LIVRE XV. — I8M-I8I
foire résider le roi à Madrid; mais il y a mille raisons positives, et de sûreté relative aux armées françaises, qui sembleraient devoir lui faire choisir un autre séjour. En effet : ou le roi est général et commandant des armées, et, dans ce cas, il doit être au milieu des troupes, voir leurs besoins, pourvoir à tout et être responsable; ou il est étranger à toutes les opérations, et alors, et pour sa tranquillité personnelle, et pour laisser plus de liberté dans les opérations, il doit s’éloigner du pays qui en est le théâtre et des lieux servant de points d’appui aux mouvements de l’armée.
« La guerre d’Espagne est difficile dans son essence; mais cette difficulté est augmentée de beaucoup par la division des commandements, le peu d’accord des commandants, et par la grande diminution de troupes : cette division rend encore notre affaiblissement plus funeste; si elle a déjà tant fait de mal lorsque l’Empereur, étant à Paris, s’occupant sans cesse de ses armées de la Péninsule, pouvait en partie y remédier, on doit frémir du résultat infaillible de ce système suivi, avec diminution de moyens, au moment où l’Empereur s’éloigne de trois cents lieues.
« Monseigneur, je vous ai exposé toutes les raisons qui semblent démontrer jusqu’à l’évidence la nécessité de réunir sous la même autorité toutes les troupes et tout le pays depuis Bayonne jusques et y
compris Madrid et la Manche; en cela, je n'ai été guidé que par mon amour ardent pour le service de l'Empereur, pour la gloire de ses armes, et par ma conscience. Si l’Empereur ne trouvait pas convenable d’adopter ce système, j'ose le supplier de me donner un successeur dans le commandement qu’il m’avait confié. J’ai la confiance et le sentiment de pouvoir faire autant qu’un autre; mais, tout restant dans la situation actuelle, la charge est audessus de mes forces.
« Quelque flatteur que soit un grand commandement, il n’a de prix à mes yeux qu’accompagné des moyens de bien faire; et, lorsque ceux-ci me sont enlevés, alors tout me paraît préférable. Mon ambition se réduit, dans ce cas, à servir l’Empereur en soldat; ma vie lui appartient, et je la lui donnerai sans* regrets; mais je ne puis rester dans la cruelle position de n’avoir pour tout avenir, et pour résultat de mes efforts et de mes soins constants, que la triste perspective d’attacher mou nom à des événements fâcheux et peu dignes de la gloire de nos armes. »
. Chose vraiment inexplicable! l’Empereur oublia complètement l'état de la question, les ordres donnés, la situation de l’Espagne, les embarras des subsistances, et les impossibilités qui en résultaient pour une multitude de choses. La mission du colonel Jardet fut sans résultat. Des conversations nom-