‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 68 sur 268 · LIVRE XV. — I8ii-t8t · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — I8ii-t8t

eée sur l’autre Arapilès, me fracassa le bras, et me lit deux larges et profondes blessures aux côtes et aux reins, et me mit ainsi hors de combat. Je prêtais le flanc gauche à l’ennemi, et le boulet creux dont la pièce avait été chargée ayant éclaté, après m’avoir dépassé, le bras droit et le côté droit furent blessés.

Il était environ trois heures du soir.

Cet événement, dans le moment où il n'y avait pas une minute à perdre pour réparer les sottises faites, fut funeste. Le commandement passa d’abord au général Ronnet, qui, peu après, fut blessé, puis au général Clausel ; de manière que, pour dire la vérité, cette succession rapide de commandants divers lit qu’il n’y eut plus de commandement. D'un autre côté, le duc de Wellington, voyant de si étranges dispositions, un pareil décousu dans une armée qui, jusque-là, avait été conduite avec méthode et ensemble, revint à ses premières idées de combattre. 11 engagea peu après, sur les quatre heures, ses troupes contre celles du général Maucune qui, n’étant pas soutenues, furent bientôt culbutées.

La cavalerie tomba sur la septième division, étendue hors de mesure, contre toute règle du bon sens, et sur la cavalerie légère qui, aussi, ayant participé à cette aberration, se trouvait en l’air; elle était d’ailleurs commandée par un officier gé-

néral de peu de mérite sur le champ de bataille. En moins d’une heure, tout devint confusion sur le plateau, d'où j’avais espéré que partiraient plus tard des efforts vigoureux et bien coordonnés, destinés à faire éprouver de grandes pertes à l’ennemi.

Après avoir fait évacuer le plateau, nouvellement occupé, l’ennemi dirigea une attaque furieuse contre l’Arapilès; mais le brave 120' régiment le reçut delà manière la plus brillante, et les Anglais, ayant échoué sur ce point, laissèrent huit cents morts sur la place. Chacun fit de son mieux, et chaque division, chaque régiment fit des efforts extraordinaires; mais il n’y avait ni ensemble ni direction ; la retraite devant se faire sur Alba, le général Foy fit un mouvement par sa gauche, et, comme sa division n’avait que peu combattu, elle fut chargée de l’arrière-garde; elle arrêta au commencement du bois, tout net, l’ennemi dans sa poursuite, et la retraite se fit ensuite sans être troublée et sans éprouver de perte.

La cavalerie anglaise, persuadée que nous devions nous retirer par le chemin par lequel nous étions arrivés, nous suivit sur la roule de Iluerta, où elle ne rencontra personne, toute l’armée s’étant retirée par la route d’Alba-Tormès.

Telle est la relation exacte de la bataille de Salamanque. Notre perte en tués, blessés et prisonniers ne s’éleva pas au-dessus de six mille hommes, et

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