‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV 17351758Chapitre 8 sur 58 · JUILLET I7K9. AS · texte numérisé non relu

JUILLET I7K9. AS

lâchasse. Mesdames sont venues la voir uussilùti cl elle a passé avec elles sur sa terrasse pour voir les changements qui y ont été faits. On a fait une voûte sous la ter« russe de la Reine» de dessus laquelle on voit une rue qui mène à celle des Ministres entre les corps des gardes ^^uisses et françoises; on en a abattu les arbres, et c'est par là que la Reine a passé en arrivant , et que le Kui passe tous les jours pour aller à la forêt. On va faire un chemin pavé en dehors pour éviter de passer dans la ville.

Du 2. — La Reine soupa hier ches elle avec M"*' de

Boufllers et de Bouzols; elle a été ce matin ;\ la messe aux Carmélites, et l'après-dlnée à vêpres à Saint-Jacques» où le Roi a été entendre le salut.

On vient d'apprendre que M. de Charolois a été lilessé assez considérablement par un sanglier dans la forêt & Chantilly. M. de la Trémoille a été présenté aujourd'hui ; il a fait son remerelmeni pour la place dans les grenadiers de France , qu'il a eue en uiùme temps que M. de Tessé.

M. de Chaulnes est venu <\ Compiègne, comptant y rester jusqu'à jeudi ; le Uoi lui a dit qu'il falloit qu'il s'en allât parce qu^ii avoit besoin, de son logement^ à cause de l'arrivée de M"^ la Oauphine, que l'on attend le 6.

Duk, à Compiègne. — M. de Chaulnes a travaillé aujourd'hui avec le Uoi. Il y avoit une des deux places de cornettes nouvellement créées dans les cheviiu-lé^ers (jui ii'étoit pas remplie. J'ai déjà marqué qu'il y en avoil une de donnée à M. de Durfori (1) ; l'autre a été donnée à M. de Montalembert i^), qui a été premier écuyer de M.le prince

(1) Mari de M'>c de Menneton. (yote du duc de Luijms. )

(2j 11 est liominisde condition et colonel. U avoil demandé à M. )<> piint H «la CoDty Ja permission de mt? ir ; II. le prinee dt Conly n*afoit pas approuvé ce projet; M. de Montalemliert prit le parti de quitter le lervice de M. le prince de Gonty. ( iVo<« du duc de Lupui,)

MÉMOIRES mi DUC DE LUYNES

de Conty. On trouvera ci-après le bon du Roi sur cette affaire.

Bon du Hoi,

Le Roi a accordé à la compagnie des chevau-légers de sa garde une gratificatton extraordmaire de la somme de 300,000 lifras, provenaat de la finance de deux nouvelles ehaigw de coroeM que & M. a en la bonté de créer dans ladite compagnie, pour être employée à l'acquit des dettes de ladite compagnie et aux difi^entes dépenses qui seront occasionnées pour les exercices qui y sont établis depuis plusieurs années. Arrêté àCompiègne» le 4 juillet 17&3.

La Reine fait faire une quète cetle année pour ieferOiy* mélites de Compiègne, comme àTofâiimire. C'est M** de .

MoUles ((^unllaus) qui en est encore chargée, comme Fannée passée.

Du 5, Compiègne. — La terrasse de la Reine est un peu gàtée^ parce qu^à Tendroit où on a fait la porte il faut^ après la voùte^ descendre huit maiwhes^ ce qoi coupe ce terrain qui n'ëtoit pas bien grand ; mais toat cela n'est

pas îl son dernier mot. On dit qu'on a arrêté des projets de bAtiments'pour quinze ans. On abattra, aussitôt après le départ de la Cour, iegouveruemeut et l'hôtel de Hicbelieu, qui ne ^est pas encore^ quoique la place d'armes soit augmentée de près, de moitié; mais Tannée, qui vient elle fera une partie de la cour du chAteau.

La maison (bouche) de M*"* la Dauphine^ par un malentendu, étoit venue jusqu'à la croix ; on l'a renvoyée à Versailles. M. et M""' la Dauphine mangeront avec Mesdames. M*"*^ la Dauphine logera dans rappartemcnt de M^^ le Dauphin au coin de la cour à gauchoi et M^'^ le Dauphin au-dessus.

Une preuve qu*il y a encore beaucoup d'argent , au

moins pour le jeu, c'est qu'au jeu delà Reine, où 200 louis sont plus (jue suffisants dans le plus grand malheur, 14'"* de Livry y apporta 700 louis.

Du 6, Campiégne, — La Reine a demandé au Roi ce

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malin la permission de taire l'aire un autel à côté de la porte de la sacrisUe, dans la chapelle» afin d'être dispensée d'attendre pour le moment de sa messe; et quand ^ je sois sortie de ches eUe> on alloU de la part du Roi loi proposer de se servir de Faute! portatif qui sert dans sa chambre lorsque la Reine est incommodée ; ainsi elle en pourra avoir un dès demain.

M. et M"'*^ la Dauphine viennent d'arriver (sept heures). Us étoient partis à dix heures. Us avoient dans leur car* rosse M"* de firancas douairière (Glermont), M de Sassenage (Sasseni^e), deHaugiron (Sassenage) et de Pons (Lallemant de Beia). C:e quMl y a de singulier, c'est que M"* de Brancas , arrivée avec eux, va repartir dans It^ moment pour aller coucher dans sa maison du Val près Saint-Germain. M*"" deBrancas, la belle-hlle, est ici; elle est venue dans son carjrossey à cause de la colique qu'elle avoit. .

Je viens de recevoir une lettre de. M. l'évéque de Bayeux qui me mande quMl a un appartement. J'ai surle-champ envoyé chez le grand maréchal; il a répondu qu'il étoit vrai que le Roi lui avoit dit que M. de Bayeux venoit et qu'il faUoit l» loger, mais il a dit au Roi que M, de Bayeux avoit un logement à rhôtel de Luynes et queS. 11. ne seroitpointoblîgée de délciger pefsonnepouir lui ; à quoi le Roi a dit : « Gela est bon ; cela ne préjudicie point à ses droits, parce que ce voyage-ci n'est que poui' fort peu de temps (1). M. de Brionne a cédé son logement, qui est à portée de ceux de M. et de M"'"" laDauphine, et s'est retiré dans sa maison à la ville , oii logeoit feu M. le prince Gharles.

Du 1, Campiègne, — H*' lBl>aupbin et M"" la Dauphine viennent de passer ches Mesdames. Ils se sont mis tous

(1) M. le grand maiéchal assoie qu'un aussi court Toyage^ et «tans de pareilles cireonstaiiocs, ert sans cooséquence, el que Ton ne peutjamaia disputer on lesemant k M. de Bajem. (AMe du dvedK Inyacs.)

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les six à table (1). Le Hoi va cette après-dînée à la chasse du chevreuil en calèche avec Mesdames (2). Il a été ce matin entendre laroesse àlacongrégationy où on célébroit la fôte du bienheureux Pierre Fourier, leur instituteur. On rappelle aussi de Mattinoourt, parce qu'il étoit curé de ce bourg, en Lorraine, sa patrie. Il naquit àMirecourt, en 1565; il fut chanoine régulier avant que d'être curé; il fonda deux congrégations , l'une de chanoines réguliers pour l'instruction des hommes, et Tautre de reli- ^eusespourFinstruction des filles. Ce sont les religieuses delà congrégation N.-D. Cet institut fut approuvé par le pape Paul V, en 1615 et 1616. Le P. Fourier mourut en odeur de sainteté, en 1640, et fut béatifié à iiome en 1703.

Du 9, Compiégne. — Le Uoi a été aujourd'hui au salut à Sainte-Blarie. Le prieur de Saint-Corneille, qui y avoit officié à la messe, y officia aussi Taprès-dlnée; il étoit avec toutes a communauté, à cause delà béatification de M*^de Chantai. La Reine a entendu les vêpres dans cette église, et le panégyrique fait par M. l'abbé de la Tour-dii-Pin.

M'"'* de (Chantai naquit à Dijon, en 1570. Son père, nommé Frémiot; étoit avocat général, puis second président au parlement de Dijon; son frère fut archevêque de Bourges. Elle épousa à vingt ans M. de Rabutin, baron de Chantai ; elle eut six enfants^ Tun desquels épousa une Coulanges et fut père de M"* de Sévigné. Le baron de Chantai fut tué malheureusement à la chasse par un de ses amis. M'^'^de Chantai se mit sous la conduite de saint François de Sales. Ayant résolu de concert avec lui de

(1) 11» Mt toujours mangé long six, matin et soir, dans le eabiiiet qui est avant la chambre de Mesdames. Ils étolent servis par les ofliciers du Roi qui servent Mesdames. M"»» de lieauvilliers a toujours pn-senté les six serviettes ipifind elle s'y est tron\ée, et lorsque ni elle ni M"« d'Eslrade-^ n'y éloient puinl, el que M<"'^ la iiiarecliale de Duras y étuit, ou lui doonoit les .servielles. (ISote du duc de Luynes. )

(7) Madame Sophie monta à elieval à cette citasse pour la première fois. {NotedH due de IMptet.)

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fonder Tordre de la Visitation^ elle prit Thabii i\v religieuse, en 1619, dans le faubourg d^Annecy. Ses religieuses ne furent pas d'abord eloitrées ; ce ne fut qii'à la persuasion deN. de Marquémont , archevêque de Lyon et

depuis rardinal , que la congrégation fut ôriecée on religion et confirmée par le pape Paul V. M'"' de Chantai mourut à Moulins, en 1641.

M. révéque de Rennes arriva le 8 à Compi^gne, et fit sa révérence le 9 à la Reine.

• ExêraU itunê ietire dê ParUt du 9» d^me perumne trét-tuindie.

it Le Parlement reçut le 7 un appel comme d'abus du bréviaire d*A- « mieiis, etil ût plus; il condamna à être brûlé par la main du bourreau « (oequi fut exécuté) une lettre de M. Pévéque de Marseille à M . le « chancelier. Onauroit cru que In lettre d'unévéque à un chancelier de « France ne couroit pas le risque de devenir publique, c'est pourtant « ce qui est arrivé. On a trouvé le secret d'avoir cette lettre, et sur-lc- « champ on l'a fait imprimer pour la rendre susceptible d'une con- " damnation. M. de Marseille soupconnoit d'autant moins un pareil « affront, que M. le chancelier lui avoit fait une réponse à cette lettre, « (jui en est l'apologie. Le Parlement n'en a pas jugé de même, comme « s'il ne talloit pas distinguer ce qu'on écrit sous le sceau du secret des « ouvrages qui sont écrits pour le public.

« La coramissiou a congé pour quinze Jours. »

M"^ de Marsan a une nouvelle affaire avec M. de Richelieu, joint à M™' de Boauvau, an sujet de la succession de Guise. On sait que la seconde femnne de M. de Richelieu étoit fille de M. le prince de Guise ; M*"" de Beauvau est Bouillon^ maisfiile d'une Guise sœur de M"'' de Richelieu. Il s'agit dans cette affaire de la légitimité du prince de Vaudémont et de M""* de Lislebonne. Il** de Marsan est Rohan-Soubise; mais sa mère, M"* la princesse de Soubise, étoit fille de M'"*" la princesse d'Épinoy. M""' d'Épi noy, née le 5 avril et mariée le 8 octobre l(it)I , étoit fille de François-Marie de Lorraine , quatrième du nom, mort le 9 janvier 169^, âgé de soixante-sept ans , et de sa seconde femme^ Anne, légitimée de Lorraine, fille du duc

de Lorraine Charles IV et de la princesse de Caiitecroix (Béatrix de Cuzance), morte le 19 février i 720. Ce duc de LormiDe avoit épousé, le %B nud* 1621^ Nieole, iille de Henri duo de Loftaine, sa eoasiDe germaine ; elle mourut le 20 février 1657 ; il épousa en secondes noces, le k novembre 1665, la fille du comte d'Apremont , qui étant devenue veuve en 1(»75 se remaria en 1079 au comte de Muisfeld. Ce duc Charles IV avoit épousé eu 1637, par conséquent vingt ans avant lanuMft de sa première femme, Nîoole-Béatrix de Gusance, princesse de Gantecroix ; il en eut deux enfants, le comte de Taudémont, né en 1649 et mort en 1723, qui eut pour fils le prince de Vaudéniont, mort en 1704. Le second enfant de Charles IV et de la princesse de Cantecroix fut une iille, née en 1639, par conséquent dix-huit ans avant la mort de Nicole, mariée en 1660 au comte de Lislebonne, et morte en 1730. Cette fille, de Lislebonne, étoit la mère de d'Épi noy, par conséquent grande-mère de M"" de Soubiseet bisaïeule de M"* de Marsan. Quoique la légitimation de M"" de Lislel)onne ait été reconnue partout, il est aisé de croire que Ton peut disputer une succession à une hUe née dix-huit ans avant la mort de la première femme de son père.

M. de Richelieu , par ses enfants, et M"" de Beauvau ,

par elle, sont aux droits de M. de (iuise, pour qui le duc de Lorraine en 17i8 renouvela le nom de Guise en lui donnant plusieurs terres en Lorraine.

M. de Lorraine, qui avoit épousé une Castille, dame de Mon^jeu, éloit petit-fils de François de Lorraine. François de Lorraine étoit le troisième fils de Charles de Lorraine, second du nom. Charles de Lorraine , second du nom , étoit petit-fils de Hené de Lorraine. C(3 Uené de Lorraine étoit le septième fils de Claude de Lorraine, duc de Guise. Ce Claude de Lorraine étoit le cinquième fils de René H, mort en 1508. Ce Hené U étoit Vairière-petitfils de Ferry de Lorraine, premier du nom, et Férr'y étoit

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second fils de Jean , duc de Lonaino. O Jean étoit fils unique de Kaoul; ce Raoul, tué en 1346 à la bataille de Grécy, est celui par qui on commence à compter la généalogie de MM. de Lorraine, qae Ton pourroit cependant remonier jusqu'en 1048.

Duiù. — Mon frère me mande de Gompiègne : « N'étant trouvé seul hier d'évAque à la grande messe je présentai le livre des Évangiles et la paix à baiser à la Reine, eu présence de M. Tabbé de Marbeuf, qui étoit de service comme aumônier ordinaire, lequel en avoit prévenu la .fteine, el eela' fut sans difficulté en conséquence de la déoision du Roi à ce sujet. »

D» 11, Compiêgne, — Le Roi a dît à son lever que le cardinal Alberoni étoit mort; il étoit âgé de quatre-vingtneuf ans. C'est le quinzième chapeaii que le Pape a à donner. Il mourut le 26 juin, à Plaisance, il étoit le doyen des cardinaux-prêtres, et se tiommoit Jules. 11 étoit né à Plaisance, le 31 mai 1664. M. le duc de Vendôme, commandant en Italie, l'amena en France ; Tabbé Alberoni le suivit ensuite en Espagne; Philippe V le chargea Je la négociation de son mariage avec la princesse de Parme, et peu d^ temps après ce prince le nomma son premier ministre, et Clément XI le créa cardinal en 1717.

M. lecbanoelier (1) a perdu M. le président d'Aligre, son bean-Irère. LeRoi et la Reine kd ont envoyé faire des compliments. M. le cbancelier n'a point d'enfants de la sœur de M. d'Aligre ; il a trois filles de M'"" Roujault, sa seconde femme. M. d'Aligre avoit épousé M"*' Rose, dont il laisse un fils qui a épousé M"'' Talon, lille de M. Talon et de M*^ Gbauvelin, et uné fille qui a épousé M. de la Tour, intendant et premier président de Provence.

On apprit jl y a quelques jours que la plus grande partie des maisons et même du château de SaintFargeau

(1) Gafltamiie de LiBioignoii.

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avoient été brûlés. Le feu a commencé par la maison d'un boulanger et a duré trois jonrs. La perte est estimée

VOOjOOO livres. Ce château ctoit à feu M. le Pelletier Des- Jbrs, contrôleur général. Saint-Fargeau est une {>etite ville du Gàtinois, sur la rivière de Loing^ à quatre lieues de Briare; elle est du diocèse d'Auzerre. Saint Vigile , évèque d'Auxerre^ en parle dans son testament , dans le sixième siècle.

En 990, Vévôque Hérilbert, qui aimoit lâchasse, fitbàtir un château à Saint-Fargeau, qui étoit dans le voisinage de beaucoup de bois. Jacques Cœur et Charles de Chahannes ont été seigneurs de Saini-Fargean sons Charles Vil et Louis XI. Ce Ghabannes y fonda un chapitre de qaetre chanoines. Cette terre fut érigée en duché ^ étant possédée par H"* de Montpensier. Le château bâti par Antoine de Ghabannes a été fort embelli par les derniers seigneurs. Il y a un couvent d'Augustins, et un bailliage qui ressortit à Montargis.

Du 13, Compiègne. — Le gouvernement du fort du Taureau a été donné ce ma,tin à M. le comte de Saulx^ menin de H*^ le Dauphin. Il vaut 10^000 livres de rente ; il étoit vacant par la mort de M. de Goesbriant. ^

Du I V, Compiègne. — Il parolt une lettre imprimée de M. Févèque d'Amiens. Je la trouve admirable; elle est sage, forte et respectueuse ; elle est écrite au Koi ; cependant elle est supprimée.

Nous avons eu aujourd'hui Faudience de M. Blanciforte, que Ton prononce Blanquiforté. C'est un jeune homme, qui a une belle physionomie. 11 est allié aux Colonnes , aux Farnèseset à toutes les plus grandes maisons d'Italie; il n'est point encore évôque. Il est venu ici il y a deux jours, c'est lui qui apporte les langes de M. le duc de Bourgogne. On croit qu^il remplacera le nonce qui est ici quand il sera cardinal, parce que le Pape ne fera pas encore sa promotion si tôt.

Du tbf Compiègne, — Il y a eu ici un petit débat pour

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les chapelles. Il y n des chîqx'lains de M'"*^ la Daiiphine et de Madame Adélaïde qui sont en môme tem]^ de la musique du Roi ; ces deux services se trouvent assez souvent en concurrence ; quand ils manquent à la musique, M. de Rennes lès fait piquer comme absents, sans miséricorde. M""" la Dauphine et Madame Adélaïde ont demandé avec vivacité à M. de Rennes de leur laisser leurs honoraires de la musique en entier lorsqu'ils ne sont absents que pour leur service. SI. de Rennes a répondu que cela feroit une planche très-contraire au bien du service du Roi. M"' la Dauphine et Madame Adélaïde plaidèrent cette cause très-vivement contre M.^de Rennes, dans le cabinet du Hoi, et en sa présence ; le Roi en rit beaucoup, mais cependant il a été convenu que les choses resteront comme elles sont.

Du 15, Compîègne. — La Reine s'enlermc au jour* d'hui ; elle fait demain ses dévotions aux Carmélites, à cause de la fête de Notre-Dame de Mont-Garmel; elle y dînera et y restera jusqu'à six heures, que le Roi y entendra le salut.

Les agents du Clergé sont venus apporter une requête ici ; mais c'est à M. de Saint- Florentin quUls Tont remise ; ils n'ont point parlé au Roi.

Les gens du Roi ont été envoyés ici pour représenter à S. M. Finoonvénient qu'il y auroit de laisser au public la lettre de M. Tévéque d'Amiens, qu'ils supposent adressée au Roi, et qu'ils disentétre contraire à toutes les lois du royaume et de l'État.

M. le marquis des Issars, nommé à l'ambassade de Turin, a remercié aujourd'hui d'une place d'expectative de conseiller d'État d'épée ; oiais il n'entrera pas au conseil jusqu'à ce qu'il y ait une place vacante. Autrefois cela n'éloit pas de même. Ils y entroient et passoient même leur vie sans avoir une véritable place. M. d'Argenson a été le dernier qui ait joui de cette prérogative.

J'ai envoyé «hez M. le chancelier de la part de la

Heine laire des compliments sur la mort de M. d'Aligre, et j*ai appris à cette occasion que quand il y a des complimente à faire à des personnes qui sont dans le même lien que le Roi et la Rdne^ c'est des valets de chambre qu'on envoie, et par conséquent nous qui en donnons l'ordre.

M. io nonce m'a amené M. Blanciforte. Comme il est nonce extraordinaire^ il a le pas avant l'ancien, quoiqu^il ne soit pas évéque. 11 parolt aimable et avoir envie de se faire oonnoltre. 11 m'a demandé la permission de venir chez moi les soirs.

M. du Roure est mort aujourd'hui à Paris. Il avoit soixante-quatre ans. Ilétoit lieutenant général des armées du Hoi, gouverneur du Pont-Saint-Esprit , et avoit été premier sous-lieutenant des mousquetaires gris.

Du 17, CampiègM* La Reine va demain donner le voile à une postnhinte aux Carmélites. Cette cérémonie se fera le matin.

Du ÎH, Compiègne. — M"* de Saint-Florentin eut hier ici une vapeur très-forte, la parole embarrassée, et ne pouvant trouver les expressions qu'elle vouloit dire, connoissant son état et en étant dans une agitation effroyable. C'est une indigestion considérable, mais les médecins disent qu'il n'y a pas de danger. Elle est beaucoup mieux ce soir, parce qu'elle a en de grandes évacuations. La Reine en étoit fort inquiète et fort affligée.

M*' le Dauphin et M™' la Dauphine s'en retournent lundi 24 à Versailles, pour ne plus revenir ici.

M. le garde des sceaux et M. de Saint-Florentin partirent avant-hier pour aller à Parts s'aboucher avec H. le cardinal de la Rochefoucauld au sujet des affaires du Clergé. Ces deux ministres doivent revenir demain.

Le gouvernement du Pont-Saint-Esprit qu' avoit M. du Roure a été donné à M. son fils.

Du 19, Compiègne, — Le roi de Pologne a fort envie de venir; mais il voudroit accorder son voyage avec le

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séjour de Madame Infante. La Reine lui a mandé qu elle venoit à Versailles trop tard , et que ce ne seroit qu'aa retour de Fontainebleau; il lui a répondu que les saisons ne lui fûsoient rien ^ et que quand il venoit la voir^ il trouToit toujours les chemins semés de fleurs.

Dm 21, Compiègne. — Il y a eu aujourd'hui à la chapelle une messe de Requiem pour feu M""*" la Dauphine. M*^ le Dauphin avoit l'air fort triste^ et ce qu'il y a de singulier c'est que M*^ la Dauphine avoit le même maintien.

H. le maiY] uis de Sartirane, andiassadeur de Sardaigne^ a eû aujourd'hui sa première audience du Roi. Il est venu chez la Reine accompagné de M. de Saint-Germain, qu'il vient remplacer, et de M. Dufort, introducteur des ambassadeurs. 11 a remis une lettre à la Reine, et lui a fait un compliment fort poli auquel elle a répondu ; et étant sorti, M. de Saint-Germain est rentré avec un air très-sérieux pour prendre son audience de congé et a présenté aussi une lettre. La Reine lui a marqué du regret de le voir partir si tôt.

On vient de me conter l'aventure du S' Hermant, receveur du grenier à sel de Montfort. 11 y a six ou sept jours qu'un laquais de M*"* de Marsan qui sortoit de ohes hsà, ruedes Bons-Enfants, à Versailles, pour aller retrouver M"" de Marsan, qui soupoit ohe2 deTallard, s'arrc^ta vis-à-vis l'hôtel des Nourrices, dans la même rue où demeure le S"" Hermant. Le domestique du S' Ilermant avertit son maître qu'il y avoit un voleur vis-à-vis sa porte^ sur quoi le S' Hermant lui dit de tirer un coup de pistolet) ce que le domestique fit , et ne blessa point l'homme qui étoit dans la rue, et qui étoit toujours arrêté pour quelque l)esoin, ne croyant pas que cé fût à lui à qui on en vouloit. Le S' Hermant, voyant que ce premier coup n'avoit rien fait, prit un fusil à deux coups, tira lui-même sur ce malheureux, et du second coup lui cassa la cuisse. On a porté cet homme chez lui, et on Ta visité ;

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il a élé décidé qu'il falloit lui couper la cuisse, et il est mort dans l'opération. Le S' Hermant s'est sauvé. M"* de Tallard poursuit très-vivemeDt cette affaire, par riniàrêt qu'elle prend à un homme qui étoit à M"* de Marsan > depuis dix-sept ans ; elle en a écrit au Roi et à M'' le Dauphin. M. le comte de Noailles sollicite très-fort pour Hermant, parce (jiril a été son secrétaire. Sa femme est femme de chambre de M'"*^ la Dauphine (l'.

Du 22, Compiégne. — Le Hoi a été uo peu incommodé d*un rhumatisme sur le bras, mais cela ne Ta pas empêché un seul jour de sortir.

Je vous rends mille grâces de Tépitre de Voltaire ; j V vois un grand désir de la voir, mais je ne la montrerai pas à la Reine ; elle en est furieuse, et dit que rien dans Je monde ne la lui feroit lire (2).

L'ambassadrice de Hollande est arrivée et M. et M"*^ de Loss. Le nouvel ambassadeur de Sardaigne fait venir sa femme aussi.

LaReine a été aujourd'hui voir M"^ de Saint-Florentin ; elle en a été très-contente , et elle ne s'est pas trompée d'un mot sur tout ce qu'elle lui a dit.

Le Roi a de grands projets de bâtiments pour ici ; il y aura de quoi s'amuser pendant plusieurs années.

M"* de Mérode a gagné son procès tout d'une voix» à Maubeuge, contre le marquis de Westerloo. Elle s'attend qu'il en appellera au parlement de Flandre» afin de continuer à la fatiguer.

M. le Premier et M""^ sa femme doivent partir incessamment pour aller à Dijon solliciter un procès qu'ils y ont au Parlement.

(1) L'affaire a été accommoih'C un peii avant le retour du Roi. Hermant a donné 12,0U0 livres d'argent comptant pour la veuve et les enfants ; il a conservé M place, et sa feoime est demeurée auprès de Mb>« la Dauphine. ( Noie du due de Lugnet,)

(2) M. Beueliot, dans sa table clironotogiqtte des écrits de Voltaire (tome LX, p. 507 de son édilion ), nUndiqve aucune épttre h la date de 17&2.

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