‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV 17351758Chapitre 34 sur 58 · i6 MtMOIHKS Dl DUC DK LUY^ES · texte numérisé non relu

i6 MtMOIHKS Dl DUC DK LUY^ES

cbeS| que ronappeloitPeiâ'iratti. Ces deux noms étoieal des plaisanteries qui ont toujours subsisté en conséquence, je crois, de quelques propos du vieux M. deSourches, leur père, ou de M. de Monsoreau , grand prévôt, leur frère. M™' de Sourches a été présentée par sa cousine germaine, M""" de Sourches (Maillebois).

Le Roi signa aussi luer le contrat de mariage de M. de Pracomtal, officier des gendarmes^ avec M"' Tizon de Bauregard.

J*ai parlé ci-dessus de l'usage de la Reine, d'entendre

la messe chez elle quand elle est incommodée , mais de n'y jamais communier. Le privilège d'entendre la messe dans sa chambre pour les rois et reines, et pour la famille royale^ lorsqu'ils sont incommodés^ est en conséquence d^une ancienne permission et d'un usage de tons les temps. 11 y a des circonstances où cet usage parolt accompagné de quelques inconvénients; cette année, par exemple, la Reine couchoit dans un petit appartement dans la galerie de Diane ; il n'y a qu'une antichambre dans cet appartement ^ et dans cette pièce étoit Tautel, les prêtres, les dames ou courtisans qui altendoient, et beaucoup d'autres gens encore. Hais ce qui étoit beaucoup plus indécent encore , c'est ce qui arriva à Ifarly dans les premières années du mariage du Roi. Des gtus de la Cour jouoient de petites comédies devant la Reine, et Ton a voit établi un théâtre dans l'antichambre de la Reine; le théâtre y demeuroit toute la journée et n^étoit cacbé par rien ; la Reine entendant la messe dans sa chambre, Vautel tout dressé attendoit dans l'antichambre , et couune la pièce n^estpas grande, on avoit mis l'autel tout contre le théâtre.

J'ai déjà parlé assez en détail de M. de Monteil. J'ai appris aujourd'hui qu'il a obtenu une nouvelle grâce du Roi. M. de Monteil avoit, comme je Tai dit^ le régiment de Nivemois. U l'eut à la mort de M. de la Paye , tué en 1747 à une sortie pendant le siège de Gènes. M. de la

Fayeavoit le régiment de Royal-Comtois qui fut donné

à M. de Ro(]uépine, et celui de Nivernois qu'avoitM. de Roquépine fut donné à M. de Monteil sans qu'il lui en coulât rien. LMloignement où a toujours été ce régiment depuis la fin de la guerre, la dépense du voyage et du séjour, le mauvais état des affaires de M. de Monteil qui n'a rien présentement que la pension de 2^000 livres que lui a donnée le Roi et dont j*ai parlé ci-dessus, toutes ces raisons jointes à sa mauvaise santé l'ont empêché d'aller au régiment comme il l'auroit désiré. Son application pour tout ce qui regarde non-seulement le métier de la guerre, mais mômes les négociations , les connoissances qu'il a acquises, les mémoires qu'il a faits. Pont fait juger très-digne d'être employé dans quelque cour étrangère ; mais les occasions ne se sont pas présentées jusqu'à présent. 11 désiroit un arrangement, et c'est ce qui vient d'être fiait. M. de Monteil donne sa démission du régiment de Nivernois; le Roi le donne à M. le comte de la Marche; ce régiment devient régiment de princCi et M. le comte de la Marche y nomme pour colonel en second M. de Chamoran, fils de M. de la€lavière qui a été son gouverneur. S. M. donne 2,000 livres de pension à M. de Monteil , et une place de colonel à la suite des grenadiers de France. M. de Monteil n'est que colonel, mais assez ancien.

J'ai marqué la mort de M. de Forcalquier; il avoitune lieutenaoce générale de Bretagne; ilavoit eu auparavant le gouvernement de Nantes. A la mort de H. le maréchal de Brancas, M. de Forcalquier avoit eu la lieutenance générale, elle gouvernement de Nantes avoit été donné à M. le marquis de Brancas, son frère. Aujourd'hui M. le marquis de Brancas a la lieutenance générale; et legouvernement de Nantes, que l'on regarde comme devant être vacant, est fort demandé.

Du mardi 13, VmaiHes, — • On a fait quelques observations sur les révérences de M'"*^ de Forcalquier; on prétend qu'on n'en doit point taire en manteaux et man-

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tes pour un frère» quoiqu'on en héciie et qa*il soit Falné de la maison ; on ne fait dès révérences qae pour père ,

mère, ^Tand-ix'Teel grande-mère. Il est vrai qu'à la mort (lu baron de Montmorency, tous les Montmorency vinrent ici en grands manteaux, et les dames en mantes, £aire leurs révérences; c'étoit .l'ainé de la maison ; mais il y avoit deux enfants du kMiron » le baron. . d'aiyourd'hui et H"* de Chàteanrenauli.

Autre observation sur les révérences , c'est qu'il ne paroit point d'usage de remplir ce cérémonial , et le même jour, le même moment, prendre son tabouret. On dit qu'il n'y a point d'exemple.

La reine ayani désiré qu'il fût dit une grande messe ' de Regwm pour Madame Henriette» on l'it dite aujou'r*' d'hui^ et il y a eu un drap violet sur les* marehes de Tautel. • . . • •

Ou mercredi li, Versailles, — On apprit hier la mort de M. le comte d'Apchier ; il est mort à Paris^ il avoit» les uns disent cinquante-sept ans, les autres cinquante-neuf ans. .On l'app^loit ci-devaat le chevalier d'Apchi^; il étoitlienlenantg^iéral et ehevaliërde l'Ordre ; c'étoitun officier estimé'; il avoit en une figure fort agréable et avoit aimé le plaisir; il étoit fort sujet à la goutte; il est mort de la goutte remontée. A peine aura-t-il pu avoir Texpéditiop du brevet de pension flont j'ai parlé €i*dessfis.

J'ai marqué ciniessus que. lorsque les femmes soilt présentées au Roi, c'est dapa son cabinet, et qu'il- lëilr fait rhonneur de iès baiser* Cet iisage- avôit toujours été observé par Louis XIV, ejècepté les huit ou dix dernières années de sa vie; il ne le changea qu'en disant, comme je l'ai marqué, qu'il avoit un trop vieux visage pour baiser des femmes. M., le maréchal de Yiilerby, gouverneur du Roi, voulut établir Fusage que leRoiïiebaiseroitque les femmes titrée$. Lorsque M"" de. Duras» ai^ourd'huî maréchale, présenta sa belle-sœur» M** de Bonmonville- (iramont, inariée en 1719, le maréchal de Villeroy lui <iit

FÉVRIER t7«8.

de baiser la inain du Roi ; H"*^ de Duras prit la liberté de faire quelques représentations sur ce traitehieut, et il fut i^gU que le Roi bâseroit toutes les femmes qui lui seroient présentées danéîecabibet. Jé'ci^is que la première

qui eut cet honneur apr^sla décision fut M™*^ de Caraman (Portail), mariée au mois do mars 1722. V l'égard des lemmes titrées, j'ai déjà marqué qu'elles prennent leur tabouret dans le cabinet. Ce n'étoit point l'usage /on Ta pu votif dans ce journal; elles le prenoient au grand couvert.'t>t 'Usage s'étoit continué sous ee règne-ci , il ne fut changé qu'à Poccasion de M** de Gontaut (Gramont) ; fille étoit daine (hi prdais de la Reine , de la création ; lorsque son mari devmt duc en 1733, il fut question de prendre son tabouret, elle ne pouvoit point sans cela paroltre chez la Reine. La Reine étoH'gco^ dans ce temps, et il né'di9voit|Kilnt y avoir de' grand cotrvert jusqu'au moment du'départ du lloîpoui^Goihpiègne ou pourFontaiiiehlean; c/étoit un voyage où la Reine ne de voit point aller. Toutes ces circonstances firent que l'on demanda au Roi que la présentation se fit dans le cabinet; M'"'' de Gontaut y prit son tabouret^ et depuis ce temps cet usage à subaisté. ' ' • i ';

M*^ de ' Noé ' à été présentée^ * aujourd'hui par M™* de Groissy .* IL' déifoé'est 'éhambellan de M. le duc d'Orléans ; son père ètoft Colbert. Ils sont aussi parents de M. de Surgères et môme plus proche que des Golbert; par cette raison M'"' de Noé coraptoit être présentée par M'""^ deSurgéres; mais M'"'' de Surgères ét&nt malade^ ils ont eu recours à M*^ ciel Grbissy. M"* àé Noé est la Palun ; son . père s'appelôit CSharihont. Il à unô* terre en Champagne qu'on ne trouve point dans la Carte' sous le nom de Charment, mais sous celui de Colas- Verden. On sait que M. de la Palun, oncle de M"* de Noé , est le second mari de iM"" Trudaine, dont le premier mari, M. Trudaine, qui avoil une jambe de bois^ étoit officier de gendarmerie ; il étoit frère dé M. l'évèqli^ dè Sénlii d'aùjôurd'hui. '

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Du samedi 17, Versailles. — Je n'ai appris qu'aujourd'hui que M. KUo^lin mourut le 6 de ce mois dans la citadelle de Strasbourg. L'affaire de M. Klioglin n'étoit point jugée; elle devoit Tétre parle parlement de Grenoble, comme je l'ai déjà marqué. Par la mort de M. Rlinglin, il ne devroit rester de cette affaire tout au plus que des répétitions contre sa succession, s'il y a lieu de le demander; mais il est vraisemblable que ce seroitunc médiocre ressource pour ceux qui y auroient recours. Malheureusement M. KUngiin, qui vient de mourir, n'étoit pas le seul accusé ; il y avoit aussi des chefs d'accusation personnelle contre son fils ainé, et différents de ceux intentés contre le père.

11 est question actuellement de souscription pour Jélioite. Jéliotte dit depuis longtemps que sa santé ne lui permet plus de chanter, et il a annoncé qu'il quitteroit l'opéra cette année à Pâques. L'impossibilité de remplacer un musicien et un acteur qui a nn talent aussi supérieur a répandu une affliction universelle sur tous les amateurs de l'Opéra ; ils ont entamé des négociations, peut-être avec autant de zèle et de vivacité que s'il s'agissoitde donner la paix à l'Europe ; car malgré l'enthousiasme passager pour les Bouffons , le goût pour la bonne musique françoise, rendue aussi parfaitement qu'elle Test par Jéliotte, subsistera toujours. Enfin on a cm s'apercevoir qu'une somme d'argent considérable détermineroit Jéliotte à rester encore quelque temps ; on lui aproposi'; une gratification considérable pour donner deux ans de plus à TOpéra; il a demandé 100,000 livres; on compte faire cette somme par souscription. On peut bien juger que les taxes ne seront point égales; les personnes considérables payeront beaucoup plus que toutes les autres.

11 y a trois semaines que M. de Périgord prêta serment pour le gouvernement de Berry ; mais je ne le sais que d'aujourd'hui.Uy a un au que cette affaire étoit arrangée

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sur la démission <jue M. de Cbalais a donnée avec Tagrément du Roi.

Du dimanche 18, Versflilki. — M. labbé de Brienne a fait ai\jourd*bui son remerolment au Roi pour l'abbaye de Vauluisant dont j^ai parlé. Il a été à la suite de H. Farcbevéque de Rouen^ dont il est grand vicaire, mais c'est

]e grand aumônier ou le premier aumônier du Roi qui présente en pareille occasion , ou en leur absence Taumônierde quartier; c'est ce qui est arrivé aujourd'hui, M. le cardinal de Soubise et M. le prince Constantin étant malades. Lorsque c'estun évèque^ il est présenté en dedans du balustre, au lever; un ecclésiastique fait sa révérence auprès du balustre, mais en dehors. M. Tabbé de Brienne a été chez M. de Richelieu qui est d'année; c'est un devoir de bienséance et de convenance ; mais ce n'est point le premier gentilhomme de la chambre qui présente en pareil cas. M. l'abbé de Brienne a fait aussi son remerdment à la Reine, suivant l'usage.

Du mardi 20 , VermlUs. — M. le duc de Rlchmond a été présenté aujourd'hui par M""* de Luynes à la Reine et par M""" de Brancas à M'"- la Dauphine, qui l'a salué, quoique son duché (|uiest en France ne soit pas enregistré . Il est fils du feu duc de Ricbmond, et neveu de mylord. Albemarle.

J'ai parlé de la mort de M. de Forcalquier et des révérences de la famille au 8 et au 13 de ce mois ; ce n'est que

depuis que j'ai appris les arrangements qui ont été faits pour le gouvernement de Nantes. M. le maréchal de Brancas étoit lieutenant général de Bretagne lors de la mort de li. le marécbal d'Estrées qui avoit le gouvernement de Nantes^ M. le marécbal de Brancas demanda ce gouvernement pour son fils, M. de Forcalquier, qui avoit lasurvivancedela lieulenance générale en attendant qu'il fût en possession de ladite lieutenance générale, et il obtint le gouvernement. A la mort de M. le maréchal de Brancas le gouvernement devint vacant, parce que M. de Forçai*

m MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES.

qnier héritade la lieutenancé générale ; le gouvernement fut donné au marquis*de Bmncas, frère de M. deForcalqaiét*/â^ la survivance pourla'fieutienaitce ^nérale, de sorte qu'à la'fnorl dell. dé P^caltjuië^, toutlè monde

croyoil le prouvcrnement de iNantes vacant, et plusieurs officiers le deuiandoient ; mais M. de Céreste, qui a été employé dans les négociations et qui vient^d être faitchevÂtidr de l'Ordre, ayant une pension de 6,000 livi!es, a demandé iqpi'on laâssèt au marquis de Brancais; son neveu, outre'la lieuteuahcegénérale^ le goovernemènt de Nantes chargé de cette pension, ce qui a été accordé ; ainsi le Roi parcetarrangement gagne la pension de 0,000 livres. Le gouvernement en vaut 12,000. M. de Céreste trouve même quelque petit avantage dans cet arrangement à cause des reteânes se font toiigouts sn^ ce que Toii touche du Roi et qui ne lui seront point faites sur ce qu'il touchera de son neveu.

Ihi jeudi 22. — J'ai parlé ci-dessus de l'affaire d'Orléans; mais celle dont il s'agit ici n'est pas la même; il est question d'un refiis de sacrements lait à la sœur Pulchérie^ de la congrégation de Saint-Loup. Ce itefus a été iaH aussi é deux aittrei^ religieuses de la mèmè maison.' x La conduite-tenue en cette ocoasion par M-, l'évèque d'Orléans et par ses grands vicaires n'est pas étonnante. La maison où sont ces religieuses étoit presque détruite, lorsqu'en 1726 on y rassembla un assez grand nombre de religieuses qu'on ût sortir de différentes maisons. à cause de rattachement que ces religieusés avoieiit au p»arti janséniste. Les fiUes de cette maison d'Orléans sont-appelanfeset réappelantes pour la plupart, et peut-ètife toutes. On verra dans ce journal ou dans la Relation, qne le Parlement a ordonné qtieles sacrements fussent administrés à la s(vuv l*ulchérie, et en cas de refus a condamné M. d'Orléans à une amende de 2,000 écus; on y verra aussi que le ftoia évoqué l'affaire à sa personne et envoie ordre à M. rinteiidant d'Orléans de faire arrêter tout huûsàier

FÉVIUER i7»3. 38S

qui oseroit l'aire pareille signification à M. l'évèqiK! (FOrléans. On peut bien juger de Teffet qu'ont produit dans les chambres assemblées ces ordres du Roi ; le zèle qui les anime ponr laj^loire de Dieu et le bien de la religion leur a fait jug«r que l'autorité de TËglise Bi celle du Roi n'é- • toient point désèbstacles qui pussent Ic^ arrêter; MM. les gens du Roi firent avant-hier le rapport aux chambres de la continuation du refus des sacrements à la sœurPulchérie, et de l'évocation qui leur étant signifiée les empèohoit d'agir. M. le premier président n'étoit point à cette séance parce qu'il a la goutte ; plusieurs de MM. les prési* dents à mortier étoienl aussi absents par différentes raisons : M. Molé, parce qu'il est enfermé avec sa fille qui a la petite vérole; M. de Novion, parce qu'il a la goutte; M. de Rozambo, parce qu'il s'est récusé lui-même comme parent de M. révéque d'Orléans; enfin la séance fut remise à hier, et elle dura fort longtemps. C'étoit M. le président de Maupeou^ fils du premier président^ qui présidoit. Les conclusions de MM. les gens du Rôi furent de joindre l'article de révocation aux remontrances qui doivent être faites; mais cet avis fut regardé connue (rune sagesse et d'une douceur qui dégénéroit en tbiblesse ; dans des occasions aussi essentielles, il faut savoir signaler son courage* 11 futdonc arrêté que M. l'évéque d'Orléans seroit . de nouveau sommé de Idre administrer les sacrements à la soeur Pubchérie, et que sur ton refus il seroit assigné pour être oui, lui et trois de ses chanoines qui sont nommés. ' •

Lfi nouvelle de cet arrêté arriva ici à sept heures du soir ÀM. le chancelier. Le Roi est à Trianon depuis avant-hier an soir. M« le chancelier fit partir sur4e-champwn éouyer, dans un carrosse à deux chevaux, avec une lettre pour le Roi. Le carrosse versa très-rudement en tournant autour du bassin de Neptune, par ta faute du cocher qui ne suivit pas le pavé. L'écuyer, considérablement blessé, trouva un carrosse de 31. de Saint- Florentin, avec lequel il se rendit

864 MÉMOIRES DU DUC UË LUYJSËS.

à TrîanQD. Il rendit la lettre à S. M., qui manda à M. le

chaucelier dVMre ce matin à sou lever; c'est tout ce qu'on sait jusqu'à présent.

Du samedi VerêoiUes, — Avant-hier le conseil de dépêches rendit un arrêt qui casse et annule celui du Parlement. Cet arrêt fut envoyé hier au Parlement ; on envoya en même temps des lettres patentes, par lesquelles le Roi défend^ sous peine de désobéissance, à son parlement de prendre connoissance de toute matitre concernant les relus de sacrements, billets de confession, etc., et ce jusqu'à ce qu'il (1) en ait été ordonné autrement par S. M. Les lettres patenteafurent d'abord lues hier au Parlement, et il fut arrêté dans rassemblée des chambres que sans avoir égard auxdites lettres patentes on iroit en avant dans la procédure contre M. l'évêque d'Orléans. Après les lettres patentes, on proposa de lire Tarrêt du conseil; mais les chambres assemblées ne voulurent pas entendre cette lecture ; il fut dit que la délibération seroit remise à mardi prochain, et qu'en attendant, MM. les gens du Roi feroient saivre les procédures contre H. l'évêque d'Orléans pour rendre compte À la Cour mardi de ce qui auroîtété fait. Il y avoit eu un avis différent proposé; c'étoit de joindre aux remontrances un article au sujet du nouvel arrêt du conseil; mais l'avis contraire prévalut de 10 voix. On peut dire que cette démarche met , le comble de singularité à tout ce qui s'est passé de la part du Parlement. Ils avoient toujours dit qu'ils ne pouvoient reconnoltreles ordres du Roi que lorsquMls étoient revêtus des formes authentiques usitées en pareil cas; il n'y a pas déforme plus authentique que celle des lettres patentes; cependant ils ne les enregistrent point et or-

(1) Ce lemi6jutqu*à e$ qu*U a été jmé far le Parlement eomine trèe-liivorable k ses prétentions, parce (|tie, dieenMIs, 6*eftt arrêter pour nn temps reierdee de lenr droit , ma» ce n'est pas le eendamner. ( iVole du due dé

dooDiint la oontinuation des procédures contre M. d'Or» lëapsy comme si le Roi ne leur avoilpas fait des défenses expresses dVn connolire ; ils ne veulent point prendre

* connoissance d'un arrétdu conseil, et le regardent comme non avenu. Il paroU que le point où ils désirent de parvenir est de prononcer un décret d'ajournement personnel contre M. révéque d'Orléans; s'ils en viennent à cette extrémité, ce sera un nouveau sujet de trouble et d'embarras pour le diocèse d^Orléans. Un décret d'igournement personnel fait une tache contre celui qui en est Pobjet; jusqu'à ce que l'affaire soit jugée, on est ce qu'on appelle in reatH (1 , et par conséquent incapable d'exercer aucunes fonctions; il s agiroit donc de savoir si les permissions données par M. Vévéque d'Orléans dans ce cas ne sottfCriroient pas quelques difficultés. Assurétnent ce • jugement ne peut rien faire sur les pouvoirs de son mi* nistère ; mais lorsque ce ministère se trôuveroit mêlé avec des actes civils, comme par exemple des dispenses ou permissions de mariage, s'il arrivoit procès à Toccasion des mariages, les parties ne se trouveroient-elies pas dans l'embarras?

Le Roi est revenu avyourd^hui de Trianon ; il y a actuellement conseil de dépèches pour délibérer sur ce qui

se passa hier au Parlement; l'affaire est importante ; le mépris de l'autorité du Koi est trop marqué pour ne pas mériter de prendre en conséquence des résolutions remplies de sagesse et de fermeté.

M*' le Dauphin estun peu incommodé depuis hier d'une fluxion ; la faculté n*a pas voulu qu'il allât à la messe à la chapelle; au lieu de Tentendre dans sa chambre, il a voulu entendre celle de M"" la Dauphine. L'abbé de la Chàtaigneraye, aumônier du Roi qui sert M. le Dauphin, dans le moment qu'il a su le parti que M. le Dauphin avoit

(1) En élat d'accusation.

866 MÉMOIRES J>U PUQ m LUYMËS.

pris, eiA venu prier mon frère de se charger du livre de M. le Dauphin pour Itii. prunier, parce que la messe se

dit dans le praiid cabinet do M"'^" la Dauphiiie et que les aumôniers du Hoi ne font point de fonction dans celte pièce; au moins c'est un usage ( onstaot pour les dîners et soupers ; mais oomfne le ^ de ie, messe ne s'étoit pas trouvé depuis que fitum frère l'honneur d*étre premier aumônier de M?^ la Dauphîne^ il a fait beaucoup de compliments à M. l'abbé de la Chàtaigneraye et ne vouloit point se charger du livre ; il ne l'a accepté que sur les pressantes sollicilations qui lui ont Mé faites^ il eu a surle-champ rendu ûompte à M. le Dauphin qui a approuvé s^ conduite. C'est mon £eèrequi a eurhomteur de donper le livre à M, le Hauphîn et qui Ta. reçu de lui à la fin de la messe. Il ne paroH pas qu'il puîese y avoir sur cela la moindre difficulté. Cependant le lendemain ou surlendemain , l'abbé de la Châtaigneraye a donné le livre à M^'^le Dauphin à la messe chez iaûauphine; mon frère étoit présent ;^il a'a fait ni. question ni difficulté ; il ne sait point s'il y areu représentations, ejt .décision. Le jour qu'il eut Thonneur de présenter le livre à M^le Daur phin , il ne le fit qu'après, avoir rendu compte à M" le Dauphin de ce qui s'étoit passé entre Tabbé de la CinYtaigneraye et lui, et M"^' le Dauphin parut content du respect que mon frère lut nantit dans œtte occasion.

Jemiwia.sl j'm eo/ooeasîop' detpaiûer. dans jijiod jodhial des terres de mon fils en Lanf^ediXt ; ^ crois pourtant èi^ avoît'parllê dans letempa du j ugeipent d'un, gmmd procès qu'ilgagna àToulouse contre M. de Caylus. Malgré le gain de ce procès que l'on croyoit être la fin de toutes les contestations, il en étoit resté plusieurs sur les. mêmes terres, tant contre M» de Caylus, que contre quelques autisas. Tous ces procès. ont été .terminés par accomipodement; il ne restoitque celui contreH. de Caylus. Ce procès vient d'être enfin terminé par une transaction ; mon fils a abandonné à M. de Caylus la terre de Venez qui vaut environ (^,000

livres de rente, et lui a donné 70,000 livres d'argent. A ces conditions toute contestation est finie, et il n'y a plus de prétention sur ces terres qui viennent de la sticcessiou de Clermont-Lodève. Elles avpieot été données^ comme jedois l'evoir dit, par M"^ de Seesac àM. de Grimberghen, lequd les donna à mon fils, de concert avec M"* de Sessac. Ce qui reste de ces terres k -mon Bis actuelleopient n'est affermé que ou 25,000 livres de rente.

M. de Lescalopier, conseiller d'iîtat, mourut 6 à Par ris, Agé de quatre-vingt-trois ans»

M*"^ la princesse de Montaukian apprit hier la loprt d*an de ses frères, le chevalier deBéthisy; il étoità Paris; il est mort subitement. Il reste encore, deox autres ^ères à M^^deMontauban. M. de Mézières, Talné, dont la femme fut présentée il y a quelques années^ et le chevalier de Mézières.

Du dimanche 25. — Tl ne fut pris hier aucun parti décisif au conseil d^ dépêches. La délil^ration du. Parlement ayant .été remise À mardi pvoehaia, onattend ce qui se passera ce jonr-là. Le Parlement ayant permtsmon de

faire des remontrances, on n'est point étonné qu'il veuille en faire sur les lettres patentes et l'arrêt du conseil, et on n*a point jugé qu'il y eût encore de désobéissance formelle. Ce cas de désobéissance se trouveroit bien réel si les dbaipbi^s assemblées» Aonlinu0iei)ii:à |dékbé];er sur Jes procédures cçmmenqées par rap|K)rt aux objets dopt la connoissance leur est interdite par les lettres patentes, ou s'ils taisoient quelques nouvelles procédures par rapport aux mêmes matières. 11 sembleroit que s'il y a lieu ù djçs. remon^anceii , eSÀfis^ . ;^)if oiei3^ , d^^éiçç faites f ur-:Lechamp et non pas être remises pour être jointes aux remontrances auxquelles on tnsvaille depuis si longtemps.

M"* de laTrémoUle (Bouillon) a présenté aujourd'hui sa belle-lille, M"' de la Trémoille ( Kandan) ; elle est grande et bien faite ; on trouve qu'elle ressemble à M. le duc de liai^d^ spn pére. Elle a pris, son tabc^uret et a

368 BfÉMOlRES DU DUC DE LUYIfES.

payé suivant l'usage 1,5'*0 livres. L'évaluation est faite sur le pied de la valeur ancienne des livres.

On a appris ces jours- ci la mort subite de M"*^ de Rocbeplate. Son mari, qui est mort, étoit lieutenant des gardes du corps de feu H. le duc d^Orléans; elle n'en avoit point en d'enfants, mais elle a laissé nn fils de son premier mari, M. de Breteuil, qui étoit frire de feu M"'* du ChAtelet. On prétend qu'elle étoit prête à signer un acte pour déshériter ce fils quand elle est morte ; elle étoit fille de M. de Gasville qui avoit été intendant de Rouen.

Du mercredi 28, Vereaillei. — M. le cardinal de la Rochefoucauld eut audience du Roi dimanche 25 avant le salut; il Fa voit demandée le matin.

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