‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 253 sur 268 · LIVRE XV. — CORRESPONDANCE. it.V · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — CORRESPONDANCE. it.V

moi, prolongeant sa droite et se liant à la montagne de Tejarès, qui paraissait toujours son point de retraite.

« Il y avait en avant du plateau occupé par l’artillerie un autre vaste plateau facile à défendre, et qui avait une action bien plus immédiate sur les mouvements de l’ennemi. La possession de ce plateau me donnait les moyens, dans le cas où j’aurais voulu manœuvrer vers la soirée, de me porter sur les communications de l’ennemi sur Ta maniés : ce poste, d’ailleurs bien occupé, était inexpugnable et complétait même la position que j’avais prise; il était d’ailleurs indispensable de l’occuper, attendu que l’ennemi venait de renforcer son centre, d’où il pouvait se porter en masse sur ce plateau el commencer son attaque par la prise de ce point important. En conséquence, je donnai l’ordre à la cinquième division d’aller prendre position à l’extrémité droite de ce plateau, dont le feu se liait parfaitement avec celui d’Arapilès, à la septième division de se placer en seconde ligne pour la soutenir, à la deuxième de se tenir eu réserve de celle-ci, et à la sixième d’occuper le plateau de la tête du bois où restait encore un grand nombre de pièces. Je donnai l’ordre également au général Bonnet de faire occuper par le IS'i 1 ' un mamelon intermédiaire entre le grand plateau et le mamelon d’Arapilès qui défendait le débouché du village

d’Arapilès; enfin j’ordonnai au général Boyer, commandant les dragons, de laisser un régiment pour éclairer la droite du général Foy, et de porter les trois autres régiments en avant du bois sur le Banc de la deuxième division; de manière à pouvoir, si l’ennemi attaquait le plateau, le charger par la droite de ce plateau, tandis que la cavalerie légère chargerait par sa gauche. La plupart de ces mouvements s’exécutèrent avec irrégularité ; la cinquième division, après avoir pris le poste indiqué, s’étendit par sa gauche sans motifs ni raison : la septième division, qui avait ordre de la soutenir, se porta à sa hauteur; enfin la deuxième division se trouvait encore en arrière. Je sentis toutes les conséquences que ces irrégularités pouvaient avoir, et je résolus d’y remédier moi-même sur-le-champ, ce qui était chose facile, l’ennemi n’ayant fait encore aucun mouvement. En même temps je reçus le rapport que l’ennemi faisait passer de nouvelles troupes de sa gaucho à sa droite; j’ordonnai aux quatrième et troisième divisions de se porter par la lisière du bois à hauteur, afin que je pusse en disposer au besoin. Il était quatre heures un quart, et je me portais au plateau qui allait être l’objet d’une lutte opiniâtre; mais dans ce moment un boulet creux m’atteignit, me fracassa le bras droit et me fil deux larges blessures au côté droit • je devins ainsi incapable do prendre aucune espèce de part au com-

LIVIIE XV. — CORRESPONDANCE. 445

mandement. Ce temps précieux, que j’aurais employé à rectifier le placement des troupes sur la gauche, se passa sans fruit. De l’absence du commandement naît l’anarchie, et de là le désordre. Cependant le temps s’écoule sans que l’ennemi entreprenne rien. Enfin à cinq heures, jugeant que la situation est favorable, l’ennemi attaque avec impétuosité cette gauche mal formée, les divisions combattant repoussent l'ennemi, en sont repoussées à leur tour; mais elles agissent sans ensemble et sans méthode : les divisions que j'avais appelées pour soutenir les premières se trouvent dans le cas de prendre part au combat sans l’avoir prévu; chaque général fait des efforts extraordinaires pour pouvoir suppléer par ses dispositions particulières à ce que l’ensemble laisse à désirer; mais, s'il peut y parvenir en partie, il ne le peut complètement. L’artillerie se couvre de gloire, fait des prodiges de valeur et au milieu de nos pertes l'ennemi en fait d’énormes; il dirige des attaques sur Arapilès que le brave 120' défendait; il en est repoussé laissant plus de huit cents morts sur la place; enfin l’armée se replie, évacue les plateaux et se retire à la lisière du bois; là l’ennemi fait de nouveaux efforts; la division Fov, qui se trouve par la nature des choses chargée de couvrir le mouvement rétrograde, est attaquée avec vigueur, repousse l’ennemi constamment. Cette division ainsi que son général mé-

4 il)

ritenl les plus grands éloges. Dès ce moment la retraite s’effectua sur Alba de Tormès, sans être inquiétée par l’ennemi. Notre perte s’élève à six mille hommes environ hors de combat; nous avons perdu neuf pièces de canon qui, étant démontées, n’ont pu être transportées; tout le reste des bagages, tout le parc d’artillerie, tout le matériel de l’armée a été emmené.

« 11 m’est difficile, monsieur le duc, d’exprimer les divers sentiments qui m’ont agité au moment

où la fatale blessure que j’ai reçue m’a éloigné de 1 armée; j’aurais échangé avec délices cette blessure contre la certitude de recevoir un coup mortel à la lin de la journée, pour conserver la faculté du commandement, tant je connaissais l’importance des événements qui allaient se passer, et combien en ce moment, où le choc des deux armées semblait se préparer, la présence du chef était nécessaiit P 0U1 ^ ensemble a donner au mouvement des

tioupes et pour en diriger l’action.

« Ainsi un moment de malheur a détruit le rédtat de six semaines de combinaisons sages, de vements méthodiques, dont l’issue jusqu’alors P ait certaine et dont tout nous faisait présager de recueillir les fruits.

sur Perf -- 1 T™ 66 fit Sa retraile d’Alba de Tormès Duero T ? V C " P Penant sa direction vers le e a cavalerie ennemie atteignit notre

Page 1