‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 64 sur 268 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

là où cette rivière n’est qu’un ruisseau, et occupa en force, avec beaucoup d’artillerie, le commencement d’un plateau immense qui continue sans ondulations jusqu’à peu de distance de Salamanque. L’ennemi se présenta pour occuper le même plateau, mais il ne put y parvenir. L’armée,' bien formée, les rangs serrés, marchait sur deux colonnes parallèles, la gauche en tête, par peloton, à distance entière : deux lignes pouvaient être formées en un instant par un à droite en bataille.

Le duc de Wellington m’a dit, depuis, que ses projets avaient été déjoués parce que toute l’armée avait marché comme un seul régiment. Effectivement, l'armée présentait l’ensemble le plus imposant. L'ennemi suivit alors un plateau parallèle au mien, offrant partout une position, dans le cas où j’aurais voulu l’attaquer et l’aborder. Les deux armées marchaient ainsi à peu de distance l’une de l’autre avec toute la célérité compatible avec le maintien du bon ordre et de la conservation de leur formation.

L’ennemi essaya de nous devancer au village de Cantalpino, et dirigea une colonne sur ce village, dans l’espoir d’être avant nous sur le plateau qui le domine, et vers lequel nous nous portions; mais son attente fut trompée. La cavalerie légère, que j'y envoyai avec la huitième division en tête de colonne, marcha si rapidement, que l’ennemi fut forcé d’y renoncer. Bien mieux : la portion

praticable de l'autre plateau se rapprochant beaucoup du nôtre et se trouvant plus bas, quelques pièces de canon placées à propos incommodèrent beaucoup l’ennemi. Une bonne portion de son armée fut obligée de défiler sous ce canon, et le reste dut faire un détour derrière la montagne pour l’éviter. Enfin je mis les dragons sur la piste que suivait l’ennemi, l/énorme quantité de traîneurs qu’il laissait en arrière nous aurait donné le moyen de faire trois mille prisonniers, s’il y eût eu plus de rapport entre la force de ma cavalerie et la sienne, et si surtout la nôtre eût été mieux commandée. Mais la cavalerie anglaise, disposée pour arrêter notre poursuite, occupée à presser la marche des hommes à pied à coups de plat de sabre, à transporter même des fantassins qui ne pouvaient plus marcher, nous en empêcha. Cependant il tomba entre nos mains trois ou quatre cents hommes et quelques bagages. Le soir, l’armée campa sur les hauteurs d Aldea-llubia, ayant ses postes sur la Tonnés, et l’ennemi reprit sa position de San-Christoval.

Ce passage de la Guarcfta, en présence d’un ennemi tout formé et aussi nombreux, comme aussi cette marche de toute une journée de deux armées à portée de canon, ont été approuvés des militaires et présentèrent un coup d’œil dont.je n’ai joui que cette seule fois dans toute ma vie.

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