LIVRE XV. — i8ii-i8iî
prise de Saragosse, avait à pacifier le pays, à conquérir les places de la Catalogne et du royaume de Valence. Joseph, avec l’armée du Centre, avait battu l’armée espagnole à Ocana; mais les forces ennemies, dans la Manche, se rétablissaient peu après avoir été dispersées. En occupant le reste de l’Espagne, on étendait l’armée française comme un faible réseau sans force, sur une surface immense, et le moindre choc pouvait le rompre et le détruire. C’était substituer la faiblesse à la force, et ajouter des embarras de toute espèce à des difficultés déjà assez grandes.
Cette opération aurait pu être justifiée si elle eût donné la possession de Cadix, ville importante, foyer de la résistance nationale. Elle était imprenable pour nous, qui n’étions pas les maîtres de la mer, à moins d'une surprise; mais cette opération fut si mal conduite, menée si mollement, avec si peu de prévoyance et d’activité, que le duc d'Albuquerque eut le temps d’aller l’occuper avec les troupes de l’Estramadure, pendant que Joseph recevait des hommages à Séville. Le général espagnol entra à Cadix la veille même du jour où les Français se présentèrent à ses portes. Ensuite, par un faux calcul, on voulut la menacer d’un siège; on accumùla dans le voisinage des travaux de fortification et des batteries de gros calibre, qui attachèrent sur la rive, en face de cette ville, un corps d’armée consi-
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dérable. Dès ce moment, ce corps d’armée ne bougea plus et devint étranger aux opérations et à la guerre proprement dite, jusqu’à ce qu’enfm une série de revers, amenés en partie par cette occupation inopportune, força à évacuer d’abord cette partie de l'Espagne, et, bientôt après, tout le reste.
C’est pendant la campagne de 1809, si célèbre par les batailles de Ralisbonne et de Wagram, et au commencement de 1810, qu’eurent lieu ces derniers événements en Espagne, c'est-à-dire l’évacuation du Portugal, la bataille de Talavera et la conquête de l’Andalousie jusqu'aux portes de Cadix.
L’incapacité de Joseph dans la direction des affaires militaires étant démontrée depuis longtemps, et un centre de direction étant nécessaire, l’Empereur reconnut la nécessité de sa présence pour frapper un grand coup, entrer à Lisbonne cl chasser les Anglais de la Péninsule. En conséquence, de grands renforts furent envoyés à tous les corps d’armée; et, au printemps, l’armée de Junot, qui avait évacué le Portugal, après avoir été réorganisée et considérablement augmentée, retourna en Espagne et rentra en ligne sous le nom du huitième corps. En aucun temps et nulle part, la présence de l’Empereur n’avait été aussi urgente. La quantité des troupes appelées à concourir aux opérations; les prétentions de ceux qui les commandaient; la présence