LIVRE XV
pour prendre un commandement à la grande armée, et je n’avais pour commander ma cavalerie que des officiers de la plus grande médiocrité.
Arrivé sur les hauteurs de la rive droite de la vallée de la Guarena, je vis une grande portion de l’armée anglaise formée sur la rive gauche. Dans cet endroit, la vallée a une largeur médiocre, et les hauteurs qui la forment sont fort escarpées. Soit que le besoin d’eau et l’excessive chaleur eussent fait rapprocher les troupes de la rivière, soit pour toute autre raison, le général anglais avait placé la plus grande partie de son armée dans le fond, à une petite demi-portée de canon des hauteurs dont nous étions les maîtres, lin arrivant, je lis mettre quarante bouches à feu en batterie. Dans un moment, elles eurent forcé l’ennemi à se retirer, après avoir laissé un assez grand nombre de morts et de blessés sur la place.
L’infanterie de l’armée marchait sur deux colonnes, et j’avais donné le commandement de la colonne de droite, distante de celle de gauche de trois quarts de lieue, au général Clausel. Arrivé à sa destination, le général Clausel, ayant peu de monde devant lui, crut pouvoir s’emparer des plateaux de la rive gauche de la Guarena et les conserver; mais cette attaque, faite avec des forces trop peu considérables, avec des troupes fatiguées et à peine formées, ne réussit pas. L’ennemi marcha sur les plus
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ir,0 MÉMOIRES DU DUC DE RAUUSE.
avancées, et les força à la retraite. Dans un combat d’une courte durée, nous éprouvâmes quelque perte. La division de dragons, qui soutenait l’infanterie de la colonne de droite, chargea avec vigueur la cavalerie anglaise; mais le général Carrié, un peu trop éloigné du. peloton d’élite du 15' régiment, tomba au pouvoir de l’ennemi, et cette cavalerie se trouva tout à coup sans commandant.
L’armée resta dans cette position toute la soirée du 18 et toute la journée du 19. L’extrême chaleur et la fatigue éprouvée pendant celle du 18 rendaient nécessaire ce repos pour rassembler les traîneurs. A quatre heures du soir, l’armée prit les armes et marcha par sa gauche pour remonter la Guarena et prendre position en face de l’Olmo. Mon intention était de menacer tout à la fois les communications de l’ennemi et de continuer à remonter la Guarena, afin de la passer, ma gauche en tête, avec facilité, ou bien, si l’ennemi se portait en force sur la haute Guarena, de revenir, par un mouvement rapide, sur la position qu’il aurait abandonnée^
L’ennemi suivit mon mouvement. Le 20, l’armée était, avant le jour, en marche pour remonter la Guarena. L’ennemi, comme depuis me l’a dit plusieurs fois le duc de Wellington, voulait en empêcher le passage et tomber sur les premiers corps qui la franchiraient. L’avant-garde la passa rapidement