LIVRE XV. - 1811 -isiî
colonels, chefs de bataillon, capitaines de grenadiers, tous furent tués ou blessés, et, au bout d’un quart d’heure, il fallut rétrograder. Cette montagne, qu’on avait mis une heure à gravir, fut parcourue, en descendant, en moins de dix minutes. Le sixième corps s’étant faiblement engagé, fit des pertes moindres; mais, en somme, l’armée reçut là un rude échec : elle eut huit mille hommes hors de combat; et elle perdit, plus que cela, la confiance aveugle qui jusque-là l’avait animée.
Le lendemain, un malheureux paysan que l’on rencontra, dit, de lui-même, qu’en marchant par la droite, l’on arriverait sur le plateau sans obstacle, et l’on tournerait la position. On suivit son conseil, et l’armée anglaise, sans perdre un moment, fit sa retraite sur Coïmbre. Cette anecdote fut connue, et les soldats appelèrent ce mouvement la manœuvre du paysan. Cette bataille de Busaco, si légèrement donnée, et livrée d'une manière si extravagante, sera un objet de critique éternel pour Masséna et pour les généraux qui dirigèrent cette opération. On n’est pas digne de commander d’aussi braves soldats quand on en fait un si mauvais usage et quand on les emploie si inconsidérément. On assure même que Masséna fut, pendant cette journée, occupé et pour ainsi dire absorbé par d’autres soins indignes d’un vieux soldat comme lui.
Arrivé devant Coïmbre, on rencontra une ar-
rière-garde qui, après un léger combat, évacua celle ville. L’année anglaise continua son mouvement pour aller occuper les lignes qu’elle avait fait construire pour couvrir la ville de Lisbonne. L’armée française la suivit, après avoir laissé dans Coïmbre une faible garnison, et ses blessés qui étaient en grand nombre. Mais la route ouverte par l’armée se refermait après son passage. Des corps francs, des milices, avaient pris les armes, et, guidées par des officiers anglais, elles interrompaient déjà nos communications avec l’Espagne; elles enlevaient les détachements et les hommes isolés ; aussi arriva-t-il que, à peine l’armée éloignée, les milices reprirent Coïmbre, et firent prisonniers les blessés et les troupes de la garnison. C’était le commencement »le tous les maux et de tous les désastres qui attendaient l’armée française.
De tout temps, le système de défense des Portugais a été d’évacuer leurs habitations à l’approche de l’ennemi. Leur organisation militaire, qui exerce son action sur toute la population, est très-favorable à cette mesure. Déjà, dans l’invasion de 1762, ils avaient agi ainsi. En 1810, pas un seul individu ne fut trouvé dans les villes; la désolation et le silence de la mort précédaient partout l’armée française. On arriva enfin devant les lignes de Lisbonne; on s’établit en face à portée de canon, la gauche à Villafranca, le centre à Aleuquer, la