‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 8 sur 268 · LIVRE XV. — 1811-mi · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — 1811-mi

dications journalières qui soutenaient le fanatisme uni à un patriotisme naturel aux Espagnols, on expliquera facilement cet te résistance, dont le terme fut cependant un grand soulagement pour l'année française.

Les événements dont je viens de faire une revue rapide nous amènent naturellement à l’époque où Wellington marcha sur Talavera. En ce moment, une armée espagnole, commandée par Cuesla, venait de la Manche et menaçait Madrid. L Empereur, en pleine opération en Allemagne, avait, pour imprimer plus d’ensemble aux opérations én Espagne, donné le commandement de trois corps, les deuxième, cinquième et sixième, qui faisaient la principale force de l’armée, au maréchal Soult. On a vu plus haut le récit du mouvement opéré sur le Tage, en passant parle col de Banos et traversant la Tietar, le danger couru par l’armée anglaise prise à dos, et la facilité qu’avait eue Soult de lui causer un désastre semblable à celui qu’il venait d’éprouver; il pouvait, en passant le Tage, lui enlever tout son matériel, la poursuivre à outrance et la détruire, entrer à Lisbonne et finir la guerre; mais il manqua à sa destinée. La fortune de la France pâlit devant celle de Wellington. Celui-ci échappa comme par miracle au plus imminent péril.

Soult attendait avec une grande anxiété des nouvelles de l’Empereur. Il redoutait tout à la fois et la

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manière dont il envisagerait son équipée d’Oporto, et le jugement qu’il porterait sur le misérable parti qu’il avait tiré de si grandes forces mises entre ses mains, et dans des circonstances si favorables. Napoléon garda le silence; la clémence lui parut préférable à la sévérité et à l’éclat. Toutefois il donna à Soull les fonctions de major général de Joseph, ce qui annulait son pouvoir. Mais cet* arrangement ne faisait pas le compte de Soult; l’intérêt de son avenir lui commandait d’occuper les esprits par de nouvelles entreprises. Dans le courant de janvier 1810, il persuada à Joseph d’envahir le midi de l’Espagne et de passer la Sierra Morena, conseil funeste, entreprise désastreuse en ce moment! Joseph céda à la pensée de voir accroître ses ressources et de lever des contributions. Quant à Soult. il calculait qu’après avoir pris ce grand pays, il serait nécessaire de l’y laisser pour commander. Une considération toute personnelle fit donc entreprendre cette déplorable expédition, comme, dit-on, la fenêtre de Trianon détermina I.ouvois à faire déclarer la guerre aux Hollandais par Louis XIV.

L’armée française, toute nombreuse qu elle était, se trouvait à peine suffisante pour combattre farinée anglaise et conserver en même temps la portion de l’Espagne qu’elle avait d’abord envahie, et dont toute la population était ouvertement hostile. Suchel, successeur de Lamies en Aragon, après la

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