LIVRE XV
en tout, de quatorze à quinze cents chevaux. On eut un soin tout particulier des chevaux à refaire; et, en quinze jours, au moyen de quelques secours en chevaux d'artillerie, j’eus deux mille cinq cents chevaux de cavalerie, et trente-six bouches à feu attelées. Un vieux couvent de Salamanque, mis à l'abri d’un coup de main, devint un fort où furent placés en dépôt tous les embarras de l’armée, et des vivres de réserve. On répara et on arma de même les forts de Zarnora et dcToro.
J’organisai l’armée en six divisions. Elles s’élevaient, après la réorganisation, au bout de quinze jours de commandement, à vingt-huit mille hommes. Je gardai avec moi le général Régnier, comme mon lieutenant, afin de lui donner, en cas de séparation, le commandement de la portion de l’armée avec laquelle je ne serais pas.
Le rôle qui rn’était imposé était défensif. Je devais empêcher l’armée anglaise de pénétrer en Espagne, soit par l’Estramâdure, soit par la Castille. Je n’avais pas les forces nécessaires pour combattre seul; mais je les obtiendrais en combinant mes mouvements, soit avec l’armée du nord de l’Espagne, soit avec celle du midi. Ma place naturelle d’attente, d’après cette donnée, devait être dans la vallée du Tage.
Au moment de la retraite de Masséna, Wellington avait détaché la division Ilill au secours de Ba-
dajoz, que Soult assiégeait; mais, quand il arriva, Badajoz avait capitulé. Les Anglais résolurent alors de l’assiéger sans retard, et de profiter de l’état de désorganisation où était l’armée française de Portugal pour reprendre cette place. En conséquence, après l'affaire de Fuentes-de-Onore, l’évacuation d’Almeida, et notre retour sur la Tormès, Wellington partit avec deux divisions pour se porter sur la rive gauche, laissant le reste de son armée sur la Coa.
Soult, pris au dépourvu, rassembla à la hâte tout ce qu'il put, et, avec dix-sept à dix-huit mille hommes, il marcha au secours de Badajoz. Lord Beresford, qui commandait toutes les troupes opposées, prit position sur l’Albuhera pour couvrir le siège. Soult l'attaqua dans cette position. Ses troupes, formées en colonnes, firent plier la première ligne et occupèrent la sommité; mais, arrivées là, exposées à un feu vif, il fallait répondre à ce feu par du feu et se mettre en bataille. Soult, qui, cette fois, comme toujours, était de sa personne à plus d’une portée de canon de l’ennemi, quand ses troupes soutenaient une vive fusillade, ne put leur ordonner de se déployer. Les généraux qui les commandaient n’eurent pas l’intelligence de le leur prescrire, et, après avoir éprouvé d’assez grandes pertes, les troupes plièrent, et la bataille fut perdue, quand évidemment, sous tout autre général, elle eût été gagnée. Soult m’écrivit pour me faire