LIVRE XV. - 18 H-I
saienl près de moi les fonctions d’aides de camp. Pendant mon séjour à Madrid, ces deux officiers quittèrent furtivement mon quartier général, et passèrent en Portugal. Ils auraient mieux fait de refuser d’être employés et de demandera être envoyés en France, ce que je leur aurais accordé comme au marquis d’Àlorna; mais je compatis à leur situation, et ne pris aucune mesure de rigueur contre eux, les trouvant assez malheureux d’avoir fait par violence, pendant plus d’une année, un métier si opposé à leurs sentiments et à leurs devoirs envers leur pays.
Je ne sais si j’ai peint avec assez de force les embarras de subsistance de l’armée et les contrariétés de toute espèce qui compliquaient ma situation ; mais je ne saurais revenir trop souvent sur un ordre de choses sans exemple nulle part, et surtout pendant aussi longtemps. Joseph m'avait promis des secours considérables en grains fournis par la Manche; mais rien n’arriva. Il a fallu une espèce de miracle pour, dans de telles conditions, pourvoir aux besoins du service; et la lecture de toute la correspondance de cette époque pourrait seule donner une idée des difficultés qu'il y eut à surmonter.
Une autre complication du commandement se trouvait dans les obstacles toujours renaissants à l’arrivée des détachements destinés à l’armée de
Portugal ou à la rentrée de ses dépôts, établis précédemment sur des territoires qui ne lui appartenaient plus. Les détachements venant de France étaient arrêtés ou par le général de l’armée du nord de l'Espagne, ou par les autorités de l’armée du centre. En outre, Joseph s’était formé une garde composée de Français. L’Empereur n’ayant point autorisé un recrutement régulier de celte garde par l’armée française, des cmbaucheurs venaient séduire les soldats, les enlever, et porter ainsi la désorganisation dans les corps; et cela avec l’assentiment et par les ordres du frère de Napoléon.
A mon retour de Madrid, j’appris la catastrophe, arrivée à la division du général Girard, appartenant à l’armée du midi de l’Espagne.
La partie de l’Estramadure la plus voisine du Tage, les arrondissements de Truxillo et de Cacerès, étaient compris dans le territoire de l’armée de Portugal. Je pouvais donc y lever des contributions. J'avais évacué Truxillo devenu un lieu pestilentiel. D’après cela, je ne pouvais occuper Cacerès, poste très-rapproché du Portugal, et qui se serait trouvé isolé et sans soutien. Je me bornai à décider que, d’époque en époque, on y ferait des incursions pour y percevoir les impôts. Dans aucun cas, les troupes de l’armée de Portugal, en s’y rendant, ne pouvaient être compromises, parce que leur retraite