L.-Fa.-Gab., év. é'Aiiiieofi
Ce 8 mars.
« MM. les gens du Roi ont donné leur requête , par laquelle ils ont seulement requis l'apport de la lettre au greffe de la Cour; et par l'arrêt il a été donné acte de la plainte; permis d'iDXonner à Fapport de ladite lettre au gl^effe de la Cour.
«Sur le récit fait aussi àlaCourparM. deSaint-Hilaire , les gens du Koi mandés, il Iciii' a été dit que la Cour instruite que Iti curé de Saint-Pierrc-lo-Puellier de la ville de Tours, au préjudice du décret de prise de corps contre lui décerné au bailliage de Tours et de deux décrets de prise de corps contre lui décernés en la Cour, avoit repris l'exercice de ses fonctions curiales.
« A arrêté c|u'ils prendroient communication du récit fait [)ar M. de Saint-Hîlaire pour par eux prendre des conclusions sur-lo-champ.
« Les gens du Roi sont entrés ; le procureur géuéral du n Roi a proposé de faire informer le Roi, par les voies que la Cour croiroit les plus convenables , de ce que le curé avoit repris ses fonctions nonobstant les arrêts qui le décrétoient; qu'on représenteroit audit seigneur Uoi les inconvénients et le scandale de ce qu'il avoit repris ses fonctions au préjudice des canons et des lois du royaume et des articles 4>0 et 41 de Tédit de 1695, et qu'en conséquence le Roi seroit supplié de considérer que la Cour ne pouvoit s'empêcher de poursuivre un curé qui avoit osé enfreindre une pareille loi par les voies prescrites par les ordonnances.
a La Cour donne acte au procureur général du Hoi de la plainte qu'il rend du fait de reprise de fonctions de la part du S' Pétard, curé de Saint-Pierre-le-Puellier; or-
MitMOmiS oc Dl^ DE L1]TNES.
donne qu'il sera informé desdits faits, circonstances etdépendànces par-devant le lieutenant criminel de Tours; ordonne en outre que les arrêts des 1*' et 7 septembre et 3 octobre 1752 seront exécutés selon leur forme et teneur ; enjoint au procureur général du Boi ie. tenir la main à l'exécution du présent arrêt.
« Arrêté en ontre que les gens du Roi rendront compte mardi prochain de l'exécution deTarrèt que la Cour vient de rendre au sujet de la lettre de Tévôque d'Amiens,
Du vmdnii iA, fmailks. On me^remit hier l'arrêt du conseil d'État du 18 mars; on en trouvera ci-après copie : • •
Le Roi étant informé gue son parianent de Paris, pat son anèté du 15 du présent mois, auroit ordonné que deux commissaires d'ieeluî se transporteroîent sur-le-dîamp avec un des'.substituts du procureurgénéral de S. M. en la faculté de théologie qd étoit assemblée, pour y tmte inserire sur les regtotnsde ladite ibeollé deox arrêts rendus i*un par la chambre des vacations, le SS.OfiM^re 1752, Tautre par ledit Parlement, le 26 janvier dernier, ensemble celui du 27 février aussi dernier, S. M. auroit appris que lesdits commissaires s'étant rendus ledit jour en la faculté de théologie pour Texécution dudit arrêté, le syndic de ladite faculté leur auroit exhibé des ordres de S. M. adressés à ladite faculté, le 27 février dernier, quidéfendoient toutes délibérations sur l'enregistrement de l'arrêt du 26 dudit mois de janvier dernier ; nouobstaut la représentation desquels ordres les dits commissaires auroicut ordonné au greffier de ladite faculté de leur représenter les registres de ladite faculté et d'y transcrire à l'instant en leur présence les susdits arrêts, et depuis, attendu la déclaration faite par ledit greffier que ses infirmités ne lui permettoient pas de transcrire dans le moment lesdits arrêts, ils auroient rendu leur ordonnance portant que par le greffier du Parlement, duquel ils étoient assistes, il seroit a l"instant procédé à riuscrij)tion et enregistrement desdits arrêts sur la minute des délibérations de ladite faeulté qui leur auroit été re[»^sentée parte greffier d'icelle, et auvoient en eonséqueaflé fiait prœ^ei; à Tenregistrement desdits trois arrêts par le greffier du Parlement; et S. M. ne pouvant reg^i:d|ur Tordonnaoce, rendue par le$idits $'*.<iK>mmi88aires du Parlement et Tenregistrement qui'yen est suivi que coinme lîn attentat à son autorité et à Texécution de ses ordres, elle a cru ne pouvoir 1e réprimer trop promptemeat. 4> M. ii*a pas cru devoir donner moiiis d'attention
AvaiL 171». m
an réquisitoire du substitut de son procureur général inséré dans ranét du 38 octobre dernier, dans lequel on 8*est servi d'expressions qui n*ont été réparées qU^Imparfaitement par celui qui a été inséré dans Tarrét rendu par le dit Farlonent les chambres assemblées, le 37 février dernier, et S. ^» voulant prévenir jusqu'aux doutes qui pourroient naître desdites expressioiii m le ssapeet qn*à Texemple des Rois, ses prédécesseurs, elle entend qui sott porté dans son royaume à TÉgiise de Rome, la pren((ièr»£t4a mère de toutes les Eglises, le centre de Tunité, et à notre sain^pèrele Pape qui, comme souverain pontife, en est le chef visible et le père conunun des fidèles ; ouï le rapport : «
Le Roi élaat eu son conseil a cassé et annulé, casse et annule la« dite ordonnance rendue par let ogpnmissaires .du Parlement le 15 mais dernier, ensemble Tenregistrement fait sur les registres de ladite faculté des arrêts dudit Parlement des 25 octobre 1752, 26 janvier et 27 février dernier; ordonne S. M. que le présont arrêt sera transcrit sur les registres de la dite faculté en marge de l'enregistrement desdits arrêts, ordonne en outre S. M. que les expressions portées par ledit réquisitoire inséré dans Indit arrêt du 25 octobre dernier contraires à celles mentionnées au présent arrêt seront et demeureront supprimées.
M"*^ de Luynes a été ce matin à la toilette de Madame Infante. Madame Infante, pour lui donner une marque de bontéy a été prendre elle-même la^oucoupe sur laquelle on a coatame de lui présenter ses jg^ants et Éon éventail^ et Ta remise entre lest mains de M'^'de Luynes , voulant reoevok^i^e aetvm d'eHe; une marque de distinction ponr la dame d'honnenr del|i Reine qui est en vsage ehes les filles de France. :
... AVBIIm
Arrangements pour la retraite d'un ofllicier des gardes du oorps. — Lettre* .sur les ûlfaires du Parlement. — Mort M. Brissart. — de Pompadoiir achète l'hôtel d'Évreiix à Paris. — Mort de la duchesse de Rolian.— Suite des affaire&jdu PaiieinenL ^ Nouveau confesseur donné
. au Dauphin et à Mesdames. — Ouvrage du roi de Pologne. — Audience donnée aux gens du Roi. — Onvrage de I*arclievèque de Sci;s. — Procès da duc d*Harcoint. — Drdis k payer ponr la tatouret. — Réponse dn Roi à Messieurs dn parqoel. — Suite des afMras du Parlement; gra'
4C0 MEMOIRES DU DUC DE LUYiSES.
viti^ lie la situation* — Anecilole racontée par la Reioe. — Cène de te
Reine et ^^ne (Ju Roi. — Voltaire. — Leduc d'Aiguillon achète la lieutenance pt^ntMaie de liretapne. — Bâton d'exempt des gardes du corps donn(^ à un roturier; murmures, — Procès de M"" de Brun. — Six arrtMs du conseil Audience de congé à M"" d'Ardore. — Les eaux jouent pour les ani-
biMadeun et ambaMadrlces. — Mort du P. Perusseau. — Population et refeom de TAngleterreet de rirlaode.
Du <rimanche i'\ Vermilles. — On a encore changé les remontrances; elles sont composées de 25 articles; ilfaut plus de trois heures pour les lire, et les expressions en deviennent si fortes et si hasardées, qneH. rabbéd'Héricourt el le beau fils de H. de Lesonnet (1), qui^étoifnt chargés de les i*édig'er, n^ont plus voulu continuer cet ouvrage. On assure que la lettre de M. Févèque d'Amiens au sujet de l'arrêt du Parlement a été dénoncée d'une inanièi^e très-iniidèle ; que ce n'est point Tarrét qu'elle qualifie de schismatique, mais le réquisitoire ; enfin les chambres paroissent plus vives que jamais pour la con- . linuation des poursuites qu'ils ont ordonnées. MM. les trens du Koi ont été mandés; ils sont ici, et il y a actuellement un conseil de dépèches extraordinaire.
Le mariage de M. le prince de Condé avec M'"^ de Soubise est déclaré d'aujourd'hui èt se fera au mois de mai au plus tard. On assure fort qu'il n*est point vrai que H'^ de Sonbise renonce à demander aucun compte à M. son père, moyennant 60 ou 80,000 livres de rente qu'il lui donne présentement; M. le comte de Charolois dit que .M"'" de Souhise est mariée avec son revenu et ses droits, et que M. de Souhise ne donne rien.
J'ai mis ci-dèvant le mariage du fils de M. de Boulogne parce que je le savois ; ce n'est cependant que d'aujourd'hui qu'il est déclaré; l'agrémenta été demandé au Roi, à la Reine, etc.
il y a aujourd'hui deux présentations, M*"*" de Beyel
(1) M. de Revol. (Sole du duc de lujfnet, )
( Savalelte) par M™* la maréchale de Broglie , et M"" de Barbantane [Menildot de Vierville) par M'"^ de CrilloQ. On dit que MM. da Menildot sont des gentilshommes de Sainlonge ou d'Ângoomois.
M. de Tracy, parent de H. de Gaerchy, a demandé aujourd'hui l'agrément de son mariage avec une sœur de M"*' Balbi. M. de Tracy est fils de M™'^ de Druy, qui étoit Tavannes.
i'ai parlé ci-dessus du gouvernement de Mézières devenu* vacant par la mort de M. de Gramont , chef de brigade. H. de SaintJal demandoit avec instance ce gouvernement; il est très-ancien officier des gardes du corps et lieutenant général de 17^^5. Son grand Age et ses forces ne lui permettant plus de faire d'autre service que celui d^auprèsde la Reine qui n'est pas fatigant, il u demandé À se retirer, et en remettant au Roi sa brigade qui vaut 15 ou 16,000 livres de rente, il a supplié S. H. de lui accorder quelque grâce qui pût le dédommager de la perle de ce revenu. La pension de retraite de 6,000 livres n'étoitpas undédoramageinentsufhsant;legouvernen)ent de Mézières qui en vaut i 1 ,000 pouvoit élre un objet qui lui convint ; mais à la mort de M. le chevalier de Saumery, tué à Fontenoy, le Roi avoit bien voulu donner à M. le marquis de Saumery, son frèreainé^ unè pension de 5,000 livres sur ce gouvernement. Celte pension étoit un obstacle à ce que désiroit M. de Saint-Jal ; le Hoi a bien voulu arranger toute cette affaire; S. M. donne 4,000 livres do pension à M. de SaintrJal (1), ce qui avec les 6,000 livres restant du gouvernement et les 6,000 livres de retraite lui fera 16,000 livres de rente, et on lui a fait espérer que la pension de 4,000 livres pourroit bien être portée jusqu'à 5,000 livres, et que dans la suite il pourroit bien avoir un autre gouvernement, il est dit que cette pension
(I) J*ai doit ceci sur ce que M. de Saint Jal m'a dit, mais M. de Monli^iiy paye les 4,000 livres de pension à M. de Saiiit>Jal. (Note cftt ^hte de luynes.} T. XII. 36
du Roi 8*éteindfa lorsqu'il aura un gouvernement *q[iii Ten dédommagera. EUe sMteindroit. aussi sans doute si M. de Sauroery venoit à' mourir. M. dé Saint Jaf est un
très-bon officierqui a très-bien servi, fort honnête homme, renipH de zèle et d'attachement. Il a un frère dans les gardes du corps, qui par ce changement monte d'un grade. La brigade de M. de Saint^lal a été donnée à M. de Montigny , très-ancien exempt qui a fort bien servi et qui attendoit depuis longtemps qu'il se fit' quelques mouvements dàns la compagnie; il devient second enseigne parce qu'il en avoit déjà le brevet. La place d'exempt a été donnée à un fils de M. Mesnard de Clelles, chef de bureau de M. de .Saint-Florentin.
Les affaires du Parlement sont si intéressantes qu'on ne peut trop en marquerles détails ; on trouvera ci-après l'extrait de deux lettres* elles sont de deux personnes fort instruites et fort vraies.
Eatrail d'une ktire.du 81 mars.
a II ne fut question hier que de la lecture des remontrances; ce ne sont plus celles qui ont élé lues il y a quinze jours^ c'est une nouvelle édition ré4?igée par les membres de la compagnie les plus violents. Un des commissaires fort sensé m'a dit en propres termes : « Elles sont vives et très-vives , et même trop, surtout contre le Clergé et trop dogmatiques sur la constitution. » Elles ont néanmoins été adoptées à la pluralité des Voix et seroai lues pour la dernière fois la semaine prochaine.
« Aujourd'hui l'es chambres assemblées ont mandé lés gens du Roi , pour savoir s'ils ont fait partir lés arrêts rendus, tant au sujet de la lettre de l'évêque d'Amiens qu'au sujet du curé de Tours^ ils ont dit avoir fait partir celui d'Amiens et avoir reçu une lettre de M. le chancelier sur l'autre, avec ordre de se rendre chez le Roi ; qu'ils expliqueroîent> si la Cour le soohaitoit , leur délicatesse et leur peine.
AVRIL i7SS. m'
« Arrêt qui leur enjoint de faire partir sur-le-champ le premier arrêt, et d'ea rendre compte avant la levée de la Ck>ur.
« Le» gens du.Roi ont fait partir Tarrèt et en ont rendu compte.
« On a dénoncé ce qai s'est passé èn Soi4N>nne le S8 mars^ au sujet de renregistrement de l'arrêt du conseil.
a Arrêt qui ordonne que copie du catalogue des bacheliers en licence de Sorbonne sera incessamment envoyé au procureur général ; qu'en exécution de Tédit de 1682, tousetun chacun d^ceuxqui sontactuellement en licence^, soutiendront dans une de leurs thèses les 4 propositions du Clergé de 1682 ; que le syndic de la faculté, de théo* logie sera tenu d'envoyer au procureur général la thèse où elles auront été soutenues,
« ie n'ajoute point tout le reste du prononcé de cet arrêt, parce qu'il sera imprimé et affiché demain, et qu'il voussera facile de L'avoir.
«t Un de Messieurs a dénoncé l'imprimé de l'arrêt du conseil , envoyé en Sorbonne. Tous les gens sensés ont blànié la dénonciation ; cependant on a ordonné de mettre rimpriméès mains des gens du Roi.
«Voilà le précis très- certain de ce qui s'est passé; sur quoi il de vous échappera pas l'ordre donné aux gens du Roi de faire partir sur-le-champ l'arrêt pour' Tours, ' Bonohstant la lettre de M. le chancelier. »
Extrait d'une lettre datée du i*' avril 1753.
a Les gens du Roi mandés hier matin pour rendre compte de ce qu'ils avoient fait au sujet du décret du curé de Tours, ont répondu qu'ils avoient les mains liées pai; une lettre que H. le chancelier leur avoit écrite par ordres
du Koi, el qu'ils alloient s'en retourner au parquet pour attendre ce que la Cour auroit délibéré ; mais par un effet du miracle qui subsiste depuis deuxans^ leurs liens sont tombés subitement, et ayant été rappelés ils se sont
chargés sans hésiter d'envoyer sur-lc-chanip de nouveaux ordres pour l'exéculion du décret.
n Par rapport à ]'évê({ue d'Amiens^ quoique la Cour leor eût donné jusqu'à mardi , on n'a pas laissé de leur demander ce quHls avoient fait^ et ils ont répondu quUIs ayoient écrit pour informer. Cependant on assure que la dénonciation que Ton a faite de la lettre n'est pasfidèle et qu'il n'a jamais écrit que l'arrêt fût schismatique, mais hien le réquisitoire ; or c'est le blanc et le noir.
« Ënim le Parlement a fait un règlement au sujet des propositions de 16dâ ; mais je ne Tai pas encore va. Vous jugez bien quUl les renouvelle dans toute leur force, quoique jusqu'ici elles n'eussent point été altérées ^ et> que ce renouvellement qui rappelle des troubles anciens ne calmera pas les nouveaux.
a La lecture des remontrances a duré trois heures et un quart; le Clergé n'y est pas Aatté, et il y a une listede tous les mauvais traitements que les évèques ont éprou* vés de la part du Parlement , depuis qu*il y a un Parlement. On dit que cela ne fera pas peur à Févèque d'Amiens. »
On a appris aujourd'hui la mort de M"" de Laval (Hautefort) (1) grande-mère de M"'* de Béthune et de H"* deBroglie d'aigourd'hui ; elle avoit quatre*vingt> quatre ans; elle avoît eu plusieurs attaques d'apoplexie.
Mercredi k. — 11 y eut dimanche dernier conseil de dépêches, le matin, dans lequel le deinier arrêt du Parlement au sujet des procédures contre le curé d'Orléansy eic, fut cassé. Les gens du Koi avoient été mandés, mais seulement par M. le chancelier ; ils ne virent point le Roi. Le conseil avoit rendu, le 18 mars, un arrêt qu'il n'avoit pas jugé à propos défaire imprimer ; cependant il l'a été sans permission, et on ne doutoit point que
(i; Bière de M"* <le Tliien. {Note du due de Lugnes, )
AVRIL 1788. 4n
le Parlement ne le fît ou brûler par la main du bourreau ou au moins supprimer comme libelle; c'est ce qui a déterminé ^ le faire imprimer à l'Imprimerie royale. Par cet arrêt du 18 mars, renregistrement qae le Parlement a &iten Sorbonne est cassé. Le Parlement, qui ne veut rien perdre de ses prétentions , pour faire exécuter ses volontés par la Sorbonne ainsi que par tous les ordres de rÉtat, sMl lui étoit possible, et qui veut absolument dogmatiser et décider de la doctrine, a imaginé un expédient qui lui a réussi ; il a rendu un arrêt dont on trouvera la copie à la fin de ce livre (1] , et il a fait enregistrer cet arrêt en Sorbonne. La Cour n'a pas jugé à propos de s'y opposer.
On sait qu'il y eut en 1682, dans l'assemblée du Clergé, quatre propositions soutenues contre la trop grande autorité du Pape, dont effectivement la cour de Rome a quelquefois abusé; ces propositions cependant .déplu* rent à Rome. Les évèques de l'assemblée qui avoient besoin de bulles n'en purent obtenir; le Roi et les évêques furent obligés d'écrire au Pape; les propositions cependant ont été toujours soutenues comme nécessaires aux libertés de l'Kglise gallicane. 11 y eut même un édit en 1682 dont le Parlement n'a pas oublié de parler, comme on peut bien le croire. L'usage s'est continué| et il y a eu cette année 19 thèses soutenues avec les quatre propositions. Rome ne disoit mot; il falloit ne rien dire non plus; c'étoitle parti le plus sage ; mais le Parlement aujourd'hui n^est pas conduit exactement par la plus grande sagesse ;
(1) Cette copie n'existe pas dam les Hémoires du doc de Lnynes. Le Jonrul
de Barhior nous apprend que le 31 mars le Parlement Ht un arrêt de règlement pour l'exécution de l'cilit du 23 mars 1682, par rapport aux quai re articles de rasseinMce du Clergé du 19 iu;»rs KvàI, ton» haut la puissance ecclésiastique. L'arrêt du :i! mars reprodiii>ait les disposilion.4 de l'édit de 1082. lift Partement ordonna encore que cet arrêt de règlement serait regisiré dans loDtes le«.nnt?er9iléset liiqittés de lliéolof|ieel de droit* M^nU^ et régulières du royanme,
•106 MÊMOiRl!;S DU DUC DË LUYM£S.
les membres de ce corps qui pensent comme on doit'peoser ne le voient qu'avec douleur et sont entraînés par la pluralité; enfin Tarrêt a été enregistré, mais ce n'a pas été sans partage de voix dans la Sorhonne que la trèsgrande pluralité a décidé. ^ • -
M. Eouthillier mourut hier à Paris; ilétmt frère de M. de Beaujeu, dont la-fille a épousé H-, de Valbelle ; j'en ai parlé dans le temps; il est mort d'une paralysie à la gorge qui rempéchoit d'avaler; il n'a jamais voulu se faire saigner dans le moment que cela auroit été nécessaire ; il s'y est déterminé trop tard; il étoit cousin germain de H"** de Luynes.
M. Brissart, fermier général, est mort; c'étcNtle frère de l'abbé Brissart qui étmt attaché à H. le caivliDal de Fleury et le père de Hf"*^ de Bissy. J'ai parlé de ce mariage. Le Roi me disoit hier que M. Brissart avoit ti'ouvé à la ' mort de son frère l'abbé 40^000 louis dans sa cassette; le Roi m'a dit qu il n'étoit pas assu^ du faitj mais que cela s'étoit beaucoup dit dans le temps- Feu M. Brissart laisse un garçon et H"* de Bissy ; ce garçon est marié et a épousé «ne sœiîr de M"* Marchais, la belle-fille de Binet. Il y a encore une autre sœur de M™*^ Marchais qui est aussi mariée. Le S"^ Brissart fils^ en conséquence de son mariagCj a obtenu du Roi la survivance de la place de fermier général. H"^ Marchais est fiUe de M. de la Borde, férmier général. La femme de ce H. de la Borde étoit veuve d'un H. Ferrand; elle étoit grandq musicienne.et a appris la musique à ses trois filles.
Du vendredi 6, Versailles. — J'appris hier que M""*^ de Pompadour vient d'acheter la maison de M. le comte d'É- .vreux^ faubourg Saint-Uonoré ; elle Ta achetée âOO^OOO livres; on dit qu'il y a un pot-de-vin de 10,000 livres pour M"** de Turenne; cela est vraisemblable, mais je ne suis pas sûr de ce dernier article. Cette maison est trèsgrande, a une très-belle cour et un grand jardin qui communique par une griUe aux Champs-Ëlysées; mais
AVAIL i7tt5. 407
comme M. le comte d'Évreux ne Va fait bâtir que pour
lui, il n'y a qu'un seul appartement, qui est fort grand, et un petit composé de trois pièces; ils sont tous deux au rez-de-chaussée et fort ornés; il y a un premier étage , mais il n'est point accommodé; oo n'y monte môme que par des escaliers de dégagement ; il est vrai qu'il y a une grande salle qui est la première pièce du grand appartement, et qui dans la construction de la maison a été destinée pour faire la cage d'un grand escalier si on jugeoit à propos.de le construire.
Du mercredi 11, — M"^ la duchesse de Rohan mourut À. Paris le .1 de ce mois; elle étoit fiUe de M. le duc de CMtilloq> gouverneur de V le Dau phin« et de sa première femme Voisin, fille du ehaneelier. Il y avoit longtemps qu'elleétoit malade de la poitrine, et cette maladie ne laissoit aucune espérance; elle a beaucoup souffert dans les deuuersmoments. Elle avoit été dame M""^ la Dauphiue, et avoit cédé sa {klaee à sa sœur de père. M*"' d'Henrichemont. .V"* la ducbesse da.Roban avoit une figure agréable; son regard lui donnoii une physionomie sérieuse, mais tous ceux qui Font connue disent qu'elle étoit fort gaie; elle avoit beaucoup do piété et de vertu; elle étoit fort heureuse. M. le duc de Kohan, dont ou ne peut assez louer la pipbité et li^ politesse, Taimoit passionnément et n'étoit occupé qpie de;ce qui pouvoitlui plaire. Elle avoit irenie-troisans; elle étoit i£ée le 19 mai 1719. Ëlle ne laisse qu'un fils qui est né le 12 novembre 174-7 et une tille
qui est née le 27 février 17'>3.
Messieurs du parquet vinrent aussi le 7 ici ; ils venoient demander au Roi« ea çonséquence de l'arrêté duParlemMit» le jour que S. M. voudroii.bioa donner pour recevoir la députation qui lui apporterott les remontrances. Le Roi les vit au retour de la chasse, mais il ne leur donna aucune réponse verbale. M. le chancelier leur remit la réponse du Roi par écrit, par laquelle S. M. leur ordonqoit de.lui a|^portep une expédition. en. forme de rarrèté
408 MhÂiOlHLb DU DUC DE LUYJMES.
qui avoit fixé les objets des remontrances. En conséquence de celte réponse, les gens du Boi eurent ordre du Parle-
■ mont, le 9, do revenir ici pour demander un jour à S. M. pour rooovoir une députation du Parlement, laquelle remeitroit entre ses mains les articles des remontrances. Les chambres remirent le départ des gens du Roi au jeudi 12 , sachant que le Roi devoit partir lundi 9 pour Ghoisy et n^en revenir que jeudi au soir. Elles 8*assemblèrent encore hier. Il y fut arrêté que les gens du Roi rendroient compte vendredi 13 de Texécution des ordres qu'ib avoient reçus. Cependant comme les chambres croient ne pouvoir mieux employer leur temps qu'à Texamen de toutes les affaires concernant l'administration des sacrements, ils ont résolu de ne se point séparer pendant la quinzaine qui est un temps ordinaire de vacances, et ils continuent à se faire rendre compte avec grand soin de tout ce qui regarde cette matière. Ayant donc appris que le curé d'Amboise et son vicaire avoient contrevenu à leur arrêt en reprenant leurs fonctions» ils ont donné acte au procureur général dé la plainte qu'ils rendoient sur ce sujet et ordonné qu'il en seroit informé. Ayant été instruits aussi que l'arrêt du 28 mars contre le curé de Samt-Pierre le Puellier de Tours n'a pas eu son exécution, que le procureur du Koi de cette ville a gardé vingt-quatre heures ledit arrêt, du consentement du lieutenant criminel, sans autre cause de ce retardement que parce que ses officiers étoient prévenus que l'arrêt du Parlement seroit cassé par un arrêt du conseil, ils ont ordonné qu^nformation seroit faite pardevant le juge d'Amboise qui auroit pouvoir de se transporter hors de son ressort, et que cependant le procureur du Boi de Tours seroit décrété d'ajoarnement personnel et que le lieutenant criminel seroit mandé pour rendre compte de sa conduite aux chambres le 4 mai prochain.
J'ai oublié de marquer que M. de Gossé^ menin de W
le Dauphin, a perdu une petite fille qu'il avoit, Agée de deux ans et demi; elle est morte le 13 mars dernier.
M"*'deBellefonds(du Chàielet), dame de M"'° la Dauphioe^ qui est extrêmement incommodée depuis longtemps, a demandé permission de se retirer ; elle est dans anegrande piété, et vivoit môme dans la plus grande retraite qu'il lui étoH possible, lorsqu'elle étoit obligée d'être à la Cour. M'"«du Châtelet(Rochechouart), qui étoit surnuméraire, a été nommée pour remplir la place vacante; elle en avoit déjà les appointements et en faisoit les fonctions fort régulièrement; ainsi ce n'est pas un changement pour elle. M*"* de Talaru est aussi surnuméraire de MT la Dauphine, même plus ancienne que M"** du ChAtelet ; mais lorsque Ton a les appointements et le service la différence n'est pas sensible.
11 parolt certain que le mariage de M. le prince de . Condé se fera avant Marly vraisemblablement, même .immédiatement après la quinieaine de Pftques. La dame d'honneur de M** la princesse de Condé est nommée ;
c'est M"* de Koussillon-Chalte (Buttler); elle a une tille qui a épousé M. de la Salle, des gendarmes. M™*" de Roussiilon étoit belle-mère de M. de Cbatte, qui avoit une mouche au milieu du front. M'"*" la princesse de Condé aura deux dames, M*^ deiarzé (Briqueville) dont j'ai parlé ci-dessus, et H*** de Renty. M*^ de Renty est fille ; elle portera le nom de Madame , parce qu'on la fait oha- ' noinesse; elle étoit gouvernante de M""" de Soubise, qui a beaucoup d'amitié pour elle.
Le V. Perusseau, confesseur du Roi, de M*' le Dauphin et de Mesdames, est foi*t incommodé depuis longtemps, ce qui Ta déterminé à demander que le Roi voulût bien nommer un antre confesseur à M*^ le Dauphin et h Mesdames; en conséquence, le Roi a nommé le U. P. la ' Rivée, jésuite, grand directeur et fort estimé.
Du jeudi 12, Versailles, — U a paru ces jours-ci un Imprimé oontenfint un dieoourt prononcé dans la séance
410 Mf.M01A£S S>V DUC. D£ LUYMËS.
publique de la Société royale de Nancy , le 10 janvier dernier. On M étonné, en voyant oe discours, doniPau-
teur n'étoit point connu, de n'y point trouver l'éloge du roi de Pologne, protecteur et fondateur de ladite académie ; il y est traité des différentes sociétés politiques, militaires, religfieuseey de commerce^ d'éducation pour l'instrudion delà jeuneflse, de plaisir et -de famille^ et de Teïcellenoe de Tespèee de société qui peut rétmir les arts,* les setenoes et les vertus. On douteroit peut-^tre encore de Fauteur de ce discours, encore plus digne d'être admiré par les sentiments dont il est nempli , que parrélégance et la force des expressions, ai on nVvbit pas imprimé à la suite un petit discours du- P. de HeaoUy qui ayant ]^s le paquet cadieté» le remit entre les mains du secrétaire de l'Académie, qui avoit fait la lecture du discours dont je viens de parler. Ce que le P. de Menou ajouta à la fin de cette lecture fit connoltre à rassemblée que l'auteur du . discours, qui s'annonçoit comme un citoyen désintéressé, étoit le roi de Pologne lui-même. J'ai appris depuis deux jours par une lettre du P. de Menou envoyée à la Reine, que ce discours a été traduit eh italien et lu à Tacadémie de Komc aVec les plus grands applaudissements, et qu'après cette lecture, souvent interrompue par les éloges de l'assemblée, le roi de Pologne a été nommé académicien honoraire de cette académie.
Du mardi 17^ Hompîsfre. — Suivant L'arrêté du Parlem^t, 1» gens du Roi dévoient se rendre à Versailles dès le jeudi 12 pour recevoir les ordres de S. M. au sujet des remontrances du Parlement; mais le Roi n'étant revenu de Clioisy que le jeudi au soir, ils ne purent avoir audience que le vendredi ma tin; ils demandèrent à S. M. qu'il' voulût bien recevoir les remontrances de son Parlement et faire attention À la néœssil^ indispensable qu'il Y avoit que les objets des remontraboes ne fussent point séparés des remontrances mômes, et qu'il voulût bien que ce Lài une députation qui eût Tbonneur
XYRIL 17115. 411
de lui présenter l'un etTautre. Le Koi leur répondit (pi'il vouloit les objets des remontrances et qu'il vouloit qu'ils fussent apportés par eux et non par une députation. On peut juger que cette répoose du Roi ne plut pas au Par- * lement. Il y eut plusieurs opinioDs; niai^ enfin il foi décidé que les objets des remoniranoes seroîent portés par les gens du Roi, maisqu'en les présentint ils feroient de très-humbles et très-fortes représentations k S. M. pour qu'elle voulût bieu donuerjour pour recevoir les remontrances. En conséquence, les gens du Roi se Tendirent , avant-hier dimanchCi 15 de ce mois, à Versailles et présentèrent les objets des reinontrances. M. d^Ormesson^ avocat général , en les présentant, fit un assez long discours et fort respectueux, mais cependant en conséquence de l'arrêté du Parlement. Le Roi ayant pris les remontrances les remit à M. le chanceljier et répondit qu'il feroit savoir ses intentions à son Parlement L'audience fut dans le cabinet. Il n'yavoit point eu de conseil de dépèches, mais tous les ministres y étoient présents, excepté M. d'Argenson, qui dans ce moment étoit descendu chez M^"" le Daupliin pour la signature du contrat de mariage dont je parlerai ci-après, et M. dePauIm\ , qui ne s*y trouva pas dans le moment. Je ne sais si dans ie cas que H. d'Argenson eûi été présent, ce n*auroit pas été à lui, comme ayant le département de Paris, plutôt qti'à M. le chancelier , que le Roi auroit remis les objets des remontrances. Depuis ce temps il ne s est rien passé au Parlement, à moins que œ ne soit aujourd'hui .
Le contrat de mariage qui fut signé avant-hier, dont j'ai, parlé, étoit celui de M. de Tracy «veo la fille de M. de Vmare , banquier de Gènes. M. de Versure a une autre fille qui a épousé M. de Ralbi , Génois, frère de M** Brignole. M. de Tracy est fils d'une Druy, parente de MM. de Ta van nés et sœur de M. de Montai, chevalier de l'Ordre. M. de Montai étoit à cette signature avec un de ses petits fils qui s'appelle M. de la Rochette. M. de Montai a eu
M HÊMOIRKS DU DUC DE LUYNfS.
deux tilles dont lune n épousé M. delà Rî% ière , ancienne noblesse de Bretagne, et Tautre M. de la Rochette.
J'oobliois ane réfledon par rapport à raadieooe donnée anx geosda Boi. Des gens peut-être malinslniitsont pensé que le Boi ayant envoyé des lettres patentes à son
Parlement, il y a d^jà quelque temps , et le Parlement *au lieu d'enre^^istrer ces lettres patunl^^sayant arrêté qu'il seroii (ail des remontrances en conséquence et que ces remontrances seroient joiotes à celles auxquelles on travailloit depuis longtemps, le Roi auroit pn el même dû faire dire à son Parlement qu'il ne voulolt recevoir ni députation ni même Messieurs du parquet, jusqu'à ce qu'on lui eut rendu compte de l'enregistrement de ses lettres patentes, il faut bien que ce raisonnement ne soit pas juste, parce qu'il n'a pas été snivi.
11 paroll depub pen nn imprimé , sous le nom d'liis> trueiiom pattoraki, de M. FarcheTèque de Sens (tangnet de Gergy ); il contient des sentiments bien catholiques et des expressions bien fortes par rapport aux disputes prê- ^^eIJte^. Il y a entre autres choses une citation bien frappante du P. Bourdaloue au sujet des progrès rapides du luthéranisme. 11 Cait une comparaison avec les conséquenœs terribles que l'on pent prévoir des entreprises contre l'autorité de FÉglîse.
Samedi dernier, ii de ce mois, M. le duc d Harcourt perdit sou proc»^sà la ^^rande chainbre contre M. de Guerchy qui a épousé sa nièce; il Tavoildéjà perdu aux requêtes du palais ; et la sentence a été conGrmée. L'abbé d*Harconrty frère du maréchal , ayant hérité sans difficulté du duché à la mort de son frère , avoit compté se faire recevoir au Parlement et donner ensuite la démission du duché en faveur de son frère, que Ton nommoit alors le comte de Beuvrun et qui est aujourd'hui le ducd'Harcouri. Je crois que Ton sait que HM. d'Harcourt étoient quatre frères : le duc depuis maréchal , capitaine des
gardes du <:orps, qui avoit épousé M"' de Barbezieux (1) et qui en avoit eu trois iilles et uq garçon ; le garçon^ qui avoit un régiment de cavalerie, comme je Tai marqué, mourut quelque temps avant son père ; des trois filles. Tune a épousé M. d'Hautefort et est morte à Vienne ; Pautre M. le prince de Croy ; elle est morte aussi il y a plnsieursannées ; et une autre M. de Guerchy ; c'est la seule qui reste. M""" de Croy a laissé trois enfants; ainsi les liéritiers directs du maréchal d'Harcourt au moment de sa mort étoient M"^ de Guerchy, M"'' d'Hautefort (2) et les enfants de M"* de Croy représentant leur mère. On sait aussi qu\iux termes de Tédît de 171i, les parents les plus proches de ceux qui sont appelés au duché héritent de la terre sur laquelle est le duché, avec le revenu jusqu'à concurrence de 4,000 livres de rente ; et à l'égard du surplus de la valeur dudit duché, ils sont obligés d'en payer la valeur sur le pied du denier vingt-cinq du revenu. L'abbé d*Harcourt , voulant prévenir toutes contestations entre son frère et ses nièces , avoit fait de concert avec eux un acte par lequel tout éloit arrangé pour le payement en compensation ou en argent; mais il y avoit des conditions dans cet acte pour faire estimer différentes parties du duché, lequel vaut au. moins 33,000 livres de rente. Cet acte fut signé par toutes les parties, même par M. de Guerchy ; mais l'ahhéd^Harcourt mourut subitement, fort peu de temps après, sans avoir été reru au Parlement, par conséquent sans avoir fait la cession du duché et sans que les conditions de l'acte aient pu être exécutées. Il s'agis* soit donc de savoir si cet acte pouvoitètre regardé comme • bon et subsister. Le consentement unanime des parties,
(i) Il avoit ôpoiisé en premières noces la sœur de M. le duc de. Villoroy d'aujourd'hui ; nuis elle vécut peu de lemp9 el il n'eo eut point d'eufants. {yote (lu duc de Lu y nés.)
(2; Kilo est morte depuis soQ père ; mais aujourdMiiii le procès regai doit ses enfants el M»« de Gncrclijr. ( Note du due de tM^ne*.)
414 MÊMOiRCS DU DÙC DB LUTNES.
la signature^ Tagrément du Boi pour la cession du duché avec la conservation ties honneurs, prouvé par une lettre de M. de Saini-Florentîn, paroissoient à M. le duc d'Har- Qourt des raisons asses fortes en sa faveur; mais les conditions essentiell^es àl'aete n^ayant point été exécutées, cet acte a été ^up;é nul, et les choses se sont trouvées au même état (lue si M. le ducd'Harcourt d'aujourd'hui avoit recueilli le duché directement à la mort du maréchal, et par conséquent n'y ayant aucune convention préalable. 11 est obligé de dédommager sa nièce et ses petits-neveux aux termes de l'édit de 1711. Les autres frères du feu maréchal étoient Tabbé d^Harcourt et le comte de Beuvron dont je viens de parler, aujourd'hui duc d'IIarcourt, et le chevalier aujourd'hui comle d'Harcourt; il y avoit outre cela deux sœurs, M*"^ de Maillot et M"*^ de Beuvron. M"* de Maillot est morte sans enfants.
M*" la duchesse de Grussol (Antin) prit son tabouret dimanche dernier. I*ai marqué à Foccasion deson mariage que le Boi avoit fait espérer alors qu'il permettroit à M. le duc dTzès de céder le duché à son fils. Le Roi ayant eu la bonté de dire le vendredi ou samedi qu'il avoit donné cette permission^ il a trouvé bon qii'elle fût présentée aussitôt sans attendre la' lettre de M. de Saint-Florentin. Le tabouret, comme j*ai pu le dire ailleurs, se prenoitautrefbis au grand couvert, où le feu Boi disoit à la personne titrée : « Madame, asseyez-vous. » Aujourd'hui c'est dans le cabinet du Boi, et ensuite chez la Beine. Les droits que Ton a coutume de payer, qui montent à 1,54>0 livres^ se payent à la chambre de la Reine, savoir 1^00 livres pour la ehambre et ikO liVrès pour le porte-table. Ce droit du porte-table vient apparemment de ce que le tabouret se prenoitau grand couvert. On remet ces 1,540 livres entre les mains de la première lenime de chambre de la Reine. Cette fixation à i,ôkO livres vient de l'ancien ue valeur des louis à 14 livres : 100 louis pour le tabouret, et 10 louis pour le porte-table.
Jh^iwài 19, Jkmfknt. Les gens du Roi revinrent le lundi 16 à Versailles. Le Roi léar dit : « Je ne changerai rien à ce que je vous dis hier; vous reviendrez le mercredi ± mai pour recevoir mes ordres. » Il paroltque ce jour 2 mai est destiné à recevoir les remontrances, ou du moins à indiquer le jour qu'elles seront apportées.
Voici ce qu'on me mande de Paris du 19 :
« Ce quia paru bien dur au public, ça été le retardement qu'a éprouvé M"* de Brun. Son procès finissoit ce matin. M. Molé a proposé aux cliainl)res de faire commencer cette audience dès six heures du matin, en donnant parole que tout seroit fini i\ dix heures. Us ont été inexorables, et quoiqu'il ne s'agit que de recevoir la réponse du Roi, ils ont voulu qu'il fftt dit qu aucune afCiiire de particulier ne pouvoit interrompre ce qu'ils appellent les affaires publiques. Ils ont d'ailleurs ordonné que s'il arrivoitdans la quinzaine quehjue événement qui requltleur présence, le premier président en seroit averti et les convoqueroit. »
Je n'ai point marqué que ce fut M"" de Rians (Croissy) qui quêta dimanche dernier des Rameaux; elle m'a dit ■ que la quête a été à 58 louis, dont le Roi, la Reine et la famille royale font la plus grande partie. On quête le malin et l'après-dlnée, et à chaque fois le Hoi donne 10 louis et la Heine 5, et je crois M^*^ le Dauphin 2 aussi à chaque fois et Mesdames autant.
i'oubliois de marquer que le Parlement a continué jusqu'à présent de s^occuper de tout ce qui regarde les refus de sacrements. Ce sont tous les jours de nouvelles dénonciations. Mardi dernier, il fut question encore du curé de Saint-Aignan de la ville de Chartres, quia repris ses fonctions malgré un décret de prise de corps prononcé par le bailliage de Chartres, et du curé et vicaire de Sainl-Remy éd la ville de Troyes, qui sont dans le même cas. Les affaires les plus importantes des particuliers doivent à leur avis céder à celles-ci, et les lettres patentes sont regardées comme non-avenues. Tout ce que l'on peut dii'e, c est
quel'on n'ose pointprévoir dans Tavenir. Il parolt même que Ton ne peut espérer uo iulervaUe de délibérations et de procédures sur de pareilles matières^ qu^ea cas qu'il ne se présente poiot de nouvelles dénonciations.
J'entendis conter à la Reine il y a quelques jours un fait * peu important, mais singulier. Le roi de Pologne son père étoit aux Deux-Ponts dans le temps de la mort du roi de Suède (1) ; ne pouvant plus demeurer dans un lieu appartenant au roi de Suède, il prit le parti de se retirer sur les terres de France en Alsace; M. le duc d'Orléans, alors régent, donna tous les ordres pour la sûreté de ce prince et pour les traitements les plus honorables. La première place où il se retira fut à Landau. Il y avoit à Landau un régiment d'infanterie et un de dragons, destinés pour la garde de ce prince. Le hasard lit que le régiment d'infanterie étoit Dauphin, commandé alors par M. d'Orival, et le régimentde dragons étoit la Reine, dont M. de Chatte étoit colonel. G'étoit une combinaison extraordi* naire que la princesse destinée par la Providence à être reine de France, fût à son arrivée en France gardée par la Heine et par le Dauphin.
Du vendredi 20, Dampierre. — M""*^ deLuynes me manda hier de Versailles que M""" la duchesse d'Havré (â) est morte à Paris; elle n'a été malade que deux jours; elle avoit, je crois, environ soixante ans. Elle étoit sœur du prince de Lanti. Elle laisse au moins cinqenfants ; l'ainé ([ui a épousé M"'' de Tingry; le cadet, qui est marié en Espagne et qui a changé de nom (3); une tille carmélite rue de Grenelle à Paris; M™*-' de 'fana, mariée en 1714, dont j'ai parlé ci-dessus, et une autre née en 1717 et
(l)CI»arles XII, morl le 11 décembre 1719.
(7) Klle avoit v\é marii'e en 1712 à M. do Croy, marquis irOuaiUy, depiw duc <1 Huvro, morl le 24 mai 1727. {.\ote du duc de Luynes. )
(3)11 a pris le nom de Pri(^go, en épousant la fiile unique de M. le duc de f^anto-Gemini, prince de Beloionte, appelé le priacede Lanti, son onele ma-* trmrl. {Kote du dm de Lujfnes.)
AVRIL I7ft5. 417
mariée en Espagne en 1737 à un M. le marquis d'Ariza.
On trouvera ci-après la liste des princesses et des dames qui ont servi à la cène de la Reine. On trouvera aussi la liste de la cène du Roi. Je la mets parce que Ton me Ta envoyée. Gomme il n'y a rien de réglé pour ceux qui y servent, que ce n'est point le Roi qui les nomme, mais le g-rand maître, il n'y a rien à remarquer. Il n'y eut point de sermon hier à la cène du Roi, parce que le prédicateur avoit appris la veille la mort de son père; je ne sais point encore quel étoit le nom de ce prédicateur ni de celui de la cène de la Reine.
Cine de la RetM,
• Madame Infiemte, Madame Adélaïde, M"* la duchesse d'Orléans, M"* la duchesse de Brissac, M** la duchesse de Fttz-James, M"*' la duchesse de Boufflers, M"** la marquise de Bouzols, M'"' la comtesse de Sceaux, M"' la marquise de Talleyrand, M"* la comtess^î de Gramont, M'"*" la marquise de Flavacourt, M'"* la marquise du Châtelet, M""' la marquise de Beuvron, M"** la marquise de Paulmy, M"" la comtesse de Narbonne. Elle a aussi quêté.
CéM du Rai,
H" le Dauphin, H. le duc d'Orléans, M. le prince de Gondé, M. le comte de Clermont, M. le prince de Gonty,
M. le comte de la Marche, M. le prince de Domhes, iM. le comted^Eu, M. le duc dePenthièvre, M. de laChesnelaye, M. de Flamarens, M. le marquis de Sourches, M. le chevalier de Fiamarens, deux gentilshommes servants.
M. le marquis d'Armentières a fait un voyage ou deux à la place de M. de Sourches; mais quand M. de Sourches est revenu, M. d'Armentières lui a cédé sa place.
Il y avoit A latèle du cortège M. le comte de Cliarolois, M. le marquis de Livry, (> maîtres d'hùtelsde quartier, les T. XII. 37
contrôleurs de la bouche du Roi^ M. le marquas de Brésé, M. des Granges et un sous-maitre des cérémonies. M. Ménard^ comme contrôleur général dé la bouche du Boi^
présentoit les plats aux servajnts.
Dm dimanche de Pâques Ddmpierre. — On trouvera ci-dessus, à la date du 9, un grand détail de ce qui s'est passé entre le roi de Prusse et Voltaire ; il y avoit lieu de croire alorsque Voltaire pourroit obtenir grâce, itaais il paroit que tout est bien cl^angé. Tavofis déjà entendu dire que Voltaire étoit à Hamboui*g (1) et quMl y éfoit tombé considérablement malade. On ne peut s'empêcher de copier ici un article de l;i Gazette d AmsUrdam sur cette affaire ; il est curieux et singulier.
Extrait d'une lettre de Berlin.
« Nous avons été surpris de lire dans la Gazette d^ Utrecht, à Tarticle de iterlin, que. la santé d^.M. de Voltaire é.tant fort dérangée, ce poti^te «v(4t renouvelé ses in^taiv^ftaprès du Roi ppnr en obtenir son congé et* n'avoit pu encore Tobtenir. On lit dans le même article que M. de Voltaire avoit remis au Roi la clef d'or (2) et la croix, et qu'il avoit renoncé à ce qui pouvoit lui être dû du reste de ses pensions. Voici la copie d'une lettre que le Aoi écrivit dans ce temps-là à ce poète, qui prouve que ce gasetier a été bien mal informé. J'avertirai auparavant que H. de Voltaire a reçu Fargçnt de ses pensions jusqu'au jour de sou départ.
(1) Je crois quec'esï à Leipsick. ( Note du duc de Lunnes.)
(2) On prétend que Voltaire, en renvoyant la clef au roi de Prusse, lui envoya en même temps ces quatre vers :
Je vous la rends avec douleur, . J L'ayiot reçoe «Tee tendreiK,
Comme un amant dans sa fureur Rend le portrait île sj maîtresse.
Ce$: vers ne sont pas trop dignes de Voltaire, et la plaisanterie seroit bien mal placée. i^Notedu duc de Luynes.) ■
Lettre du rat de Pruite écrite à yoUaire k 16 mare 1758 (t).
« Il n'etoit pas nécessaire que vous prissiez le prétexte du besoin que vous me dites avoir des eaux de Plombières pour me demander votre congé; vous pouvez quitter mon service quand vous voudrez; mais avant de partir faites-moi remettre le contrat de voire engagement, la clef, la croix et le volume de poésie que je vous ni confié. Je souhaiterois que mes ouvrages eussent été seuls exposés à vos traits et à ceux de Kœuig; je les sacrifie de bon cœur à ceux qui croient augnjenter leur réputation eu diminuant celle des autres. Je n'ai ui la folie ni la vanilé de certains auteurs ; les cabales des gens de lettres me paroissentropprobrede la littérature Je n'en estime cependant pas moins leshoimétes gens qui les cultivent. Leselie6 de csbdes août seuls avilis à mes yeux. Sur ce, je prie Dieu qu*il vous ait en sa sainte et digpe garde. »
a On sait ici que le Roi ne parle des critiques de H. Kœnig
contre ses ouvrages, que parce que M. de Voltaire, dans sa lettre, à laquelle celle-ci sert de réponse, avertissoit le roi que M. Kœmg vouloit écrire contre les ouvragées de Sa •Majesté. »
Extrait d'une lettre de M»^ de Luynes du 22 avril.
M. de Chaulnes vient de me dire qu'il a vendu sa charge de lieutenant général de Bretagne 600,000 livres à M. le duc d*Aiguilton.
Cest ^'M. rarehevéqtoe de Marbonne (La Roehe-Aymon) qui a ofBciététM'"* deVoy^r (Mailly) qui aqnété. Le Roia jresté en haut, à 'cause de quelques douleurs dliémorroides.
(0 Cette lettre a élé (-crite par lo roi (îo Prusse en réponse à la demande que lui avoit faite Vollaire ^Www. permission pour aller prendre les eaux de Plombières. Voltaire a eu (kftn>e de venir en France; il a d'abord été à Hambourg ou à Leipsick, ou il aelé assez malade ; il reçut, à ce que Ton prétend, une lettre de IfaDpértuis, qui est Tifcment piqué contre lal ft eraw de raffaire de Konig dont j'ai d«jè parlé* Les amis de Toltai» prétendent que cette lettre étoit une espèce de cartel; ils ont répandu dans le public que Voltaire avoil fait à celle lettre fort courte une réponse forl longue, dans latiuelle il disoit cntr'aulres choses que Maiipertuis prenoit fort bien son temps, |»uisqu'il étoit dans ce njoment malade dans son lit, n'ayant pour toutes armes que son pol de chambre et sa seringue à lui jet,er à latéte. Les inèmes nonvelliates ajoutent que le cartel de Hanpertuif llnissoit par ces moto : « Tramblec, je parie. » Tout cela est une petite fiible fidte à pUleir pour bire parler deVoltaire. Il y a deft gens qui aoutlennent que le fait est nai. ( mte du duede lupnex. )
Du mardi 2V, Dampierre. — Je ne suis si j'ai marqué la grAce (jik* M. de Flnmarens a ohtemie. Le Roi a donné ù uo de ses neveux la survivance de sa charge de grand lottvetier. Ce neveu est le troisième des quatre fils de son frère. Cette charge donne les entrées de la chambre. Le Roi a accordé cette seconde grâce au neveu. H. de Fiamarens a prié M"* de Luynes de les demander aussi à la Reine qui a bien voulu y consentir. C'est un respect que l'on rend toujours à la Reine, comme de la remercier toujours des grâces que le Roi accorde. Ceci même est un devoir encore plus essentiel s'il est possible, puisque toute entrée ches la Reine ne doit être accordée que par la Reine avec Tagrément du Roi.
Il y a deux jours que j'ai appris que M. le duc de Chauliies a vendu à M. le duc d'Aiguillon la lieulenance générale de Bretagne 600^000 livres. M. d'Aiguillon n'est que maréchal de camp; cependant le Roi lui donne le commandement en Bretagne. Nous avons presque toujours vu ' ce commandement donné à un maréchal de France, ou au moins à un lieutenant général ; ceci parolt une grAce nouvelle en faveur de MM. d'Aiguillon et de Chaulnes.
M"' de Tournon fut présentée hier par M""" de Soubise, sa belle-mère, et prit son tabouret. £lle a été présentée sous le nom de Soubise, parce qu'elle se trouvera la seule fille de M. de Soubise à marier lorsqu'elle reparoùra àla Cour. Les fiançailles sont décidées pour le mercredi 2 mai, et le mariage pour le jeudi 3. M"*" de Tournon portera la robe de sa sœur. On sait qu'elle est fille de M. de Soubise et de sa seconde femme (Carignan
J'ai marqué qu'À la retraite de M. de Saint-Jal^ M. de Montigny a eu sa brigade. Le bâton d'exempt a été donné À M. de Clelles, fils de H. Nesnard, principal commis de la maison du Roi et delà Reine. Cet arrangement ne s'est point fait sans donner occasion à quelques murmures de la part des exempts des gardes du corps. M. de Clelles est depuis six ans officier de cavalerie dans le Colonel -géné-
rai. M. Mesnard son p^re est extrêmement afflii^t'^ dcee(iu'il a entendu dire, d'autant plus qu'il paroit qu'il s'est conduit dans cette affaire avec beaucoup de sagesse et de prudence. M. Mesnard adeuxfils, dont Fainé est contrôleur de la maison du Roi ; voyant que le second se destinoii à la guerre, il alla trouver, il y a six ans, M. le duc de Vilîeroy et lui dit que l'idée d'un bâton d'exempt liiiétoit venue, sc^iiiement pour solliciter cette , :^n\ce au bout d'un certain nombre d'années et que son iils auroit servi dans la cavalerie; mais quUl venoit lui demander conseil, ne voulant point s^attacher à ce projet, si M. le duc de Villeroy ne le jugeôit pas convenable ; qu'il serendoit justice sur la naissance, mais que depuis six ou sept générations ses p^res et lui avoient tou jours occupé des emplois honorables dans la maison du Roi. M. le duc de Villeroy l'assura qu'il pouvoit parfaitement bien suivre^ cette idée, et lui ajouta que le terme de six ans qu'il se proposoit d'attendre lui donneroitle moyen de remplir quelques engagements qu'il avoil et de pouvoir en prendre un nouveau pourson fils. M. Mesnard aélé retrouver M. leduc de Villeroy dans celte oct'asion-ci et l'a fait souvenir de ce quis'étoit passé. M. le duc de Villeroy lui a dit qu'il étoit libre et à portée de tenir ses engagements ; il en a rendu compte au Roi qui a accordé cette gr&ce sans aucune difficulté. M. Mesnard et son fils ont vu MM. les capitaines, le major, plusieurs chefs de brigades et autres officiers; ils ont été parfaitement bien reçus de tous, et ne croyoient pas devoir éprouver des sentiments aussi opposés. Ces premiers discours commencent à se calmer. Si on raisonnoit sur ce . qui devroit être pour la plus grande règle, il est certain que tous les gardes du corps devant être gentilshommes, il n'y auroit que la noblesse qui pût être à portée de les commander, et que même ceux du corps qui parviennent au bàtond' exempt se trouveroiènt ainsi gentilshommes par l'observance exacte delà règle ; mais il faudrait cette exacte observation, et qu'il n'y eût poiqt 4'6xemj>les contraires,
' Du mercredi 25. — M"* de Luynes me mande d'hier que le Roi s'est trouvé incommodé de coliques et de dou* leurs assez fortes dans les jambes. J'en suis d'autant moins sur[)ris, (jii'il me lit l'honneur de me dire, il y a trois jours, que les huit ou dix derniers jours du carême» il s'éioit trouvé excessivement ennuyé du maice qui ne lui étoit point encore arrivé, 11 devoit aller à fiellevue; ce voyage est changé ; il va à Trianon où il coni[)te prendre des eaux.
Le procès de M. l(i maréchal de Belle -Isle devoit être jugé hier an conseil des finances; il est remis encore à huit jours. Le couseil d^hier fut employé à examiner des difficultés qui se trouvent à l'occasion du mariage de M. le prince de Gondé. M. le comte de Charoloia propose de demander au Roi la permission que M. le prince de* Condé fasse une substitution graduelle et perpétuelle pour tous les mâles de sa branche, en appelant M. le prince de Conly, M. le comte de la Marche et tous leurs descendants mâles. Il demande aussi que tout cela se fasse sans avis de parents. Tous Messieurs du conseil ont répondu^ sur le premier article de la substitution, que le Roi pouvoit l'accorder et Fautoriser, tnais qu'à l'égard de se passer de Tavis de parents, c'étoit contre toutes lois et toute justice , toutes les tantes se trouvant exclues de la succession par un mineur et par un tuteur qui y est appelé le premier. Ce détail est très-sûr.
J*ai déjà parlé du voyage de, M. le bailli de Froolay. M"*" de Luynes me mande qu'il prit hier congé pour se rendre auprê» du roi de Prusse. Pendant son absence, qu'il compte qui serai de quatre mois, M. le chevalier de Grig neux, trésorier de l'ordre de Maite^ restera chargé des affaires de l'ordre.
Elle me mande encore qu^elle a présenté BL le chevalier de Guignes^ qui a été pendant dix ans à Midte; il est d'une très-bonne maison de Flandre.
Le procès dont je viens de parler de M. de Belle-lsle
AVRIL i7t». 438
auroit dû être rapporté il y a longtemps; ses parties adverses , c'est-à-dire quelques vassaux de Gisors, à la tdte
desquels est M. de Boisdehné, ci-devant capitaine dans le régiment mestre-de-camp-des-dragons, aujourd'luii exeoipides gardes du corps > ont fait imprimer un mémqire qai n'est au nom de personne et dont je ne sais point du tout Tantenr. Ce mémoire est séduisant quand / on ne sait pas- les raisons de M. de Belle-Isle. H y a vers la fin des expressions trop peu ménagées sur M. de Bellctlsle. Le Roi sait bien le temps qu'il y a que cette affaire dure; il eu a parlé souvent à M. de Belle-Isle ; il y a quatre ou cinq jours qu'il lui demanda sll ne seroit pas jugé. M, de Belle-blé lui répondit que cela ne se pou voit pas ce jôur-là,' puisque S. M. ne donnoit pas de conseil de finances; le Roi répondit qu'il n'avoit point dit qu'il n'en doiineroit point, et chargea M. de Belle-lsle d'aller surle-champ chez M. le garde des sceaux voir s'il était prêt de faire son rapport. M. le garde des sceaux ne se trouva ipÊB en état de rapporter l'af^Buire ; oepeddant il y eut conseil de finances j parce que le Roi-avoit envoyé avërtir. Cette bonté de S. M. , qui fut inutile àlf. de Belle-Isle^ mérite pourtnnt d'être remarquée.
J'ai parlé ci-dessus du procès de M"** de Brun ; on sait l'histoire de son enlèvement ; elle a été déshéritée par son père et par sa mère, mais il lui reste encore des droits sur leur succession qu*on ne pent pas lui 61er. M. de Montai; Heutenant général et chevalier de POrdre, comiïie frère et plus proche héritier de M*"** de Brun, demande la succession de sa sœur; voilà le fond du procès.
Du jeudi 26, Dampierre. — L'incommodité du Koi ne parolt pas avoir eu aucune suite. Il a été à la chasse au Ûeu'de se purger. La Reine a envoyé savoir de ses nouvelles à T^ianon. Cette commission devoit être donnée à H. de la Mothe , c'est l'usage, mais il étoit à Paris. C'est M. de Tessé qui y a été de la part de la Beine; il a été très-bien reçu) c'est* la première commission qu'il ait
42i WfcMOlKKS DU DUC l)K LUYWKS.
exécutée de la part de la Reine, eic^esi une grande joie à son ftge. - Il y eut hier deux baptêmes k la chapelle après la
incsse, le lils de M. le comte de Noailles (l), et la fille de M""'de Civrac (2). C'est M. le Dauphin et Madame Infante qui les ont tenus Tun et Tautre. M. le Dauphin s'est trouvé nn peu mal pendant cette cérémonie ; mais pourse guérir, il a monté à cheval et a fait une très-grande promenade; on prétend qu'il a fait dix on onze lienes.
Du vendredi 27^ Dampierre, — Hier la Reine entendit la messe de bonne heure et alla ensuite à Trianon savoir des nouvelles du Hoi; elle avoit dans son carrosse Madame Infante^ Madame Adélaïde^ M*"" de Luynes, de Villars et de Beauvilliers; dans le second carrosse : M*"" d^Ântin et de Monlauban qui sont de semaine. Itesdames Victoire et Louise sont toujours incommodées , et Madame Sophie Test aussi d'une fluxion.
Du samedi 28, Dampierre. — M"* de Luynes me mande que la Heine alla hier avant la messe à Trianon savoir des nouvelles du Roi; elle y a été encore ai]yourd'hui et en est revenue à une heure et demie.
II parolt six arrêts du conseil du 17 février, du 9, 16 et 18 mars, du 1*' et 3 avril, qui cassent et annulent les procédures faites à Chartres, à Tours , à Auiboise et à Troyes, et évoquent au conseil du Roi toutes les contestations au sujet de refus de sacrements. Celui du 3 avril déclare nulle la saisie des meubles du curé de Saint-Aignan à Chartres et ordonne la restitution.
Du dimanche 29, Venaillei. — H"* la princesse d'Ardore de voit a voir son audience de congé le lundi 23 de ce mois ; une incommodité survenue à M. d'Ardore son mari , a relardé cette audience jusqu'aujourd'hui. Il y a eu un moment d^embarras au sujet du lieu de Taudience. Oa
(1) Nommé Louis Pliilippe-Marc-Antoine. (Note du duc de Luynes.)
(2) dominée Âmal^le-Çécile. ( I^'ote du duc de iM^nei. )
AVRIL 1753. 4JS
sait que les ambassadrices de famille ont ud autre traitement que les autres ambassadrices; celles-ci. ont toujours leurs audiences dans le cabinet avant la chambre
de la Reine, et celles de famille dans la chambre. On a • dit avec raison queM"'^ de Campo-Florido eut A Compiègne, le 5 août 17i0, son audience dans le cabinet; mais cet exemple ne peut rien changer à Tusage ordinaire , parce que la chambre de la Reine à Gompiègne n'est point propre pour ces audiences, et même la Reine n'y dîne point; elle dtne dans le cabinet avant la chambre. Cet usage de la I\eine de ne point dîner dans sa chambre est le même à Fontainebleau qu'à Compiègne. Enfin il a été décidé que ce seroitdans la chambre^ et tout s'est passé suivant Tusage ordinaire dont on peut voir le détail dans mon Journal au 5 août 1740.
M"" de Luynes a donné aujourd'hui à dinar à M"*' d'Ardore; c'est l'usat^e le jour de l'audience; il y avoit vingtdeux personnes à ce dîner, savoir M. et M™^ d'Ardore, trois de leurs ûls. M'"" d'Ardore leur fille aînée, quia grande impatience de retourner à Naples pour s'y faire carmélite^ M. l'ambassadeur d'Ëspagne^ M"^ la marquise de Lède, dame d'honneur de Madame Infante, M. de Caraccioli qui reste ici chargé des affaires jusqu'à ce qu'il y ait un nouvel ambassadeur, M. d'Antrayne, napolitain (je ne sais si j'ai bien mis ce nom), M. l'ambassadeur de Sardaigne (Sartirane), M. le duc de Sainte-Élisabelh , M. de Lanti (neveu de feu M*"* la duchesse d'Havré), M. de Saint- Vital, chevalier d'honneur de Madame Infante, M. d'An« toine, son premier écuyer, M. de $aint-Ck>nfest, MM. de Verneuil et de la Tournelh', M"" de Luynes, M"'" de Tessé et de Brienne et M. le maréchal de Belle-Isle.
Après le dîner les eaux ont joué pour l'ambassadrice, suivant la règle. Les ambassadeurs et ambassadrices ne doivent avoir les eaux que le jour de leur audience publique en arrivant; ils s'adressent à l'introducteur qui CP rend compte Jio'u Pn conséquence |p gouvernçuï'
42C MhMOlRES DU DUC DË LUYNES.
de Versailles donne les ordres au foniainiers et poar les carrioles. A cette audience de congés il ne devroit pas être
question de faire jouer les eaux, mais M"* d'Ardore les a désirées pour MM. ses enfants, M. de Caraccioli, M. le duc de Saiote-Élisabetb, M. de Lanti et M. d'Antrayne. Elle les a demandées non pas à rintroducteur, ni à M. le comte de Noailles, qui n'étoit point ici. On a donné des ordres pour les eaux, mais il n*y -en avoit point pour les carrioles. M. Lécuyer, contrMeur de Versailles, n*a rien voulu ordonner sur cet article à cause de Tabsence de M. de Vandières; c'est la raison qu'il a donnée.
M. d^Ardore, comme Ton sait, ne porte pas son nom; son nom est Saint-Georges^ comme je dois l^avoir dît ailleurs. Son Mre ainé portoit ee nom de Saint-Georges et vivoit encore lorsque M. d*Ardore est Venu en France. Ce frère aîné mourut peu de temps après, mais M. d'Ardore étoit déjà connu sous ce nom et ne juçea pas à propos d'en cbanger. Ils ont joui ici des honneurs comme ambassadeurs; ils n'auroient pu en jouir comme grands d'Espagne ; ce n'est pas qu'ils n'aient ce titre^ mais c'est par une grâce accordée par TEmpereur; à la vérité cette giÀce est antérieure au traité par lequel il a été connu que les grands faits par l'Empereur jouiroient des prérogatives de leur dignité en envoyant leurs lettres à Madrid pour y èlve raiiiiées. Cette formalité. essentielle a été omise par M. d'Ardore; il faudroitune nouvelle grâce qu'il n'a pas encore sollicitée. La différence pour les honneurs de la grandesse est moins sensible à Naples qu'ici. A Naples ainsi qu'en Espagne, les audiences publiques où le Roi se couvre sont presque la seule occasion marquée, parce qu'alors il n'y a que ceux qui sont grands qui se couvrent ; d'ailleurs il n'y a nulle distinction pour les femmes. Il y a vingt-sept ans que M. et M"" d'Ardore sont mariés ; ils ont eu quatorze enfants ; je crois qu'il ne leur reste que trois garçons et trois filles. L'ainé des garçons, qui a je crois quinze ans^ doit épouser la fille de M. de Cas-
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tro-Pignaiio qui en a douze; quoiqu'il n'y ait rien d'écrit^ il y a des engagements de paroles, et les deux jeunes gens ont permission de s'écrire. La Reine a donné des marques iniinics de bonté à M. et à M"* d'Ardoro, et en effet ce sont gens vertueux dont l'union et la piété sont respectables. M*"^ d'Ardore est aimée et honorée de tous ceux qui la connoissent. Ils quittent tous deux ce pays^ci avec regret^ quoiqu'ils sdent bien aises de retôurner dans leur famille, qui a besoin de leur présence.. H"" d'Ardore est dame du palais de ia reine des Deux-Siciles. Elle en a douze à Naples et douze en Sicile, mais toutes ne servent pas, surtout celles de Sicile qui ne doiventservir que lorsque la Reine est en Sicile, et le Roi n'y a encore été que pour s'y faire couronner. — . -, <
Pu hnéU 90y Vêrnâlhê, -^ .J'ai oublié [de marquer] que M"* de Polastron (Héraull) mouruit à Paris le 15 ou 16 de ce mois ; elle ctoit âgée de vingt-sept ans. Il y avoit longtemps qu'elle étoit malade.
Le P. Perusseau^ confesseur du Uoi^ mourut hier. J'ai marqué ci-dessus que le P. La Rivée avoit été nommé confesseur de M. le Dauphin et de Mesdames. Le terme n*est pas* exact, et il a même dit qu'il ne vouloit pas Taocepter ; mais il les a confessés pour faire leurs pàques.
On voit dans la Gazette d'Amsterdam , du 27 avril, un état des habitants et des revenus de l'Angleterre et de l'Irlande. Suivant cet état^ le peuple d'Angleterre est de 9 millions d'âmes; ses retenus, 20 millions de livrear sterling > eise» droits d'entrées , k milUons. L'Irlande a 2yâ60,000 habitants, et % millions el demi de livres sterling de revenus; ses droits d'entrées, un million et demi.