IV
3i»t MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
occupé par les troupes de l’armée du Nord, et Sa Majesté m’avait affranchi du devoir de veiller sur cette place. Si j’eusse été le maître, je serais venu m’établir à Salamanque; la raison militaire le disait, puisque l’ennemi était en présence; la raison des subsistances le disait de même, puisque ce pays offrait des ressources et que la vallée du Tage était épuisée. 11 paraîtrait donc juste que l’Empereur affranchît de toute responsabilité quand on suit littéralement ses ordres, ou qu’il laissât plus de latitude et de pouvoir pour les exécuter.
« L’Empereur semble croire que je ne suis pas ferme dans mes résolutions; j’ignore ce qui peut avoir motivé l’opinion de Sa Majesté. Lorsque j’ai cru utile de combattre, je ne sache pas que rien ait jamais fait changer mes déterminations; et, si ici on ne combat jamais, c’est qu’en vérité cette guerre ne ressemble en rien aux autres, et que les circonstances ne permettent pas de la faire autrement.
« L’Empereur ordonne de grands travaux à Salamanque; il veut (pie douze mille hommes soient employés à ces travaux : il semble que l’Empereur ignore que nous n’avons ni les vivres pour les nourrir ni l’argent pour les payer, et que nous sommes menacés de voir immédiatement tous les services manquer à la fois dans toutes les places: c’étaient les provinces du Nord qui pourvoyaient alors à la plus grande masse des besoins des sixième