‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 10 sur 268 · LIVRE XV. — 1 8 1 1 — 18 il · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — 1 8 1 1 — 18 il

(le Joseph, qui n’était jamais un appui, mais toujours un obstacle et un embarras toutes les fois qu’il entrait en contact avec les troupes actives; enfin les difficultés qui résultaient de la nature du pays où l’on devait combattre; l’inimitié du peuple; la valeur et les moyens matériels de l’armée anglaise, toutes ces considérations devaient faire passer pardessus les motifs qui l’éloignaient de l’Espagne, et le décider à venir diriger lui -même cette campagne.

Il en fut cependant tout autrement. Son divorce prononcé donna lieu à un nouveau mariage; et ce mariage, contracté avec une archiduchesse, devint bientôt le précipice, le gouffre où s’engloutit la fortune de Napoléon. D’abord il l’empêcha de commander pendant cette campagne; ensuite il exalta chez lui un orgueil qui, depuis longtemps, dépassait cependant les bornes de la raison. Une folle confiance en fut la suite; et, s’étant mis, en 1812 , à la discrétion de l’Autriche, on sait ce qui en résulta.

L’Empereur se décida donc à rester à Paris, et, en retirant tous les pouvoirs militaires à Joseph, il choisit Masséna pour le remplacer. J’ai déjà dit que la première qualité d’un général d’armée est d’inspirer la confiance à ses troupes, et, sous ce rapport, le choix de Masséna était bon pour le début; mais le choix ne doit pas être fait pour un seul jour;

car, si le général qui électrise les soldats à son arrivée n’est pas capable de la conduite d’une guerre, si ses opérations ne répondent pas à L opinion qu’on a de lui, la confiance disparaîtra bientôt. Masséna, véritable général de bataille et sublime le jour de l’action, n’était point un général de manœuvres, ni un général capable d’administrer, de calculer ou de prévoir. Jamais il n’avait eu ces qualités, et déjà il n’était plus lui-mcme. Ce choix était donc mauvais. Après les premières opérations, chaque jour en apporta de nouvelles preuves.

Masséna, nommé dans le courant d’avril 1810 , se' rendit immédiatement, à l’armée. L’Empereur mil sous son autorité tout le nord de l’Espagne, les troupes d’occupation chargées de la conservation de ces provinces, et, en outre, l’armée active, composée des deuxième, sixième et huitième corps d’armée, commandés par le général Régnier, le maréchal duc d’Elchingen et le duc d’Abrantôs. Le deuxième corps, qui. était alors sur la rive gauche du Tage, dut y rester jusqu'à nouvel ordre, et les sixième et huitième corps formèrent, pour le moment, les forces dont il disposait»

Ces deux corps se composaient de soixante-douze bataillons et de quarante-six escadrons, formant cinquante-neuf mille six cent soixante-cinq hommes, dont dix mille cent quatre-vingt-dix-huit de cavalerie. L’artillerie et les équipages avaient cinq

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