‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 102 sur 268 · LIVRE XV. - CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. - CORRESPONDANCE

qu’elle allait prendre, et sera en communication avec l’armée du Midi et toujours prête à venir à ' son secours. La position de l’armée de Portugal n’est pas telle en Estramadure, qu’elle puisse stationner sur la Guadiana avec des forces inférieures, parce qu’elle a une mauvaise communication, impossible à défendre, et qu’un seul revers pourrait causer sa perte. Les troupes de l’armée du Midi, au contraire, ont une communication que rien ne peut compromettre, et, en se retirant devant un ennemi supérieur, elles arrivent dans de fortes positions, et s’approchent de leurs magasins, de leurs ressources et de leur réserve. C’est donc pour éviter cette équivoque que je me hâte de vous écrire cette lettre. Rien ne pourrait modifier les résolutions qu’elle contient, parce qu’elles sont fondées sur des calculs raisonnables et sur les véritables intérêts du service de l’Empereur. J’en envoie, au surplus, une copie au prince major général, avec prière de la mettre sous les yeux de Sa Majesté. »

LE MAJOR GÉNÉRAL Al MARÉCHAL MARMONT.

v « Paris, le 10 juillet 1*1 1 .

« L’Empereur, monsieur le duc, me charge de vous témoigner sa satisfaction du mouvement que vous avez opéré sur Badajoz et de son résultat, iv. 15

m MÉMOIRES 013 DUC DE UAGUSE.

L’intcnlion de Sa Majesté, monsieur le maréchal, est que la province de l’Estramadure, depuis Merida, Medellin, et toute la rive droite de la Guadiana, soit sous vos ordres, sans comprendre toutefois Badajoz ni un rayon à sept ou huit lieues autour de cette place, qui continueraient à faire partie de l’armée du Midi. L’intention de l’Empereur est également que la province de Talavera, celles de Tolède, Placcncia et ÀvilaJ soient immédiatement sous vos ordres, ayant soin de rendre compte au roi de ce qui se passera dans ces provinces; mais vous devez employer les contributions de ces provinces et toutes leurs ressources pour fournir à votre armée tout ce dont elle pourra avoir besoin. Ainsi donc, monsieur le duc, Tolède, Talavera, Placcncia, Avila, Coria et la province de Ciudad-Rodrigo font partie de voire commandement, pour en tirer, je vous le répète, les contributions, les subsistances et les moyens de toute espèce dont votre armée peut avoir besoin. Le roi, qui esta Madrid et commande l’armée du Centre, vous enverra de sa capitale, de Ségovie et de la Manche, tout ce qu’il pourra.

« Le maréchal duc d’Istrie a dû vous envoyer cinq cents chevaux d’artillerie de la garde. Vous trouverez ci-joint l’état des troupes qui sont en marche pour vous rejoindre. Par, ces moyens, vous verrez (pie votre artillerie et votre cavalerie seront bientôt eu état.

LIVtlE XV. - COIWtESPONDANCE.

« L’Empereur vous ordonne, monsieur le duc, d’exécuter l’ordre que vous avez déjà reçu plusieurs fois d’envoyer à Bayonne les hommes à pied, soit de cavalerie, soit du train d’artillerie ou des équipages militaires. L’Empereur a formé, dans les départements du midi de la France, des dépôts où il y a des chevaux, des équipements et tout ce qui est nécessaire pour remonter promptement ces hommes.

« Votre artillerie, comme je vous l’ai dit, doit être de quatre-vingt-quatre "bouches à feu. Le matériel existe à Ciudad-Rodrigo et à Madrid; le personnel est à votre armée; les chevaux nécessaires pour le train vous arrivent : il ne vous reste donc rien à désirer.

« Il a été envoyé à l’armée de Portugal, jusqu’à ce jour, neuf millions cinq cent mille francs, et il part un sixième convoi, du 15 au 15 juillet, qui vous porte quatre millions.

« Le ministre de la guerre a l’ordre de mettre à votre disposition cent mille francs pour le génie, cent mille francs pour l’artillerie, cent mille francs pour vos dépenses extraordinaires, et ce qui aurait été déjà dépensé pour ces trois services sera imputé et régularisé sur ces sommes.

« Je dois vous faire observer, monsieur le duc, que, dans l’état d’agitation et de trouble dans lequel se trouve l’Espagne, elle ne peut être administrée

que militairement. Faites payer fortement le pays et établissez le plus grand ordre; empêchez les vols et gaspillages de toute espèce. J’écris au roi pour qu’il vous envoie un million de rations de biscuit. De votre côté, vous devez profiter du moment de la récolte pour former de grands magasins à Truxillo, Placencia, Talavera, etc.

« Après vous avoir félicité sur votre mouvement, Sa Majesté me charge de vous dire qu’elle est trèsmécontente que vous n’ayez pas encore envoyé l’é-. tat de situation de votre armée. Prenez donc à l’avenir des mesures pour que tout marche ensemble. L’Empereur a besoin de connaître, dans les plus petits détails, la situation de ses armées pour les commander.

« Sur l’état joint à cette lettre, vous verrez que le général Vandermaesen réunit à Burgos une division de huit cent cinquante hommes de cavalerie et de six mille hommes d’infanterie, qui partiront vers . les quinze premiers jours d’août. Vous y verrez aussi les détachements partis avec le roi et ceux qui partiront avec le sixième convoi de fonds. Vous recevrez ainsi un renfort de six mille cinq cent huit .hommes d’infanterie, huit cent cinquante-quatre hommes de cavalerie, et de onze cent quarante chevaux d’artillerie. »

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