LIVRE XV. — CORRESPONDANCE
solue à la division du général Foy de vivre à Truxillo, cette division repasserait le Tage; mais, afin de conserver toujours la possession des hauteurs de Miravete, je fais construire, comme faisant partie du camp retranché, deux forts qui pourront être abandonnés à eux-mêmes, et qui, défendus par cent hommes, assurent toujours la possession du col, et, par conséquent, un débouché. Dans ce cas, j’enverrai de fortes reconnaissances toutes les semaines à Truxillo, sur la route de Merida et sur celle de Cacerès, afin d’être instruit des mouvements de l’ennemi.
« J’avais déjà ordonné la construction d’un pont sur pilotis sur le Tage, et on s’occupe de la recherche des bois nécessaires à ce travail. J’ai fait construire deux têtes de pont avec des réduits qui avant cinq jours seront terminées, et formeront une espèce de place susceptible d’être défendue par quatre cents hommes, et assez bonne pour être abandonnée à elle-même. Ce poste renferme mes magasins de vivres; et ces magasins s’augmenteront au fur et à mesure que j’en aurai les moyens. Comme pour placer sainement l’armée et trouver les moyens de la faire vivre, j’ai été obligé de l’établir en grande partie sur la rive droite du Tietar, dans la Vera de Placencia, et que le point naturel de rassemblement de l’armée, en cas de marche inopinée de l’ennemi sur elle, est sur la rive gauche
de cette rivière, j’ai fait construire trois ponts, dont un, celui qui est sur la route de Placencia, est couvert par une tête de pont. Cette disposition est nécessitée par la nature de la rivière du Tietar, qui en douze heures de pluie croit de six à huit pieds. Toute mon artillerie est à Navalmoral, et la division de dragons dans les points des bords du Tage qui peuvent la nourrir. Enfin mon quartier général est à deux lieues du Tage, et je sais tous les jours, à douze heures de date au plus, ce qui se passe dans le cœur de l’Estramadure et dans les environs de Coria.
« Votre Altesse me mande que l’intention de l’Empereur est que, pour préparer l’offensive, j’occupe Alcantara et que je le fasse mettre en état de défense. C’est une opération que j’exécuterai aussitôt que j’en aurai les moyens, mais aujourd’hui je ne pourrais pas l’entreprendre, et voici mes raisons : pour qu’Alcantara soit mis en état de défense, il faudra au moins un mois de travail; il faudra, vu la proximité de l’ennemi, tenir à portée des forces assez considérables; mais je ne saurais comment les faire vivre; il faut donc auparavant que j’aie ici des magasins considérables formés qui puissent suivre le mouvement des troupes, assurer leurs subsistances, et permettre de les tenir réunies; une fois cet objet rempli, rien ne sera plus aisé que d’exécuter les intentions de l’Empereur. D’ici à