LIVRE XV. — 1811 -mi
sur pied; des magasins, trouvés à AJ inend ralejo, se trouvaient encore remplis, et cependant l’armée souffrait de la disette par l’insuffisance des moyens de mouture. Je fus obligé de régler moi-même la manière- dont les moulins seraient répartis et le temps pendant lequel chacun pourrait en disposer. L’idée des moulins portatifs me vint à l’esprit; et. aidé d'un excellent ouvrier, fort habile mécanicien, appelé Gindre, armurier du 50' régiment, je fis faire une série d’expériences en prenant pour point de départ les moulins à café. Le problème à résoudre était celui-ci :
1° Faire des moulins à bras assez légers pour qu’au besoin un soldat puisse les porter;
2° Le moulin devait pouvoir être tourné par un seul homme;
3' 11 devait donner de la belle farine et suffire, par un travail de quatre heures, aux besoins d’une compagnie.
Après beaucoup d’essais et de tâtonnements, on finit par obtenir une solution satisfaisante. Toutes les conditions imposées furent remplies. Les moulins, du poids de trente livres, donnaient trente livres de farine par heure. Un seul homme pouvait les manœuvrer. J’en fis construire à raison d’un par compagnie. Dans le cas où les moyens de transport des régiments auraient manqué, on devait consacrer un homme par compagnie à les transpor-
1er en le faisant sortir des rangs. Le jour où l’armée a eu les moulins, elle a vécu avec beaucoup moins de difficultés; mais on n’était pas parvenu à donner aux meules la dureté nécessaire, et, elles s’usaient promptement. Depuis, ces moulins ont été perfectionnés; les meules sont à l’épreuve d’un long usage et peuvent être facilement remplacées. Le modèle en existe au Conservatoire des arts et métiers.
Je veux entrer ici dans quelques détails sur l’importance qu’il y aurait à adopter l’usage des moulins portatifs pour toute l’armée, en temps de paix comme en temps de guerre, et des immenses bienfaits qui en résulteraient pour l’art de la guerre.
Quand la main-d’œuvre est rare et chère, il y a de l’avantage à se servir de machines puissantes dans les manufactures et à centraliser les travaux. Quand la main-d’œuvre est surabondante et ne coûte rien, il vaut mieux suivre un système absolument opposé. En reportant les travaux du centre à la circonférence, on les rend plus faciles, et, en chargeant chacun du travail dont le résultat lui est applicable, on est sur de son exactitude et de son zèle à l’exécuter.
Cela posé, il est évident que l’on peut disposer de la main-d’œuvre des soldats sans inconvénient, et qu’il y a avantage pour eux en leur donnant, en indemnité, le prix qu’il en coule aujourd’hui pour