LIVRE XV. — • ki
reconduire jusqu’à la Coa. Je rnis à sa poursuite le général Mon tbrun, soutenu par un corps d’infanterie appuyé de forces plus considérables, en suivant la route de Casillas de Florès, tandis que le général Walhier se dirigea, avec sa cavalerie et une division d’infanterie de l’année du Nord, par Albergaria. A cinq heures du soir, on rencontra l’ennemi en forer; près d’Aldeaponte; là s’engagea un combat assez vif, qui se termina à notre avantage. Le général Montbrun, ayant quitté brusquement la route d’Alfaiatès et marché sur Aldeaponte, l’ennemi, dans la nuit, repassa la Coa, tandis que le général Foy, que j’avais laissé sur les bords de l'Alagon, et auquel j’avais donné l’ordre de faire une diversion, opérait sa jonction avec nous en passant par le col de Peralès.
L’ennemi, dans ces différentes affaires, eut de cinq à six cents hommes hors de combat. Notre perte fut moindre de beaucoup. Rarement une armée a couru d’aussi grands risques que l’armée anglaise dans cette circonstance. Ce qui l’a sauvée, cest, d’un côté, la pensée où j’étais qu’un général tel que le duc de Wellington ne ferait pas la faille délaisser son armée ainsi éparpillée à l’arrivée de l’armée française, dont il connaissait et voyait la marche; d’un autre côté, la division du commandement, qui lit arriver beaucoup trop tard la division Thiéhaud, dans un moment où une heure fai-
sait le destin de la journée et le sort de cette courte campagne. Notre attaque inopinée causa un tel désordre dans l’armée anglaise, que le premier aide de camp de Wellington, lord Manners, prit des escadrons français pour des troupes anglaises, et vint demander au général Dejean, qui les commandait, où était le duc de Wellington. Le général Dejean n’eut pas la présence d'esprit de le faire prisonnier, et l’avertit de sa méprise en lui répondant en fureur : « Que me voulcz-vous? » Cet officier dut son salut à la vitesse de son cheval. Au milieu de cette confusion chez les Anglais, un autre aide de camp de Wellington, Gordon, officier investi de sa confiance, tué depuis à Waterloo, vint en parlementaire, sous un vain prétexte d’échange de quelques prisonniers. Ne voulant pas lui donner l’occasion de faire des rapports utiles à son général, je le retins trois jours à mon quartier général. Nous trouvâmes, à portée de Rodrigo, de grands approvisionnements de gabions, fascines, saucissons, dont j’ordonnai la destruction.
Cette opération terminée, l’armée du Nord rentra à Salamanque et à Valladolid, et je retournai dans la vallée du Tage. J’occupai par ma plus forte division (la seconde, commandée parle général Clauscl) la province d’Avila, qui me fournissait une grande partie de mes ressources. Cette province, bien administrée, devait pourvoir aux besoins de cette di-