‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 29 sur 268 · LIVRE XV — 4 si i—i s · texte numérisé non relu

LIVRE XV — 4 si i—i s

Dès ce moment, la nourriture d’une armée a lieu d elle-même, et n’occupe pas plus l’administration dans ses détails que chaque homme n’est occupé d’assurer la circulation de son sang. C’est la conséquence d’un principe. En temps de paix, le gouvernement aurait ses magasins de blé qu’il distribuerait aux troupes. Dans une guerre défensive, il en serait de même. Dans une guerre d’invasion, chaque régiment recevrait journellement de l’administration du pays qu’il parcourt, ou prendrait dans les greniers des habitants, le blé qui lui serait nécessaire.

Mais il faut que ce soit une habitude contractée et suivie pendant la paix; car, en principe, les usages de la paix doivent se rapprocher, autant que possible, de ceux de la guerre, et cette vérité est surtout incontestable quand il est question de l’introduction d’un nouvel usage.

L’armée, établie comme je l’ai dit plus haut, ne recevait aucun argent pour faire face au besoin de son administration, et les revenus du pays qu’elle occupait ne lui étaient pas dévolus. Chose vraiment bizarre que cette contradiction continuelle dans laquelle l’Empereur tombait déjà constamment, de vouloir la lin sans calculer et fournir les moyens! Après mille réclamations sans cesse renouvelées, on me donna, pour faire vivre, pourvoira tous les besoins (sauf la solde) d’une armée de près de qua-

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rantc mille hommes, la province de la Talavera de la Reyna, celle d’Avila, de Placencia, et l’entrée de cet horrible désert que présente l’Estramadure jusqueset au delà de Truxillo, c’est-à-dire ce qui aurait été insuffisant pour une armée de quinze mille hommes; mais c’était une déception qui, pendant tout mon séjour en Espagne, ne s’est pas démentie un seul jour.

Au moment où j’exécutai le mouvement sur la rive gauche du Tage, qui sauva Badajoz, l’armée comptait un grand nombre de malades, de convalescents et d’hommes faibles ou malingres. Ma marche devant être sans embarras et rapide pour être sans danger, je laissai en Castille tout ce qui n’était pas en étal de suivre, et je fis former un petit dépôt par chaque régiment pour réunir tout ce qui lui appartenait. Ces dépôts, organisés en divisions, furent mis sous l’autorité d’un officier supérieur. Cette mesure de conservation rallia beaucoup de soldats; mais le profit n’en fut pas pour nous.

Je réclamai l’envoi de ces détachements pendant longtemps sans les obtenir. Le duc d'Istrie me les refusa. Plus tard, le général Dorsenne, qui lui succéda, me les refusa de même, et en abusait de toutes les manières, pour les charger de toutes les corvées pénibles.

En général, l’esprit régnant en Espagne était destructeur des armées, et voici ce qui se passait

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