‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 11 sur 267 · LIVRE X. — 1800- iSOT · texte numérisé non relu

LIVRE X. — 1800- iSOT

dépossédés, soit par les intrigues des Autrichiens, des Russes et des moines, soit enfin par mille préventions dont nous étions l’objet, préventions que les rivalités du pouvoir et l’esprit faux et bizarre du provéditeur et de l’administration italienne fomentaient, au lieu de les combattre. Quoique l’armée française répandit beaucoup d’argent, et malgré l’amélioration du sort de la province, les passions et les intrigues étaient contre nous. Les passions l’emportent souvent sur les intérêts. Il y avait donc dans le pays de nombreux éléments de troubles.

Je n'ai dit qu’un mot de Corzola et de son importance. Cette petite place servait de refuge à nos bâtiments, protégeait puissamment notre cabotage, et rendait maître du détroit et du mouillage, d’où l'ennemi aurait pu l’intercepter. Corzola, située dans file qui porte son nom, à l’extrémité la plus voisine de la presqu’île de Sabioncello, n’est distante de la terre ferme que de quatre-vingts toises; elle ne tient à l’ile que par un istbme. Ses fortifications se composent d’un bon rempart revêtu en maçonnerie, de vingt- quatre à quarante pieds de haut, et flanqué de cinq grosses toui-s, armées de canons. Le diamètre de la place ne dépasse pas cent cinquante toises.

Au delà de l’isthme, une hauteur commande la place. Je l'avais fait occuper par une bonne re-

<loute; la place, pourvue de vivres el de munitions, t'iait année de seize bouches à feu de gros calibre, et la garnison dépassait cinq cents hommes. C’était un poste dans lequel un homme de cœur pouvait tenir au moins pendant quinze jours devant toutes les forces ennemies. Il fallait une succession d’efforts pour 1e prendre : 1° débarquer; ‘2° s’emparer de la redoute; 5° amener du gros canon;

faire brèche; enfin employer un nombre de jours qui pouvait être augmenté de la défense plus ou moins longue de la redoute. Sûr d’arriver à temps si ce poste était attaqué, tandis que de Raguse Lauriston aurait envoyé à son secours par Sabioncello, je serais passé, sous la protection du canon de Corzola, dans cette place; tout était prévu (*t préparé dans ce but; 1a lâcheté ou la trahison du commandant déconcerta mes mesures.

Le 9 décembre, Siniavin parut inopinément devant Corzola, avec son escadre et quelques troupes de débarquement. Le 10, il somma la place et débarqua dans l’ile. Le 11, il donna l’assaut à la redoute, joncha de ses morts le champ de bataille, et fut repoussé. Le 11 au soir, le chef de bataillon Orfengo, qui commandait, retira les troupes de la redoute, et, le l‘2, ayant été à bord de l’amiral, il signa une convention qui lui remettait la [ilace et faisait transporter la garnison en Italie. J’avais re^u le 12, à neuf heures du soir, à Spalatro, la nouvelle

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