‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 9 sur 267 · LIVRE X. - 180C-I8I.7. ib · texte numérisé non relu

LIVRE X. - 180C-I8I.7. ib

remeltanl les bouches aux Russes. Afm de leriiiiuer cette affaire, les deux gouvernemeuls projetèrent une opération combinée de Français et d’Autrichiens pour prendre Catlaro; on devait réunir des moyens communs et égaux p>our faire le siège de Caslelnovo et de Cattaro. M. le comte de Bellegarde m’écrivit par le major d’Albeck, pour me faire les propositions relatives à cette opération, et m’envoya l’état de l'équipage de siège qui y serait employé. Je n’eus qu’à accéder à ses propositions, mais les circonstances dispensèrent de l’exécution.

L’Empereur se trouvait jeté dans un grand mouvement; les trônes s’écroulaient ou s’élevaient en sa présence, et cette petite affaire en resta là : l’opération, d’ailleurs, était très-difticile, les Russes ayant des forces maritimes telles, qu’on ne pouvait songer à leur disputer la mer.

Les üalmates nous avaient accueillis avec plaisir et bienveillance; mais ils changèrent bientôt de sentiment. Le mécontentement, déjà fort sensible à cette époque, augmenta et finit plus tard par la révolte.

population de la Dalmatie s'élevait alors à environ deux cent cinquante mille âmes. Presque toute catholique, à peine y comptait-on un dixième de la religion grecque. Cette population se divise en deux parties bien distinctes : la population du littoral et celle de l'intérieur.

l;Os villes sont peuplées, en presque totalité, d’Italiens, qui sont venus y chercher fortune. Vivant assez misérablement, quoique pleins de vanité et d’orgueil, les uns occupent de petits emplois ou se livrent à quelque petit commerce; d’autres cultivent un petit héritage qui se compose de vignes et d’oliviers. En général, ces Italiens transplantés sont j>eu recommandables ; la corruption vénitienne avait laissé chez eux de profondes traces, et la vénalité en toutes choses, constamment la môme jusqu’à notre arrivée, avait contribué 'à maintenir et à empirer cet état des mœure.

Une grande partie des habitants de la côte et des iles se livre à la navigation ; elle fournit à la conduite de cinq ou six cents bâtiments, presque tous employés au cabotage. Ces marins, en général assez médiocres, sont loin de valoir ceux des bouches de Cattaro. Beaucoup d’entre eux sont aussi propriétaires. Les campagnes qui avoisinent la mer sont les plus belles; le climat et la nature des terres comportent là une culture plus riche que dans l'intérieur. Cette partie de la Dalrnatie ressemble beaucoup à la Provence quand elle était moins riche. L’intérieur est très-misérable, uniquement habité par les descendants des anciens Slaves qui l’ont conquise. Une culture rare, une grande quantité de mauvais bestiaux chétifs, forment toute leur richesse. Leurs forêts consistent en bois ravagés et

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