LIVRE XV. - 18 H-I 8 I
avoir des chefs dignes de leur confiance, et ne pas être mis en présence d’obstacles supérieurs aux forces humaines!
C'est dans les circonstances dont je viens de faire le tableau que je pris le commandement et que je commençai la campagne dont je vais raconter la conduite et les détails.
Je rentrai à Salamanque le 15 mai avec la plus grande partie de mes troupes, que j’établis dans un rayon de douze lieues. Je les étendis assez pour qu’elles pussent vivre convenablement. J’annonçai que je prendrais les dispositions nécessaires pour pourvoir à leurs besoins. Je défendis, sous les peines les plus sévères, la moindre exaction: et, comme le langage le plus éloquent a toujours été l’exemple, j’exagérai pour moi-même la réserve de ma conduite, et au delà même des usages consacrés par la guerre. Ordinairement, en pays conquis, on est nourri pour rien, et personne, en Allemagne, par exemple, n’a jamais imaginé d’agir autrement. Je déclarai que je payerais rigoureusement tout ce qui me serait fourni. Cette déclaration parut si extraordinaire, que les Espagnols n’y crurent pas. Je tins cependant ma parole, et je ne me suis jamais écarté de cette résolution pendant tout mon séjour en Espagne; mais je tolérai que les généraux en agissent autrement. Mon but, par cette sévérité personnelle, était de faire bien comprendre que je ne souffrirais
pas de désordres proprement dits, et la levée illicite de contributions. J’eus l’occasion de montrer ma volonté en faisant des actes de grande sévérité envers des officiers que, cependant, j’aimais beaucoup.
Je détruisis l’organisation des troupes en corps d’armée. Cette organisation, indispensable pour mouvoir de grandes armées, est funeste pour les moyennes, attendu qu’elle met trop de distance entre le général en chef et les troupes, ralentit l’exécution des ordres généraux par la superfétation des grades et des emplois qu’elle consacre; elle amène en outre beaucoup de consommations inutiles. Je lis cesser en un moment le dégoût universel, la passion du retour en France, en annonçant que tout officier, général ou supérieur, qui voudrait quitter l’armée, était libre de le faire, et que j’avais pouvoir de lui donner l’autorisation nécessaire. Un petit nombre de généraux profila de cette autorisation; les autres se piquèrent d’honneur, et leur caractère se trouva ainsi retrempé.
Je formai tous mes bataillons à un complet de sept cents hommes, et je renvoyai tous les cadres qui par suite de cette mesure se trouvaient sans soldats. Je divisai les chevaux de toute la cavalerie et de l’artillerie en deux classes : ce qui était disponible, et ce qui pourrait se refaire. La première partie me donna un escadron par régiment, c’est-à-dire,