‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 16 sur 268 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

mèrent dans chaque régiment, pour explorer le pays et enlever tout ce qu’ils trouveraient. Rencontraient-ils un Portugais, ils le saisissaient et le mettaient à la torture pour obtenir de lui des indications et des révélations sur le lieu où étaient cachées les subsistances. On pendait an rouge, c’était une première menace; on pendait au bleu, et puis la mort arrivait. L'n pareil ordre de choses amena des désordres de tous les genres, et des soldats ainsi livrés à eux-mêmes employèrent bientôt les mêmes violences pour se procurer de l’argent. D’abord ces recherches et cette maraude s’exercèrent à peu de distance de l’armée; mais bientôt, les ressources s’épuisant, ori fut forcé de s’éloigner. Toute cette partie du Portugal fut livrée journellement à un pillage général et systématique. Les soldats s’éloignaient jusqu’à quinze et vingt lieues. Plus d’un tiers de l’armée se trouvait ainsi constamment dispersé et loin des drapeaux, tandis que le reste semblait être à la discrétion de l’ennemi. J’ai ouï dire au général Clausel qu’il avait vu des bataillons placés en face de l’armée anglaise, à portée de canon, n’avoir pas cent hommes au camp, tandis que les armes étaient aux faisceaux. L’ennemi eût pu, sans courir le plus léger risque, venir s’en emparer. Des hommes isolés étant chaque jour massacrés par les paysans, et des détachements enlevés les pertes devinrent immenses; mais ce qui

menaçait davantage encore l’existence de l’armée, c’est que, toute discipline ayant disparu, elle présentait au plus haut degré le spectacle de la confusion et du désordre.

L’armée française, arrivée dans la position de Villafranca le 12 octobre, y resta jusqu’au 1-4 novembre; une circonspection sans exemple du général anglais pendant tout cet intervalle de temps la sauva de la destruction.

Le 14 novembre, Masséna se décida à faire un mouvement rétrograde pour se rapprocher des provinces qui avaient encore quelques ressources. Il porta une partie de l’armée sur le Zezere et laissa tout le reste en avant de Santarem. Les Anglais le suivirent, mais respectèrent les nouvelles positions prises. Masséna fit construire des bateaux et tout préparer sur le Zezere pour effectuer le passage du Tage; mais il ne tenta rien, et fit plus tard brûler ses bateaux. Enfin, au commencement de mars, son armée étant réduite de plus d’un tiers, il se décida à rentrer en Espagne en passant par Tombai, Redinha, Miranda, Ponte Marcella, Guarda, Sabugal et Alfaiatès. Cette retraite de vingt-sept jours, embarrassée de quinze ou vingt mille ânes, cette retraite faite avec des troupes arrivées à un degré de désordre, de mécontentement et de découragement dont rien ne peut donner l’idée, fut cependant l’occasion de divers combats glorieux, livrés par

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