LIVRE XV. — CORRESPONDANCE. SOI
ral anglais marchait sur Badajoz, l’armée de Portugal se porterait sur la Guadiana, se réunirait à vingt-cinq mille hommes de l’armée du Midi, ce qui ferait soixante-cinq mille hommes. Enfin, si l'armée ennemie débouchait sur l'armée de Portu gai par l’une ou l’autre rive du Tage, l'armée du Nord pourrait envoyer au secours de l’armée de Portugal dix mille hommes, l'armée du Midi quinze mille hommes, celle du centre six mille hommes, ce qui ferait une réunion de plus de soixante-dix mille hommes, car, avant que l’ennemi eût franchi l’espace depuis Alcantara ou Alfaiatès jusqu’à Almaraz, l’armée de Portugal aurait eu le temps de recevoir tous ses secours. Vous sentez, monsieur le duc, qu’on parle de ce projet pour parler de tout, car les localités doivent faire considérer ce projet de l’ennemi comme impraticable. Mais l'Empereur a voulu parcourir les différentes chances afin de vous convaincre davantage que l’ennemi ne peut plus avoir de but aujourd’hui que de se porter sur l’armée du Midi. Sa Majesté désire donc que votre quartier général soit sur le Tage au point le plus près de la Guadiana; que l’armée soit placée sur les deux rives; que votre droite soit sur Placencia, au lieu d’y avoir votre centre, parce qu’il est plus probable que l’armée de Portugal sera obligée de se porter sur l’Andalousie que vers le Nord. Voilà pour la défense.
« Quant à l’offensive, monsieur le maréchal, l'armée de Portugal ne peut faire autre chose que de se reposer, se refaire, se réorganiser, atteler son équipage à quatre-vingt-quatre pièces de canon; nommera tous les emplois d’officier (envoyez-moi promptement le travail); compléter les généraux; former des magasins; bien asseoir le passage du Tage par des ponts sur pilotis; faire des doubles tètes de pont; enfin .occuper et fortifier Alcanlara. Après la canicule, si l’offensive doit avoir lieu sur le Portugal, cette opération se fera par un mouvement combiné de trois corps d’armée, celui du Nord, de Portugal et du Midi, formant plus de cent mille baïonnettes, une immense artillerie et tous les moyens de transport nécessaires. L’Empereur, monsieur le maréchal, aura le temps de donner ses ordres et de connaître vos projets, à mesure que vous serez instruit sur les lieux. La guerre de Portugal n’est plus une expédition; on ne doit plus songer à aller à Lisbonne dans une campagne, mais dans deux, s’il le faut. Ainsi donc, monsieur le duc. tout ce que vous pourrez faire dans ce moment pour préparer l’offensive est d’occuper Alcantara, la fortifier et en faire un dépôt de vivres et de munitions. L’Empereur, monsieur le maréchal, compte sur votre zèle, sur votre activité et sur vos moyens pour qu’il ne puisse arriver rien de désastreux à l’armée du Midi. Vous devrez, monsieur le maré-