MARS
- Mort du comte de Gage*. — Alfaires du Parlement et de l'Université. ^ Mort de M. de Hacaoas. — La France retire ses troupes de l*lle de Cor«e. — Jeux et bals. — Speclacle à Bellevue. — Mort de M. de GramoDt. — Ar*
rêls du conseil. — Signatures données par le Roi, — Présentations. — Ambassade de France à Varsovie. — Affaires du l'arlement. — Pré.senlalions et révérence-s. — Renouvellement pour la Reine. — Raptôine — Relation de ce qui s'est |»a3sé à la faculté de théologie. — M. et M'"« de ïana. — La Martinière perd un procès. — Continuation de la lutte du Parlement. — Anit du conseil d*Êtat contre le Parlement
Du tamedi 3^ Vereaillei. — On ne dit encore rien de ce qui se passa hier an comité; il me parolt que les assemblées des eominissaires se répètent beaucoup; il y en aura mardi et vendredi. On prétend que l'on travaille à une déclaration.
Je n'ai appris qu'ai^ourd^liijd que M. de Gages , qui commandoit les troupes espagnoles dans la dernière guerre d'Italie , mourut à Pampelnne le 31 janvier ; il avoit soixante-quinze ans; il étoit gentilhomme du roi des Deux-Siciles et avoit les ordres de la Toison d'or et de Saint-Janvier ; il étoit capitaine général des armées d'Espagne et trèfr-digne de cette place^ sage, prudent , actif.
MARS m
extrêmement uimé etesliméde ses troupes. Il éloit aussi lieutenant-colonel des gardes wallonnes.
Le 26 janvier dernier^ le Parlement rendit uu arrêt qui fut envoyé À rUaiversité pour y être enregistré, ainsi que celui du S5 octobre de Tannée dernière. L*arrèt du 36 octobre 1753 condamne une tbèse des Carmes de Lyon , et fait défense de soutenir aucunes propositions contraires à Tancienne doctrine de l'Église, à la déclaration du clergé de 1682, aux libertés de TÉglise gallicane , etc. L'Université refuse avec raison d'enregis^r un arrêt qui> outre qu'il renouvelleroit la fàcbeuse querelle de 1682 entre les cours de Rome et de France y est émané d*nn tribunal incompétent en matière de doctrine. 11 paroit un mémoire imprimé^ qui semble être de l Université, sur lesdits deux arrêts.
Mardi dernier, le Hoi envoya des lettres de cachet à rUniversité pour lui défendre d*enregbtrer ces arrêts du Parlement; il y a eu quelques difficultés par rapport à ises lettres; on croit qu'il a pu être question de retirer ces lettres, mais elles ont été enregistrées à FL ni versi té et dans toutes les facultés.
Je n'ai point encore parlé de la mort de M. de Mucanaz; il vivoit dans la disgr&ce du roi d'Espagne depuis 1715 ; il avoit été procureur fiscal général d'Espagne ; on en fut très-satisfait à sa cour et à celle de France. Dans le démêlé sur les droits de régale entre ces deux cours et colle de Rome, il composa un mémoire contre la Dalerie ; Tliiquisition le condamna comme hérétique; M. de Macanaz l'ut dépouillé de tous ses biens et forcé de passer en France. Il travailloit souvent avec M. le cardinal de Fleury^ suivant les ordres secrets du Roi. Il fut adjoint aux plénipotentiaires espagnols aux congrès de Cambray et de Soissons, ensuite ministre plénipotentiaire aux conférences de Bréda, d'où ses ennemis trouvèrent le moyen de 1 écarler. 11 a composé différents ouvrages sur la marine, les hnances^ le commerce, etc. liétoit fort opposé aux Jansénistes.
lia composé un livre en 10 tomes intitulé : La France contre la France , pendant sa retraite aux jésuites à Pau en Béarn, très-fort contre les Jansénistes. Il avoit été depuis exilé au Ferrol pour avoir écrit contre Tlnquisition ; il est mort le 30 janvier dernier dans le Heu de son exil. C'étoit un curactère d'esprit extrêmement vif ; ce fut encore par cette raison (pril ne resta point aux conférences de Bréda. 11 avoit environ quatre-vingt-cinq ans.
M. de Pontcarré de Vlarmes^ maître des requêtes et intendant de Bretagne, a obtenu la place de conseiller d'État ordinaire vacante par la mort de M. dé Lescalopier.
Du mercredi 7, VersaiUes. — le ne 'sais si j'ai parlé de rintendance de Strasbourir vacante par la mort de iM. de Serilly. M. de Lucé, qui lui succède et qui étoit auparavant intendant à Vaienciennes, compte se rendre incessamment à Strasbourg.
La Cour a pris enfin la résolution décisive de retirer les troupes françoises de llle de Corse et de remettre aux troupes génoises les postes que nous occupions dans cette île. Cette résolution a infiniment déplu aux montagnards qui ne peuvent souffrir les Génois leurs souverains; ils * ont investi^ assiégé et même attaqué quelques-uns de nos détachements dans leur retraite , et ce n'a été qu'avec peine et perte de plusieurs hommes que l'bn a pu parvenir à les mettre en lieu de sûreté. Les ordres pour arrêter M. de Cursay avoient été donnés à M. de Courcy, gentilhomme de basse Normandie , colonel du régiment de Toutnaisis ; c^est lui qui depuis ce moment a commandé les troupes françoises dans cette lie.
H. le phevalier Chauvelin^ ministre du Roi auprès de la république de Gênes, vient d'être nommé ambassadeur de S. M. auprès du roi de Sardaigne. M. des Issarls, qui remplissoit cette fonction depuis quelque temps^ est tombé si dangereusement malade^ qu'il a demandé très-promptement la permission de revenir.
Les divertissements du carnaval ont interrompu pour
MARS i7i$3.
quelque moment les conversations sur les affoires du Parlement^ et même le travail des chambres assemblées.
On n'a été occupé que de bals et jeux de toute espèce. II y a eu deux ou trois fois par semaine un fort gros lansquenet au Palais-Royal, avec un grand souper, un grand cavagnole de temps en temps chez M*"^ la duchesse de Modène. Ce jeu^ qui avoit para tomber dans Paris^ a repris de nouvelles forces; la présence de M"* de Modène et le séjour de M** deTallard, qui n'est revenue ici que d'aujourd'hui, peuvent être la cause de ce changennenl. On a beaucoup joué aussi ici à ce jeu les trois derniers jours gras ; M""' la Dauphine y jouoit chez elle , et dans le même temps Mesdames y jouoien. chez M*"® la maréchale de Duras. Madame Infante y a perdu dans un seul jour 178 louis.
M"* de Marsan a donné des bals à cause de M"* de Soubise, sa nièce, et on peut juger que M. le prince de Condé n'a manqué aucune de ces assemblées. M""*" de Carignan en adonné à cause de M"* de Tournon, sa petite-fille. 11 y en a eu aussi chez M"* Pambassaddce de Hollande (Berkenrode), qui est jeune et jolie et qui aime la danser U y en a eu aussi en plusieurs autres endroits et de grands soupers.
A Bellevue il y a eu hier et dimanche la répétiaon du même divertissement. On y a joué Zelindor, roi des SUphes, dont les paroles sont de M. de Moncrif et la musique des petits violons, et le Devin de Village, dont les paroleset la musique sont de M. Rousseau. A la première pièce ^ M'"^ de Pompadour faisoit Zelindor; M"" Marchais Zirphéy et M. le chevalier de Clermont Zulim. A la deuxième, M"*" de Pompadour faisoit Colin, M"*^ Marchais Colette, et M. de la Salle le Devin. Ces deux divertissements ont été exécutés aussi bien qu'on peut le désirer, surtout celui d'hier, à la fin duquel il y eut un feu d'artifice sur le théâtre.
Les chambres doivent se rassembler vendredi. Le Par-
3;3 MÉMOIRES DU DDC DR LDYNES.
lenioiit croyoit (jue son arrùl du 21 février pouiroit servir d explicalion à celui du 25 octobre; hi Cour en a jugé^ aatremeni, puisqu'elle a envoyé une lettre de cachet poiv tant défense à la Sorbonne et à l'Université d'enregistrer celni dn %t février. On ne sait point encore ce que fera le Parlement , et s'il osera joindre cet article à ses remontrances, après la réponse du Koi à M. le premier président dont j 'ai parlé ci-des-sus.
i^e Koi revinthier de Beilevue après le souper^ et soupe aujourd'hui au grand couvert. M"*' la Daùphine fit ses dévotions dimanche dernier, et s'enferma la veille suivant Pusage qui est établi depuis Parrivée de la Reine en France.
Du jeudi H , Versailles. — M. de Vernenil a présenté aujourd'hui M. de Wreden, ministre plénipotentiaire de Péiecteur palatin. C'est un homme assez gros, d'une taille au-dessus de la médiocre et qui a fort bonne façon. On le regarde avec raison comme un homme de beaucoup d'esprit ; je crois môme qu'il est auteur d'un mémoire fort curieux sur l'élection du roi des Uomains; il paroit que l'on a désiré qu'il vint en France.
M. de Gramont, chef de brigade des gardes du corps, est mort ce matin ; il étoit ici auprès de M^^ le Dauphin ; il le suivit au grand couvert la veil|e; il étoit encore à dix heures et demie du soir dans le grand cabinet de la Reine à attendre la fin du grand couvert. Il alla se cou- .cher à onze heures, disant seulement qu'il cloit un peu fatigué; il ne soupoit points mais il avoit fort bien dîné le mardi et le mercredi ; il se trouva mal à quatre heuresdu matin ; il appela son domestique qui alla sur-le-champ avertir M. Desports, chirurgien ordinaire de la Reine ; mais il n'y avoit plus rien à faire quand M. Desporls arriva; le malade avoit cependant encore sa'connoissance, mais les yeux fermés; on envoya avertir un missionnaire; il dit qu'il demandoit pardon à Dieu; le missionnaire lui donna l'absolution ; il étoit inort à cinq heures. H. de
MARS i74»5. 373
Grcimont avoit été fort aimable; il aimoit la société et le jeu, et iivoil vécu en fort bonne compagnie. 11 avoit de l'esprit et étoit souvent chez M""" la duchesse du Maine ; il étoit lieutenant généra!. Il avoit depuis longtemps une mauvaise santé, eben dernier lieu il avoit eu un vaisseau de cassé en revenant à cheval de Ghoisy à la suite de le Dauphin. Cet accident n*avoit point eu de suite et on ne croit point que cet accident ait été la cause de sa mort. On l'a ouvert et l'on n'a trouvé d'autres causes qu'un dépérissement universel. Il avoit environ soixante-quatre ou soixante-cinq ans. L^évèque de Grenoble, son frère cadet de cinq ou six ans, à ce que Ton croit (leur nom est Caulet), étoit aumônier du Roi en 17S5 et par conséquent prêtre; on peut calculer sur cela l'âge de MM. de Graniont.
J'ai appris aujourd'hui que M. de la Grandière, gentilhoinme de la vénerie , qui étoit fort goûteux, qui vivoit d'un grand régime et qui passoit sa vie à Versailles, mourut il y a quatre jours^ âgé de quatre-vingt-trois ans.
Du vendredi 9, Versailles. — Arrêt du conseil qui casse la sentence d'Aniboise, par laquelle injonction avoit été faite de donner les sacrements à une religieuse qui avoit déclaré par un acte devant notaire ne vouloir point se soumettre à la constitution et ne s'être pas confessée depuis sept mois. L*arrèt casse la sentence et défend aux juges sous peine d'interdiction d'en rendre de semblables {\ l'avenir.
Autre arrêt du conseil.qui casse la sentence du bailliage
delroyes contre le curé de qui avoit été décrété de
prise de corps (1). Défense d'en i^ndre de semblables sous peine d'interdiction.
(1} Kii coiUMÎqueiK'c (le eu ùécnei on fut te cberdier dicx un chanoine ilc se« amis oii ou fouilla la maijton ; Ici meiiblei^ du cun' ftirmi vcnilii». (A'o/r Hh fine de ttVyMes,)
37 j BiEMOlRES OU DUC DE LUYINES.
Oatre ces deux arrêts^ ordonné que l'arrêt du conseil concernant le curé de Saint-Pierre le Puellier de Tours '
sera signifié.
M. de Saint-Florentin a écrit une lettre de réprimande au lieutenant général du bailliage de Troyes.
Du sa$Mdi 10, VenaiUu. Hier la Reine envoya M. de Chalmazel faire des compliments à H. le prince de Gondé, sur la mort de la princesse de Hesse^Rheinfeld (1) , sa grande mère (2). Elle étoit morte avant les jours gras ; lieureusement cette nouvelle n'a pas été mise dans la GazeUe; elle auroit dérangé les projets d'amusements de M. le prince de Condé pour.le carnaval; on n'en a parlé que le mercredi des Gendres,. M*^ la princesse de Hesse- Rheinfeldest grande-mère de M"^ la princesse de Soubise d'aujourd'hui.
• Je ne sais si j'ai parlé des signatures que fait le Roi. Les plus nombreuses sont par rapport à la finance. Cet usage n'est pas établi de même en Espagne., U est vrai qu'il y a grand nombre de signatures, comme les provisions, brevets, commissions, etc., qui sont signés par des •ommis, lesquels imitent l'écriture du Roi; mais indé-
(1) Voyez au 6 mars 1754 pour sa Tamille. (Note du duc de Luynes.) ■ (2) Mme la princesse de Hesse-Rheinfeld mourut i\ Rothembonrg, le 28 du mois dernier, âgée de soisante-slx ans. Son père étoit le prince de Lœwensteia-Wertlieira, prince de i'Ëinpire; sa mère éUnt de Uelasy, née cointe&se de Ueelitembei^. Le prince de Hesse-Rlieioléhl, qu'elle troit épousé le 13 iio> Tembre 1704» mourut le 25 septembre 1731 . M"* la princesse de Hesse^Rhelno féld avoit eu sept fttfens, dont trois garçons (<*alDé est le Landgraivn de Hesae» Rlieinreid) et quatre filles : la reine de Sardaigne, mariée le 20 août 17^4 et morte le 13 janvier 173) ; une autre, mariée le 11 janvier 1731 au prince de Sullzbach, morte le 20 joillel 1733; une autre, mariée le 23 juillet 1728 à feu M. le Duc, morte le 14 juin 1741. Le père de M«ne la princesse de Hesse- Rbeinreld, créé prince de l'£mpire en 1711 , étoit fils de Ferdinand-Charles, comte de Lœwenstein- Werihehn» eomte de l'Empire, mort le 24 janvier 1672 , etd'Anne-Marie née comtesse de Foistemberg, morte en 170». La maison de LflBwenslein-WertIieim a deux branches : Wirnembourg et Rocherort. Lee princesses de Lœwenstein Wertheîm sont de celle de Rochefort et sont cttholique<(. (iYo/e du duc de Luffnts,)
MABS ITtfS. S7S
pendammeni de ces signatures, il en reste encore beaucoup d'autres que le Roi signe de sa main ; au lieu qu'en Ëspagae Tusage est qu'on applique la signature du Roi avec un sceau qu^ Ton appelle une estampille. Dans la très-grande jeunesse de M, le duc de Penthiôvre le prodigieux nombre de signatures qu'il avoit À faire pour l'amirauté l'engagea de demander au Roi la permission de se servir d'une estampille; le Roi Ta trouve l)on et cet usage subsiste encore; mais c'est son nom, au lieu qu'eu Espagne ce n'est point le nom du Roi, c'est Yo el Mey, Moi le Roi. £n France, toutes les signatures que le Roi fidt pour les finances et bâtiments, sont -comme surintendant de Fune et de l'autre ; on sait que ces deux charges n'existent plus, la première depuis la disgrâce de M. Fouquet, et l'autre depuis la mort de M. le duc d'Antin pour qui elle avoit été créée de nouveau.
Du dimanche il, VenaUl». — >* M. de Vienne a été présenté ai]\jonrd'hui; il est fils d'une fille de M. le comte de Tavannes, commandant en Bourgogne. M. de Taviannes a deux tilles, l'une a épousé M. de Vienne et l'autre M. Desprez.
M. Le Bret, beau-frère de M. de Fresue, fils de l'intendant de Provenoe, premier président et commandant avant M. delà Tour, a été nommé intendant de Bretagne, place vacante parce que M. de Viarmes a été fait conseiller
d'État. On a donné parole à M. Le Bret qu'il seroit premier président du parlement de Renues lorsque cette place deviendra vacante.
M. de Barbasan, qm est d'Avignon, a été présenté aujourd'hui.
de Ghoiseul a présenté aujourd'hui sa fille. H"" de Montrevel. M"" de Ghoiseul est Champagne, sœur de la
première femme de M. le comte d'Estrées. M. de Ghoiseul son mari est celui qu'on appelle le Merle; ces sobriquets sont devenus nécessaires pour distinguer les Choiseulf parce qu'il y en a un fort grand nombre.
37C M ÉMOI a lis DU DUC DE LUYNES.
M'"'' de Tessé a [)r(''fienté M""' de Jarzé (la Luzerne;, sivuv de M. de Hriqueville. M"^ de Tessé par son mari est parente de M""' de Jarzé. M. le maréchal de Tessé avoitdeux lilles; l'une épousa M. de Maulevrier et l'autre M. de Varenne^ après la mort duquel elle épousa en secôndes noces H. de la Luieeme, père de de Jarzé.
Du jeudi i5, Versailles. — M"" du Luc mourut hier au soir à l*aris; elle étoitsœur de M. de Vintimille, et par conséquent petite-fille du comte du Luc, ambassadeur en Suisse, ei nièce de M"* de Nioolal; elle est morte de la petite vérole.
ùu vendreâi i^, VerMilles, — M. le prince de Gondé a
fait aujoiird'luii ses révérences en grand manteau. M. le prince de Soubise étoit avec lui en grand manteau. Ils ont été chez le Roi au retour de la messe. La Reine qui avoit entendu la messe avant le Roi est rentrée chez elle et s'est mise à table ; elle a dit à H"* de Luynes que lorsque M. le prince de Gondé viendroit, il n'y avoit qu'à le foire entrer quoiqu'elle fût à table. M"** de Luynes servoit le dîner. Madame Adélaïde est arrivée chez la Reine ; elle venoit de riiez le Rdi; elle a dit à M"' de Luynes que M. le maréchal de Richelieu i'avoit chargée de lui dire qu'il ne falloit laisser entrer à la suite de M. le prince de Gondé seulement que son gouverneur. La Reine s'est levée lorsque M. le prince de Gondé est entré; M. de Soubise est entré en même temps, et avec lui M. d'Anlezy, gouverneur de M. le prince de Condé.
Du samedi 17, Versailles. — Je n'ai point parlé de la mort de M. Castéja qui étoit diargé des affoires du Roi en Pologne; il est mort à Varsovie. Le Roi a nommé, il j a déjà plusieurs jours, pour le remplacer, M. de la Fayardie qui a été longtemps en Suède avec M. de Lanmarie et M. d Havrincourt , et dont je crois avoir déjà parlé. Les appointements de M. de la Fayardie seront de 1 5,000 livres par an, et outre cela le Roi lui donne 4,000 livres pour SQQ établissement à Varsovie. Il, de Saint-Contest
MARS ITHS. 377
jn'a dit que celui qui est chargé des affaires de France eu Pologne n'est obligé à ancane dépense. M. de la Fayardie paroii croire cependant qu'il convient d'avoir un carrosse à six chevaux et de donner quelquefois de petits dîners et de petits soupers. A l'égard des fêtes, lorsqu'il esl question d'en donner^ le Roi les paye par extraordinaire.
Je joins ici les nouvelles que je reçus avant-hier au soir, de ce qui s'est passé au Parlement, par rapport à la Sorbonne, le 15. L*ordre fut envoyé dès hier d'assembler les chambres ce matin pour huit heures y parce que Ton savoit qu'il devoit y avoir une assemblée en Sorhonne. Deux commissaires de la Cour s'y sont li ansportés par l'avis unanime de la Compagnie pour faire enregistrer les arréis du Parlement. Cet avis a été ouvert par M. Gilbert. En conséquence les commissaires se sont rendus en Sorhonne où ils ont été reçus en la manière accoutumée; plusieurs des docteurs se sont retirés. Grande difficulté pour trouver les registres enfermés sous cinq clefs, lesquels ont enfin été représentés. Le syndic a demandé la permission de délibérer, laquelle lui a été refusée , attendu qu'on ne devoit pas délibérer sur l'exécution d'un arrêt de la Cour. Il a ensuite représenté la défense du' Roi contenue dans la lettre de cachet et s'en est tenu k un profond silence. Cependant l'enregistrement a été fait; cette opération a duré près de se[)t heures; on ignore beaucoup de circonstances. Les commissaires sont revenus aux chambres assemblées entre quatre et cinq heures^ et ils se sont* ajournés à demain au matin au sujet de TafTaire de M. de Langres sur ce qu'il n'a point nommé de grand vicaire.
La charge de maréchal général des logis des armées, ' dont M. de Valogny étoit pourvu, a été accordée à M. Dangé d'Orsay, capitaine dans le régiment de Berry- Cavalerie.
On a appris la mprt de M** la marquise de Nontmo^
reney-GhàtesnbruD, àPariSy le ISfévrier, àgéedesoixante-
quatorze ans.
Je n'ai point encore marqué la mort de M. le marquis de la Ferronays, maréchal de camp^ dans son château de Saint-Mars en Naniois , le 12 février* de cinquantequatre ans.
' Du dimanehê 18. — il y a aujourd'hui deux présentations. M"* de Flavacourt présente M"" de Pracomtal (Thiroux de Beauregard) ; elle n'a que quinze ou seize ans; elle est fort bien faite. de Flavacourt.s'est chargée de cette présentation parce que M. de Flavacourt est parent de M. de Pracomtal. M. de Pracomtal est officier dans les gendarmes de la garde ; son père Téloi^ daAs les chevaulégers. L'autre présentation est M"* la comtesse de Montmorency ; c'est M"* de Luxembourg (Villeroy) qui la présente.
M*^ la princesse de Soubise fait aujourd'hui ses révérences en mante. On prétend que lès princes du sang ont été peu contents de ce que M. le prince de Soubise a fait ses révérences avec M. le prince de Ckmdé ; cependant
M. le prince de Condé n'a rien fait en cela que de l'aveu et de l'approbation de M. le comte de Charolois, et il est assez simple que la circonstance particulière d'avoir une grande-mère commune avec un prince du sang fasse une juste exception à un usage qui s'est peut-être observé depuis plusieurs années. On pourroit même «jouter que cette exception frappe moins lorsqu'on sait par la voie publique (jue ce prince du sang se destine à épouser la fille de celui avec qui il lait ses révérences.
M*"*^ de Luynes fit il y a quelques jours le renouvellement pour la Reine que Ton fait tous les trois ans; elle n'a pas toiyours fait ce renouvellement exactement d^ns toutes ses parties, ayant jugé quelquefois inutile de remplacer certaines choses qui étoient aussi bonnes que neuves. Comme on pourroit désirer dans la suite d'être instruit de ce que c^est que ce renouveilement, je Tai
MARS i7tt5.
fait copier ci-après (1). Tout ce repouvellement est payé sur les arrêtés de la dame d'faoaneur par le trésorier de
(1) MÉMOIRB
De la quantité de linge en renouvellement de la chambre de la Reine^ /ait au mois de janvier 1750 de l'ordre de la duchesse de Luynes, par Bi>ne Bauvin, marchande à Paris ,