LIVRE XV. - isn-isiî
nôtres, même [tour communiquer entre les cantonnements d’un même régiment.
Le général anglais, ayant la faveur du pays et les guérillas à sa disposition, était informé promptement de tout ce qui se passait, tandis que nous ignorions tout; et sans doute il est arrivé plus d'une fois à Wellington de savoir plus tôt que moi ce qui s’était passé à deux lieues de mon quartier général. Enfin les soldats anglais n’avaient autre chose à faire qu’à marcher et à combattre; les soldats français avaient leurs facultés absorbées par d’autres devoirs, et les combats étaient la récompense et le prix de leurs fatigues. Enfin le général anglais, commandant seul sur la frontière, libre de scs mouvements, disposait sans contestations, suivant ses calculs et ses combinaisons, des moyens puissants qui lui étaient confiés par son gouvernement: la régence portugaise, présidée par un de ses compatriotes, était à ses ordres; les ressources en hommes et en argent du Portugal étaient à sa disposition. Les années espagnoles, quelque misérables qu’elles fussent, entraient dans son système d’opérations et concouraient au but qu'il se proposait d’atteindre.
Le général français, au contraire, ne commandait qu’une partie des troupes destinées à combattre l'armée anglaise. Obligé de concerter ses mouvements avec ses voisins, dont les sentiments
étaient plutôt hostiles que bienveillants, il se trouvait dépendre de leurs caprices et de leur inimitié. Le roi, qui dormait tranquillement à Madrid, à l’ombre de nos baïonnettes, était en guerre ouverte avec les armées françaises. Loin de faciliter leurs opérations, il les contrariait sans cesse; il mettait obstacle à leurs mouvements; il leur enlevait les vivres dont elles avaient besoin, et faisait argent des ressources qui leur étaient destinées.
J’estime l’armée anglaise ce qu’elle vaut, et surtout l’infanterie; c'est, de toute infanterie de l’Europe. celle dont le feu est le plus meurtrier. L’armée anglaise, si chère et si bien outillée, si redoutable quand rien ne lui manque, est une machine bien faite. Tant qu’elle est en bon état, quand rien n’est dérangé, elle remplit bien son objet, peut-être mieux qu’une autre, et elle vaut plus que le nombre de ses soldats ne l’indique. Mais, que l’ordre soit détruit, elle se désorganise d’elle-même. Je suis convaincu que, si, pendant un mois, les soldats anglais avaient dû faire le métier que les soldats français ont fait pendant quatre ans, avant la fin du second mois etsans combats, l’armée anglaise eût cessé d’exister.
Honneur donc à ces soldats héroïques qui ont su résister à de si grandes difficultés, et qui n’exigeaient que deux conditions pour être toujours victorieux et l’objet de l’admiration du monde :