LIVRE X. — iHoc-isoT. ‘il
réduits en broussailles par la volonté inêine des habitants, dans le but de s’airraiichir des corvées que leur exploitation nécessitait pour le service de la marine vénitienne , et onze cent mille chèvres broutent les arbres et les empêchent de grandir.
De chétives cabanes, où tonte une famille est réunie et couchée autour du même foyer; des rivières dont le cours est obstrué, dont les' rives sont malsaines; d’autres qui ont creusé leur lit à pic dans des rochers de vingt à trente pieds de haut ; des mines de charbon fort riches qui ne sont pas exploitées, et des plaines de cinq ou six lieues de pierres, sans aucune végétation, surmontées par des montagnes de sept à huit cents toises d’élévation, composées de rochers entassés, nus et déj)ouillés : tel est le spectacle que présente l’intérieur de la Dalmatie. Mais ce pays, si triste et si pauvre, est habité par une population belle, valeureuse et susceptible d’enthousiasme ; ignorante , simple , confiante, capable de dévouement pour ses cliefs; mais, comme tous les Barbares, elle ne comprend pas les abstractions; pour la remuer, il faut frapper ses sens et la soumettre à une action matérielle. Cette population, paresseuse comme toutes celles dont la civilisation est reculée, abuse de sa force, et les femmes y sont employées aux travaux les plus pénibles, tandis que les hommes se livrent au repos ou à leurs plaisirs. Elle est imprévoyante; elle con-
somme en sept ou huil mois ce (pii poiuTait la faire vivre un an, et, à chaque printemps, elle éprouve la famine et vit d'herbes et de lait de chèvre. Cependant la force et la beauté des individus frappent tous les étrangers. Cette beauté et cette lorce tiennent à diverses causes. Le régime auquel la population est soumise et la misère font périr tous les enfants faibles et mal constitu(*s; il n’v a que les forts et les robustes qui résistent. Chaque génération subit donc une espèce d’épuration obligée qui donne lieu à la production d’une race haute et vigoureuse. Cette observation s’applique à tous les peuples barbares; elle explique cette taille et cette beauté qui frappent d’admiration tous les voyageurs.
Les prêtres séculiers, occupant les emplois de curés et de vicaires, y étaient d’une grande ignorance et jouissaient de peu de crédit. Il en était tout autn'inent des moines franciscains, possédant onze couvents et desservant beaucoup de paroisses. Ces moines faisaient beaucoup de bien et exerçaient sur les esprits une grande puissance.
De ce tableau succinct on doit tirer les conséquences suivantes. Le littoral, privé de navigation, souffrait de notre occupation, tandis que les villes et le pays en général gagnaient à notre présence. Mais les mœurs des montagnards les rendaient susceptibles d’étre remués, soit par leurs chefs anciens