LIVRE XV. — CORRESPONDANCE
l’armée (le Portugal., entre la Guadiana etleTage, est un vaste désert absolument inculte, couvert de bois ou consacré aux pâturages. Les environs de Cacerès et de Montanchès seuls offrent quelques ressources, et encore ces cantons ne produisent-ils guère que du vin.
« L’Empereur ayant une sollicitude particulière pour le Midi, il semblerait que l’armée devrait stationner sur les bords de la Guadiana; mais, outre que, dans cette saison, tout le pays est pestilentiel, le môme raisonnement que je fais pour un petit corps s’applique à l’armée entière; car, dans cette hypothèse, évidemment l’ennemi, marchant à Truxillo, où il peut se rendre avec la plus grande facilité, attendu qu’il existe de toutes parts de bonnes communications qui arrivent sur ce point de la frontière du Portugal, l’armée serait fort compromise, et, dans tous les cas, serait forcée à une prompte retraite, qui équivaudrait presque à une défaite dans l’opinion. D'ailleurs, l’armée de Portugal, n’étant pas aujourd’hui assez forte pour combattre seule l’armée anglaise, ne doit pas se placer de manière à être obligée de livrer bataille malgré elle, et avant que d’autres troupes soient entrées en communication avec elle. 11 me semble que la communication de l’armée de Portugal avec l’Estramadure, étant parallèle à l’ennemi, et par suite découverte dans tonte son étendue, s’oppose à
iv. H
ce que cette armée soit chargée de Badajozet habituellement de cette frontière, tandis que, la communication de l’armée du Midi étant directe, quelle que soit la faiblesse du corps qu’elle porte en avant, celui-ci n’a rien à craindre, même en se repliant devant des forces supérieures, puisqu’il se rapproche de ses magasins et de ses renforts sans jamais risquer de perdre sa communication, aucun ' autre débouché n’étant offert à l’ennemi. Au pis aller, ce corps arrive sur une chaîne de montagnes, où peu d’hommes équivalent à beaucoup, ce qui donne le temps de rassembler les troupes de l’Andalousie pour déboucher ensuite. Il me paraît qu’il résulte de la situation des choses et des localités que l’armée de Portugal, stationnée sur le Tage, ne peut pas se charger de la défensive immédiate en Estramadure, mais bien de délivrer l’Estramadure, tandis que les troupes de l'armée du Midi sont merveilleusement placées pour garderie pays sans se compromettre. Enfin que, dans l'hypothèse d'une guerre sérieuse sur la rive gauche du Tage, ce n’est jamais à l’armée du Midi à venir au secours de l’armée de Portugal, mais à l’armée de Portugal à aller au secours de l’armée du Midi. En conséquence, c’est à celle-là à s'engager la dernière, et, en dernière analyse, l’armée de Portugal doit toujours agir en offensive en Estramadure. Truxillo est en outre un mauvais poste, et