‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 247 sur 268 · LIVRE XV. - CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. - CORRESPONDANCE

bataillons à Salamanque; mais tout était à portée pour venir me joindre en peu de jours.

« Le 12 juin, l’armée ennemie passa l’Aguada. Le 14, au matin, j’en fus instruit, et l’ordre de rassemblement fut donné aux troupes. Le 10, l'armée anglaise arriva devant Salamanque. Dans la nuit du 16 au 17, j’évacuai celte ville, laissant toutefois une garnison dans les forts que j’avais fait construire, et qui, par l'extrême activité qu’on avait mise aux travaux, se trouvaient en état de défense. Je me portai à six lieues de Salamanque, et là, ayant réuni cinq divisions, je me rapprochai de cette ville. Je chassai devant moi les avant-postes anglais et forçai l’armée ennemie à montrer quelle attitude elle comptait prendre; elle parut résolue à combattre sur le beau plateau et la forte position de San Christoval.

« Le reste de l'armée me rejoignit, je manœuvrai autour de celle position; mais j’acquis la certitude que partout elle nous présenterait des obstacles difficiles à vaincre et qu’il valait mieux forcer l’ennemi à venir sur un autre champ de bataille que d'engager une action avec lui sur un terrain qui lui donnait beaucoup d'avantages; d’ailleurs divers motifs me faisaient désirer de traîner les opérations en longueur, car je venais de recevoir une lettre du général Caffarelli, qui m’annonçait qu'il réunissait ses troupes et qu’il

allait marcher pour me soutenir, tandis que ma présence- avait fait suspendre le siège du fort de Salamanque. Les choses restèrent dans cet état pendant quelques jours encore, et les armées en présence, lorsque le siège du fort de Salamanque recommença avec vigueur. Eu égard au peu de distance qu’il y avait entre l’armée française et la place, et, au moyen des signaux convenus, j’étais chaque jour informé de la situation de la place. Ceux du 26 au 27 m’infortnèrent que le fort pouvait tenir encore cinq jours; dès lors je me décidai à exécuter le passage de la Tormès et à agir par la rive gauche; le fort d’Alba, que j’avais précieusement conservé, me donnait un passage sur cette rivière, une nouvelle ligne d’opérations et un point de dépôt important; je lis des dispositions pour exécuter ce passage dans la nuit du 28 au 29. Dans la nuit du 27, le feu redoubla d’intensité, et l’ennemi, fatigué d’une résistance qui lui paraissait exagérée, tira à boulets rouges sur les établissements du fort. Malheureusement ses magasins renfermaient une grande quantité de bois de démolition, ils s’enflammèrent, et dans un instant le fort fut le foyer d’un vaste incendie; il fut impossible à la brave garnison qui le défendait de supporter tout à la fois les attaques de l’ennemi et l’incendie qui détruisait ses défenses, ses magasins et ses x ivres et mettait les soldats eux-mêmes dans la si-

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