LIVRE XV. — CORRESPONDANCE. Ï
taehements que vous avez faits pour soutenir l'expédition sur cette place vous rejoindront. La grande quantité de cavalerie que vous aurez pour battre la plaine vous mettra à même de détruire les bandes, de pacifier le pays, d’en organiser l'administration, de faire payer les contributions, et enfin de former des magasins.
« Par vos différentes dépêches il ne paraît plus possible, en effet, de prendre l’offensive contre le Portugal. Badajoz est à peine approvisionné, et Salamanque n’a pas de magasins. Il faut donc forcément attendre la nouvelle récolte, que les nuages qui obscurcissent en ce moment la politique du Nord soient dissipés. Sa Majesté ne doute pas que vous ne profitiez de ce temps pour organiser et administrer les provinces de votre commandement avec justice et intégrité, ainsi que pour former de gros magasins. Avec la quantité de troupes que vous allez avoir sous vos ordres, vous serez à même de bien assurer vos communications avec le général Bonnet, dans les Asturies. 11 faut faire bien administrer cette province, et faire tourner au profit de l’armée toutes les ressources de ce pays qui, jusqu’à ce jour, ont été employées à des profits particuliers.
« Vous devez sentir, monsieur le maréchal, l’importance que met l’Empereur à ce que les troupes du général Dorsenne rentrent. Il n’est même pas
MÉMOIRES l)U DUC DE RÀGUSK.
impossible que l’Empereur soit dans le cas de rappeler sa garde.
« C’est à vous, monsieur le duc, qu’est réservée la conquête du Portugal et l'immortelle gloire de battre les Anglais. Vous devez donc employer tous les moyens pour vous mettre en mesure d’entreprendre cette campagne lorsque les circonstances permettront de l'ordonner. Vous devez porter le plus grand soin à organiser le matériel de votre armée et avoir des approvisionnements en tout genre de vivres et de munitions.
« Plusieurs opinions ont été émises pour détruire ' Kodrigo. L’Empereur pense que ce serait commettre une très-grande faute, car l’ennemi, s’appuyant sur cette position, se trouverait intercepter par ses avant-postes la communication de Salamanque à Placencia, ce qui serait un très-grand malheur. Les Anglais savent bien que, s’ils serrent ou assiègent Rodrigo, ils s’exposent à avoir bataille, ce qu'ils sont bien loin de vouloir faire; enfin, s’ils s’y exposaient, il faudrait, monsieur le maréchal, réunir votre armée et marcher droit à eux. Aussitôt que Valence sera pris, le duc de Dalmatie a l’ordre de renforcer considérablement le cinquième corps, afin d'arrêter et de contenir le général Hill et les insurgés de l’Alentejo. »