‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 35 sur 268 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

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vision et donner de grands secours à celles qui occupaient la vallée du Tage. La sixième division, commandée par le général Brenier, et ma cavalerie légère, furent chargées d'observer l’Alagon, et devaient se retirer, en cas d’attaque de l’ennemi, sur leTietar.

Mes postes à Miravele et à Lugar-Nuevo suffisaient pour assurer, en cas de besoin, un débouché en Estramadure, et de grands approvisionnements de vivres, aussi considérables que le comportaient nos moyens, y furent placés. La première division, ayant beaucoup souffert par les maladies, fut envoyée à Tolède pour se rétablir. Le reste de l’armée cantonna dans la vallee du Tage, et mon quartier général fut fixé à Talavera. Dans ces nouvelles positions, tout annonçait des quartiers d’hiver tranquilles. Je me décidai à aller passer quelques jours a Madrid, visiter cette capitale, que je ne connaissais pas, et revoir Joseph. Depuis mon arrivée en Espagne, je l’avais aperçu seulement un moment en route, se rendant à Paris, lorsque je rejoignais l’armée.

On sait à quel point l'atmosphère des cours agit puissamment sur ceux qui les habitent; mais Joseph m’en donna un exemple extraordinaire. Je trouvai en lui toujours le même esprit, la même amabilité; maison ne peut se figurera quel point étaient arrivées son insouciance et la mollesse de ses mœurs.

Son penchant pour la volupté le dominait tout entier. Oubliant son origine, ne sentant pûs le besoin de justifier par des efforts la faveur dont la fortune l’avait comblé, il semblait né sur le trône et uniquement occupé des jouissances qu’il procure. Enfin on l’aurait pris pour le rejeton affaibli d’une dynastie usée. 11 avait fait bien du chemin, celui qui, il y avait à peine sept ans, regardait comme une perfidie l’offre qui lui fut faite de prendre le titre de roi.

La possibilité de se livrer à toutes les jouissances dégrade, promptement les caractères les meilleurs; et les flatteurs, en exaltant l’amour-propre des souverains, les font bientôt tomber dans les plus étranges aberrations. Joseph, homme d’esprit d'ailleurs, s’abandonnait à de telles illusions, qu’il se crut un grand homme de guerre, lui qui n’avait ni le goût ni l'instinct du métier, lui qui en ignorait les premiers éléments et qui n’était pas à la hauteur des plus simples applications de l’art de la guerre. Il m’entretint souvent de ses talents militaires, et osa me dire que l’Empereur lui avait retiré le commandement général en Espagne, parce qu’il était jaloux de lui. Ces propres paroles sortirent plus d’une fois de sa bouche, et les observations gaies et légères que je lui fis à cette occasion ne suffirent pas pour lui faire sentir le ridicule de sa supposition. Il se plaignait beaucoup de son

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