LIVRE XV. — 1811-1814. . r
vivre, l’éloignement des grandes villes favorables aux grands établissements, enfin les souvenirs de ce qui m’avait si bien réussi en Dalmatie, me déterminèrent à la formation d’hôpitaux régimentaires. Je divisai le plus possible les malades, et nulle part il ri’y eut d’encombrement. Placé le plus près possible de leurs corps, ils reçurent tous les soins que comportaient les circonstances. Une exception cependant fut faite pour la première division occupant Truxillo. Celle division tout à fait en l’air devait être toujours prête à marcher et à se retirer, et le pays qu’elle occupait étant extraordinairement malsain, elle reçut l’ordre de diriger tous ses malades sur la Verra de Placencia, l’un des pays les plus sains du monde.
J’ordonnai, d’une manière réitérée, de faire dans tous les cantonnements des approvisionnements de vivres, et, pour y arriver plus vite, de mettre, s’il le fallait, momentanément les soldats à la demi-ration, afin d'avoir quinze jours en biscuit. Dès ce moment, et constamment, cette réserve ne cessa d’être conservée ou remplacée, et l’armée fut toujours en état de se mouvoir au moins pendant quelques jours.
Sans cette précaution et sans l’obligation imposée aux soldats de se charger du transport, il eût été impossible de faire aucune opération, aucun rassemblement. Cette disposition était pénible; mais avec, des soldats tels que ceux d’alors on pouvait
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tout exiger, on pouvait tout obtenir. Ils avaient expérience, zèle, et dévouement. Ils se prêtaient sans murmures à tout ce qui avait le caractère de l’ utilité.
Au commencement d’août, l’armée anglaise repassa le Tage en presque totalité, et vint s’établir sur la Coa, ne laissant qu’une division dans l’Alentejo. Les bandes espagnoles de Ballesteros et du comte de Penna, ainsi que de Caslanos, prirent poste à Cacerès pour observer la première division, occupant Truxillo.
L’armée anglaise poussa une avant-garde sur la rive droite de l’Aguada, ses avant-postes jusqu’à Tenebron, et bloqua ainsi Rodrigo. Divers bruits coururent alors : les uns annoncèrent qu’elle allait marcher sur Salamanque; d'autres, qu’elle allait faire le siège de Rodrigo; des approvisionnements de siège commencés donnèrent crédit à cette dernière nouvelle. Dans le premier cas, mon devoir était d’aller au secours de l’armée du Nord; dans le second cas, il fallait marcher sans retard, de concert avec elle, au secours de cette place; enlin, dans le cas d’un simple blocus, je devais préparer et combiner une manœuvre pour la ravitailler. Mais alors le mouvement devait être subordonné à la réunion des approvisionnements que l’armée du nord de l’Espagne devait y faire conduire.
Dans tous les cas, des dispositions préliminaires
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à un mouvement étaient convenables. Je portai ma sixième division au col de Banos, afin de pouvoir déboucher dans le bassin de la Tormès. Je plaçai aussi la plus grande partie de ma cavalerie, avec le général Montbrun, sur ce point, en le chargeant de pousser de forts partis sur Tamamès et sur Salamanque, et d’entretenir mes communications libres avec cette dernière ville.
J'envoyai un officier de confiance à Yalladolid pour concerter avec le général Dorsenne le mouvement à opérer. Je donnai ordre au général Foy d’éloigner et de disperser, par un mouvement brusque de quelques jours, les troupes espagnoles qui étaient à sa portée, et, après les avoir intimidées et maltraitées, de rentrer à Truxillo et de se tenir prêt à repasser le Tage. Je fis faire un mouvement en avant à toutes mes troupes, que je serrai sur la sixième division et Placencia, et j’allai établir mon quartier général, le 20 août, à Elvillor, village situé entre le col de Banos et Placencia.
Enfin, je demandai au roi d’Espagne de faire relever dans la vallée du Tage mes troupes par quelques détachements de l’armée du Centre, afin de garder les communications; mais, selon son usage, il n’en fit rien, et il fallut, pour la conservation des villes, des hôpitaux et des magasins, affaiblir l’armée de Portugal des forces nécessaires à cet objet.
Tous les renseignements qui me parvinrent me
firent connaître que l’ennemi ne s’occupait que d’un simple blocus de Rodrigo. En conséquence, je devais attendre l’arrivée des troupes du général Dorscnne pour marcher, et la réunion de son convoi, le but de notre mouvement étant seulement de porter de grands approvisionnements dans cette place et de faire relever la garnison, composée de troupes appartenant à l’armée de Portugal, par des troupes de l’armée du nord de l’Espagne.
Je restai dans celte position pendant toute la première quinzaine de septembre. Informé de la marche du général Dorscnne avec son convoi escorté par douze mille hommes d’infanterie et deux mille chevaux; sachant de plus que ce convoi et cette escorte devaient se présenter en face de l'armée anglaise, qui pouvait faire un mouvement offensif avant son arrivée à Rodrigo, je mis l’armée de Portugal en mouvement pour le soutenir. Toute l’armée se plaça entre le Tage et le col de Banos. La première division repassa le Tage et vint prendre position à Placencia, occupa Gallisteo et les bords de l'Alagon par une avant-garde; et toute l’armée déboucha, passa le col et prit la route de Rodrigo. Ma cavalerie et une division d’infanterie arrivèrent le 212 septembre à Tamamès, et, le même jour, l’armée du Nord et le convoi campèrent à Samonos. Je me concertai immédiatement avec le général Dorsenne. il fut convenu que je me porterais, avec ma