LIVRE XV. — I8H
scs désastres, n’étaient pas accompagnés de ces circonstances qui relèvent quelquefois le vaincu à la hauteur du vainqueur par l’éclat du courage et l’énergie de la résistance.
Un pays épuisé et dévasté, l’indiscipline dans les troupes, le mépris de l’autorité, un mécontentement universel, et un désir immodéré de rentrer en France de la part des généraux; une artillerie détruite en entier et dénuée de munitions; une cavalerie réduite à peu de chose et en mauvais état; l'infanterie diminuée de près de moitié: tels étaient tout à la fois le pays dans lequel je devais agir, et l’instrument dont il m’était donné de me servir.
L’armée anglaise, pendant son séjour dans les lignes de Torres-Vedras, s’était reposée, recrutée, et son moral avait beaucoup gagné. L’infanterie portugaise, combinée avec elle, organisée avec des cadres anglais, avait acquis la même valeur que l’infanterie a nglaise. Cette armée, alors presque le double de celle qui lui était opposée, et dans les circonstances les plus favorables, a toujours eu, pendant tout le temps que j’ai commandé l’armée française, une supériorité numérique, sur celle-ci, de dix mille hommes au moins, et des moyens matériels à discrétion.
Je ne puis me refuser à mettre ici en opposition la situation respective des deux armées, et à faire ressortir les facilités accordées à l une, et les difficultés qui étaient le partage de l’autre.
L'armée anglaise, ainsi que je l’ai dit, a toujours eu au moins une supériorité de dix mille hommes. En ce moment, elle était de vingt mille. Elle avait six mille chevaux de bonne cavalerie : jamais l’armée de Portugal n’en a eu plus de trois mille. L’armée anglaise avait sa solde à jour; l’armée française ne recevait pas un sol. L’armée anglaise avait des magasins de vivres en abondance, et jamais le soldat anglais n’a eu besoin de s’en procurer luiinème; l’armée française ne vivait que par l’industrie de ceux qui la composaient. Dans les temps ordinaires, chaque cantonnement fournissait d’abord la subsistance journalière, et, de plus, ce qu’il fallait pour former une réserve. Dans d’autres circonstances, les soldats faisaient eux-mêmes la moisson, battaient le blé, allaient au moulin, etc. L’armée anglaise avait six mille mulets de transport pour ses seuls vivres; l’armée française n’avait d’autres moyens de transport que ledos des soldats, et jamais, pendant le temps que j’ai commandé cette armée, elle ne s’est mise en opération qu’auparavant les soldats n’eussent reçu des vivres pour quinze, dix-huit et vingt jours, qu’ils portaient sur eux. La cavalerie anglaise, couverte par les guérillas, n’avait aucun service d’avant-postes à faire; la cavalerie française en était écrasée. Les courriers, les officiers du général anglais, marchaient seuls et librement; il fallait des escortes de cinquante hommes à tous les