme dans ce pays^ct les particuliers qui ne sont point dans les secrets du ministère ne peuvent jus^er de ce qu'ils ne voient pas que par
ce qu'ils voient ou qu'ils apprennent, on a remarqué que dimanche ou lundi dernier le Roi ne se coucha qu'à (juatre heures du matin, et que ce même jour M. Trudaine ne partit de Versailles qu'à deux heures après minuit.
Du wndredi %, Vwrtailîês. — Il y a eu aujourd'hui chapitre de FOrdre. J'ai déjà marqué que toutes les places de l'Ordre étoient remplies, excepté trois destinées à des ecclésiastiques. On n'imaginoit point que ces places pussent être silùt remplies, ne l'ayant point été tlei)uis l'assemblée de 1750 ; cependant le Roi, après avoir entendu le rapport de M. l'abbé de Pomponne des preuves des six nouveaux chevaliers^ a dit : « J'ai, Messieurs, à vous pro* poser (ces termes sont d'usage) trois nouveaux commandeurs ecclésiastiques, » et a nommé M. l'archevêque de Narbonne, le prince Constantin et M. l'abbé de Canillac. M. l'archevêque de Narbonne est la Hoche-Aymoo; il vient d'être nommé à cet archevêché, comme je l'ai marqué dans le temps; il étoit venu ici avant les États. lia eu plusieurs conférences avec M. le garde des sceaux et il parolt qu'on est fort content de la manière dont il s'est conduit aux États, et que la conduite des États a été aussi fort approuvée. C'est en conséquence que le Roi a cru devoir donner à l'archevêque de Narbonne une marque particulière de sa bonté. Cet honneur a presque toujours été accordé aux archevêques de Narbonne lorsque leur naissance ne les en a pas exclus. Il y a eu un H. de la Berchère et un M. de Nesmond qui n'ont pas été commandeurs de l'Ordre, mais M. de Beauvau 1 étoit ; il avoit même eu l'Ordre étant encore archevêque de Toulouse; M . de Crillon, dernier archevêque, étoit aussi commandeur de rOrdre. 11 parolt vraisemblable que c'est la volonté déterminée du Roi d'accorder à M. l'archevêque de Nar- T. XII. sa
9S8 MÉMOIRES DU DITC DB LUTNES.
bonne cette distinction qui Ta détermine^ A nommer en même temps aux deux autres places. M. le prince Constantin (Rohan-GuémiBiié) éft&ot premier' admâ^ier du Aôi, on nepOQVoit guère * en' faire sans luû A Pégatd de M. l'abbé de Ganillac, il y «?tfi&s^lobg:(emps qu'U est' an- * diteur de rote par la nomîmftidii dn Roi^'il' est'ébargé des affaires de l raiice, et on est content de lui. Il avoit lieu d'es[)érer d'être fait évéque; mais il a eu des ennemis , et il étoit très-nécessaire que le Roi lui donnât une preuve qu'il n'avoit point i^outè foi ànx faux rapj^oils qui lui avoient été faits. • • • »* •
Le chapitre a.comnienoé^ oomme jer^Idit;')^ le rapport de M. l*abbé de Pomponne ;'iln^ff point 'éntré'ën détail sur les prouves des six nouveaux" chevaliters ; il' y en a môme trois dont il n'a dit qu'un mot : M. le duc du Fleury, son père ayant été chevalier de l'Ordre; M. de Crussol, son grand- oncle M. d'Uzès ayant eu le même honneur (1) ; et M. deCéreste^ quiest'tbnis'ltf méilxecas à cause de M. le maréchal defiraticas^ son frère. 06* qui a été dit surlestroiit autres a été fort «il^ré^V Itasnili&le Roi a nommé les trois commandeurs f et ensuite M. de Br^zé, aynnt pris l'ordre du Roi, a été lui -même dans la chambre avertir les novices; il est entré avec M. le duc de Fleury, qui a été reçu le premier chevalier de Saint-Michel ; ensuite les cinq autres ; après cela , Tappel à l-ordinaire et la marche. Nous- étions* soixante chetaliers/'eû eômptant M*' le Dauphin; les princes du sftng et les siilnovieeÉ.'-C^êst M. rarcbêvèque de Rouen qtli a bffîdds M. lé cArdItIttl'de la Kochefoucauld étoit seul de prélat à la chapelle; il s'est mis à la place des prélats dans le chœur du côté de
(1) M. de OnuBoI encore fort jeune attaqua les retrancliementi deMontalban; il gli^'en y moirtànt^ ces* ntranchements étant'fSort escarpés;' il remonta tiir-le'cliam|) malgré nn feu très-vir> Ayant entendu dire k côté de lui
que W9, coups de fusils pleuvoient de tous côtés , ce qui étoit très-aisé à voir; •( Eh! lit-il, sMI u'y avoit pns de t-oups de fusils à essuyer, qui est-ce qui ) moDleroHI » (Noie du duc de Luynes,) ' ' <
IVpltre, suivant la règle. Quoique dans cette place il fût fort éloigné du prie-Dieu du Koi, il est venu deux fois pour présenter au Roi rÉvangiie et JaPaix. M. leoardioal de Soubise qui a été malade éloit absent, ta distribution des cierges s'est iîMte en entrant dans la ohapelle ; la pro» cesnon s*est faite avant la messe, suivant Tusage ; Tévéque officiant y va avec tout le clergé. Celte procession se fait ordinairement dans la cour quand le temps le permet; elle s'est faite aujourd'hui dans la chapelle. Au retour de la procession^ le Vmi Creator et la grande messe, après laquelle le Roi a été se placer sous le dais dans le chœur du côté de rËvangile. Les six novices ont été reçus trois A trois. M. le duc de Fleur y avec M. de Crussol et M. de rHôpital. Les parrains étoient ceux de M. de Kleury et par conséquent les deux derniers ducs , MM. de Coigny et de Belle -Isle. Les trois autres novices, MM. d'Armentières, de Céreste et de la Vauguyon ont eu pour parrains les deux plus anciens cbevaliers non titrés, suivant la règle ; e'étotentM. le maréchal de Tonnerre et M. de Clermont- Gallerande. C'est M. rarchevéque de Rouen qui a officié.
La quAteuse a été M""^de Paulmy (la Marche). Le chapitre a commencé à dix heures trois quarts; le Roi étoit rentré chez lui à une heure un quart.
Cette après-dlnée il y a en le sermon du P. Sensaric , Bénédictin^ qui précbera ici ce carême. On Fentend assex bien ; cependant il parolt avoir la poitrine assez mauvaise. Son compliment m^a paru approuvé et digne de Tétre.
Du mardi 6, Versailles. — On a présenté aujourd'hui au Roi les faucons dont Tordre de Malte fait présent tous les ans à S. M. M. le chevalier de Ghampoléan^ qui les a présentés de la part du grand maître^ a présenté des oi-<
s(!aux du Roi empruntés à la fauconnerie avec la permission de S. M. que M. l'ambassadeur de Malte a demandée. 11 n*est arrivé ici qu'un seul des faucons de Malte^ les autres étant morts en chemin, et cet oiseau est mort chez
34U . MÉMOlKEii DU DUC DE LUYf^ES.
Tauibassadeur; j'ai déjà marqué que la même chose arriva Tannée passée. L'usage ordinaire est qu'il y a une
, gratification de 1,000 écus payée par le Roi à celui qui apporte ces faucons; cette gratiiicatiou n'est payée qu^au bout de six muis.
L'ordre de Malte envoie aussi des oiseaux à Madrid. L'usage de cette cour est de donner 100 pistoles d'Espagne au chevalier qui les présente, et une augmentation de grade militaire; s'il est capitaine , il est fait lieutenantcolonel. En Portugal, où le ^^and maître envoie aussi des oiseaux tous les ans, il n y a point d'augmentation . de îrrade, mais la gratilicationest de 12,000 livres^ moniioie de France.
MM. de Champolëan sont gens de condition de Dauphiné; celui-ci est capitaine de cavalerie dans le régiment de Bezons; il étoit auparavant capitaine dans le régiment Royal-Cavalerie.
On sait qu'en 1749 il y eut une réforme dans toutes les troupes du Roi. On réforma '2 compagnies dans chaque régiment de cavalerie, et on forma 2 régimenls des plus anciennes compagnies des régiments bleus. Ces deux, régiments furent donnés à M. de fiezonset à M. de Moncalm ; ils avoient l'un et l'autre un régiment d'infanterie qui fut réformé. C'est par ce changement que M. de Ghampoléan a passé du régiment Royal dans celui de Bezons. Les princes du sang firent quelques représentations par rapport àr leurs régimeiils dans le temps de la réforme, parce qu'il n'avoit d'abord été question que des régiments gris; mais lorsqu'ils surent que les Royaux y étoient compris^ il leur fut impossible de se plaindre.
M. le bailli deFroulay, ambassadeur de Malte en France, compte aller verç PÀques en Prusse ; c'est pour des négociations avec le roi de Prusse. Il y a un an que l'ordre le chargea de cette commission ; [nais sa mauvaise santé l'a empêché de pouvoir partir jusqu à présent. Le sujet de ces négociations est pour demander la restitution de six
FKVRIRR I7IIS. S4t
OU sept commanderies dont l'ordre de Malte éioil en pos* session dans la Silésie , lorsque le roi de Prusse s'en est emparé. Ce prince a disposé de ces commanderies. Il y en a quelques-unes assez considérables, et qui vont jusqu'à 25 et 30^000 livres de revenus. Voilà le véritable ()l>jet (hi voyage de M. de Froulay ; mais il sera dit seulement que Tordre ayant des commanderies dans les états du roi de Prusse, envoie lui demander sa protection et lui rendre une espèce d'hommage.
Du jeudi H, Venailles» — M. de Forcalquier mourut ie 3 dece mois; il avoit environ quarante-trois ans. Il y avoit longtemps cjue sa santé étoit dans un état quifaisoit craindre à tout moment pour sa vie. Il avoit fait tons les remèdes imairinables pour la poitrine; il avoit été aux eaux de Caiitt rets et n'avoit trouvé nulle part aucun soulagement. Il avoit beaucoup d'esprit et s'étoit peut-être trop livré à ces sortes de plaisanteries qui font des ennemis; mais une aussi longue maladie lui a fait faire des réflexions sérieuses, et il est mort dans de grands sentiments de piété. Ilétoit fils atné de feu M. le maréclial de Brancas; il avoit eu une sœur qui avoit épousé M. de Souvré et qui est morte; il en a actuellement une autre, qui est M""^ de Rochelort, et un frère quiestM. le marquis de Brancas, lequel hérite de la grandesse. M. de Forcalquier avoit épousé, dans le mois de mars 1742, M"*" la marquise d'Antin (Canisy). M. le maréchal de Brancas fitalorsdes tentatives inutiles pour obtenir une grandesse à vie, suivant Tusage delà cour d'Espagne où l'on ne permet point les démissions; ces démarches n'ayant i)oint réussi, il obtint un brevet d'honneur pour M. de Forcalquier, qui en a joui jusqu'à ce (ju'ilait hérité de la grandesse à la mort de son père. M. de Forcalquier avoit eu une fille qui est morte.
J'ai déjà marqué que le jour du travail de M. Tancien évéque de Mirepoix est le dimanche^ordinairement. Le Hoi devant aller ledim«|ncj|e 4 à Bellevue, M. de Mirepoix
m MÉMOlRfS DU DUC DË LUT«£S.
alla le ramedi au lever de S. M. poar .recevoir ses ordres
sur son travail. Le Koi ëtoit encore dans son lit. M. le maréchal de Richelieu lui dit tout bas que M. de Mirepoix éioit dans le cabinet; le Koi se leva sur-le-cbamp et alla lui parler. On cirut qu'il pouvoit être question de quelque nouvelle affaire concernant TÉglise^et il.nes'agissoitque d*ane heure pour le travail ; elle fut donnée pour ce même jour après dioer. Ce fut dans ce travail que le Roi disposa de trois abbayes, savoir : de celle de Belle-Perche en faveiir de M. l'abhé de Montlezuii ; de celle de la Trinité de Vendôme en laveur dciM. l'abbé de Bourdeille, et de celle de Vauluisant qu il a eu la bonté de donner à M. Tabbé de BriennCy petit-neveu de M"* de Luynes et grand vicaire de M. Tarchevéque de Rouen/ Ces deux dernières abbayes étoient vacantes depuis la mort de H. Farchevèqne de Tours (Rastignac). L^abbaye de Vauluisant a été affermée par les œconomats pour trois ans, en 1751, à la somme de 17,200 livres. Sur ce revenu il faut payer, les décimes anciennes et nouvelles, et les gardes de bois, et outre cela 3,000 livres de pension anciennement mises sur ce bénéfice, et 3,000 livres de nouvelles pensions. Dans cette dernière somme est comprise une pension de â^OOO livres pour un aumônier de Madame Infante. Ma* dame Infante demandoit 3,000 livres de pension, et ce n'est pas sans peine qu'elle a consenti aux 2,000 livres. L'abbave de Vauluisant est dans le diocèse de Sens.
Du vendredi 9, VersaiUu» — i'ai déjà parlé, je crûis> de la situation de Voltaire avec le roi de Prusse ; j^ai raconté rhistoiredu Juif.* Depuis ce temps Voltaire étoit- raccommodé; mais H. de Maupertuis a été un nouveau sujet de brouilleri'e. H. - de Maupertuis a eu une dispute de science avec un professeur en philosophie nommé M. de Kœnig (1) ; celui-ci a soutenu que M. de Maupertuis n'étoitpas
(1) n ot ea HoHMide bibliolitécaire de It prinoeMe d'Ortnge dotnirlèire. ( l9otê du due dp iMifnes. )
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Tattieyr des découvertes sur le principe universel de la moindre action, et que Leibnits en étoit Finvenieur ; il a
paru une brochure intitulée : Lettre d'un académicien de Berlin à un académicien de Paris; cette lettre ({iii est imprimée a été Xaiia par le roi de Prusse. Quelque temps
..aprèiB on a vu paroUre un autre petit ouvrage sous le titre de : JHalri^ 4u docteur Àkakià, médecin du pape. Décret de l'inqmeiHon et rapport des professeurs de Rameau sujet 4'm prétendu président. Cet ouvrage a été imprimé à Berlin, et il passe pour constant que c'est Voltaire qui eu p&i l'auteur. Lorsque Voltaire porta cet écrit à Timpri-
.meur, celui«oi lui demanda s'il avoit une permission du
,roi; Voltaire en avoit une, mais pour d'autres ouvrages; rimi^meur éa.vouloitone spéciale; Voltaire dit qu'il se
.ohargeoil de tout. LMmt^rinieur voulut une garantie par écrit, et Voltaire la donna. Le roi do Prusse avoit été averti de cet ouvrage; il Favoitvu et en avoit été blessé. 11 en parla à VoUaii*e qui nia le fait; cependant un ou deux joQXS après, il se répandit à Berlin grand nombre de ces .imprimés; on alla chez l'imprimeur qui montra
.le billet signé de Voltaire. Le xoï de Prusse furieux fit d^ fendre à Voltaire deparoUre devant lui (1). Voltaire, sans être étonné de cette défense, a cru devoir traiter cette affaire comme de couronne à couronne ; il a renvové au roi de Prusse le cordon de Tordre du Mérite, le brevet de
.la pension qu'i). a de ce prince et la clef de chambellan, et U' n'a demandé • d'autre gvàoe au roi de Prusse que la permission de sentir de ses états. Ce qui paroitrâ pedtètre encore plus sing^ulier que la conduite de Voltaire, c'est quenon-sciilement le roi de Prusse u a point voulu
jreprendre ses bienfaits, ni donner permission à Voltaire de s'en aller, mais qu'illuia même l'ait dire qu'il vouloit lui parler et qu'il vint souper ayaolui. On pourroit croire
■ (I) La première réponse de Voltaire fut : « Ma foi, j'en suis bien aise» je jsiHSvla» de.Uver'WaUDgs gale. ^ (iY0(« du duc de luynei,)
344 AIÉMOIKES DU DUC DE LUYNlilS.
qu'il n'y a plus rien à ajouttr à Textraordinaire daos cette affaire; ce n'est tout cepeodaDt. La réponse de Voltaire au message du roi de Prusse met le comble à la singularité; il a fait dire au roi de Prusse qu'il ne pouvolt pas aller souper avec lui (je suppose que le motd^honneur n'a pas été oublié ), qu'ils seroient trop embarrassés vis-à-vis l'un de l'autre. On ne sait pointencore ce qui en arrivera.
Cette énigme, quelqu'inconcevable qu'elle soit, peut cependant s'expliquer. Le roi de Prusse a de l'esprit; il compose différents ouvrages; il écrit bien, et paivdessus toutes choses il aime les gens d'esprit. Voltaire sait beaucoup, parle bien et librement, écrit supérieurement en vers et admirableineiit en prose. Le roi de Prusse le consulte avec plaisir ; son style lui plaît, et peut-être encore une certaine conformité de sentiments. 11 ne peut pas regarder sa gloire compromise avec Voltaire, et celuici manqueroit beaucoup à son amusement.
n est décidé depuis peu de jours que les commissaires nommés pour examiner l'affaire des billets de confession continueront leur travail. J'ai dit ci-dessus qu'ils ont eu 60 conférences et que M. le cardinal delà Rochefoucauld a rendu compte au Roi du résultat.
Je n^ai point parlé jusqu'à présent delà mort de M"* la duchesse du Maine ; elle se plaignoit continuellement, tantôt de rhume, tantôt de mal aux yeux, etavoit cepcn-. dant le fond d'une très-bonne santé, quoique la conformation de son corps ne semblât pas l'annoncer. Depuis un an ou deux elle avoit été en effet assez incommodée, et à la fin elle est morte le [23] janvier, d'un rhume qu'elle n'a pu cracher. Elle étoitdans sa soixante-dix-huitième année depuis le 8 novembre dernier. On peut dire d'elle qu'elle avoit un esprit supérieur et univérsel, une poitrine d'une force singulière et une éloquence admirable. Elle avoit étudié les sciences les plus abstraites : philosophie^ géométrie, astronomie. Elle parloit de tout
en personne instruite, et dans des ternies choisis; elle avoii une voix haute et forte^ et trois ou quatre heures de conversation du même ton paroissoient ne lui rien coûter. Les romans et les chosesles plus frivoles l'occapoient aussi avec le même plaisir. Elle avoit toujours eu une passion décidée pour les amusements ; elle aimoit qu*on lui donnât des fêles, et elle s'en donnoit à elle-même ; ce goût a continué jusqu'au dernier moment. Je crois avoir déjà dit qu'elle s^étoit fait accommoder plusieurs habitations dont elle faisoit usage de temps en temps; elle menoît partout avec elle une assez nombreuse cour, et paftoutelle avoitson jeu, qui a été longtemps le biribi, et depuis le cavagnole. Sa compagnie étoit assez mêlée : des gens d'esprit pour la conversation ; d'autres pour le jeu ; des anciennes connoissances, des amis de tous les temps ; des personnes considérablesquiluirendoientdesdevoirsde temps en temps; d'autres moins importantes auxquelles elle étoit accoutumée. Elle étoit extrêmement polie et recevoit avec attention , et même distinction, ceux et celles qui venoient chez elle. J'ai déjà mis ce bon mot d'elle sur elle-même, qu'elle ne p(juvoit se passer des gens dont elle ne se soueioît point. Elle avoit tous les jours un grand souper, où l'on prétend que Ton ne faisoit pas fort bonne chère» Pour elle^ elle la faisoit fort bonne, mais elle mangeoit seule depuis plusieurs années; elle avôit prisée régime par rapport à sa santé. Il y avoit eu des temps où elles'étoit mise au poulet, et elle ne vouloit le manger que lorsqu'elle avoit faim ; et alors elle vouloit l'avoir sur-le- * champ; ses gens pour lui faire manger un meilleur poulet, en avoient toujours un à la broche; et il arriva un jour qu'on en étoit an sixième poulet, lorsqu'elle demanda son souper ; mais ordinairementce repas étoit vers les cinq heures après midi . Elle se mettoit à sa toilette vers les trois heures. C'étoitun des temps de la journée où elle faisoit la conversation avec le plus de plaisir ; celte toilette étoit fort longue; M'^'^la duchesse du Maine s'occupoit beau*
•446 MhMOlKËb i>li DUC i>£ LUYI«I£S.
coup de son «justement et elle mettoit surtout nue quaoikïé prodigieuse de rouge.
Ix* corps de M'"' la duchesse du Maine fut porté, le vendiedi 20 janvier, de l*aris, où elle est morte, à Sceaux, (ju elle a choisi pour sa sépulture. Elle n'avoit rien ordonné |^uc. son, enterrement ; on a jugé à propos de Le (aire. s^QS cérémonie. jËlle étoit princesse du sang par ellfr>mèa|f», étant filla de £9ja«|i. lePnncç^ et eUeavoit les honneurs 4c princesse du saqg comme H. le duc du Maine les avoit eus. Par cette raison on anroit dù loi aller jeter de 1 eau bénite; une princesse du sang auroit été faire cette céréuionie au nom de la Ik'ine , mais il n'a été quesUpi) darie^ii^e sembla^. M'"*" la duchesse de Penthiôvre a seulement accompagné le corps jusqu'à Sceaux, .ayaniavec^le M."'' d*E;gmont(Villacs) qu'elle avoit envoyé prier.
. M"** la duchesse d'Estrées mourut la nuit du 6 an 7, à
Paris, âgée d'environ quatre-vingt-cinq ans. Elle étoit fille de M. de Vaubrun tué en 1675. EUeavoit épousé le 23 août 1688 M. leduc d'Estrées, veuf de M'"^ de Lyonneen 1684, qu'il avoit épousée en 1670. M. le duc d'ËstréeSj| mort le 11 Sj^pteEpbre ;i698, avoit eu du premier mariage ^inq ^n&âts, un garçon et quatre filles; son fils, M. le duc .d'Estrées, mourut en 17S3 sans enfants. H?' la duchesse d'Estréès avoit toujours en un visage peu agréable et un («il plus petit que Taulre; mais sa conversation faisoit oublier sa figure ; elle avoit un tour d'esprit naturel et une façon de parler qui n'appartenoit qu'à elle ; elle li- ^it peii et ne savoit rien^ cependant sa conversation fai-* soit grand plaisir. Quelquefois on substituoit à la place de la science le plaisir de médire ; mais M""* la duchesse d'Estrées ne parloit jamais mal de personne. Peut-être c'étoit son caractère, mais la religion seule l'auroit empé<^ée de se livrer à la médisance. Elle parloit beaucoup, et on ne s'ennuyoit point de l'entendre; elle aimoit le jeu, mais c'étoit le moment où elle étoit le junoins aimable.
FÉVRIER i7mi. 847
et c'étoit lui donner une grande marque de complaisance et d^amitié que de jouer avec elle. Elle demeuroit dans une fort jolie maison qu'elle avoii achetée dans la rue de Grenelle ; cetle maison* revient à MM% de Blron (1). Elle avoit un fort beau mcioble de velours cramoisi^ brodé d'or, mais elle Ta voit acheté, pour en jouir sa vie durant (2). Elle avoit eu un frère (Tabbé de Vaubrun ), dont j'ai marqué la mort en 1746, et deux .sœius toutes deux religieuses^ l'une à l'Annonciade, Fautre aux lilies Sainte-Marie. M. de Béthun^, surnommé par sobriquet Casse-Pot, avoit été amoureux de la sœur de M""" la duchesse d'EstréeSy celle qui se retira à TAnnoneiade. H"* de Vaubrun sa mère ne vçjulut point consentir au mariage; la fille étoit danstin couvent; tous ces obstacles n'arrétôrent point M. de Béthunc ; il eut recours à son ami M. le duc de Gesvres, père de feu M. le duc de Tresmes et graud-père de M. de Gesvres d'aujourd'hui. M. le duc de Gesvres étoit gouverneur de Paris ; il envoya au couvent où étoit M"*' de Vaubrun , fit enfoncer les portes , la fit enlever et conduire ches lui ; elle y demeura trois jours; M^de Béthnne y demeura le même temps ; quoi qu'il en soit de ce séjour fie mariage J ne put se faire. M"^ de V aubrun entra à l'Annonciade où elle est morte religieuse. On peut juger que cette violence exercée par M. de Gesvres fut infiniment désapprouvée par le Hoi ^ mais Louis XIV avoit beaucoup de bonté pour M. le duc de Gesvres. Quoique M. de Gesvres eût dix-huit ans plùsque le Roi, il lui avoit toujouifs fedt sa cour avec grande as- «daitéi et le Roi étoit fod aoooiikimé à lui; il en fut
(1) Elle donne à M. le mâréclial de Biroo cetle uMieon el une autre qnl est
à cMéet le^ snbstitnr h M. le marquis de Qontaut. (Noiêduâve de iMjptêS.)
(2) Ce meuble, aclielé de M. de MorviJIe, revient à sa succession; il devoit être payé après sa mort , et le prix étoit 24,000 livres ; mais comme elle^voit payé cette somme de son vi\ant , la succession de M. do Mui vilie lui en payoit la mnte. (M» ^ «toetfè It(yne««)
348 MEMOIHES DU DUC DE LUYNKS.
quitte pour être groodé, et le Roi voulut que Taffaire fût accoiDmodée.
H. le duc de Gesvres, qui demeura veuf en 1703 de
M"* de Fontenay-Mareuil < Diival , épousa peu de mois après, malgré les représentations de l^onté du Roi, M"' de la Chesnelaye dont il n'eut point d'eufants; il mourut eu 1704. M"* de Gesvres sa femme mourut, comme je Tai marqué, le 7 mars 1742. M. le duc de Tresmes, fils de M. le duc de Gesvres (je rapporte cette anecdote par occasion), fut nommé par le vieux duc de Gramont son exécuteur testamentaire. Ce vieux duc de Gramont avoit épousé en secondes noces une M"' de la Cour, à la mort de laquelle on ne trouva point d'autre testament qu'un en faveur de M. de Lautrec à qui elle donnoit tout son bien. Ge M. le duc de Gramont mort en 1720 avoit eu de sa première femme, fille du maréchal de Castelnau, mariée en 1668, M. le duc de (iuiche, que nous avons vu maréchal de Gramont, père des deux ducs de Gramont qui ont été successivement colonels des gardes Iran çoises. M. le n)arécbal de Gramont trouva un jour M'"'' la maréchale de Duras qui sortoit du grand couvert et s'en alloit souper chez elle ; elle s'amusa à faire la conversation et en marchant toujours ensemble ils rencontrèrent M. le maréchal de Noailles qui étoit capitaine des gardes en quartier et faisoit faire devant lui l'appel des gardes du corps. M. de Noailles leur dit qu'ils ne passeroient pas sans sa permission ; ils répondirent en badinant qu'il n'oseroit la leur refuser, et veulent continuer leur chemin; M. de Noailles dit qu'il les fera arrêter; enfin de plaisanteries en plaisanteries, M. de Noailles ordonna aux liardes du corps de les empêcher de passer ; les gardes obéissent en riant; la plaisanterie dure un quart d'heure ; on les laisse aller. M. de Gramont en. particulier dit à M*"' de Duras qu'elle ne se mette pas en peine , qu'elle sera vengée avant qu'il soit peu. M. de Noailles logeoit à Tapparlement de quariier ; il demanda le lendemain son dîner à
l'heure ordinaire ; on lui dit que la barquette n'est point arrivée ', celte répoDse laite plusieurs fois Timpatiente ; il envoie savoir pourquoi ses gens n'arrivent point; on .trouve qae la sentinelle les a arrêtés à la grille et qu'ils ,y étoient depuis plus d'une heure. Il fallut accommoder l'affaire pour avoir à dîner.
11 y a huit ou dix jours que M. le duc des Deux-Ponts est re\ enu ici, toujours sous le même nom de comte de Sponbeim ; il fait toujours fort assidûment sa cour au Hoi qai le traite avec beaucoup de bonté.
M"* la Danphine ne sort point de sa chambre, depuis environ un mois, à cause d'un soupçon de grossesse qui paroU fondé. Le jour de la Chandeleur elle communia dans sa cliambre ; c'est son usage les jours qu'elle a coutunie de faire ses dévotions. Quoique la Heine ait été quelquefois dans le cas de garder sa chambre, et qu'elle y ait toujours entendu la messe lorsqu'elle ne pouvoit pas aller à l'église, elle n'y a jamais voulu communier. .
Il y a quelques jours que le roi de Pologne manda à la Heine qu'il n'a voit pas encore reçu de lettre de M. le prince de Dombes pour lui donner part de la mort de M""' la duchesse du Maine , suivant Tusage. La Reine dit à M"'*' de Luynes d'en avertir M. le prince de Dombes. H"* de Luynes lui écrivit sur-le-champ ; on trouvera ciapr^ la copie de la réponse de H. le prince de Dombes à M"' de Luynes.
 Parts, ce 8 février 1753.
Vous me donnez, Madame, une grande marqœ d*amitté dootje sois reconnoissant comme je dois^ en voulant bien ni*avertir de ce que vous aves oui dire à la Reine au sujet dn roi de Pologne auquel je n*ai pas manqué d'avoir l*homieur de foire part de la mort de M™* la duchesse du Maine qu'il lionoroit de ses bontés. Il y a dégà quelques jours que Je priai M. de Saint-Florentin de vouloir bien se charger de cette lettre, M. de Saint-Gontest n'étant point à Paris; ainsi je suis persuadé que le roi de Pologne Ta rmt» présentement. Je me flatte que vous êtes convaincue depuis longtemps, Madame, de mon sincère
SSO MÉMOIBES DU DUC DË LUYNES.
attacbeniMilet dQ rapect avee lequel j'ai rhonnmrd'étra, Madame, votre ttèa-humble et trèe-obéîMant servîieor,
Louis- AU0U8TB db Bodbbon.
Il est vraiseinblable que j^aurai parlé en quelque eo- . droit de oes Mémoires de M** de TournemiDe, dame d'honneur de M"* delà Roche-snr-Yon ; je ne sayois point son
nom de famille; elle s'appelle La Piglais ; son père étoit sénéchal d'une ville de Bretagne; je ne sais si ce n'est pas Vannes. M'"' de Tournemine a environ 30,000 livres de rentes sur les chaises à porteurs de Paris et de Versaiiies et sor les vinaigrettes de Faris ; oe droil loi est revenu par les reprises qn'eUe « eues sur le» bieiis de son marj , lequel étoH héritier de If. de Gavoie.
An joiird'liui Ton lait à Saint-Denis le service fondé par le Roi pour feu Madame Henriette , morte le 10 février 1752. Par celte raison le service n'auroii d\\ être que demain^ mais les moines de Saint- Denis sont bénédiotins, et c'est .demain la £ètede sainte Soholastiqiie^ scBurde saint Benoit; ils ont donc demandé qu^cm leur pelrmitde fairè le service- aujourd'hui. Toute la maison qui étoit à feue Madame et à Madame Adélaïde a été au service à Saint-Denis, môme M""= de Brancas et M""^ la maréchale de Duras. La première qui est aii^jourd'liui dame d'honneur de M""* la Dauphine éloitdame:de Madame Henriette et de Madame Adélaïde., et la (seconde a été leur daïnê d'honneur. 11 n'est resté ici des dames de Madame Adélaïde que M""" de Choiseul qui est grosse et M™* de Brissac qui est malade depuis longtemps. Il a été question de savoir si Mesdames et M. le Dauphin n^allant point à la cérémonie, les dames seroient en grand habit; on avoit dit d'abord qu'elles iroient comme elles voudroient, mais le Etoi a décidé qu^elles iroîent en grand habit.
Demain Ton fera ici à Notre-Dame le service fondé par M le Dauphin ; la Reine y va dans la tribune de M"*" la comtesse de Toulouse.
Le Roi alla dimanche à fielievue, comme je l'ai dit; ii
FÉVRIER tVUS ast
en revint le lendemain lundi pour voir les ambassadeurs ; et ce lundi il y eut grand couvert ; le mardi il retourna à Bellevue, d'où il revint hier. Il devoit y avoir grand coaveri aiqimrd'hiii ; aiiis ce jonV'éUni la veille de Tanniveraaire de Madame ^ et tonte la famille royale ^nt dans Fafflietîon, il n'y a point de grand couvert; cependant la Reine a joué chez M"* la Daupiiine, mais il n'y aura point de concert demain^ quoiquis ce soit le jour^ à, cause de ce service.
IHi iomidi lOy YenaiUêê, Les grandes et importantes affaires oooeemani ranforité spiritnéUe et temporelle semblent moins oeouper le pubHe danaoe me«iettt-ci. Le François en général, et Paris en particulier, sont faciles à distraire des choses les plus im{)urtantes pour les plus frivoles. L'affaire- des Bouffons «st deveaue le sujet de toutes les oonversatioM et même de grand nombre de brochures; on «Tend de tons cètés de petites feuilles i Ré" pùnte du «oti» duRoi au eoin de la Hsmsv ampkithéétri, etc. J'ai déjà parlé des Houiïons ; c'est une troupe de musiciens, des plus mauvais, dit-on, qu'il y ait en Italie; ils ont joué quelques scènes sur le théâtre de rOpéra, et comme ils ont effectivement du talent, surtout nu qui a une grande voix quoiqve peu agrMile> ils ont plu à quelques amateurs de la musique italienne. Ce nouveau divertissement a excité la curiosité , et cette senle raison de la nouveauté a sutti pour attirer un prodigieux nombre de specliileurs. 11 faut convenir cependant qu'ils ont des morceaux de musique a/ssez agréables. Les applaudissements* encouragent^ maie ils font quelquefois* faire dese&trepviae» téméraires ; au lien d'une soène seulement qni étoii courte et qui n'empèchoit point d'ailleurs d'entendre un bon opéra, les Kouifons ont voulu jouer un opéra tout entier ; ils ont été sifflés. Ce mauvais succès n'a point rebuté leurs partisans , et ils ont espéré que malgré le triomphe des amateurs de Lulliet de Aameatt^ que Ton met présentement à Végal de Lulli, même, au-
m MttMOIRRS DU DUC DB LUYKES.
dessus, les Italiens reprendroient leurs avantages. VoîU
donc deux partis étal)lis et rangés en bataHle vis-à-vis l'un de l'autre. L'un soutient la musique italienne et Tautre la musique françoise ; celle-ci est le coin du Roi , et l'autre le coin de la Reine. Voilà ce qui exerce aujonrd*hui les petits auteurs et les imprimeurs; c'en est assez pour amuser le public.
Pendant ce temps MM. les commissaires travaillent comme je l'ai dit; c'est avant-hier qu'ils ont recommencé leurs assemblés chez M. le cardimtl de la Rochefoucauld ; ce sont toujours les quatre mêmes évèques, les trois mêmes membiesdu conseil et l'ancien procureur général . L'un des évéques me disoit hier qu'avant de commencer ils avoient fait un moment la conversation avec l'ancien procureur général et qu'il avoit été question des NouveiJeu clésiasliques. On sait que c'est un libelle périodique, où tous les faits sont rapportés avec assez d'exactitude^ mais où le déchaînement en faveur du Jansénisme est poussé au plus haut point, et Ton y trouve toutes sortes d'invectives et de calomnies contre lesévéques. Il y a longtemps que le gouvernement a paru désirer d'arrêter la publication de ce libelle; il a été fait beaucoup de recherches, et on prétend qu'on n'a jamais pu trouver les auteurs. Cependant il est vrai que tous ceux qui veulent avoir cette gazette n'ont qu'à remettre l'argent à l'adresse qui leur est donnée, et cette gazette leur est envoyée avec autant d'exactitude que la Gazeite de France, L'ancien procureur général disoit avant-hier au prélat commissaire , de qui je iicns le l'ait, que pendant la Régence il avoit offert à M. le duc d Orléans d'empêcher que cette Gazette ecclésiastique fût débitée, pourvu qu'on voulût le charger de ce soin, et que M. le duc d'Orléans n'avoit rien répondu à cette proposition.
M. Farchevèque de Paris vint ici hier ; il vit le Rai dans son cabinet et fut quelque temps tète à téte avec Sa Majesté.
FÉVRIER 17ttS. S5S
Comme il y a souvent des disputes dans ce pîiys-( i sur la manière de porter les deuils, il faut écrire tous les détails sur cette matière. Dimanche dernier la Reine prit le blanc; on portera le deuil jusqu'au 18 ; c'est-à-dire que le 18 on ne sera plus en deuil^ car c'est encore une occasion de contestation de savoir lorsquVn dit jusqu'à un tel jour, si ce jour est en dedans du deuil ou en dehors.
La Reine a entendu aujourd'hui ici, le service à Notre-' Dame pour Madame Henriette dans la tribune de M™* la comtesse de Toulouse. Madame Infante et Mesdames ctoient dans la môme tribune ; M. le Dauphin étoit dans le chœur, dans les stalles.
Du lundi 12, Versailles. — Il parut avant-hier un arrêt du Parlement daté du 6 février. Cet arrêt prononce la peinedu bannissement ;\ perpétuité hors du royaume, et par conséquent la confiscation des biens, contre le S' Boutord, curé du Plessier-Rosenvilliers, diocèse d'Amiens, et ce, pour avoir, sur la fin d'une clôture de mission , dit en chaire au sujet de quelques-uns de ses paroissiens qu'il avoit traités de novateurs, d'hérétiques, etc., qu'il seroit le premier à tremper ses mains dans leur sang; ajoutant néanmoins de suite, ce sont les termes de l'arrêt : mais cependant ne leur faites point de mal. Il n'est point dit dans Tarrèt dans quel temps ledit curé a tenu ce discours, mais on sait qu'il y a quatorze ans. M. révèque d'Amiens en fut instruit dans le temps ; connoissant d'ailleurs lu piété, la régularité et la douceur du caractère de cet ecclésiastique, il se contenta de lui faire une trèssévère réprimande, et depuis ce moment ledit S' Boutord non-seulement ne lui a donné aucun sujet de plainte, mais il n'y a point dans le diocèse d'Amiens de paroisse mieux réglée, ni de curé plus aimé et plus respecte de ses paroissiens. Il n'y en a qu'un seul avec lequel il s*est brouillé plusieurs fois, et M. Tévèque d'Amiens les a toujours raccommodés ; cependant on croit que c'est cet habitant qui l'a dénoncé. U n'est parlé que de deux T, XII. 38
témoins dans Farrèt^ mais cela prpuve mai ofiv j'ai oQl dire qu'il y avoit y^gt^huit pia . i)!ieqjte téaiaips; Ta-
sage est de n'en pas nommer pl«8 de deux, mais^ on dit qu'il y a pins de trente dépositions. Il y a plusieurs observatioDs ^laii^ sur cet arrêt. Premièrement, il a été rendu par contuinacei o'est-i\ dire par défaut^. curé n'a point été appelé ppar se défendre ;..d^i|rièmQment y ^la ■ contrariété des deux propos, trepiip^ leç; main$ dansitf ur sang, cependant ne leur faites poiipl d® ^^^S «embls^diff minuer rénormitéde la faute; troisièmement, ce discours a été tenu il y a quatorze aps; s'il y en avoit vingt , il y auroit prescription; quatrièmement, cette, fauieL^ 4éj4 été punie p^ une, sévère réprimande. .d^ ]('<^véquQ;i(Binquième^neot, Tarrét clatéda;^ ^*%2élé pjiibli^ dan^ Ifaris et ici que le 10, et ordinair^mwt ils. le sont dès leland^main; sixièmement, les conclusions données sur cette affaire avoient été d'abord non pas un bannissement perpétuel, mais à bannii: sevleiment pour ijeuf ans , et non de tout le royaume , mais des bailliages d'Amiens et de Montdidier et de la préyôté f^t yioomté. dci Pi^riSt.Maiis ce qui est beaiiooup plus extraordinaire,, e'^^que le meis credi 7, M. le chancelier et M. d'Argenson reçurent chacun une lettre du premier président qui leur envoyoit une copie de l'arrêt. Dans cette copie il étoit marqué le baijunissement.^rpétuel à la vérité, mais seulçnienV dç& deux baillii^pi^,o|;d^la ^véy^. i^',:^e»vfi\Â-4»- .Paris» H. d*^fg9nfi0n,étoîl<(iBe(lleviie. H jnM^ntrfi Tavrét an Roi, cit le bamedi IQ ce mtxm arf!èt> p«u^pijt .tpnt différent. Il est cependant de règle qu'un fWTÔt ne peut être jamais changé, tout au plus que pour en adoucir la rigueur ; encore cela est-il foçt rare naais pqur augmenter la peinCf il n'y a pasd^exemple., On répoa4iàfietVâ oi^ servatiou que les concjlciçjons n'ayant été que poivr un bannissem^qt da o^f ans dos deux baÛliages et Âe la prévôté et vicomté de Paris, il ne fut pas jugé à propos de les suivre; ou conclut au bannissement perpétuel^
FÉVRIER 17115. SSft
c'est ainsi que l'arrêt fut prononcé et que M. le premier pr(^'sident l'envoya le lendemain ; mais quand il a été question de rédiger Tarré^ on a trouvé que le hennisse* ment perpétuel ne penvoii pas exister, à moins que ce ne fût. hors du royaume, et en conséquence on a changé Farrét; cependant cette différence est bien considérable^ car le bannissement perpétuel est une peine infamante et qui emporte la contiscation des biens.
Avant-hier M. l'archevêque de Paris vint ici et eut une audience du Boi , tète à tète , pendant quelque temps.* M. révèque d^Âmiens est venu ici aus», mais il n'a pas vu le Roi.
Hier il y eut plusieurs présentations. M"* ta marquise
de Brancas (Gizeux Grand-Homme) vint faire sa révérence en niante, et prendre en même temps son tabouret. La grandesse apassé par la mort de M. de Forcalquier sur la tèkedeM.lemarquisdeBriGtncas, M. de Forcalquier n'ayant point laissé, d'en£|nts. Ce fut M*" la duchesse de Braneas douairière (Clermont) qui fit eetle préséntatkm, et en même temps elle présenta une M"** la comtesse de Brancas ; elle est sœur de M. de Grillon; son mari, qui est de même maison que MM. de Brancas, est brigadier des armées du Roi, mais il a quitté le service; il est frère d'un M. de Brancas qui venoit ici assez souvent, et^^que appeloit Bèanea»<3isière9 et dHra abbé^que nous avons va auménier du Roi. » ' ' ^ * • • '
M"^ de Chastellux présenta aussi le môme jour sa lille M"'* de la Tournelle. M. de la Tournelle , qui est dans le régiment du Uoi, est fort jeune ^ il a hérité de tous les biens de M. de la Tournelle , mari de M"** de Blailly, et de M"' de la Tournelle, sœur de celui qui est mort, la* quelle est morte sans avoir été mariée*
Il y eut encore la présentation de IP* de Soorohes ; elle est Le Vayer; son mari est tils de M. le comte de Sourches A (pli on avoit donné le sobriquet de Fine- Lame , et qui étoit frère du feu grand prévôt et du chevalier de Sour*