‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 51 sur 268 · LIVRE XV. — 18H-18I · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — 18H-18I

breusesct longues avec l'Empereur eurent d’abord l’air de le convaincre; mais elles n’apportèrent aucun changement aux dispositions prises, aux ordres donnés. Seulement ces conversations donnèrent lieu à une réflexion de Napoléon, qui, en raison des événements postérieurs et de la catastrophe arrivée plus tard, a quelque chose de prophétique et <le surnaturel. Jardet me le raconta à son retour.

Après avoir traité toutes ces questions, l’Empereur dit à Jardet : « Voilà Marmont qui se plaint de manquer de beaucoup de choses, de vivres, d’argent, de moyens, etc. Eh bien, moi, je vais m’enfoncer avec des armées nombreuses au milieu d’un grand pays qui ne produit rien. » El puis, après une pause suivie d’un silence de quelques minutes, il eut l’air de sortir brusquement d’une profonde méditation, et, regardant Jardet en face, il lui dit : c< Mais comment tout ceci finira-t-il? » Jardet, confondu de cette demande, répondit en riant : « Fort bien, je pense, Sire. » Mais il sortit d’auprès de lui avec une vive impression, effet naturel de celte inspiration si singulière.

J’ai expliqué comment, avec la faiblesse des moyens mis à ma disposition, une défensive serrée, accompagnée d’une surveillance active, pouvait seule assurer la conservation de Badajoz en me donnant la faculté de combiner mes troupes avec celles du Midi. Wellington l’avait si bien senti, qu’il

suspendit son entreprise pendant tout le temps où je conservai quatre divisions à portée de passer le Tage au premier ordre, et tant que j’eus une tête de colonne en avant du débouché. Malgré mes répétitions, l’Empereur ne voulut jamais me comprendre. I-es lettres du prince de Neufchâtel, écrites sous sa dictée, combattaient mes arguments et blâmaient mon système. Je tins bon longtemps, en raison de la persuasion où j’étais qu’il n’y avait pas autre chose à faire; mais enfin une lettre fort dure, renfermant des ordres impératifs, m'imposa l’obligation de me conformer à ses volontés et de prendre dans la Beira une offensive dépourvue de moyens, qui, n’ayant rien de sérieux, ne pouvait tromper l’ennemi. J’eus grand tort de m’y soumettre. Ma conviction étant intime, j’aurais dû abandonner mon commandement et donner ma démission, plutôt que de me résoudre à entreprendre une opération, dont je connaissais d’avance les résultats funestes. Sans cette opération, le siège de Badajoz eût été .ajourné d’une manière indéfinie, et la guerre eût pris une tout autre direction.

Je retirai donc mes troupes de la vallée du Tage pour les rassembler sur la 'formés. Je fis des efforts inouïs pour me pourvoir quinze jours d’avance de vivres, et j’établis mon quartier général à Salamanque. Mais, pour que rien ne manquât, en fait de contradictions et d’absurdités, dans le système de

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