‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 28 sur 268 · LIVRE XV. — 1811— 18) t · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — 1811— 18) t

faire le travail dont ils seraient chargés. Pourquoi, en campagne, les soldats ne manquent-ils jamais de soupe quand ils ont à leur disposition du pain, de la viande et des marmites? C’est qu’ils la font euxmêmes. Si un intendant avait imaginé de s’en charger par économie et pour toute une division; si même un colonel avait eu la même idée pour tout son régiment, jamais, dans les mouvements, les soldats ne pourraient en manger. Je veux appliquer au pain le principe de la soupe, et le soldat n’en manquera jamais. A une objection que, les ordonnances ayant prescrit une extraction du son, cette opération complique la fabrication, je réponds que les expériences faites m’ont prouvé l’inutilité de l’extraction du son, avec du blé même de médiocre qualité. Pourvu que celui-ci soit pur et propre, le pain est toujours bon. Quand l’administration donne du mauvais pain, le soldat doit nécessairement l’accepter et le manger, sous peine de mourir de faim, parce que le moment de la consommation est immédiat. Quand on lui donne du blé rempli de poussière et mêlé avec toute autre chose, on peut le nettoyer avant de s’en servir, et le soldat mangera alors toujours de bon pain. Ainsi, sous ce rapport, sa condition sera améliorée. Elle le sera encore par l’indemnité de travail qu’il recevra, soit en argent, soit en augmentation des rations; mais voyez quel sera le sort de l’administration : la sim-

pli fica lion, et, en temps de guerre même, la facilité de son service.

Un général en chef aujourd’hui fait plus d’efforts d’esprit pour assurer la subsistance de ses troupes que pour toute autre chose, et sans cesse ses combinaisons sont contrariées et détruites, faute de distribution de pain faites à temps. Dans une guerre défensive, une administration habile peut, jusqu’à un certain point, pourvoir à un service régulier; mais, dans une guerre d’invasion, dans une guerre offensive, cela est impossible, et remarquez comme tout devient aisé dans mon système. On ne fait généralement pas la guerre dans un désert, et, quand cela a lieu, on prend des dispositions extraordinaires; mais, dans les circonstances ordinaires, c’esl dans un pays habité. Eh bien, là où il va des habitants, il y a des greniers, et, si les soldats portent avec eux les moyens de mouture, ils ont constamment, par leurs soins seuls, leur subsistance assurée dans tous leurs mouvements, car on vit avec de la farine; mais ce n'est pas tout : on a trouvé le moyen de faire, en quatre heures, dans toute espèce de terre, des fours qui, deux heures après, peuvent servir à cuire du pain, et voilà la fabrication du pain assurée. Ainsi, dans chaque bivac, on peut faire de la farine en quantité suffisante pour la consommation journalière, et, dans chaque repos •et séjour, on peut faire des fours et cuire du pain.

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