U V R F. XV. - CORRESPONDANCE
mes de l’année de Portugal que vous y avez envoyés.
« Je n’entre pas dans plus de développements, monsieur le maréchal, persuadé qu'il n’y a pas. lieu à discuter dans des choses où la marche est tracée par l’Empereur. C’était il y a deux mois, lorsque vous étiez à Madrid, et que je vous proposai de réunir aux cinq mille hommes de l’armée du Centre huit mille de l’armée de Portugal, que cela eût été possible; aujourd’hui nous ne pouvons qu’obéir, et nous devons le faire d’autant mieux, qu’il ne nie parait pas raisonnable que l’armée de Portugal puisse prendre aux opérations sur Valence une part plus active que celle (pu lui est si sagement ordonnée par les dispositions du prince de Nculchàtel. Vous ne devez pas oublier, monsieur le duc, qu’un mouvement des Anglais sur Plac'encia par Alcantara ne serait pas improbable s’ils apprenaient que le général en chef et la plus grande partie de l'armée de Portugal, aujourd’hui gardienne du Tage, ont abandonné ses bords pour se porter sur Valence par les montagnes de Cuença. Cette route, indiquée par l'instruction du prince de Neufchâtel, ne sérail point convenable pour un grand mouvement d’armée comme celui que vous projetez, et dans ce cas, ce serait par Albacete et Chinchilla qu’il faudrait se •diriger pour couper la retraite à Blake sur la droite du Xucar, et avoir peut-être une affaire générale
avec lui s'il se portait à la rencontre de l’année qui marcherait sur lui; mais un mouvement semblable ne peut point être exécuté ni par le général ni par l’armée qui se trouvent en face de l’armée anglaise. »
EXTRAIT DE DEUX LETTRES DONNANT L’AVIS DES DISPOSITIONS DES ANGLAIS CONTRE RODRIGO.
« Salamanque, le 1" janvier 1812.
« Monsieur le général, tout ce qui tient à Rodrigo devient si sérieux, ^ue, à tout événement, j’adresse ci-joint à Votre Excellence un duplicata de ma lettre n’ 120.
« A l’appui de ce qu’elle renferme, je vais vous rendre compte des faits dont je ne puis douter, d’après ce que le préfet vient de me dire.
« 11 y a trois semaines environ, les ennemis jetèrent un pont sur l’Àguada, entre Rodrigo et San Felices-El-Chico. Ce pont, presque terminé, s’écroula, et ceux qui y travaillaient furent noyés. Je cite ce fait parce qu’il établit de la suite dans les opérations.
« En ce moment, ils en ont construit deux poulie passage de l’artillerie, etc., l'un à San Felices-El- Grande, et l’autre à deux ou trois lieues plus haut. Un équipage de pont, arrivé depuis peu, a servi à l’une de ces constructions. Je mentionne cette circonstance, parce que, dans la position de l'en-
ncmi, l’arrivée d’un équipage de pont prouve des projets.
« D’énormes convois de subsistances et de grands troupeaux de bœufs arrivent à l’armée anglaise, en passant par la province d’Avila et par la partie de la province de Salamanque occupée par l’armée de Portugal. Je l’ai écrit au général Thomières, qui est à El-Barco. Je puis ajouter qu’il y a quinze jours le marché de Tamamès a été tellement pourvu, que mille fanégas de grains n’ont pu y être vendues.
« Placencia et Bejar sont évacués; et, d’après ce que m’écrit le général Thomières , il paraît qu’il doit se retirer, en cas d’un mouvement offensif de l’ennemi, sur Avila, où est son général de division Maucuue.
« Don Carlos, en annonçant un grand mouvement, et avec les plus terribles menaces, vient d’ordonner, dans les provinces du septième gouvernement , que, de suite, toutes les justices soient renouvelées au nom de la régence; que les nouveaux alcades aillent prêter serment entre ses mains ; que tout le bétail soit conduit dans les montagnes; que les habitants évacuent leurs villages à l’approche des Français; qu’on lui conduise d’énormes quantités de grains, de pain et de cochon salé, etc.; que , sotu peine de mort, toutes les voitures existantes lui soient conduites, et que l'on emploie
MÉMOIRES Dl! DUC DE RAC USE.
tous les moyens existants pour en construire de nouvelles : ordre qui s’exécute avec une inconcevable activité sur toute la gauche de la Tonnés, qui, déjà , lui a fait amener un nombre très-considérable de voitures et qui les augmente tous les jours.
« J’ai demandé au préfet quels moyens on pouvait prendre pour déjouer ces projets. 11 n’a pu in'en proposer aucun. Ne pouvant cependant avoir l’air d’autoriser, par le silence, ces audacieuses mesures qui, chaque jour, terrorisent davantage tout le pays, j’ai rendu l'ordre dont copie ci-jointe, et que j’ai l'honneur de vous soumettre.
« Dans cet étal de choses, on annonce un mouvement offensif de la part de l’armée combinée. Je ne pense pas qu’il la conduise sur la Tormès, quoique cela soit possible; mais, considérant que l’armée de Portugal s’est retirée et découvre tout ce pays, je pense que l’attaque de Hodrigo va commencer, et tous les faits ci-dessus rapportés ne peuvent pas laisser de doute à cet égard.
« On ajoute, et c'est le bruit général, que Hodrigo est dans une fâcheuse position et que la désertion y augmente chaque jour. On cite même à cet égard des choses ridicules.
« Le préfet, qui n’est pas alarmiste et qui est un des hommes qui connaît le mieux son pavs, regarde cette situation comme très-sérieuse. Je lui ai or-