LIVRE XV. — I Ri
était sur les ouvrages d’Almaraz, c’est-à-dire du côté absolument opposé à celui par lequel l’ennemi pouvait se présenter.
Le maréchal Soult, voyant Cacerès sans garnison, voulut mettre cette ville à contribution. En conséquence, il dirigea de Merida le général Girard avec une petite division de trois mille hommes, et par une marche parallèle à la frontière ennemie. Le général Girard, ayant eu de la peine à obtenir des habitants la somme demandée, et, d’ailleirrs, se trouvant bien dans cette ville, y resta plus de quinze jours. Le 27 octobre, il en partit sans défiance, sans précaution, et sans se faire éclairer puisa cavalerie légère. Arrivé à Arroyo-Molinos, une forte pluie détermina chacun à chercher un abri. Le relâchement dans le service et l’imprévoyance du général étant portés à leur comble, personne ne fut averti de l’arrivée de la division llill. qui se présenta devant la division Girard par le chemin de Merida. Plus de la moitié des soldats, l’artillerie, les bagages, et l’argent furent surpris et enlevés. Ainsi cette opération, mauvaise en elle-même, devint honteuse par la manière dont elle fut exécutée. Mais, chose curieuse! le maréchal Soult prétendit que ce mouvement, ordonné par lui, avait eu pour objet de -faire une diversion en faveur de l’armée de Portugal, pendant son mouvement sur Itodrigo. Or il est bon de remarquer que cette prétendue divcr-
sion n’était pas un mouvement offensif sur l’ennemi, mais seulement une promenade hors de la ligne d opération, dont le résultat était d’amener ce petit corps dans un cul-de sac, et que ce mouvement, commencé le 10 octobre et terminé le 27, s’accordait si peu avec ceux de l’armée de Portugal, que celle-ci avait quitté Rodrigo le 29 septembre et était rentrée dans ses quartiers le 7 octobre, c’est-à-dire trois jours avant le commencement du mouvement du général Girard.
L’époque où nous sommes arrivés est celle où le maréchal Suchet, après la prise des places d’Aragon, était entré dans le royaume de Valence. Sagonte s’était rendue. 11 fallait maintenant compléter le succès de cette campagne par la prise de Valence, où les restes de l’armée espagnole commandée par Blake étaient réunis. Cette opération, regardée comme importante, pouvait rencontrer des difficultés. Elle était l’objet de la sollicitude très-vive et de Joseph et de Napoléon. Lors de mon voyage à Madrid, Joseph me parla de l’utilité qu’il y aurait à faire un détachement sur Valence pour seconder l’opération de Suchet. Je lui répondis que, s'il voulait y employer les troupes de l’armée du Centre, je les ferais momentanément remplacer dans les postes qu’elles occupaient par des troupes sous mes ordres.
Le 1 1 novembre, Joseph m’écrivit pour me de-