LIVRE XV. — CORRESPONDANCE
la division qui l’occupe ne devrait jamais y combattre, quand môme l’ennemi se présenterait en force égale, parce qu’elle est encore trop loin du Rio dcl Monte, que l’ennemi pourrait passer avant elle. D’après cela, voici quelles sont les instructions que j’ai données au général Foy, qui commande à Truxillo : l°de pousser de fréquents partis sur Merida et sur Cacerès, afin d’avoir des nouvelles de l’ennemi et communiquer avec les troupes légères de l’armée du Midi; 2° déplacer une portion de son artillerie et de ses troupes à Jaraicejo, sur la droite du Rio del Monte, et, dans le cas d’attaque de la part de l’ennemi, de se replier sans combattre sur Jaraicejo, où il serait en sûreté pour quelque temps, attendu que le Rio del Monte, par la profondeur de son lit et l’escarpement de ses rives, présente un grand obstacle, surtout dans sa partie intérieure, et que l’ennemi ne pourrait le tourner qu’en remontant cette rivière et en s’exposant luimême à perdre sa communication si, sur ces entrefaites, le général Foy recevait des renforts qui le missent en état de reprendre l’offensive. Si le général Foy était forcé dans cette position, il se retirerait sur les hauteurs du Tage; les localités offrent la plus facile défense contre des forces extrêmement supérieures. J’y fais exécuter en outre des travaux qui en feront en peu de jours un excellent camp retranché pour une division. Je fais exécu-
ter également des travaux qui assurent sa communication avec le fort construit sur le borçlduTage, empêchent que cette division, en stationnant, ne soit jamais séparée de la rivière, et lui donnent toujours la faculté de la repasser. Ainsi, au moyen des dispositions prises, 1 ° j’ai des troupes sur le plateau de l’Estramadure, qui voient ce qui se passe et m’informent des mouvements de l’ennemi; 2° ce corps, forcé, par la marche de l’ennemi, à se replier, occupe des positions d’où il est inexpugnable, et qui m’assurent la position, non-seulement de la rive gauche du fleuve, mais encore des hauteurs qui le dominent à environ une lieue, hauteurs que je regarde comme un beaucoup plus grand obstacle que le fleuve lui-même; 5° enfin, dans la position que j’ai donnée aujourd’hui à l’armée, cinq divisions pourraient être réunies au delà du Tqge en quarante-huit heures si les circonstances l’exigeaient, et la sixième un peu plus tard. Il me parait donc que j’ai résolu le problème, puisque l’armée ne peut pas perdre la faculté de se porter en masse sur la rive gauche; qu’elle peut le faire toujours en très-peu d’instants, et que, de là, pouvant se jeter sur tous les points de l’Estramadure, elle garde cette province comme si elle y était stationnée, mais sans danger, et toujours maîtresse de ses mouvements.
« Dans le cas où il y aurait une impossibilité ab-