LIVRE XV
cher. Du haut de notre Arapilès, je pus juger qu'une attaque était immédiate. J’en descendis et fus jeter un dernier coup d’œil sur les troupes pour les encourager; mais le mouvement de l’ennemi, commencé, s’arrêta. J’ai su depuis, par le duc de Wellington, qu’effectivement l’attaque allait avoir lieu quand lord Beresford vint à lui et dit qu’il venait de reconnaître avec soin et en détail l’armée française, qu’elle lui paraissait si bien postée, qu’il serait imprudent de l’attaquer.
Wellington l’accompagna sur le plateau en face de ma gauche, et vit tout par lui-même. Ses propres observations l’ayant convaincu, il renonça à combattre; mais dès ce moment il fallait tout préparer pour se retirer; car, s’il fût resté dans sa position, j’aurais dès le lendemain menacé ses communications en continuant à marcher par ma gauche. Sa retraite commença vers midi. Quand deux armées sont aussi près l’une de l’autre, un mouvement de retraite est chose difficile à opérer, et il demande à être préparé avec le plus grand soin, pour être exécuté avec succès. Il allait se retirer par sa droite, et, par conséquent, c’était sa droite qu’il devait d’abord beaucoup renforcer.
En conséquence il dégarnit sa gauche et accumula ses troupes à sa droite. Ensuite les troupes les plus éloignées et les réserves commencèrent
leur mouvement et vinrent successivement prendre position à Tejarès.
L’intention des Anglais était facile à reconnaître, .le comptais que nos positions respectives amèneraient non une bataille, mais un bon combat d’arrière-garde, dans lequel, agissant avec lotîtes mes forces à la fin de la journée, contre une partie seulement de l’armée anglaise, je devais probablement avoir l’avantage.
L’ennemi ayant porté à sa droite la plus grande partie de ses forces, je dus renforcer ma gauche, afin de pouvoir agir avec promptitude et vigueur sans nouvelles dispositions, quand le moment serait venu de tomber sur l’arrière-garde anglaise.
Ces dispositions furent ordonnées vers les deux heures.
En avant du plateau occupé par l’artillerie, il existait un autre vaste plateau facile à défendre et qui avait une action immédiate sur les mouvements de l’ennemi.
La possession de ce plateau me donnait en outre les moyens, dans le cas où j’aurais voulu manœuvrer vers la soirée, de m’emparer des communications de l’ennemi avec Tamamès. Ce poste, d’ailleurs bien occupé, était inexpugnable, et cet espace devait servir naturellement au nouveau placement des troupes, dont la gauche devait être renforcée. En conséquence, je donnai l’ordre à la cinquième