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quadrature du cercle. U propose des actions à ceux qui voudront oontrihuer aux preuves qu*il fournira et M. de Mqntmartel poui^ répondant de Targent avancé, qu'on rendu» à ceux' qui ne sei^nt pas contents des démonstrations. Cnt imprimé signé Clairault, sans approbation, mais seulement lu et présenté au Roi, à la Reine, etc., va être supprimé. Le projet n'est pas trouvé suffisamment , prouvé pour être donné au public, et li. de Montmartel s'est plaint qn'^n y eût mis son nom. le crois que c'est un mauvais conseil qu'on a donné au chevalier de Gausan p9T une plaisanterie encore plus mauvaise. •
On m'a mandé de Marly que le 19 les gens du Roi vinrent tous de Pontoise à Marly et virent M. le chancelier; ils allèrent coucher à Saint-Germain ; ils retournèrent le lendemain à Marly; ils dînèrent chez M. le ducdeGesvresi 11 y a eu un conseil de dépêches ; on ne sait encore rien. Le Parlement auroit bien voulu que les gens du Roi ne fussent venus qu'après avoir été mandés; la Cour en ce cas-là paroltroit l'aire les premières démarches; mais ils D^ont point été mandés; ils ont seulement su qu'ils pouVdent venir à Blarly*
Du mêreredi ^Z, Dampierre. — On me mande de Paris que les gens du Roi ont été bien reçus; ils ont déclaré que le Parlement ne pouvoit pas se désister de ses arrêtés et que ceci ne finiroit i\ue par une loi. On leur a demandé leur idée sur cette matière, etc.
Du vendredi 25^ DmapUrre. Je viens d'apprendre que le fils dont M"" la princesse de Hodène accoucha il n'y a pas longtemps est mort ; c'est une grande perte pour cette maison, d'autant plus qu'on avoit été longtemps à craindre qu'elle n'eût point d'enfants.
J'ai appris aussi que M. le duc d'Olonne, veuf de M"^ de FervaqueSy se remarie; il épouse M""* Le Bayer, dont le premier mari étoit comme l'on sait La Rocliefoucauld. Ce M. Le Bayer étoit fils de M**' de Laval. IK^ de Laval (Montigny Nointel) avoit épousé en premières noces M. Le
Bayer dont elle avoit eu le lilsdooi je parle etje^crois une fille; elle épousa en secondes noces M. de Laval qu'on appeloii h Mentonnière ; elle en eut M. de Laval qui a épousé une des filles de M"* de Fervaques et M"* de Grave,
la seconde femme de M. de Grave. On saitquela première femme de M. de (irave étoit Matignon.
On apprend de Marly que le jeu y est fort gros; il y a eu des réjouissances de 2,000 louis de différence.
J'ai oublié d'écrire du 17 que M. d'Apcbon, colonel du régiment de dragons de son nom, fut nommé capitaine des gardes de M. le prince de Coudé ; le Roi lai a permis d'en avoir un, quoiqu'il ne jouisse pas encore du gouvernement.
U parolt depuis peu de jours un mémoire d^un curé du diocèse de Sens, nommé M. Le Bean^ contre M. le procureur général ; il est décrété de prise de corps. Il fait voir rinjusiice de ces poursuites en termes clairs, précis, mesurés et sans réplique. C'est un ouvrage très-bien fait et qui mérite d'iHre lu.
Les remontrances du Parlement paroissent depuis deux jours; on les vend un petit écu. On se doutoitbien qu'elles seroient imprimées incessamment.
Du samedi 36, Dampierre. — Le mariage de M. de 6isors fut fait mercredi 23 dans la chapelle de l'hôtel de Mortemart par M. l'archevêque d'Rmbrun ( Fouquet). La noce fut le soir à l'hôtel de Mortemart chez M""^ de Pontchartruin qui a loué cette maison. M. et M""^ de Nivernois n'ont point leurs gens ici ; ils ont tout laissé à Rome. Le lendemain jeudi, la noce fut chez M. le maréchal de Belle- Isle. Nous y étions priés M"* de Luyneset moi. Je ne pas pas y aller à cause de la compagnie qui étoit ici. M""" de Luynesse rendit à Paris le jeudi, alla voir la noce chez M"" de Pontchartraiû et revint à six heures àrhùtelde Belle-lsle. Il y avoit quarante personnes an moins, parents ou amis :1IH. d*Argenson et de Paulmy, M. le prince deSoubise, M.^Vévéque de llete et plusieurs autres moins
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amis. M'"* deMaure[)Hs y étoit. M. de Nevers, qui est absolument hors d'étal de niarchei-, s'y lit apporter et y resta une heure et demie; il ne soupe point. 11 y avoit une graade musique : Jéiiotte, M"' Fel^ Lagparde^ etc. On exécuta entre autres musiques une cantate à*Éné$ el dê JMon dont les paroles sont de M. de Nivernoîs et la musique de Lagarde. La musique dura jusqu'à neuf heures et demie ou dix heures que l'on servit. Il y avoit une tal)le de 25 couverts, quine fut point remplie, et une autre de 18 qui ne le fut pas non plus. Il y avoit encore la table des musiciens de 18 couverts^ et une pour la connétaUie ; c*est Tusage de MM. les maréchaux de France qui donnent une fête, quoiqu'elle ne soit à dèmeure que chez le doyen. Les dent autres enfants de M. de Nivernois y étoient ; le petit gareonparoU avoir de l'esprit et de la gaieté. M"" de Gisors et sa sœur sont toutes deux bien faites. M. de Belle-Isle a fait beaucoup de présents : une fort belle tablette X la mariée, une épée garnie de diamants au fils de H. de Nivernois^ un bouquet de diamants, grand nombre de tabatières, etc. à M"** de Gisors. M. et M"* de Belle-Isle comptent que toute la dépense qu'ils sont obligés de faire leur coûtera au moins 100,000 livres.
Du lundi 2^, Dampierre, — M. le maréchal de Belle-Isle, qui est venu passer ici deux jours, nous a montré un projet singulier qui a été fait par un ingénieur nommé Ribart. Ce projet arrive un peu tard ; c'est une place destinée à mettre la statue équestre du Roi. L'emplacement est décidé au Pont-Tournant, comme je l'ai déjà dit. Le S"" Hibart voudroit niettre cette statue au milieu de la ri- •vièresnrune plate-forme élevée entre le Pont-au-Change et le pont Notre-Dame. Son idée est de former dans cet endroit une grande pièce d'eau et des rues qui aboutissent & la statue, de construire tout autour de la place lesédifices publics, comme THôtel de ville, l'Opéra, la Comédie, la Monnoie, le Change, etc. il ne laisse subsister que le Palais, qu'il raccorde avec le reste du projet; il
4M MÉMOIRES IHT DVC DE LUYIIES.
propose que toutes les fêtes publiques se donnent dans ce lîeii, où il 86 irooTerohiiifioîmentde place pour le peuple. La dépense seroHimmeme, 30 ou 40 millions an moins; elle seroit finie en neuf on dix ans, et il indique les expédients pcmr qu*àu moyen d'une compagnie qu^ a en mains, Tentreprise ne soit onéreuse ni au Roi ni au peu pie.
M. de Belle-lsle nous a dit aussi qu'à l'occasion du mariage de son fils, Facadémie françoise avoît envoyé deux députés lui fiiire compliment et à M. de Nivernoia. On sait qu'ib sont tous deux de l'Académie. M. le duc de Noyers^
qui a soixante-dîx-huit ans et qui jouit de 100,000 livres de rente sans aucunes dettes, à l'oceasion du mariage^ a .donné 5^000 livres de rente à sa petite-fille. •
Une dreonstanoe assez singulière sur ce mariage, c'est ce que M. de Nevers fit pourM. de Belle-Ide dans le temps de son exil. M. de Belle^ble et son fc^ furent envoyés à Nevers; ils n'y connoissoient personne ; ils se mirent dans un cabaret ayant fort peu d'argent; ils avoient père et mère, lesquels n'étoient pas riches. Marquer des attentions et de l'amitié à des exilés n'est pas une pratique en usage^ surtout à la Cour; aussi beaucoup de gens de la oonnoissance de MM. de BeHe-ble, et qui dans un antre temps se seroient penl-ètre dits de leurs amis^ ayant à passer par la grande route de Lyon, évitèrent de les voir, soit en passant à Nevers, soit en prenant une autre route. Ils furent étonnés de voir arriver dans leur auberge le capitaine desgardes de M. de Nevers (car i 1 a le gouvernement de Nivernois) avec une lettre de M. de Nevers» remplie d'estime^ de politesses et même d'aadtiéy et un ordre ptécis de les mener au château de Nevers où il avoitfait meubler magnifiquement septou huit appartements (le vieux Couches qui vit encore étoit avec eux; il étoit compris dans leurs affaires, on ne sait trop pourquoi ). Ils reçurent de la part des offîciers de M. de Nevers toutes sortes de bons traitements dans ce diàteau ; ils y restèrent quatorze
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mois. M. de lielle-lsle coonoissoit fort peu M. de Nevers, mais il n*a jamais oublié ce procédé etVcst fait \m plaisir de lui donner des marquos de sa rcconiioissance par les soins qu'il a eus de M. de Nivernois à l'armée et dans toutes occasions.
Le duché de Nevers vaut 72,006 livres de rente et dans les plus beaux droits. M. de Nêvers y a un chancelier et une chambre des comptes;
M"**ra}jl)essode Poissy désiroit depuis longtemps que le Hoi et la Heine lui lissent Thonneur de tenir une de leurs cloches; la cérémonie avoit toujoursété remise ; en lin leKoi a consenti à leur faire cet honneur et a chargé M. le maréchal de Richelieu de le rieprésenter & ce baptême. Là Reine a donné le même ordre à H"* de Ghëvreose qui avoit l'honneur delà suivre à Marly, M""" de I.uynes étant i Dampierre. J avois prié que l'on m'envoyât quelque détail de ce qui s'est passé; voici ce queM""*^ de Chevreuse m'a fait mander,. , * ,
M'"* la duchesse de Ghevreuâe fiit hier avec M. le maréchal de Richelieu à Poissy pour le baptême de la docbe. Ils partirent à une heure et demie après midi; ils étoient dans le carrosse de M"*' la duchesse de Chevreuse; celui de M. de Richelieu suivoit à vide. En arri-, . vant à l*oissy ils ont été reçus à la porte du couvent par M"*" Tabbesseà la tète de sa communauté ; on leur a fait voir rintérieur du couvent, et après s*étre reposés un moment, on en est ressorti au dehors et on a été à la bénédiction de la cloche. La cérémonie a été fort courte et tout ordinaire; ils sont ensuite rentrés dans le couvent et on leur a servi la collation. Ils sont repartis aussitôt après. Il n'a été dressé aucun acte de cette cérémonie et iU n'ont rien signé. M. de Richelieu a dit à M"* la duchesse de CheVreuse que la Reine devoit payer la moitié des frais; ces frais ont monté X 80 louis dont il a fait les avances. M""^ la duchesse de Chevreuse lui en fera rendre kù par M. de Saint- Vigor ( Mercier ), contrôleur de la mai-
m Mf^MOIRES DU DUC DR LUYNES.
son (le la heine. H y a encore eu plusieurs autres petits frais que M de Richelieu a payés seul.
Tout le. monde cooDolt les feuilles périodiques de M. Fréroo; elles sont écrites avec beaucoup d'esprit. 11 y a fait Tanalyse de V Abrégé de l'histoire de France de H. le prt^sident Hénaultavec les éloges dus à cet incomparable ouvrage et à son auteur. M. Frcroii désiroit infiniment obtenir une place dans 1 académie de Nancy, lia prié M. le président Hénault de vouloir bien écrire en sa faveur au roi de Pologne. La recommandation a eu tout son effet, et M. Fréron a été reçu. Le roi de Pologne lui a même fait Thonneur de lui donner une boite avec un portrait. On trouvera ci-après les vers fait§ par M. Fréron à l'occasion de ce présent.
« J.e roi Stanislas m'ayant fait l'houneur de me (tonner une boîte a\ec son [)ortrriit, je fis les vers suivants, que j'eus l'iionaeur de présenter a Sa Majesté :
Pan'iore Tut des dieux le plus pariait ouvrage;
Ils se pluffint à la former ; Minervt; lui donna la sagesse en partage»
Vénus i^art de se faire aimer, ^ Les GfAcea leurs souris, les Muses leur laagage.
Lesdiein ont des mêmes préseats
Comblé Stanislas, leur image,
Mais avec des traits didérents.
La boite que donna Panditre Reiifermoit tous les maux, et celle que je liens M'offre les traits chéris du héros que j'adore :
Elle renferme tous les biens.
Fbbhon.
Du jeudi 31, VermiUe, — M. de Saint-Gontest a présenté aiijourd*hai M. Pabbé de Ganillac, anditeur de rote pour la France et chargé depuis longtemps des affaires
du Roi à celte cour. Il arrive de Rome. Il a présenté aussi M. le chevalier Chauvelin qui arrive de Gènes et vient recevoir les ordres de S. M. pour Turin , et M. de Tilly, chargé depuis longtempir des afCaires du Roi auprès de Télepteur palalin.
On a apj^is la nouvelle de la mort de M. révèque de Saint-Omer ( Valbelle); oncle de M. de Valbelle, dont j'ai
parlé dans le temps de son mariage avec M"* dé Beaujeu; il étoit malade depuis longtemps et se conduisoit fort mal ne voulant aucun médecin. Voilà actuellement un évècbé et deux archevêchés vacants^ Toulouse et Sens.
jum.
Les remontrances du Parlement. — Le frère CAme. — Brouille de la Beaiimelle et de Voltaire. — Portrait du roi de Pnisso par la Beaumelle. — Le P. Desmarets confesseur du Roi. — Chapitre de l'Ordre. — Anecdote sur le duc de Créquy. — Présentations. — Le chanteur Cararclli. — Le CalichoDchini. - • Belîdor ; expériences de cet iagénieur sur la charge des canons et sur l*effel det mines. «- Langes bénits apportés an duc de Bourgogne. — Anecdote sur le Rï!|5ent et M. d*Affry. — L'amiral Bing; sa ranrtoisie. — Nouvelles de l*aeadémie française. — Souscription en faveur de Jéliolte. — L'abhé Brenner. — Aventures de M. de Lafond. — Noblesse <les Loméniede Brienne. — Les langes bénits. — Hudiiel de l'Angleterre et de la Hollande. — Retraite d'un orticier des mousquetaires. — Élection de Buffon à l'académie Trançaise. — Affaire de Voltaire avec le roi de Prosse. «Ëlat de In compagnie des moosquetaires.
Du dimancke 3, Venailles» — On apprit hier la mort
de M""' de Choiseul à Paris. Elle étoit accoiicliée lundi dernier d'une fille. Elle n'avoil que dix-neul' ans et étoit une des dames surnuméraires de Madame Adélaïde.
Les remontrances du Parlement ont enfin été impriméeSy et on les voit depuis cinq ou six jours en une brochure in-12 de plus de 160 pages. Elles établissent des principes justes^ mais auxquels on donne une fausse application. En tout, cet ouvrage peut séduire ceux qui ne savent pas les réponses solides qu'on y peut faire. L'article des évocations surtout est très-fort; c'est encore le cas d'une fausse application ; ûter à un tribunal par révocation la connoissance d'affaires dont le jugement est de sa compétence, cela peut tirer  conséquence ; mais lorsqu'il est incompétent pour juger les matières dont il veut connoUre, n est- il pas de l'équité^ de la justice et
du bon ordre que le Hoi lui eu enlève la coonoiasanee? On avoit aussi gravé deux estampes insolentes et séditieuses, l'une sur les remontrances, et Tautre sur l'exil. La iirande chambre vient de rendre un arrêt à Pontoise qui supprime le libelle des remontrances imprimées sans permission, et condampe les,deux««tamp68àvètre brûlées par la main du bourreaui ce qui a été exécuté.
Il parolt tous les jours des brochures, libelles, vers, chansons, sur les mulit^rcs présentes. Il faut que les Franrois critiquent tout, se moquent et se divertissent de tout. On a remarqué des vers de Corneille qu'on met dans la bouche du Parlement; ils sont de la tragédie de Don Sanehe d^Aragon^ 1^ scène du 2* acte.
Lorsque le déshonneur souille Tobéissanoe» Les Rois peuvent douter de leur toute-puissance; Qui la hasarde alors, n'eu sait pas bien user, Et qui veut pouvoir tout» ne doit {tas. tout oaer.v
J>u mardi ôj Versailles. — MM. lesgensdu Roi vinrent ici avaut-hier. Ils furent au lever du Roi, au diner de la Reine> etc., mais seulement comme courtisans; ils ne sont point exilés ^ et môme la grande, chambre ne Test pas; elle est seulement transférée à Pontoise, et elle ne peut rendre la justice ailleurs.
M. rarchevèque de l'aris vint hier ici et eut une audience du Uoi. On iqnoie (|uel parti prendra le Clergé dans les circonstances présentes; on a admiré jusqu'à présent son silence; on commence à en être étonné; il seroit bien à désirer qu'il ne fût pas obligé de le rompre.
Il y a environ huit jours qué M. le chevalier de Mesmon est venu ici ; il y avoit plusieurs années qu'il étoit hors d'état de monter à cheval et qu'il rendoit du sang par les urines ; ?V cet état il s'étoit joint des douleurs fort vives) il les attribuoit à la gravelle et s'étoit mis au lait. Il av(»t déjà consulté lefrèiw G6me, feuillant^ chirurgien aussi habÛe qu'il est bon religieux^ et qui a grande ré-
f JUIN i7«S. m
pQftiUoiii. Enfin M. de Mesmon s'ést fait sonder par ce religieux 'y il fut reconnu qu'il avoit la pierre ; il fut taillé le lundi 30 avril. L'opération ne dura pas trois minutes ; on lui tira une pierre grosse comme un petit œuf. Copéraiion faite, le frère G6me rapprocha les deiiz ièvres de la plaie; il n'y a pas regardé depuis ce moment; il n'y a eu ni fièvre, ni suppuration. Leseptiàme jour la plaie commença à se fermer, et tout s'est passé sans accident. Le frère Côme prétend que la position qu'il fait prendre aux malades et l'instrument avec lequel il opère sont capables de prévenir les accidents ordinaires. La position est horÎBontale et fait que les entrailles ne pèsent point sur la vessie et ne l'obligent point par un effet de son ressort naturel à remonter lorsqu'elle est ouverte et à se replier quelquefois sur elle-même , de manière (]u'une pierre qui se trouve cachée sous ses replis paroit adhérente, et ou estropie le malade en la tirant. L'instrument ne peut faire qu'une ouverture de seize lignes ; ce sont ks plus grandes; on l'arrête au point où l'on veut pour la grandéur de l'ouverture. Il ne la fait jamais plus grande que le point où on Ta mis (celle de M. de Mesmon n'étoit que de onze lii^nesj et coupe si net en dedans et en dehors en même temps, qu'il ne se fait aucun déchirement et par conséquent aucune suppuration. Dès le septième jour le malade eut permission de manger. Les succès du frère Côme ont déjà excité la jalousie des chirurgiens ; on a inventé des calomnies sur les cures qu'il fait et on parloit même de lettre de cachet, mais heureusement cela n'est pas vrai ju^squ'à [)résent.
Il y a environ un mois que l'on me remit un manuscrit contenant un portrait du roi de Prusse et une description de sa manière de vivre. Cet écrit a été fait dans le temps du mariage du prince Henri par un nommé La Beaumelle, qui est un fou , mais qui a de l'esprit. La Beaumelle a demeuré quelque temps en Prusse; il s'y est brouillé avec Voltaire^ ce qui n'est pas dii'licile à croire.
464 MEiMOlRKS DU DL'C DE LUYMIS.
* Étant revena ici dans le temps que le SiicU de Lomi XI V
par Voltaire paroi88oit> il a voula mettre des notes à cet ouvrage, et entre autres à Pendroit où il est parlé du
cruel événement qui affligea la famille royale et la France en 1712, événement qui donna occasion \ plusieurs raisonnements dont Voltaire soutient la iausselé. La Beaumelle a voulu réfuter cette opinion et Ta fait d^une manière qui a irrité avec raison M. le duc d'Orléans. Ce prince a obtenu que La Beaumelle fût enfermé, et il est actuellement à la Bastille. Voilà l'homme qui a peint le roi de Prusse; ceux qui sont excessivement prévenus en sa faveur parlent fort mal de ce portrait, et en détail cependant conviennent d'une grande partie des faits ; ceux qui en connoissant le 'roi de Prusse en* raisonnent avec plus d'impartialité, conviennent que la plupart des traits du portrait sont ressemblants, mais que d'autres sont un peu caricatures. On trouvera la copie de ce portrait à la tin de ce livre (1) avec une lettre du roi de Prusse à Voltaire (2). Depuis ce temps j'ai eu deux autres lettres de ce prince, Tune en extrait^ l'autre tout entière; elles ont été envoyées par M. le baron de Scheffer à H. le président Hénault; elles méritent d'être lues après avoir lu le portrait. On ne sera peut-être pas fAclié de trouver aussi copie de la lettre du baron de Scheffer.
(1) Ce portrait fort nirieux, imprimé dojù en 1753, a 6\o n^iinprimé (lan^ TomeV(le/« î\oKvelle revue enct/clopédiquc i ls'i8) publife par MM. Diilot. Une nuit'. <ie la Uevue encyclopédique attribue à lurt cette pièce a un Père «le roratoirc qni se trouTait alors à Herlfa.
(2) Extrait d'une Mtre du roi de Prutte,
Je laisse \wi\T Voltaire sans regrj;t. C*est un fol mécliant. qui n'est Ikni qu'à lire; vous ne saaries croire toutes les fourberies et tes tracasseries qu'il a faites ici. 11 est humiliant pour noos.que tant d'esprit et deeonnoissanoss
ne contribuent pas à rendre les hommes meilleurs. Je me sois déclaré poor
Mauportnis ; j'ai cru devoir le faire; sa probité mesl connue ; je n'ai cependanl pas fait ce qii il désiroit de moi. Je suis fàclié que son amour-propre ait .élé irrité des cgratignures d\ia singe, surtout après l'avoir vu fouetter.
Lettre du baron de Scheffer au président Hénault.
A Slockholni, 1« 15 imii I7SS.
DiiSié-je, M. le Président, n*avoir aucun mérite de mon attentioa. Je De puis m'empécher de vous envoyer la copie ci-jointe de deux leltrès du roi de Pru8K à M. de Voltaire. La «leroière, qui n'est que du 19 du mois passé, pourra peut-être n'avoir pas eocore paru chez vous, du moins je m'imagine que les amis de Voltaire n'auront pas été fort prossf'S de la publier. Je ne vniis |),'irle pas du style de cette lettre, dont vous êtes bien meilleur jupe que moi ; mais |)eut-oii n'être pas étonné de tout ce qu'elle contient, quand on se rappelle ce qui est sorti il n'y a pas longtemps de hi même plume. Celui qui est appelé aujourd'hui premier ministre de César Borgia étoit alors le seul homme capable d'inspirer le goût de la vertu et de la véritable gloire. Il n'y a, je crois, aucun exemple d'un contraste comme celui des éloges d'alors et des reproches d'à présent adressés au même homme par le même hounne. D'un autre côté, Voltaire traite aujourd'hui d'ennemi du ciel et du monde ce Salomou.du r^iord à qui il a dit et écrit mille fois qu*il étoit veou au monde pour éelairer et pQur readre heureux le genre humain; tout eela est eu vérité bien déplorable. Je ne sache pas qu'il y ait eu jamais une querelle littéraire funeste à la foi et à la réputation de tant d*hommes de lettres. Voos avez à présent Maupertuis ebez vous; son antagoniste est, dit-on, allé en Suisse. Je suis bien curieux de savoir s'il ne se présentera pas bientôt aux portes de Paris et*si en ce eas elles lui seront ouvertes.
Au reste fattends, Monsieur, avee bien de Timpatience de vos nouvelles. Mes regrets de vous avoir quitté sont aussi vifs que jamais; je m'occupe aussi le plus qu'il m'est possible à tout ce qui pourra me rappeler a votre souvenir. Cet ouvrage sur la vie de Charles XII dont vous avez vu et approuvé le commencement sera, j'esp( re, en état de vous être présenté l'année prochaine, et le seroit plus tôt si je pnuvois lui donner d'autres moments que ceu\ de mon loisir, qui est tort médiocre. J'ai trouvé ici des secours admirables dans plusieurs lettres écrites de la propre main de (lliarles Xll à des ministres et a des généraux dont les héritiers, sans les recherches que j'ai tait faire, n'eussent peut-être jamais songé à produire ces monuments précieux pour rhistoire de ee siède. Je les appelle ainsi puisque les lettres d*on Roi, quand elles sont dictées par lui-même, sont sans doute ce qui caractérise le mieux son génie, et que d'ailleurs elles y roulent sur des matières relatives aux affoires générales de ce temps et de toute TEurope.
L'aventure de mylord Hyde m'a fait une peine extrême ; il est peutêtre mort au moment que Je finis. Cétoit l'homme du monde dont j'eiiviois le plus la situation, mais Je crois bien que rien dans ce monde T. Xll. 30
466 MEMOfRES DU DUC DE LUTRES
D'est digne dVuvie ; un instaut détruit tout uu change tout. Le. malheur est qu'avec la plus forte persuasion de la vérité de cette morrie^ 00 u'eii devieut cependant guère moins sensible aux plaisirs et aux peines que font ces choses périssables. Adieu, monsieur le Présideiil; Je pense (|ue plus mes lettres sont courtes, plus elles vous plaisent; elles uc peuvent avoir de valeur que par mon extrême attachement pour vous dont il seroit ennuyeux de voos parier longuement.
ExtraU de la lettre gwle ndde Prune êeripUàM, de f^oUaire
Un s de € affaire de ia dkUrlbe,
Votre effronterie m'étonne. Après tout ce qae vous venez de faîre, et qui est clair comme le jour, vous persistez au lieu de vous avouer coupable. Ne vous iniajîiiipz pas que vous ferez croire que le noir est blanc ; quand on ne voit pas, c'est qu'on ne veut pus voir ; mais si vous pousse/, l'affaire à bout, je ferai tout imprimer, et l'on verra que si vos ouvraizes méritent qu ou vous érige des statues, votre conduite vous mcriieroit des chaînes. «
CopU de ia lettre du roi de Prusse à FoUaire du 19 anril 175$, communiquée à M. de Mirepoix par ordre da Boi.
J'étois informé comme vous écrivîtes à Postdam <Ioe yotre.dessein étoit d*ailer à Leipsig pour ftàn imprimer de nouvelles injures contre le genre humain; mais comme je suis un grand admirateur de votre
adresse, je voulus me donner le spectacle de vos artiûces, et je in*amasai de vous voir débiter'avec gravité la nécessité de votre voyage fabuleux aû\ eaux de Plombières. En vérité nos médecins se sont avisés bien tard de les recommander à leurs malades; je plains le chirurgien du roi de France et votre nièce qui vous attendent vainement à ces bains fameux; je ne doute pas que vousn< soyez rétabli; il y a apparence que les imprimeurs de cette ville vous ont \mr'^é d'une surabondance de fiel, i'uisse La Beaumelle être le seul qui souffre de votre colère, .le n'ai point fait alliance avec vous pour que vous me défendiez, et je ne me soucie f;uère de ce que I^i Beaumelle s'est avise de dire de moi et de mon pays. Vous devez savoir mieux que personne que je ne sais point venger les offenses que l'on me fait; je vois le mal et je plains ceux qui sont assez méchants pour le faire. Je sais qu'on a vendu à Berlin La Défense de Maupertuis, L'Éloge de Jourdan et de Lamettrie (i ), eu y ajoutant un 4uiMFai& da mes vers parodiés; je sais à n*en pas douter que le trait part de voos^ mais je «s de votre colère
(i) Toos onvriges du roi de Pniaae. ( iVofe du duc de Lu^ues.)
JUIN tVUS.
ïinpuissante et je vous assure que Touvrage n*a point été brûlé ici. Je ne sais si vous regrettez Postdam ou si vous ne le legrettez pas, mais si fen dois juger par Timpatience que vous avec marquée d*en sortir Je devrob croire que vous aviez de bonnes raisons pour vous en éloigner. Je ne veux point les examiner, et j*en appelle à votre eonscienoe si vous en avez une. J*ai vu la lettre que Blaupertuis vous a écrite, et je vous avoue que votre lettre ni*a fait admirer la subtilité et l^adresse de votre esprit. Ôhl l*honime éloquent! Maupertuis vous dit qa*il saura vous trouver si vous continuez à publier des libelles contre lui, et vous, le Cicéron de notre siècle, quoique vous ne soyez ni consul, ni père de la patrie, vous vous plaignez à tout le monde que Maupertuis veut vous assassiner! Avouez-moi que vous étiez né pour devenir le premier ministre de César Borgia. Vous faites déposer sa lettre à Leipsig, tronquée apparemment, devant les magistrats de la ville. Que IMacbinvel auroil applaudi à ces stratagèmes! y avez-vous aussi déposé les libelles que vous aviez faits contre lui ? jusqu'à présont vous aviez été brouillé avec la justice, mais par une adresse singulière vous trouvez moyen de vous la rendre utile; c'est ce qui s'appelle faire servir ses ennemis d'instrument à ses desseins. Poiu- moi qui ne suis qu'un bon Allemand et qui ne rougis point de porter le caractère de candeur attaché à cette nation, je ne vous écris point moi-même, parce que je n*ai pas assez de flnesw pour composer une lettre dont on ne puisse pas Faire roanvais usage. Vous vous souviendrez de celle que je vous écrivis sur le Cati(ina de GréblUon, dont la moitié fiiîsoit réiogedç la pièce, et Tautre moitié contenoit la critique de quelques endroits qui ne m*avoient pas plu. En homme habile vous fîtes courir dans Paris la partie de cette lettre qui contenoit la critique et vous supprimâtes les éloges. Vous avez Tart de corriger les dates et trans[K)rter les événements comme il vous platt; vous avez de plus, l'adresse de prendre une phrase d*un endroit et une phrase d'un autre et de les joindre ensemble pour en faire l'usage que vous jugez le plus utile à vos desseins. Tous ces grands talents qui nu» sont si connus dans votre personne, m'obligent a quelque circonspi ctiou, et vous ne devez pas vous étonner si par la main de mon secrétaire je vous recommande à la sainte garde de Dieu quand vous êtes abandonné des hommes.
Après tout ce que j^ai marqué sur le roi de Prusse et Voltaire, il semble qae rien ne doive pli» étonner; il paroltra cependant singalier qu^un aussi grand prince s'abaisse à d'aussi petite détails avec un homme tel que Voltaire.
Du dimanche 10, Versailles, ^he P. Desniarets, jt suite,
4Ct MÊMOIBES UU DUC DR UTHCES.
nouveau confesseur du Koi, a été présenté aujourd'hui à S. Si. Il étoit supérieur du noviciat. C'est encore le P. La fiivée qui a confessé Mesdames cadettes à cette fêle de la Pentecôte ; mais il a bien dédaié qn'il ne t<niloit point d'établissement à la Goar (1).
Il y a eu aujourd'hui chapitre de FOrdre, mais seulement pour lire les preuves du prince Constantin , de M. Tarchevéque de Narbonne et de M. l'abbé de Canillac. Cette lectore a éte faite suivant Tusage par M. rabb^i de Pomponne ; j'étois derrière loi et je n'en ai rien entendu. Quoiqu'il n\ ait qu'une place vacante dans TOrdre, on croyoit que le Roi pourroit la donner à M: de Monlboissier ou à M. de Saint-Vital; M. de Montboissier, parce que son nom, son grade, sa cbarge et ses services semblent pouvoir lui Daire espérer cette grâce, et que l'on csroit d'ailleurs qu'il est question d'une retraite. Si. de Montboissier est fort àgé^ et M. de la Rivière est le premier à monter.
A 1 égard de M. de Saint-Vital, on sait ce qui s'est passé à la promotion du mois de janvier dernier, et que M. de Saint- Vital eut nou-seuiement le désagrément de n'avoir pas obtenu ce qu'il croyoit devoir espérer, mais qu'outre cela cette grftcelui fut annoncée comme accordée, parce qu'on avoit entendu Saint-Vitel an lien de l'Hôpitel. Ce n'est pas trop l'usage cependant de nommer lorsqu'il n'y a qu une place vacante. Après la lecture des preu\es, M. de Brézé ayant reçu Tordre du Roi a fait entrer les trois ecdésiastiques. C'est le moment où le Roi reçoit les
(t) Om Mit4|iiele fw Roi • toiQMHteii àe$ jéanttes paor tOÊtémean, Cet
us^ avoit été interrompu, M. VtAjhé de Fleiiry ayant été nommé conressfor de. Louis XV. Ce fut dans le temps du double mariage arrfic de rimante et de M"' de Ikanjolois que le V. Daubancourt, confesseiii du roi d'£^|>a::fi^', obiiul poar la société que Ton donneroit un jésuile pour confesseur tiu Boi. On ai*a «Miré même que ce fat dm cooditioo du traité. On choisit le P. «le Usièret, qui avoit éU coifBS»e«ir de feu Madame. (Noie du duc de LufftUi.)
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laïques chevalieis de Saint-Michel, mais les ecclésiaiïtiques n'entrent que pour faire leurs remerciments. En» suite l'appel s^est fait à Fordinaire ; nous étions environ jquarante chevaliers sans compter le Roi, M'' le Dauphin, et les princes du sang, qui y étoient presque tous. Les trois nouveaux ecclésiastiques onl marché derrière le Roi as ec M. l évéque de Langres, qui est le seul prélat de l'Ordre qui soit ici. C'est toujours la grande cliapeUe qui ofiicie ces jours-ci. Les ecclésiastiques sont reçus avant la messe et les laïques après (i). Les laïques ont des parrains, un grand manteau et font la révérence en pliant les jambes; les ecclésiastiques font la révérence en s'inclinant, accompagnés seulement du grand maître des cérémonies; ils n'ont point d'autres manteaux que le maiiteau violet (2). Immédiatement après le Vent Creator et l'oraison chantée par les chantres de la chapelle, le Roi a été à son dais, où les trois nouveaux commandeurs ont été reçus en même temps; ensuite M. Farchevôque deNarbonne s*est habillé et a chanté la grande messe. C'est M™* la comtesse de Gramont, dame du palais de la Reine, qui a quêté, et M. l'abbé Le Couturier a fait le sermon; il est chanoine de l'égiise collégiale de Saint-Quentin.
Hier, il y eut des premières vêpres chantées par la grande chapelle. Le Roi n'y étoit point; il étoitàCrécy depuis lundi; il ne revint qu'A neuf heures du soir. La Reine entendit les premières vêpres de la grande tribune. 11 n'est point d'usage qu'il y ait un prélat officiant, ni que la Reine descende en bas.
J'ai déjà marqué plusieurs fois avec plaisir dans ce journal des anecdotes du feu Roi; on m'en contoit une il
(1) Les prélats sont reçus commandeurii avaot la messe, parée qa11^«st censé qu'ils tloivenl être en état d'onicifr en cas que le prélal commanileur qui doit officier ce jonr-là se trouvât incomiiKxlé ; ainsi ceux qui soot reçus doivent «>trc à jeun suivant la rè^^le. {ISote du duc de Luynes.)
(2) Outre le uianleau violet, ils ont un mantelet qui leur vient jusqu'au milieu des jambes. {Noté du due de luynes.)
y a quelques jours qui uK^rite d'être écrite, qui prouve et la grandeur du maître et l'attention du courtisan à lui plaire. M. le duc de Créquy, premier geatilbomme de la chambre^ avoii une fille uDique qu'il soogêoit à. marner; il avoit jeté les yeux sur M. le duc de Bohan-Chabot, grand-père de celui d'aujourd'hui. Ce H. le duc de Kohaii étoit un homme sinsrulier; il sepiquoit de n'aimer point le Hoi, et le Roi le savoit. C'est par cette raison môme , comme je.Pai dit ailleurs, qu'ii.ne fut poiat fait chevalier de l'Ordre. M. de Créquy^ occupé de son idée, Orut ne pouvoir mieux faire que d'en rendre, compte au Roi avant tout. Lorsqu'il nomma à S. BL le nom deoelui qu'il vouloit faire son gendre : <c Le due de Rohan 1 » lui dit le Roi d un air étonné. M. de Créquy n'entend pas une plus longue réponse ; il demande permission au Roi de lui baiser la main et lui dit : « Sire, M. le duc de ftohan ne sera jamais mon gendre. » Quelque tempe après,,, il jeta les yeux sur M. de laTrémoUle et en renditcompte aussitôt au Roi ; le Roi Itii dit : « Non-seulement j'ap* prouve beaucoup ce mariai^e , mais je donne à votre .^endre la survivance de voire charge. » Ce M. de la Trénioille, gendre de M. de Créquy, eut un fils qui épousa M"*" de la Fayette^ petite-fille de M. de Marillac. Le fils de celui-ci fut H. de la TrémoiUe qui a épousé M"* de Bouillon^ qui est mort de la petite vérole et- dont le fils vient d*épou8er M"* de Randan.
Du mercredi 13, Versailles. — Dimanche dernier, 10 de ce mois, il y eut trois dames présentées. M*"^ la comtesse de Coigny (Nerei) présenta M'"*^ de Balleroy (Lepinot); elle avoit épousé en premières noces M. de Fleurs, maître des requêtes nommé intendant. H"* de Flavacourt(Maîlly) présenta M"** d'Hautefeuille be11&-roère et belle-fille. Nous avons connu trois M™** d'Hauteleuille ; Tune qui étoit Grancey et ces deux-ci; l'une de ces deUwX-ci est Sorel et sa belle-fille est La Tournelle. M""* de Luxembourg ( Villeroy) présenta le même jour M*"* la duchesse d'Olonne
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(Miot de Ravannes) qui avoit époasé en premières noces
M. de la Rochetoucaiild, marquis de liayers. On sait que M. d'Olonne est lils de M. de Bouleville ( Montmoreucy- Luxembourg) et de M"*" de Verlilly; il avoit épousé une ûlle de M. de Fervaques dont il a deux ou trois enfaoU. Il a peu de bien, et je crois qu'il ne jouit que de 1,000 éeus de pension alimentaire que lui font ses enfants. On disoit que H"^ de Bayers avoit â( ou 35,000 livres de rente, mais on nia assuré qu'elle n'eu avoit pas plus de 15 ou 16,000 sans compter une maison qu'elle a dans Paris; ses affaires sont fort bien rangées; elle a environ vingt-cinq ans et une figure agréable.
Je n'ai, point écrit la mort de M. le marquis de Genlis (Bralart); il mourut le 15 mai à Genlis en Picardie; il avoit quarante-six ans; il avoit épousé M'** de Dromesnil, dont il laisse trois garçons. Ces enfants sont les h«'ritiers de M. de l*uisieux, au moins pour la terre de Sillery qui leur est substituée, M. de Pnisieux n'ayant qu'une fdle.
La semaine dernière. M""* la Dauphine entendit chanter un Italien qui paroit avoir une grande r.éputation. II est àttaché au roi des Deux-Siciles ; il s'appelle Gafarelli ; il parolt avoir trente-cinq ou quarante ans; il chante de fort bonne gri\ee, a une voixdoure et étendue. Les amateurs de la musique françoise ont peine à s'accoutumer au goût de la musique italienne. Je n'ai point entendu Farinelli, ceux qui Font entendu le disent fort au-dessus de Gafarelli.
La Reine entendit aussi la semaine dernière , à la fin
de son concert, deux Italiens qui jouent d'un instrument singulier; c'est une esprce de guitare dont le manche est fort long. Cet instrument s'appelle calichonchini ; il est monté avec deux cordes accordées à la quarte; il a deux octaves ; on pince les cordes avec un petit morceau d'écorce d'arbre terminé en pointe. Us jouèrent un morceau de musique qui est un dialogue en duo ; ils tirent un grand parti de cet iubtruuieat et le rendent même fort
apTiMble ; ils (jiil une exécution prodigieuse; on peut bicû juger qu'il n'y a que les airs de mouvemeat qui peuvent réussir.
Je ne sais si j*ai parlé dans le temps d'un ouvrage intitulé Àrehitecîwrê hydraulique, qui parut il y a environ deux ans; il est de M. Bélidor. €et ingénieur célèbre a dé jà [)rouvé par expérience, il y a un an ou deux, à MM. de Tarlillerie, qu'il y a une erreur considérable sur la charge des canons. usage est de tous les temps de régler la charge du canon sur la pesanteur du boulet ; ainsi on met 24 livres de poudre pour un boulet de 24; 8 livres pour un boulet de S, etc. H. Bélidor a soutenu que 0 livres de poudre dans une pièce de 24 feroient autant d'effet que 24 livres. MM. de rartillerie ne le vouioicnt pas croire ; rexpérience fut faite à Metz eu présence de M. le maréchal de Belle-lsle , de plusieurs officiers généraux et d'un nombre choisi de MM. de Tartillene. On tira la même pièce de 24 à 24 livres et à 9 livres à toute' volée avec toutes les précautions pour faire porter les coups en comparant toujours la charge de 9 livres avec des poids au-dessous de 24 ; et dans tous les coups, il .se trouva peu de différence. On fit encore l'essai de la pro- ' fondeur dont un boulet pouvoit entrer dans la terre y et ' il se trouva que l'enfoncement étoit à peu près^aL M. Bélidor, fjui a beaucoup d'expérience et une grande Hp[)lication à tout ce qui peut èti'e utile, a voulu prouver aussi à MM. de Tartillerie que l'on se trompoit sur l'effet des mines, et que l'on calculoit mal la résistance de la colonne d'air. Il a demandé à M. le maréchal de Belle-lsle ' à faire faire à Bizy cette expérience; il prétend démontrer qu'une mine chargée de la quantité de poudre convenable à sa grandeur, non- seulement forme en s'ouyrant un entonnoir tiès-considérahle, mais que l'action de la poudre se fait en même temps horizontalement et verticalement. Il fait actuellement creuser dans une montagne auprès du parc de Bizy une chambre de mine qu'il
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chargera, laquelle est entourée fie tous les côtés et même par-dessus de plusieurs chambres de mines en galerie, tant à la même profondeur que plus profondes , et il assare que dans VeSiei de la mine toutes ces différentes chambres et galeries seront écrasées. Le succès de c^tte expértenee seroit infiniment *utîle dans le cas où Pon peut craindre que les mines ne soient éventées. On voit que si le projet réussit, la chamhre de mine chargée à propos détruit tous les ouvrages que l'ennemi peut faire^ et forme en même temps, comme je Tai dit^ un entonnoir assez grand pour y loger un bataillon. L'expérience doit être faite à la fin de ce mois en présence de M. d'Ârgenson. .
C'est dimanche que M. de Blanciforte , envoyé pour . apporter les langes bénits à M. le duc de Bourgogne, doit faire son entrée k Paris et le mardi suivant ici, où il aura audience publique avec tout lè cérémonial ordinaire. . C'est M. le prince de Pons qui doit l'accompagner à son entrée dimanche et le conduire ici mardi. Ordinairement c'est un maréchal de France qui accompagne un ambassadeur à son entrée à Paris, et un prince lorrain quand il vient à la Cour. La distinction d'avoir un prince lor* rain à Paris est en usage pour les nonces depuis la Ligue, oùrle duc de Mayenne voulut bien leur faire cet honneur.
Les langes àont portés chez l'enlEant auquel ils sont destinés; on les étend devant lui et deux gentilshommes ordinaires tiennent chacun un bout. M. le duc de Bourgogne mettra la main dessus, c'est l'usage. Lorsqu'on apporta les langes bénits à M. le duc de Bretagne, frère aîné du Roi^ en 1708, M"* la duchesse de Bourgogne se trouva à cette cérémonie, mais incognito. Le Pape en envoya en 1731 pour le Dauphin ; mais la Reine ne se trouva point à cette cérémonie, même in cognito. Lorsque le nonce qui présente les langes est prêtre, non-seulement il fait un complimeat, mais il donne une espèce de bénédiction; comme celui-ci n'a
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que les ordres minears, il fait setilem^nt un petit discours
liilii» qui est une espèce d'oraison.
On ue doit point è(re surpris de trouver ici des anecdotes anciennes^ j'ai cru ne devoir poiot manquer de les rap^porter lorsquH^lles m'ont para ^ignes de curiosité.
llalgré tons les défauts -reecnnus dans la vie de feu M. le duc d'Orléans régent, tout le monde convient qu'il avoit beaucoup d'esprit, et ces deux parties de l'esprit de gouvernement qui sont si nécessaires, l'une le secret, Fautre ,d'ôii^e l^ieii instruit de tout ce qui se pas6oit. -Une preuve de cette dernière partie, c'est ce qui arriva à M. d'Attry, capitaine dans les gardes suisses; il n'avoîi encore que le rang de brigadier; c'étoit la père de • M. d'Affry d'aujourd'hui. Il étoit allé en Suisse pour ses affaires, lorsqu'il apprit que M. le duc du Maine, auquel il étoit fort attaché, étoit arrêté. On sait que M. le duc du Maine fut conduit au château de Dourlens, et M"*' la duchesse du Maine au château dè Dijon. Sur ces nouvelles, M. d*Affry partit de Snisse pour revenir en France. M"* la duchesse du Maine étoit déjà arrivée au lieu de son exil, lorsque M. d'Affry passa à Dijon. En arrivant, il trouva un petit billet sans signature où il étoit marqué que l'on savoit le désir qu'il avoit de voir M""' la duchesse du BiainCi que rien n'étoit plus facile s^il le vouloitet sans aucun danger; qu'à telendnHti au coin d'une telle rue qu*on lui désignoit, qu'à telle heure, il se trouveroit un des gens de M™" la duchesse du Maine avec sa livrée; que ce domestique auroit ordre de lui donner son habit, et qu'avec cet habit il entreroit sans difficulté. M. d'Affry faisant réflexion que si le gouverneur étoit au fait et exact à son devoir, il seroit sûrement instruit de la sortie du domestique, peut-être même du billet, au moins du retour, prit donc le parti de n'avoir aucun égard à cette invitation, et il vint à Paris. Il alla faire sa cour à M. le duc d'Orléans, qui non-seulement ne lui dit pas un mot, mais même ne le regarda pas. 11 y eut dans ce temps
ane promotion d'officiers g^énéramc; M. d'AfTry [K^nvoU
espérer d'être fait maréchal de camp ; il tut passé dans la promotion. Qwf'lqwe temps après il reçut une lettre du cardinal Albéroni qui lui mandoit qu'il étoit instruit des justes sujets de plaintes qu^il avoit de la cour de France oû il avoit été maltraité à son retour de Suisse; que le roi d*Espagne connoissoil sa valeur, ses talents, etc., et . que fl^il vouloit s'attacher à œ prince , il lui donneroit le commandement d'un corps de troupes suisses (pril levoit aetuell<:inent ; il joignit à cette proposition des conditions capables de déterminer quelqu'un moins attaché à son maître. M. d'Affry répondit avec respeict et reconnoissance, mais refusa. U faisoit toujours sa cour à M. le duc d*Orléans. Ce prince, peu de temps après la réponse» lui dît : n Vous avez été éprouvé, M. d'AfTry ; je sais les marques de sagesse et d'attachement que vous avez données; le Hoi vous tait maréchal de camp, et vous prendrez votre rang du jour de la promotion. »
Du jeudi 1 VwsaUUs. — M. de Wargemont, filsde celui qui étoit dans les gesidarmes de la garde et qui a eu la charge de son père, est venu ici pour faire signer son contrat de mariage avec M^d'Orval, nièce de M"^ Baudry (Ta- Lourot ;. M. de Saint-Cliaiiians, dont la sd'ur est mère de M. de Wargemont, est venu ici avec lui. M. d»^ Souluses'éioitchargé dedemander Tagrément du Koi^ ilci*oyoit qu'il avoitaussi demandé l'agrément de la Reine, mais la Reine n'avoit entendu parler de rien ; H'*' de Luynes leur a fait sentir avec beaucoup de politesse que c*étôit manquer à la Keine de lui apporter un contrat sans loi en avoir de* mandé l'agrément, et leur a dit qu'elle croyoit indispensable de retarder la signature. M'" de Luynes a rendu compte de ce détail à la Reine. Les heures de la Reiue n'ayant pas pu s'arranger facilement, à cause des fêtes , la Reine a bien voulu signer le contrat de mariage.
Tai déjà eu occasion de parler de l'amiral Bing, qui commandoit la flotte angloise dans la Méditerranée pen-
(lant (jiic M. de Belle-Isle commandoit Farinée du Roi en Provence. L aiiiiral Bing étoit le iiièiuc qui coinmandoit le vaissraii dans lequel MM. deBellc-Isle furent conduits en Angleterre a[>rës avoir été arrêtés lorsqu'ils alloient à Eerlin. M. le maréchal de B^e-Isle ne peut oublier les soins, les attentions, les politesses de cet amiral, pendant ce voyage. M. le maréchal de Belle-lsle se trou voit irèsnial et vomissoit continuellement ; le peu de domestiques quil avoit éloit horsd^étatde servir; l'amiral Bing le servit comme s'il avoit été son valet de chambre ; il lui tenoit la tète* lorsqu'il vomissoit^ et lui rendoit tous les services qo'auroit pu rendre le domestique le plus affectionné; il eut grande attention à donner les ordres les plus exacts pour (jue l'on ne détournât aucun des effets (jui apparlenoient à MM. de Bellerisle. M. le maréchal de BeUe-lsle ayant débarqué en Angleterre songea à faire des présents à l'équipage pour marquer sa reconnoissance des bons traitements qu*il avoit reçus ; il étoit à portée de le faire, ayant grand nombre de bijoux destinés à faire des présents dans les cours où il devoit aller. L'amiral Bing fut instruit du projet de M. de Belle-lsle; il le vint trouver dans sa chambre et lui dit : a Je ne souffrirai jamais que vous fassiez des présents sur mon vaisseau ; nous vous avons conduit ici malgré vous , ce n'est pas là le cas de donner. » M. de Belle-lsle insista; lamiral Bing, voyant (ju'il ne pouvoii le persuader : « Puisque vous voulez al)solunient donner, lui dit-il, je prétends aussi avoir un présent. x> Sur cela il prit une petite boite d'or, la moins chère de tout ce qui étoit là; «i Je la garderai, dit-il, toute ma vie pour conserver le souvenir de votre amitié, et je la substituerai à mes enfants pour qu'ils héritent de mes sentiments pour vous et pour tout ce qui vous appartient; » et je crois qu'il l'a substituée en effet. Lorsque ce même amiral eut le commandement de la flotte angloise dans la Méditerranée , M. de Belle-lsle eut occasion de lui écrire plusieurs fois
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pour quelques permissions peu considérables qu*il lui demandoit. L^irniral Biogseprètaà tout avec politesse et amitié ; il y eu^ une circonstance où M. de Belie-lsle pat croire loi avoir fait une demande indiscrète; c'étoit an sujet d'une voiture de maroquin qui devoît lui arriver de Corfou; il avoit besoin d'un passe-port de Tamiral Bing; il lui écrivit et ne reçut aucune réponse et n'entendit parier de rien pendant plus de six semaines. Après ce temps, on vit arriver un petit liàtiment anglois avec pavillon d'amitié qui demandoit à entrer dans le port de Marseille où étoit alors M. de Belle-lsle; c'étoit le maroquin que M. de Belle-Isie avoit demandé ; rofficier qui coramandoit le bâtiment remit à M. de Hclle-Isle une lettre de l'amiral qui lui mandoit que, comme mali;ré son passe-port le Ltàtiment qui apportoit le maroquin auroit pu être emporté par des corsaires , il avoit pris It^ parti le plus' sùr, et avoit envoyé une frégate armée à CSorfou. le crois qu'il est impossible de montrer plus de •soins et plus d'attentions.
* Extrait d'une lettre datée de Parit du 14 juin 1763.
L'académie t'rançoise étant assemblée, le dirocteur, M. le président de .Montesijuieu, a rendu compte que le Koi l'avoit mande pour lui dire que le choix que l'Académie se proposoit de faire de iM. l'irou ne lui étoit pas agréable et cjii'il uc vouloir pas non plus que l'on proposât un sujet qui fût du corps des avocats ! Sur cet ordre l'électipii auroit pu tomber sur y\ Buftou ; mais on nous déclara de sa part qu*il prioi^ qu*oii ne pensât point à lui et qu'il Q*èn fût pas question. Dans cet état il s'agissoit d*ea âire un troiaèina, lorsque Tmi demanda de mettre en délibération s*il ne vaudroit pas mieux remettre réleclion; quoique nous fussions au nombre de SS et que l'usage soit d*élire à 20, il passa à remettre l'élection au samedi 38.
J*avoîs dit à M. le président de Montesquieu du proposer de clian* ger un règlement fait il y a quelques mois, par lequel nous abrogions les visites, et ma raison étoit que oe règlement exposoit l'Académie aux poursuites de bien des personnes qui auroient craint de se commettre, s*il avoit fallu faire des visites. Uaffiiire mise en délibération et le nombre de voix pour le pour et contre se trouvant à peu près égal.
upres avuir appelé la moitié des assistaufô, tout d'uu coup ou s'est levé sans achever la délibération.
Je D'ai point parlé de Vaccideat arrivé an fiU de M"* de Belzunce, et je n^en parle ici qae pour conserver le. souvenir d*une réponse qui lui fût honneur. Le petit de Belzunce est un enfant qui est au collège ; il est fils unique ;
étant il jouer avec d'autres enfants de son âge, il y en eut un qui le poussa elle lit loiid)er; la chute fut très-dangereuse; il eut la tète cassée, et on craignoit beaucoup pour sa vie. Lorsqu'on T^ut apporté chez lui et. qu'on l'eut pansé , on lui demanda qui Favoit fait tomber. « Le nom de celui qui est cause de cet accident , répondit>il , • ne me parolt pas nécessaire pour ma guérison , il est donc inutile de le dire; je suis sûr qu'il est plus fà^bé que moi de cet accident. ».
Je crois avoir parlé Tannée passée des conditions quei Jéliotte avoit- demandées ^ur chanter encore pendant deux ansârOpéra. 11 demandoit 100,000 livres. Plusieurs personnes se sont cotisées pour faire cette somme ; on n'a [)u rassembler (|ue 48,000 livres. Jéliotte s'est enfin déterminé à y rester deux ans pour ces ^^8,000 livres qui lui ont été remises. 11 y a deux mois au moins que cela est arrangé. ' •
Les aventures du prince Ragotsi sont si côn'nues qu'il suffit de nommer son nom pour être au fait dé son his-, loirc; nous l'avons vu longtemps en France sous le nom de Saaros. Son ii(»nune de confiance étoit un abbé Brenner dont l'histoire est assez singulière; il étoit Hongrois. 11 vint se présenter aux PP. de rOratoire, à Nantes, et entra dans leur séminaire. Après y avoir demeuré quelque temps, il vint à Soissons où il soutint une thèse'; il trouva le moyen de se faire connoilre du prince Ragotzi qui le prit en amitié et lui donna ensuite toute sa confiance, î/abbé Brenner recevoit tous les revenus du prince Hagotzi. Cet état dura quelques années sans que le prince Ragotzi songeât à se faire rendre compte^ croyant n'avoir
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rien à craindre; ayant voulu en tin savoir l'étal de ses affaires, il trouva que tout son argent avoit été mis en a(>tîons par l'abbé Brenoer et que les actions perdoient beaueonp, il obtint que cet abbé iùi mis à la Bastille ; il espéroit au moins en tirer quelques éclaircissements, mais Fabbé qui se sentoit coupable prit le parti de se couper la gorge.
J'ai toujours oublié de parler de l'aventure de M. de La fond ; c'est un lieutenant des vaisseaux de la compagnie des Indes; il y a ringi-huit ans qu'il sert; il a fait douze yoyagesaozlpdes. Gè qui lui arriva Tannée dernière est si singulier qu'il n'y en a sûrement jamais en d'exemple. 11 étoit eFnbanjué snv le Prince, vaisseau de la compagnie des Indes destiné pour Pondicbéry, sur lequel il y aVoit 350 hommes et entre autres M. de la Touche qui alloit commander les troupes delà Compagnie aux Indes. Lé vaisseau partit du port de lorient au mois de novembre lT5i , toucha sur un banc de sable près de File de Saint-Michel. Ce banc s'appelle le banc du Turc ; ils étoient assez près pour demander du secours; on leur en envoya et on les ramena à Lorient. xVprès que le vaisseau eut été bien réparé, ils remirent à la voile le 10 mars 1752. Ils firent 1,800 lieues sans aucun accident; ils n*étoient plus qu'à 200 lieues de FInde , lorsqu'on aperçut le 26 avril de la même aiiiu o de la fumée dans le vaisseau. La seule apparence de fumée est infiniment elTrayante sur mer; Falarme, con^me l'on peut bien croire , fut dans tout l'équipage j le plus prudent auroit été de jeter beaucoup d'eau et de ne rien ouvrir. Un officier voulant découvrir la cause de cette fumée ^ fit ouvrir dans Fendroit où elle sortoit; l'air augmenta la vivacité du feu; il commença à se manifester davantage; on ne songea plus dans le moment qu'aux moyens de se sauver. Il y a dans les ^ grands vaisseaux trois espèces de petits bâtiments, une chaloupe, un canot et ce qu'on .appelle une yole. On avoit déjà mis la yole à la mer, plutôt parce qu'elle em-
barrassoit pour les manœuvres, que dans le dessein d'en faire usage pour se sauver, parce qu'on n'étoit pas encore au moment du désespoir, et 3 ou 4 hommes s^étoient jetés dedans. On voulut lever ensuite la chaloupe et le canot pour les descendre ft la mer, mais la flamme ayant brillé les cordagos , elles r('tonil)èreut Tune et l'autre sans qu'on [S lU espérer de s'en servir.
On ne peut se iigurer TborreUr d'un spectacle que présente une mort certaine , sans autre choix que le feu et l'eau; 350 personnes^ entre lesquelles ilyavoitsix femmes, dont deux étoient nièces du capitaine, balaneoient îV se précipiter dans la mer et se trouvoient surprises par les flammes dans ce moment d'incertitude. Tous ceux qui se jetoient dans Teau faisoient usage des débris du vaisseau; les cages à poulets, les màts^ etc., tout servoitde moyens pour prolonger les jours, ou plutôt les moments. Le capitaine et M. de la Tduche étoient presque les seuls qui voyoient venir la mort avec une fermeté sans égule; ils furent consumés dans la cliaiiihre du capitaine par les flammes; M. de Lafond les vit périr. L'aumônier après avoir rempli ions les devoirs de son ministère s'étoit jeté à la mer. M. de Lafond s'y jeta aussi par-dessus une foule de gens attachés à Tun des mâts. Quoiqu'il sût bien nager, il courut dVibord un grand danj;ci', parce qu'il rencontra un soldat (jni s'attacha ;\ lui et ne vouloit point le quitter; il fallut plonger plusieurs fois; à la tin ce malheureux se noya. M. de Lafond ayant rencontré le grand màt, qui étant tombé dans la mer étoit devenu un asile pour un grand nombre de soldats et matelots, il s'y réfugia quelque temps; ce fut delà qu'il aperçut la yole dont j'ai parlé. Ceux qui la conduisoient étoient à portée d'entendre la voix; M. de • Lafond leur parla, leur dit qui il étoit; il leur demanda de le recevoir; ils y consentirent à condition qu'il vien- , droit à la nage les trouver. On ne pouvoit pas raisonnablement leur proposer d'approcher, tout le monde se
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seroiijeté dans la yole et elle auroit été submergée. M. de Lafond leur fit signe qu'il iroitàeux; il s'y rendit en effet dans le rnoment où il crut être le moins aperçu. Peu de temps après, le pilote et le maître le suivirent, et furent reçus; ils se trouvèrent dix en tout, sans voiles, sans cordages, sans rames, plusieurs tout nus ^ d'autres . peu habillés y trois chapeaux pour les dix, exposés à toutes les injures de Tair et à la chaleur brûlante du soleil, n'ayant aucune subsistance, ni pour boire ni pour manger, fis n'étoient qu'à une demi-lieue du vaisseau, qui vraisemblablement devoit sauter dans peu. Le mouvement violent qu'excite dans la mer l'effort de la poudre, peut être dangereux à une demi-lieue de distance; ainsi leurs premiers soins furent de ^'éloigner. A peine avoientils pris ce parti qu'un brait épouvantable se fait entendre; ils voient leur vaisseau se briser de toutes parts, les débris enlevés en l'air retomber sur les morts et les mourants, et une fumée épaisse qui leur cache le soleil. Cependant la nuit approchoit et il fallut proûter du moment pour tâcher d'avoirquelques-unes des provisions du vaisseau. H. de Lafond , qui étoit devenu le chef de ses neuf compagnons, non-seulement par son grade, mais par ses connoissances et son expérience, les fait approcher des débris du vaisseau; la mer en étoit couverte; ils aperçoivent des barils , ils croient y trouver du vin, de Teau-de-vie^ delà viande salée, de la farine, du biscuit, en un mot quelque chose à manger; ils les arrêtent avec empressement; il se trouve que c'est de la poudre à canon ; on peut juger de leur consternation à cette découverte. N'avoir évité une mort violente que pour mourir plus lentement de faim, et même de soif au milieu de l'eau, cet avenir étoit affreux; enfin un autre baril se présente, heureusement c'étoit de l'eau-de-vie. Ce ne fut pas sans peine qu'ils parvinrent à faire entrer cette barrique dans un bâtiment aussi près de l'eau , et déjà aussi chargé; cette barrique forma le lest du bâtiment; ils
m MÊMOIRRS DIT DUC DE LUTNRS.
trouvèrent encore un morceau de 12 ou 15 livres de vieux lard , une pièce d'écarlaie doDt ils coupèrent ce qui leur étoit nécessaire ; et une autre pièce de toile d'enviroa 40 00 50 aunes. EUe étoit à quatre fils et leur fat d'an grand usage ; ils dédoublèrent leur canot en dedans pour en avoir les planches et les clous; et avec deux aiguilles qu'un matelot avoit heureusement dans sa poche, ils travaillèrent toute la nuit; ils firent un gouvernail , un aviron y une Toîle, enfin tout ce qui étgit absolum^ néoessairei.Un peu de lard et un petit coup d'eapr^e-vie dans lesS^ heures finsmt toute leur nourriture; encore même ne purent-ils faire usage du lard que pendant quatre jours, parce qu'il leur fit cracher du sang. Leur seule ressource pour se désaltérer étoit de sucer l'un après Tautre Técarl^, lorsqu'elle se trouvoit heureusement , mouillée par quelques gouttes de pluie ou par la rosée. Ils ne saveient oit ils étoient ni où ils alloient; le soleil , la lune, les étoiles, étoient leurs seuls guides; attendant à tout moment la mort et travaillant aux moyens de l'éviter, malgré l'épuisement de leurs forces. Peut-on se représenter une situation plus affreuse , après celle. dont.ils venoient d*ètre témoins? jOs étoient en effet à jlOO lieues de terre lorsque le vaisseau sauta, mais dl^uis ils igno» roient chaque jour s'ils en approchoient ou s'ils s'en éloignoient. Enfin un mercredi 3 mai ils aperçurent la terre; des oiseaux qui nejsont ordinairement qu'au, bord de U mer furent le premier signal ; ils virent ensuite une église, sur une hauteur; enfin ils. déoouf cirent une côte , mais quelle étoit cette terre? eiinemiei anua^ déserte, habitée? quels peuples? Toutes réflexions sur les dangers disparoissoient dans le moment; c'étoit la terre, cela suffisoit. La joie la plus vive se répand dans tout l'équipage; ces hommes épuisés de fatigue semblent reprendre de nouTdles forces; on he songe qu'à éviter les courants; ils abordent enfin si heureusement qu'une lieue plus bas ilsauroient été emportés contre des rochers; ils se jet-
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tent à terre avec précipitation^ et remplis de reconnoissanoe pour la Providence qui les avmt conservés, ils coBunencent par rendre leurs actions de grâces à Dieu ; ilsbaiseotla terre, la mordent, avalent du sable même. Dans ce moment ils aperçoivent 50 hommes, dont plusieurs armés, qui viennent à eux ; c'étoient des Portugais. Heureusement ils avoient dans ieors troupes un homme qui parloit cette langue; ce tmoheman se détache , sV vance^ raconte en^peu de mots et de la manière ia plus touchante la tragique histoire de leurs malheurs. Le sentiment est toujours éloquent, et il suffit d'être homme pour en être touché ; d'ailleurs, ce petit équipage avoit moins Tair de pirates que de cadavres animés. Les Portugais les reçoivent avec charité et les conduisent dans leurs habitations; ils rencontrèrent une rivière en chemin ,\ Téquipage s'y jette avec précipitation ; ce fat le premier et le plus grand soulagement qu'ils eussent éprouvé. M. de Lafond eut bien de la peine à les iaiie sortir de 1 eau ; ils arrivent aux habitations des Portugais ; Tendroit où ils avoient débarqué étoit dans la baie Tresson> près la côte de Ver. Toute cette traipe înfor» lunée n'avoit que des chemises pourries. M. de Lafond, pour se distinguer, avoit pris unecfMntiire d'écarlate. Arrivé chez le chef des l^ortugais, cet homme leur fait donner des chemises et des culottes de toile ^ du poisson et de la farine de manioc; quelque besoin qu'ils eussent de sommeil 9 ib songèrent avant tout À aller à Tégliae qu'ils aperçurentétantenmer; elle étoit éloignée d'une demi-lieue; ils s'y rendirent en chantant des litanies. Cette église est dédiée k saint xMichel. Les habitants du lieu leur donnèrent. toutes sortes de rafraîchissements; ils revinrent encore passer trois jours chez leurs hôtes. Ils avoient 15 lieues à faire pour aller au lieu nommé Paruil où demeure le gouverneur; ils songèrent à leurs provisions pour ce petit voyage; ils demandèrent de la farine de manioc qu'on leur donna, et ils achetèrent un
4M Mf^MOlIil^S DU DUC DK LU \ NES.
Ijœiif dont ils firent lumer une partie; mais comme ils n*avoient point dWgent pour le [)ayer, ilsdonnèrentpour le payer 25 pois de leur baril d'eau-de-vie. L'hôte qui leur avoit déjà tant donné de secours, voyant que iM. de Lafond avoit les pieds enflés et écorcbés, lui ût donner un cheval. Us se mettent en chemin avec trois hommes d^escorte; ils arrivent à une forteresse dont le commandant les reçoit bien et leur donne «n canot pour achever leur route plus commodément. Un qapitaine portugais qui les attendoit les présente au gouverneur ; ils sont encore très-l)ien reçus, on leur lournit tous les vivres nécessaires. Us n^y demeurent que trois jours dans le désir d'arriver promptement à Fernambouc. Ib savoient qu'une flotte portugaise devoit partir dans peu pour retourner à Lisbonne* Ce ne fut qu'en allant à Fernambouc qu'on donna un cheval à M. de Latoud. Arrivés à Fernanibouc, après quatre jours de marche, ils y trouvèrent un générai portugais nommé Correa et un M. Miguel , capitaine des vaisseaux du Roi, qui les mena chez le général de la flotte nommé Da Costa de Brito. Celui-ci donna un habillement complet à M. de Lafond , et lui en fit faire en-» core un autre; il lui fît présent d'une épée, et lui fit remettre 10 pièces d'or de 40 livres chacune, pour faire distribuer à son équipage. Sachant l'état où étoit M. de Lafond , et n'osant pas lui offrir directement de l'argent, il imagina de lui faire présent d'une tabatière d'écaillé bien remplie de tabac, comme un soulagement qu'il recevroit avec plaisir ayant été si longtemps sans en prendre. M de Lafond ne fit attention qu'au tabac dans ce moment; mais rentré chez lui, trouvant la tabatière plus lourde quelle ne devoit être, il Texamina; il trouva & pièces d'or de 40 livres chacune. Le général de Brito, outre ces bienfaits, fut occupé même de Tamusement de sou hôte pendant 50 jours qu^il demeura à Femambottc. 11 trouva le moyen de faire encore du bien à son équipage en les faisant servir de remplacement sur son vais-
JUIN l^»3. 48Ô
seau. Desueufhomiuesquiaccompagnoicnt M. deLafond, il n'y en eut qu^un qui resta au Brésil étant devenu fol; tout le reste 8*embarqua sur la Notre-Dame de Nazareth avec M. de Brito, le 5 juillet. Ils arrivèrent à Lisbonne le
17 septenil^re. Us y trouvèrent M. Diivernay, consul de France, qui leur donna tous les secours qui dépendoient de lui. Ils restèrent jusqu'au 2 octobre à Lisbonne ; là ils s'embarquèrent sur différents bÀtiments; M. de Lafond arriva à Morlaix, le 2 novembre^ et à Lorient le 10; il y a resté quatre mois malade ; il se rendit ici il y a environ deux mois avec une relation imprimée de son aventure. C'est de cette relation et de la conversation que j'ai eue avec lui que j'ai fait le détail ci-dessus. M. de Lafond ayant tout perdu est venu recourir aux bontés du Roi. Comme il n*est officier, que de laoompagnie des Indes, il n'est pas particulièrement dans le cas des grâces de S. M.; cependant son aventure est si singulière qu'il peut espérer quelque bienfait, sans que cela tire à conséquence. M. lézarde des sceaux, comme chef de la* Compagnie» vient de lui accorder dans ce moment 100 écus de pension et 100 pistoles de gratifia cation , et lui &it espérer quelque place dans le remplacement.
Je ne sais si j'ai parié de la présentation de M"" la comtesse deBrienne, nièce par son mari de M""' de Luynes; mais ce que j'ai sûrement oublié de marquer^ c'est que le chevalier de Brienne» son fils cadet /qui peut être regardé comme l'alné, l'autre étant prêtre, a eu l'honneur de soupQr avec le Roi et de monter dans les carrosses de S. M. M. de Briennc le père, qui est vivant, n'ayant point été à la Cour de tout ce règne-ci et menant une vie particulière à Paris et à la campagne , on n'étoit pas accoutumé à rendre à la naissance de MM. de Brienne toute la justice qui lui étoit due. C'est ce qui engagea M*' de Brienne à donner le mémoire dont on trouvera ci-aprè^ la copie,
48tf MÉMOIRES DU DUC DE LUYr^liiS.
Ueori-Auguila de Loménie (I), bam delà Yfllem Glenss, et d«spuis comte de Biifimie» eecrétaiie d*État et mmUtre des affaires étrangères, éloit Ois d'Antoine de lioménie, aussi secrétaire d'État, et petitfils de Martial de Loménie, secrétaire des finances, laquelle charge étoit dans le temps qu'il vivoit la même que secrétaire d*État. Il fut Élit grand prévôt et maître des cérémonies de Tordre du Saint-Esprit, en 1619, et lit ses preuves, qui remontent au-dessus de Tan 1470. Ces preuves ont été vérifiées et approuvées par MM. de Liancourt et îl'Harville, commissaires nommés par le Roi à cet effet ; leur certificat de r(>ception desdites preuves est au greffe de l'Ordre tel qu'il va être rapporté.
« Nous, Charles du Plessis, seigneur de Liancourt, conseiller du Roi eu son conseil d'Klat, capitaine d'une compagnie de ses ordonuiinces, ;;ou\tTm'nr de Paris et premier écuyer de S. M., commandeur lie Tordre du Snint-Ksprit, et Claude de Harville, aussi conseiller audit conseil d'Ktat cl cipilaine d'une compagnie de ses ordonnances et eoinm.iudeiir dndit ordre, certifions au Hoi, chef et souverain grand maître du<liJ Ordre, et à tous ceux à qui il appartiendra, qu'en vertu des lettres de commission du vingtième de ce mois sipnées î^ouis, et plus bas : par le Roi, chef et souverain grand-maître de / Tordre du Beuolt Saiut-Lsprit, Potikb, èt scellées du sceau dudit Ordre, à nous adresaéea per S. M., nous avons vu, lu, examiné et vérifié les titres et contrats ci-dessus mentionnés, à noas «ih3)és et représentés par ledit S' de la Ville aux Clercs poor la preuve de sa noblesse; et par ioeux avons trouvé qull est gentilhomme de nom et d'armes de sept géDératioiMy la sienne comprise. £n foi de quoi nous avons signé le présent certificat et icelui fait cacheter dn cachet de nos armes. A Paris, le 2S* jour de mars 1619. Signé Dv Plbssis et Claude ns Habyillb, et scellé dn cachet des armes desdits sieurs commis» saires.
M<"^ de Briemie, épouae de cet Henri*Augoste de fjoménie, ent
l'honneur de suivre seule la reine Anne d'Autriche au voyage qu'elle fit à Bordeaux en IfiSO, aiusi qu'il est rapporté au 3* volume des Blémoires de M™<' de Motteville.
M'^ de r.oménie , sœur du même Loménie eut l'honneur d*étre choisie pour être luie des demoiselles qui composoient le hailet dansé par Madame de Frauce en 1616, avant son départ pour son mariage
(1) Cet Henri AngHSla de Loméiiie est le trisaltiil de comte de Brisnae,
colonel du n'glment d'Artois. (Note du duc de Lui/nes,)
(2) Elle épooM depoik, «o 1610, Henri d'Orl^a, ehevslior, intrquU deRotlieJin.
avec le roi d^Ësp^giie, aimi qu'il est dit au 4* i-olume du Mercure françois.
Dusamedi 16, Dampiêtre. — Le Roi revient aujourd'hui de Crécy, où il est depuis mercredi. Mon fils, qui en est revenu ce matin, vient de me dire que le Koi a accordé à M. de Maillebois le fils la survivance du gouvernement de Douay, qu'a M. le maréchal de Maillebois, son père. Ce gouvernement vaut 30,000 livres de rente.
Du mardi 19, Versailles. — M. de Brahciforte a eu au* jourd'hui audience publique. J'ai iiianjué ci-dessus ce qui étoit ré^lé pour cette audience; je ne répéterai point ce cérémonial : l'honneur des armes, tiimbours rappelant, réception à l'entrée de la salle des gardes par le capitaine cbes le Roi, par le chef de brigade chez la Reine et M*^ le Dnuphin , etc. Cetle récieptto'n par les officiers des gardes ne se fait point chez les autres Enfants de ' France, parce qu'ils n'ont point de salles des gardes. L'au- ^ dience n^est point comme celle d'un cardinal, lequel est reçu et baisé par la dame d*honnenr chez la Reine, et reconduit, et a en tout le même traitement qu'une am- ImssÂ'drice , excepté Ta cérémonie de voir le Roi chez la Reine (fui se fait pour les ambassadrices. Le nonce ordinaire ou extraordinaire a le traitement d'ambassadeur, par conséquent l'audience du Roi est dans le balustre. Les langes que le nonce a apportés furent étalés dans le cabinet du Roi, et ensuite portés dm ^elui de M. le duc de Bourgogne. Les langes et un grand manteau pour l'en-' fant sont brodés d'une fort belle brodei*ie d'or qui a été faite à Rome; il y a beaucoup de dentelle comme dans une layette, mais i^eulement pour l'usage de reniant, i^oublioisde marquer que Taudienoeétoi tdans le grand càbidM ; elle anroit dù étre de même chez M** la Dauphine, mais M"* la Dauphine étoit sur une chaise longue et elle reçut le nonce dans sa chambre. M"*^ de Sassenage, comme femme du chevalier d'honneur, étoit à gauche de M"" la Dauphine, debout, mais ayant un carreau devant elle.
M"*^ (le Laurat^uais n'y étoil pas. M""^ la duchesse de Villars se trouva à cette audience chez M'"*" la Dauphine. J'ai déjà dii, à l'occasion d'autres audiences semblables, que . les ambassadeurs ne se couvrent que chez le Roi et M'' le Dauphin, et que chez la Reine , H"* la Dauphine^ Mesdames, etc., ils ne font qu'un mouvement de la main comme pour se couvrir, mais ne se couvrent point. Cet usiiiii' s'<)})srrvc chez M. le duc de Bourgogne pendant qu'il estentre les mains des femmes. L'ambassadeur avoii quatre carrosses, deux à huit chevaux et deux à six. Les deux plus beaux ont été faits à Rome ; ils sont fort grands, fort hauts et fort chargés de sculpture ; en pareil cas, on donne plus à rap[)areuce qu'à la pcrtection de l'ouvrage. Pour recevoir le nonce, M. le duc de Bourgogne éloit debout sur son fauteuil et avoit les deux mains appuyées sur une longue bande d'étoffe brodée, sur laquelle il y a au milieu et aux deux coins des siigels de piété brodés en soie dont les visages sont peints èn miniature. Deux gentilshommes ordinaires tenoient les deux coins de cette bande.
On trouvera ci-après un détail sur l'Angleterre et sur la Hollande qui m'a paru digne de curiosité.