LIVRE XV. — 18 M- 1 SM
part de sa détresse cl me demander du secours.
L’armée de Portugal n’avait pas encore achevé sa réorganisation, et l’Empereur, redoutant l’excès de mon zèle, m’avait donné l’ordre de ne faire aucun mouvement, à moins de pouvoir emmener soixante pièces de canon attelées et approvisionnées. Cependant rien ne m’annonçait que je dusse les avoir bientôt. Bessières, peu touché des lamentations de Soult, ne me donnait aucun secours. En agissant avec une extrême vitesse, et couvrant bien mon mouvement par une démonstration sur la Beira, je pensai pouvoir faire ma jonction avec Soult sans que l’ennemi put s’y opposer, et sauver ainsi Badajoz.
Certes, il y avait de la générosité à moi; car je connaissais assez le caractère de Soult et les passions qui l’animaient pour être bien convaincu qu’en circonstance pareille il ne viendrait pas à mon secours. Étant mon ancien, la réunion des deux armées me mettrait nécessairement sous ses ordres; mais il y allait, pour moi, du devoir, et de la gloire des armes françaises. Mes intérêts d’amourpropre n’étant rien, comparés à d’aussi grandes considérations, je me décidai à exécuter mon mouvement.
Depuis douze jours, prévoyant cette opération, j’avais é crit au général Belliard, commandant à Madrid en l’absence de Joseph, en ce moment à l’a-
ris, [tour lui demander d’envoyer à Talavcra, à ma disposition, un équipage de pont qui lui était inutile, six cent mille rations de biscuit, et des munitions de guerre.
Le 5 juin, je me mis en marche à la tète de ma première division et de ma cavalerie légère. Je me portai sur Rodrigo. Sous la protection de cette marche, je fis arriver dans la place un convoi de vivres. J'arrivai le 5, et je débouchai le 6.
La division légère du général Crawfort, cantonnée à peu de distance, se retira pendant la nuit. Je trouvai seulement de la cavalerie, que je fis poursuivre sur Alfaiatès. On s’empara de deux magasins de subsistances.
Pendant ce mouvement, destiné à tromper l’ennemi et à couvrir la marche de l’armée, toutes les autres divisions se portaient sur le Tage, en passant par le col de Banos et Placencia. Le général Régnier, commandant mon avant-garde, composée de deux divisions et de mille chevaux, avait l’ordre de faire construire un pont à Almaraz, au moyen des bateaux attendus de Madrid, et de prendre position en avant du Tage, sur la hauteur de Miravcte. Il devait y arriver le 10, l’armée y être le 12, et mon arrière-garde le 15. Après avoir ainsi tout réuni, je pouvais marcher sur la Guadiana. Mon mouvement devant être rapide, les troupes anglaises restées dans la Beira, en supposant qu’elles fissent un