‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 62 sur 268 · I.IVBE XV. - 181 1-I81 ï · texte numérisé non relu

I.IVBE XV. - 181 1-I81 ï

étang situé à quelque distance de la rivière occupe le milieu de la plaine dans la direction de Rueda. I.es troupes devaient se réunir derrière cet étang en attendant le moment où je déterminerais le mode de leur mise en action.

Au jour, je me rendis sur le point où la cinquième division, qui formait la tète de colonne, devait être Stationnée; mais elle ne s’y trouva pas, et, après des recherches remplies d’inquiétude, je la trouvai à une demi-lieue en avant, dans la position même de Rueda, de manière que, si l’ennemi eût occupé cette position, elle aurait été détruite sans avoir pu combattre. Heureusement rien de tout cela n'eut lieu, et nous occupâmes Rueda sans difficulté. L’ennemi n'y avait que des troupes d’observation en petit nombre, et il l’évacua à notre approche.

Je témoignai au général .Waucune mon extrême mécontentement de sa désobéissance; mais il était dans son caractère de se laisser emporter à l’instant où il marchait à l’ennemi. Quelques jours plus tard, cette disposition de son esprit eut les plus funestes résultats, puisqu’elle fut la cause de la bataille de Salamanque, engagée dans un moment inopportun et contre ma volonté formelle. Ce jour-là, c’était une espèce d’avertissement dont j’aurais dû faire mon prolit pour l’avenir, en ne plaçant jamais le général Maucune en face de l’ennemi qu’au moment où il fallait agir et tomber sur lui. L’ar-

mée prit position, le soir du 17, à Nava del Rev.

L’ennemi, en pleine marche sur Toro, ne put nous présenter que lard une partie de ses forces. Il porta rapidement deux divisions avec beaucoup de cavalerie sur Tordesi lias de la Orden, et le reste de l'armée, rappelé, reçut l’ordre de prendre position en arrière sur la Guarena. Le 18 au matin, nous trouvâmes ces deux divisions en position. Comme elles ne croyaient pas avoir affaire à toute l’armée, elles pensèrent pouvoir gagner du tempssans gra nd péril,* mais, quand elles virent déboucher nos masses, elles s’empressèrent d’opérer leur retraite sur un plateau qui domine le village de Tordesillas de la Orden, et vers lequel nous marchions. Déjà nous les avions débordées. Si j’avais en une cavalerie supérieure ou au moins égale à celle de l'ennemi, ces deux divisions étaient détruites. Nous ne les poursuivîmes pas moins avec toute la vigueur possible, et, pendant trois heures de marche, elles furent accablées par le fende notre artillerie, que je fis porter en queue et en flanc, et auquel elles pouvaient difficilement répondre. Protégées par une nombreuse cavalerie, elles se divisèrent en remontant la Guarena pour passer cette rivière avec plus de facilité. Si, malgré mon infériorité numérique de cavalerie, j eusse eu avec moi le général Montbrun. nous aurions tiré un grand parti de la circonstance; mais il m’avait quitté depuis deux mois

Page 1