LIVRE XV. — mu-mi U
accuserait l’armée de Portugal de découvrir cette ville.
« Il existe, il faut le dire, une inimitié, une haine envers les Français impossible à exprimer dans le gouvernement espagnol. Si les subsistances employées à de fausses consommations dans cette ville eussent été seules consacrées à former un magasin de réserve pour l’armée de Portugal, les troupes qui sont sur leTage seraient dans l’abondance et pourvues pour longtemps. On consomme vingt-deux mille rations par jour à Madrid, et il n’y a pas trois mille hommes. On donne et on laisse prendre à tout le monde, excepté à ceux qui servent; mais, bien plus, je le répète, c’est un crime d’aller prendre ce que l’armée du Centre ne peut elle-même ramasser. 11 parait, il est vrai, assez naturel, quand* les ministres du roi habillent et arment chaque jour des soldats, qui, au bout de deux jours, désertent et vont se joindre à nos ennemis, lorsqu’ils semblent avoir consacré ainsi un mode régulier de recrutement des bandes que nous avons sur les bras, qu’ils s’occupent aussi de leur réserver de-; moyens de vivre à nos dépens.
« La seule communication carrossable entre la gauche et l’armée de Portugal est par la province de Ségovie, et le mouvement des troupes et dos convois ne peut avoir lieu avec facilité, parce que, quoique ce pays soit excellent et plein de ressour-
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ces, les autorités de l’armée du Centre refusent de prendre aucune disposition pour leur subsistance.
« Si l’armée de Portugal peut être affranchie du devoir de secourir le Midi, de couvrir Madrid, elle peut se concentrer dans la Vieille-Castille, et elle s’en trouvera bien ; alors la tâche devient facile; mais, si elle doit, au contraire, remplir un double objet, elle ne peut se dispenser d’occuper la vallée du Tage, et dans cette vallée elle doit, pour pouvoir y vivre, y manœuvrer et préparer des moyens suffisants pour toutes les troupes à y envoyer; elle doit, dis-je, posséder tout l’arrondissement de l’armée du Centre et Madrid, et il faut laisser à ce territoire les troupes qui loccupent à présent pour dispenser l’armée, en marchant à l’ennemi, de laisser du monde en arrière. L’armée, au contraire, doit être à même d’en tirer quelques secours pour sa communication; elle a besoin surtout d’être délivrée des obstacles que fait naître sans cesse un gouvernement véritablement ennemi des armées françaises. Sans doute les intentions du roi sont bonnes, mais probablement il ne peut rien contre l’intérêt et les passions de ceux qui l’environnent; car, jusqu’à présent, ses efforts ont été impuissants pour arrêter les désordres de Madrid et faire cesser l’anarchie qui règne à l’armée du Centre. 11 peut y avoir de grandes raisons politiques pour